1
Problématique de la garantie Pertes d’exploitation :
La voulez-vous avec ou sans Dommages?
► Objet
L’assurance des « Pertes d’exploitation » (« PE ») a émergé en France dans la branche
Dommages au début des années 80. Elle n’a cessé de se développer depuis lors étant
désormais souscrite par l’écrasante majorité des assurés (95% selon un article de l’Argus
du 26/11/18, « Gilets jaunes : Bercy demande aux assureurs d’accélérer l’indemnisation
des commerces »), y compris avec des modes d’indemnisation limités aux « frais
supplémentaires d’exploitation », notamment pour le secteur tertiaire.
La présente note vise à apporter des explications afin de mieux app réhender la
problématique des « PE » causées directement ou indirectement par les mouvements
sociaux et ses débordements (vandalisme des biens assurés, destruction de biens
publics, blocage des accès…) de cette fin d’année en France, mouvement dit des « Gilets
jaunes ».
► Risques, perception et enjeux de couverture
Les mouvements sociaux des « gilets jaunes » génèrent les risques suivants (hors
responsabilités) déjà survenus ou à survenir du fait des perspectives de durée du
mouvement. Nous détaillons ci-après les enjeux de risques, couvertures d’assurance et
de perception des acteurs :
2
Risques Couvertures
répondantes
Perception par les
Assurés
Perception par le marché de
l’assurance
Destruction de biens
d’assurés privés,
particulièrement les
restaurants et boutiques
Garanties dommages
matériels classiques
intégrant en France
systématiquement
l’incendie, explosion,
vandalisme, Grèves,
émeutes, mouvements
populaires,….
Pertes d’exploitation
consécutives.
Garanties considérées
comme acquise.
Les franchises
applicables en « risques
industriels et
commerciaux », 3 jours,
sont considérées comme
peu adaptées à ces
perturbations
éphémères.
Couverture normale et légitime
qu’aucun assureur ne remet en cause,
du moins pas sur le Territoire National
Français.
Les pertes de recettes, pertes
d’exploitations, pertes de loyers
consécutives sont délivrées au-delà
d’une franchise qui généralement n’est
pas inférieure à 3 jours. Les assureurs
sont peu enclins à baisser les
franchises sur un risque considéré
comme « aggravé ».
Destruction des biens sur la
voie publique entravant
totalement ou partiellement
l’accès
Impossibilité d’accès
suite à dommages
matériels
Garantie considérée
comme acquise
Couverture délivrée classiquement en
risques d’entreprises, dès lors que les
dommages matériels auraient bien été
couverts s’ils avaient concerné
l’assuré, et en fonction d’un rayon
contractualisé (300 m généralement
mais parfois plus, jusqu’à 1 km+).
Blocage des accès entravant
l’exploitation ou gênant
l’activité commerciale, sans
lien de causalité avec des
dommages matériels
Les perturbations peuvent
également résulter d’un
« choc psychologique » de la
clientèle, réticente à se
déplacer dans les zones
commerciales
Seule une garantie « PE
sans dommages »
intégrant ce scénario
pourra intervenir en
assurance
Au sein des entreprises
(on ne parle pas des
« risk managers »), et
même de la presse ou de
l’Etat (voir article de
l’Argus du 26/11/18), les
PE devraient être
couvertes
Les assureurs ont une position
contrastée :
D’une part, ils ont accepté le
principe de délivrer des (petites)
extensions « PE sans dommages »
sur les grands comptes, préférant
octroyer ce type de couverture
pour minimiser les baisses de
prime négociées dans un marché
« soft »,
D’autre part, ils ont
fondamentalement de l’adversité,
tant ce risque n’est pas maîtrisé,
pas mutualisé et est en rupture du
paradigme de l’assurance
Dommages.
Quid également de l’expertise des
pertes financières sachant que des
rattrapages dans le temps sont
forcément envisageables (ou non).
3
► Pédagogie sur l’assurance des Pertes d’exploitation
La couverture des « PE » dans sa forme orthodoxe vise à assurer la « marge brute » que
l’assuré ne réaliserait pas du fait de la survenance d’un dommage matériel garanti par la
police dommages. Comme décrit dans le schéma ci -après, un dommage matériel garanti
est la résultante des conditions suivantes (voir schéma ci-après) : survenance d’un
événement aléatoire non exclu altérant un bien lui-même non exclu .
Les couvertures d’assurance délivrent également des « extensions » (dites CBI
pour Contingency Business Interruption) visant à couvrir les « pertes
d’exploitation » qui ne feraient pas suite à un sinistre garanti, mais qui seraient
consécutives à un dommag e matériel survenu chez un fournisseur (« carence de
fournisseur »), chez un prestataire de services d’énergie ou fluide (« carence de
service »), ou chez un client (« carence de client ») voire à un voisin proche
(« impossibilité d’accès »).
► Extensions de garanties « Pertes d’exploitations sans dommage
matériel »
Les PE sans dommages (ou « NDBI » pour « Non Damage BI ») visent à couvrir les PE
(ou extensions « CBI ») ne résultant pas de dommages matériels, comme les blocages
d’accès causés par les « Gilets jaunes ». En France, cette couverture relève de la
« Branche 16 » d’assurance (« Pertes pécuniaires diverses »). On trouve 3 types de
supports de couverture à ce jour :
1. La plus répandue chez les « grands comptes » consiste à prévoir ce scénario
de risques dans une couverture « PPD » (Pertes pécuniaires diverses) dont le
porteur de risque est essentiellement une captive d’assurance ou de réassurance pour
les mode de fonctionnement « indemnitaire », ou un support structuré ad hoc
(« SPV ») fonctionnant en auto assurance et/ou transfert selon un mode de
déclenchements paramétrique ;
4
2. Une extension « NDBI » dans la police Dommages : cette capsule de
couverture, généralement de montant limité à quelques millions d’euros par an
embarque généralemen t les « violences politiques » telles que Grèves, Emeutes,
Mouvements Populaires…L’ensemble du marché accepte cela, même si c’est à
reculons. Le marché en cours de durcissement devrait probablement se montrer plus
exigeant en termes de surprime, qui plus est au vu de l’épisode « Gilets jaunes » ;
3. Une couverture séparée « NDBI » avec des capacités pouvant monter
jusqu’à 100 M€ pour les quelques produits existants sur le marché (AGCS,
Munich Re, Zurich, plus les solutions paramétriques notamment de Suisse re) . Les
franchises sont généralement de 10% des pertes avec un minimum (0,5 M€ à 1 M€),
le taux de prime de 0,5% à plus d’1% sur la capacité achetée. Le facteur clé réside
dans le « risk assessment » qui est effectué en amont de la souscription nécessitant
plusieurs mois pour que l’assureur apprécie la « business resilience » du modèle
économique (plan de continuité d’activité, capacité de rattrapage, secours possibles,
niveau de rétention, les assureurs appréciant particulièrement d’intervenir en
excédent de rétentions captivées…).
Le principe de ces couvertures est l’absence de dommage matériel.
Frédéric DUROT, Directeur du Département Dommages, SIACI SAI NT HONORE
Michel JOSSET, Président de la Commission Dommages de l’AMRAE
Décembre 2019
La garantie perte d’exploitation dans le contexte des mouvements sociaux - Décembre 2018
La garantie perte d’exploitation dans le contexte des mouvements sociaux - Décembre 2018