FÉDÉRATION FRANÇAISE DU BÂTIMENT
FÉDÉRATION FRANÇAISE DU BÂTIMENT
INTELLIGENCE
ARTIFICIELLE
BÂTIMENT
Comprendre, anticiper et agir :
des opportunités pour la profession
SOMMAIRE
2
Intelligence artificielle et bâtiment
ÉDITO ..................................................................................................................................................................................................................... Page 3
SYNTHÈSE ................................................................................................................................................................................................... Page 4
INTRODUCTION ............................................................................................................................................................................... Page 7
LE GRAND BOULEVERSEMENT (disruption) ........................................................................ Page 8
Qu’est-ce que l’IA ?
..................................................................................................................................................................Page 9
À quoi sert concrètement l’outil IA ?
............................................................................................................Page 13
L’outil IA pour le bâtiment ............................................................................................................................................Page 15
DEUX EXIGENCES PRÉALABLES
POUR UNE MUTATION MAÎTRISÉE
.................................................................................................... Page 19
Les données
.......................................................................................................................................................................................Page 20
L’organisation ...................................................................................................................................................................................Page 22
LE BÂTIMENT DÉJÀ EN MOUVEMENT .............................................................................................Page 24
Anticiper ................................................................................................................................................................................................ Page 25
Se préparer juridiquement ?
.......................................................................................................................................Page 27
Quatre cas concrets à titre d’illustration
.................................................................................................Page 31
ANNEXES
Annexe 1 – Liste des personnes rencontrées ..................................................................................Page 36
Annexe 2 – Membres du groupe de travail FFB sur l’IA ................................................ Page 36
Annexe 3 – Plan européen sur l’IA
................................................................................................................. Page 37
Annexe 4 – Glossaire
.......................................................................................................................................................... Page 38
Mission conduite du 10 octobre 2018 au 2 avril 2019.
ÉDITO
L
e bâtiment prépare l’avenir et se veut force de propositions. Il agit pour mieux comprendre
les mutations technologiques en cours. C’est particulièrement le cas aujourd’hui sur le
sujet de l’intelligence artificielle.
Regardées parfois avec distance par certains acteurs de l’innovation, les entreprises du sec-
teur, quel(le) que soit leur domaine d’activité ou leur taille, se révèlent pourtant des parties
prenantes actives du changement. Présentes sur tous les territoires et engagées, elles par-
ticipent concrètement aux initiatives locales, en lien avec de nombreux partenaires publics
et privés.
Ce rapport s’efforce de décrire des évolutions auxquelles les professions du bâtiment sont
ou seront confrontées. À l’heure des LegalTech pour les services juridiques ou des MedTech
pour le domaine médical, marquant la transformation de secteurs entiers sous les coups de
boutoir de l’intelligence artificielle, « l’écosystème bâtiment » doit se préparer au BatTech.
C’est pour cette raison que la FFB a lancé une mission interne sur ce sujet. Je salue l’impli-
cation de tous ses membres, qui ont contribué à ce travail novateur et de grande qualité.
Parce que la révolution impulsée par l’intelligence artificielle apparaît inéluctable, ce rapport
insiste sur la nécessité de s’y préparer et, sans masquer les incertitudes qui perdurent à ce
stade, explore quelques premières pistes. Il s’agit d’envisager les impacts potentiels et de
commencer à caractériser les voies et moyens pour les intégrer.
Il en ressort d’ores et déjà une conséquence forte : maîtriser cette révolution technologique
imposera l’acquisition de compétences nouvelles et des mutations dans le secteur.
Oui, le bâtiment est bien dans le mouvement !
Intelligence artificielle et bâtiment
3
Jacques Chanut
Président de la Fédération Française
du Bâtiment
4
Intelligence artificielle et bâtiment
C
e rapport de la Fédération Française du Bâtiment
(FFB) montre à quel point, dans un contexte
d’accélération des mutations, il est nécessaire d’ap-
préhender le sujet de l’intelligence artificielle (IA) de
manière opérationnelle. L’IA constitue un potentiel
qui ouvre de nouveaux champs : accroissement des
connaissances de manière générale, meilleure appré-
hension des besoins et des usages, capacité de pré-
diction, aide à la décision. Il convient de s’y préparer
même si la simple évocation de ces termes peut pro-
voquer craintes et confusions.
L
’outil IA recouvrant des enjeux multiples, le bâ-
timent, comme tous les domaines d’activité, se
trouve affecté par ces transformations. Il n’échappera
pas à cette lame de fond même si de nombreuses
questions organisationnelles se posent. Le spectre
des impacts et des usages se révèle large, du
secteur tout entier aux seules entreprises, en pas-
sant par les chantiers. Le rapport met en lumière des
tâches dont la réalisation sera très probablement ac-
compagnée par l’IA à moyen terme, en matière de
définition des besoins et chiffrages, de conception et
déroulement de chantier, d’exploitation et mainte-
nance, de talents et compétences.
L
’IA constitue aussi une opportunité à saisir pour
rendre attractifs les métiers du bâtiment (chan-
gement de l’image et nouvelles façons de travail-
ler) et pour faire des entreprises des productrices
conscientes de données, ces dernières ayant bien en-
tendu de la valeur.
P
our réussir cette mutation, deux préalables fon-
damentaux apparaissent : d’une part, produire
et maîtriser les données, d’autre part, être apte au
SYNTHÈSE
L’IA constitue un potentiel
qui ouvre de nouveaux
champs : accroissement
des connaissances
de manière générale,
meilleure appréhension
des besoins et des usages,
capacité de prédiction,
aide à la décision.
changement, pas uniquement au sein de chaque en-
treprise du bâtiment, mais sans doute au niveau de
la filière.
L
es premières structures à avoir utilisé l’IA sont
celles qui disposaient de beaucoup de données :
poste, télécommunications, banques, assurances,
sites de ventes…, sans parler de Google ou de Face-
book qui ont construit leur puissance sur ce nouvel or.
Avec un nombre relativement restreint d’acteurs, les
outils semblaient bien efficaces. Or, dans le bâtiment,
la question des données se révèle plus complexe pour
trois raisons :
– le secteur s’avère fragmenté : il compte de nom-
breux métiers (donc d’intervenants) et près de
400 000 entreprises de toutes tailles en France mé-
tropolitaine
1
;
– les données d’un chantier ou de toute intervention
n’apparaissent pas suffisamment organisées pour
être structurées en l’état : sauf exception, elles sont
au mieux classées dans un fichier Excel ;
– les données se révèlent rarement partagées, chacun
gardant ses prérogatives sur son domaine d’activité
ou peut-être, de manière plus prosaïque, n’y a-t-il
pas de réelle demande de partage.
D
eux facteurs viennent toutefois déjà bousculer les
pratiques. Le premier relève du BIM (Bulding In-
formation Modeling/Model/Management, processus
collaboratif s’articulant autour de bases de données),
qui devient un support de transformation. Le second
s’appuie sur le développement des objets connec-
tés. On pourrait y ajouter, de manière connexe, un
troisième facteur d’accélération : la transition écolo-
gique et énergétique qui vise une meilleure gestion
des ressources naturelles et leur préservation, et, par
conséquent, une analyse plus fine des usages et des
consommations. Il faut, par ailleurs, garder en tête
que, globalement en France, en matière de logement,
seul 1 % du parc est construit en moyenne chaque
année. Les nouveaux écoquartiers ne doivent pas
faire oublier le stock.
D
errière ces accélérateurs, se cachent plusieurs
enjeux à appréhender en matière de données :
leur typologie, leur foisonnement, leur structuration
y compris leur accès et la gouvernance à mettre en
place, leur fiabilité, l’interopérabilité des outils, la créa-
tivité qui sera générée et la cybersécurité qui mérite
une grande vigilance. Dans d’autres pays européens,
les mêmes questions se posent et la FIEC (Fédération
de l’Industrie Européenne de la Construction), dont la
FFB est membre, travaille également à un document
d’analyse de ces enjeux.
L
a conséquence majeure est que l’outil IA, s’il va
à son terme, conduira à un éclatement des fron-
tières et à une interpénétration entre la fourniture-ré-
alisation des travaux et l’offre de services. Certes, le
futur n’est pas écrit, mais la mutation, qui frappe à
notre porte, impose de s’interroger sur les nouveaux
modèles, les nouvelles tâches et les nouvelles formes
d’organisation à mettre en œuvre, d’autant que des
acteurs inattendus pourraient émerger dans le sec-
teur du bâtiment, tout comme Airbnb et Booking ont
transformé le secteur de l’hôtellerie. Pour paraphra-
ser Jean de La Fontaine
2
, on pourrait ainsi alerter sur
la situation en écrivant : « Ils ne mouraient pas tous,
mais tous étaient frappés », parce que l’IA va, sans
équivoque, devenir une technologie banale, inscrite
dans le quotidien.
D
eux sujets devront être traités, que ce soit de ma-
nière brouillonne ou par petites touches opéra-
tionnelles, car les métiers qui verront l’application de
l’IA en seront des révélateurs : la formation et le dé-
cloisonnement des acteurs de la filière. Le bâtiment
deviendra-t-il encore plus un secteur de services ? Au
Consumer Electronics Show (CES) de Las Vegas en
2019, la notion d’« expérience client ou utilisateur »
apparaissait partout dans un souci permanent d’indi-
vidualisation des réponses aux besoins et d’adapta-
tion des solutions de manière différenciée. Doivent
également être étudiées les questions juridiques qui
renvoient fortement aux craintes générées par ces
outils : la responsabilité du fait de l’IA, l’éthique et la
gestion des données.
C
es mutations ne seront toutefois possibles qu’à
la condition-clé de disposer d’une bonne qualité
d’infrastructure numérique (le réseau) sur tout le ter-
ritoire, au risque que les entreprises ne subissent une
réelle fracture numérique (désenclavement numé-
rique, haut débit pour tous).
L
a seconde condition, qui relève plutôt d’un souhait,
vise la prise en compte du secteur du bâtiment
dans les appels à projet « innovation » lancés par
les différents ministères et dont les TPE-PME sont
rarement la cible. Ces dernières, fort présentes dans
les écosystèmes locaux, représentent pourtant des
acteurs engagés en matière d’innovation, même si le
secteur du bâtiment est peu identifié comme inno-
vant. Il est important de permettre un véritable ac-
compagnement des entreprises dans leur démarche
de transition numérique en intégrant le financement
de la formation des compagnons. L’environnement
législatif doit être facilitateur.
1. En 2017, le bâtiment rassemble 1 441 000 actifs, dont
1 069 000 salariés (727 000 dans le second œuvre et 342 000
dans le gros œuvre) et 372 000 artisans. Il réalise 135 milliards
d’euros HT de travaux. Source : FFB.
2. Les Animaux malades de la Peste, Les Fables de Jean de La
Fontaine.
Intelligence artificielle et bâtiment
5
6,QWHOOLJHQFHDUWL?FLHOOHHWE?WLPHQW
Intelligence artificielle et bâtiment 7
INTRODUCTION
L
e groupe de travail mis en place par la Fédération Française du Bâtiment (FFB) sur l’intel-
ligence artificielle (IA) a montré à quel point, dans un contexte d’accélération des muta-
tions, il est nécessaire d’appréhender ce sujet – très large – de manière opérationnelle.
Rarement identifié comme un secteur d’innovation, le bâtiment se révèle pourtant, comme
tous les domaines d’activité, affecté par ces transformations. Il convient de s’y préparer.
Fruit d’une réflexion collective, ce rapport, volontairement synthétique, constitue une pre-
mière pierre à la démarche. Il montre comment l’IA peut se développer au service de nos
métiers, de nos réalisations et de nos clients, même si la simple évocation des termes
d’intelligence artificielle provoque souvent craintes et confusions. Les anglicismes, ou les
traductions littérales de mots anglais dénaturant l’approche, n’aident pas à les clarifier.
Grâce aux personnes d’univers variés, rencontrées dans le cadre de cette mission menée sur
un temps court de six mois, le rapport met en lumière la multiplicité des questions encore en
suspens. La première partie décrit le potentiel transformateur de l’outil IA, en particulier pour
le bâtiment. La deuxième explore les deux préalables indispensables pour appréhender le
changement : les données (sans lesquelles il n’y aurait pas d’IA) et l’organisation du secteur
de manière générale. La gouvernance et la structuration des données ressortent comme de
véritables enjeux dans un monde où la maquette numérique et les objets connectés consti-
tuent des facteurs d’accélération. En troisième partie, le rapport ouvre de premières pistes
pour accompagner les entreprises, quelle que soit leur taille, car la technologie ne constitue
qu’un moyen au service de projets.
En réalité, le travail démarre maintenant et, nous en sommes convaincus, il doit se pour-
suivre au bénéfice de la profession.
Bonne lecture.
Alain Piquet
Président du Groupe de travail FFB
sur l’intelligence artificielle
8,QWHOOLJHQFHDUWL?FLHOOHHWE?WLPHQW
« Chez Harry Potter, la seule évocation de Voldemort sème la terreur. Dans la
vraie vie, Voldemort n’existe pas. Mais de simples mots peuvent suffire à pro-
voquer des troubles mentaux, voire une peur panique. C’est sans doute le cas
aujourd’hui de l’expression « intelligence artificielle ». Elle recouvre une palette
d’outils d’une formidable efficacité. Mais suscite aussi un engouement et une
crainte d’une telle ampleur qu’elle finit par faire oublier de quoi il s’agit. Au
risque d’engendrer erreurs, blocages, voire délires. Il est donc urgent de ne
plus parler d’intelligence artificielle – s’il n’est pas trop tard
1
. »
Jean-Marc Vittori, Les Échos
LE GRAND BOULEVERSEMENT
(disruption)
Intelligence artificielle et bâtiment 9
Qu’est-ce que l’IA ?
Pour bien comprendre, il faut rappeler que le sujet
n’est pas nouveau, le terme souffre d’un problème de
définition et l’IA recouvre une profusion d’approches
comme de méthodes.
Une expression née dans les années 1950
La grande profusion récente d’articles ou de publica-
tions sur l’intelligence artificielle pourrait laisser penser
que ce terme est né en 2018, depuis que le rapport dit
« Villani » a mis en lumière ses potentialités et souhai-
té lui « donner un sens »
2
. L’IA s’inscrit pourtant dans
une histoire qui a vu le jour il y a plus de soixante ans
3-4
.
Elle a connu des hivers et des périodes d’accélération,
comme dans les années 2010 où la machine a dépassé
l’homme : le supercalculateur Watson d’IBM a gagné
au jeu télévisé américain Jeopardy et le programme
Alphago développé par Deepmind (Google) a battu
l’un des meilleurs joueurs de Go.
L’impulsion des dernières années s’appuie sur plu-
sieurs facteurs : une plus grande puissance de calcul
des ordinateurs, un accroissement du nombre de
données (le « carburant » de l’IA, on y reviendra en
deuxième partie ; on passe du big data au data mi-
ning) et des sociétés qui ont intégré ces technologies
dans notre quotidien (les correcteurs automatiques
d’orthographe ou la mise au point des photographies
sur nos smartphones, à titre d’exemples).
Une définition à construire
Compte tenu de sa complexité, il est plus fécond de
préciser ce qu’est l’IA par touches successives et en
se référant à différents auteurs. L’avantage de ce ca-
talogue est d’apporter de premières clés de lecture.
La terminologie officielle française (JORF du 9 dé-
cembre 2018
5
) définit l’IA comme un « champ inter-
disciplinaire théorique et pratique qui a pour objet la
compréhension de mécanismes de la cognition et de
la réflexion, et leur imitation par un dispositif matériel
et logiciel, à des fins d’assistance ou de substitution à
des activités humaines ».
Mais définir l’IA « n’est pas chose facile », d’après le
rapport Villani, car son champ apparaît « extrêmement
vaste, tant en ce qui concerne les procédures tech-
niques utilisées que les disciplines convoquées : ma-
thématiques, informatiques, sciences cognitives… ».
La même difficulté est exprimée par le Comité
économique et social européen dans un avis de
décembre 2018
6
: « il n’existe pas de définition pré-
cise de l’IA. Pour les besoins du présent avis, nous
considérons l’IA comme une discipline visant à utili-
ser les technologies numériques pour créer des sys-
tèmes capables de reproduire de manière autonome
les fonctions cognitives humaines, incluant en parti-
culier l’appréhension de données, une forme de com-
préhension et d’adaptation (résolution de problèmes,
raisonnements et apprentissage automatiques). »
Certains préfèrent d’ailleurs parler d’intelligence
augmentée plutôt qu’artificielle, ces technologies
permettant d’augmenter les capacités humaines.
Comme l’indique Yves Caseau, membre de l’Acadé-
mie des technologies, directeur des systèmes d’infor-
mation du groupe Michelin
7
, l’IA est « un ensemble
large de méthodes qui ont vocation à s’intégrer dans
l’ensemble des méthodes et outils informatiques. (…)
Le domaine de l’IA ne se réduit pas aux réseaux neu-
ronaux ou à l’apprentissage machine ». Pour savoir
quelle méthode appliquer, il propose de croiser deux
critères : le volume de données disponibles et la na-
ture de la question ou du problème à résoudre. « L’IA
ne se réduit pas à des données et à des algorithmes,
même si le point de départ de toute stratégie IA est la
constitution de larges corpus de données annotées. »
Quand Jacques Girardon interroge Yann Le Cun
8
, in-
venteur de l’apprentissage profond et l’un des plus
grands spécialistes de l’intelligence artificielle dans
le monde
9
, sur le terme d’IA qui, « ressemble[rait]
plus à une appellation marketing qu’à une définition
scientifique », Yann Le Cun répond : « C’est sûr ! L’or-
dinateur est artificiel puisqu’on lui demande d’exécu-
ter des activités considérées comme propres aux hu-
mains, voire aux animaux, mais l’intelligence ne peut
pas être artificielle. Pas plus que la logique, ou le vol.
Le vol des avions imite celui des oiseaux, mais on ne
parle pas de vol artificiel ».
Par ailleurs, Stanislas Dehaene, mathématicien et psy-
chologue, spécialiste du cerveau, rappelle que, « par
rapport à un ordinateur, le cerveau est tout de même
extraordinaire. Un organe qui dispose de quatre-
vingts milliards de neurones, donc quatre-vingts mil-
liards de processeurs, si l’on considère que chaque
neurone est une sorte de processeur… mais compac-
tés dans un espace très restreint, et qui consomment
seulement vingt watts ! À l’heure actuelle, en dépit
des avancées de l’informatique, personne ne sait
reproduire cette puissance de calcul sans consommer
cent mille fois plus d’énergie
10
».
Mais insiste-t-il également : « Plus j’y réfléchis, plus
je pense que notre cerveau est médiocre. Il me faut
à peu près une heure pour lire un article scientifique
10Intelligence artificielle et bâtiment
dont je ne me souviens même pas des détails… contre
moins d’une seconde à Google ».
Une profusion de méthodes et un outil stratégique
L’IA couvre une profusion de méthodes
11
: règles,
arbres de décision, modèles logiques ou algébriques,
ontologies, raisonnement par cas, réseaux neuro-
naux, apprentissage par renforcement, etc.
Les mots anglais ne manquent pas dans ce champ :
on parle de machine learning (apprentissage auto-
matique, sans programmation explicite), c’est-à-dire
l’ensemble des algorithmes qui permettent d’ap-
prendre en identifiant des relations entre des don-
nées (classification et segmentation automatiques)
et de produire des modèles prédictifs de manière
autonome. Le deep learning, ou apprentissage pro -
fond, permet d’aller plus loin que le machine lear-
ning : traitement des données complexes et dites non
structurées (images ou voix par exemple). Le natural
language processing – NLP (traitement automatique
du langage naturel) –, dont on parle beaucoup ac-
tuellement, en est une illustration. Le deep learning
permet aussi de générer des contenus ou d’améliorer
des contenus existants. Comme l’écrit Olivier Ezratty,
« la grande majorité des solutions commerciales d’IA
sont faites de bric et de broc, en fonction de besoins
spécifiques
1 2
».
En matière d’apprentissage automatique, sont toute-
fois pointées les « boîtes noires ». Des efforts sont
menés pour permettre de les comprendre afin de
créer la confiance, au risque sinon, selon certains,
d’entrer dans un nouvel hiver de l’IA.
Par ailleurs, il faut mentionner une distinction impor-
tante entre les deux types d’IA. L’IA dite « faible »
(weak AI), celle développée actuellement, répond à
des questions spécifiques, sans créer une quelconque
forme de conscience. Elle s’oppose à l’IA dite « forte »
(strong AI) qui viserait à reproduire des sentiments
humains et qui serait potentiellement consciente d’elle-
même et du monde. Certains chercheurs y travaillent
mais tous les experts rencontrés partagent le même
avis : nous sommes encore loin de cette IA forte !
En fait, même avec ses limites, l’IA apparaît au-
jourd’hui comme un corpus opérationnel puissant,
générateur de profondes transformations que nous
ne pouvons pas toutes imaginer. L’Académie des tech-
nologies considère la maîtrise de cet outil comme un
enjeu stratégique. « L’IA n’est pas un but en soi, mais
un moyen qui peut servir à des fins multiples et qui
est donc destiné à pénétrer la majorité des pratiques
et des environnements, dans l’entreprise comme
dans la société civile
1 3
. » (…) « Il faut faire émerger
des « centres d’essais et de validation » par domaine
d’application, regroupant industriels et chercheurs au
niveau français d’abord, puis au niveau européen. »
Mais, au-delà de ces aspects technologiques, l’IA
constitue aussi un enjeu de pouvoir comme la 5G.
Les encadrés 1 et 2, sur les stratégies américaine et
chinoise, ainsi que française et européenne, montrent
à quel point ce sujet se situe au cœur de questions
géopolitiques.
Intelligence artificielle et bâtiment 11
L’IA AU CŒUR DE LA COMPÉTITION
ENTRE LA CHINE ET LES ÉTATS-UNIS
Comme le rappelle le Sénat dans son rapport sur l’IA
14
, Vladimir Poutine
déclarait en septembre 2017 : « l’intelligence artificielle est l’avenir non
seulement de la Russie, mais de toute l’humanité (…) Celui qui deviendra
le leader dans ce domaine sera le maître du monde. » Cette déclaration
marque, selon les auteurs, l’importance du sujet pour la géopolitique mon-
diale. Et, de fait, écrivent-ils, l’IA est « au cœur de la compétition entre la
Chine et les États-Unis ».
Les États-Unis apparaissent aujourd’hui comme le leader mondial grâce
notamment aux GAFAMI (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft,
IBM). Lundi 11 février 2019, Donald Trump a d’ailleurs lancé l’American AI
Initiative, exigeant du gouvernement fédéral plus d’investissements dans
l’intelligence artificielle afin que le pays ne perde pas son avance et qu’il
renforce son leadership.
Quant à la Chine, au-delà des BATX (les quatre géants que sont Baidu, Ali-
baba, Tencent et Xiaomi, spécialisés dans le moteur de recherche, l’e-com-
merce, les réseaux sociaux et les télécommunications), elle a lancé en 2017
un plan fixant l’objectif de devenir le leader mondial dans ce domaine d’ici à
2030. Les autorités ont annoncé des investissements à hauteur de 22 mil-
liards d’euros dans l’IA d’ici à 2020 et jusqu’à 59 milliards d’ici à 2025
15
.
12Intelligence artificielle et bâtiment
UNE TROISIÈME VOIE POUR L’EUROPE ET LA FRANCE ?
Dans la continuité de sa stratégie sur l’intelligence artificielle publiée en
avril 2018, la Commission européenne a présenté, le 7 décembre 2018,
une proposition de « Plan coordonné pour le développement et l’utilisa-
tion de l’intelligence artificielle ”made in Europe“ ». Ce plan détermine
les actions que doivent engager conjointement l’Union européenne (UE)
et les États membres pour renforcer l’investissement dans le domaine de
l’intelligence artificielle. Du point de vue financier, l’objectif de la Commis-
sion européenne est de mobiliser 20 milliards d’euros d’investissements
publics et privés par an pendant dix ans (voir détails en annexe 3).
Face aux États-Unis et à la Chine, l’Europe apparaît comme la bonne
échelle pour agir selon de nombreux acteurs. L’éthique liée à l’usage de ces
technologies constitue, pour l’UE, un enjeu important, dans un contexte
où Facebook a été qualifié de « gangster numérique » par les parlemen-
taires britanniques ayant appelé à renforcer la régulation s’appliquant aux
réseaux sociaux
16
.
En France, la stratégie, annoncée par le président de la République en
2018, à la suite des recommandations du rapport Villani, s’articule autour
de quatre défis :
• renforcer l’écosystème de recherche en IA pour attirer les meilleurs ta-
lents ;
• développer une politique d’ouverture des données, en particulier dans les
secteurs où la France dispose déjà d’un potentiel d’excellence, comme la
santé ;
• créer un cadre favorable à l’émergence de champions de l’IA et à une
économie de l’IA ;
• engager l’État dans l’appropriation des enjeux éthiques et politiques de
l’IA, notamment pour permettre de garantir la loyauté et la légalité des
algorithmes ainsi que pour soutenir la recherche sur leur contrôle et la
définition d’une éthique de leur usage.
L’État a par ailleurs décidé de soutenir la constitution d’un réseau compo-
sé d’un petit nombre d’Instituts Interdisciplinaires d’Intelligence Artificielle
(Instituts dits « 3IA »).
Début décembre 2018, a également été annoncée la création d’un G2IA
entre la France et le Canada, une alliance qui vise à promouvoir une intelli-
gence artificielle éthique et inclusive : un moyen pour deux « petits pays »
de miser sur leurs forces pour se distinguer dans une bataille économique
mondiale dominée par les États-Unis et la Chine.
Intelligence artificielle et bâtiment 13
À quoi sert concrètement l’outil IA ?
L’intelligence artificielle ne se résume pas à quelques
usages symboliques comme le correcteur d’ortho-
graphe, elle constitue un potentiel qui ouvre des
champs nouveaux. La Commission Nationale de
l’Informatique et des Libertés (CNIL) a identifié cinq
grandes fonctions des algorithmes et de l’IA
17
, pré-
sentées ici avec quelques illustrations dans différents
secteurs :
• gérer des connaissances : en matière de santé,
nous pouvons imaginer tirer profit de la quantité
immense de publications scientifiques (lecture plus
rapide et rédaction de synthèse). Dans le domaine
de la culture, nous avons vu récemment la vente
aux enchères, chez Christie’s, d’un tableau conçu
par un programme d’intelligence artificielle, adjugé
432 500 dollars
18
;
• apparier une offre à une demande (faire du
matching) : les exemples les plus parlants de mise
en œuvre sont ceux liés à l’éducation (répartir les
candidats au sein des formations d’enseignement
supérieur comme le système « APB – Admission
Post-Bac ») et aux ressources humaines (faire cor-
respondre une liste de candidatures avec une offre
d’emploi) ;
• prédire : on y reviendra quand on évoquera le sec -
teur du bâtiment car c’est sans doute un axe majeur
pour nos métiers, en matière de maintenance pré-
dictive notamment ou de consommations d’éner-
gie. On peut également citer l’usage de drones pour
la surveillance d’infrastructures afin de permettre
un suivi et transmettre des alertes le cas échéant ;
• recommander : en termes de marketing, ceux qui
pratiquent Internet en voient les usages tous les
jours (recommandations de livres, de séries, de
vêtements, de voyages, d’équipements… selon
leurs consommations passées) mais cela peut aus-
si concerner une individualisation des réponses en
matière scolaire ;
• aider à la décision : les usages se révèlent multi-
ples et vont de l’appui aux diagnostics médicaux
jusqu’aux propositions du plus court chemin entre
deux lieux, en passant par les analyses d’images sa-
tellitaires ou de données chimiques et biologiques
(composition des sols) pour l’agriculture.
Dans cette catégorie, nous pourrions ajouter une fonc-
tion, celle de « piloter ». L’humain délègue la conduite
à la voiture autonome par exemple.
Pour aller plus loin encore en matière d’illustration,
regardons la portée concrète de l’IA dans six secteurs.
Dans l’aéronautique, Airbus utilise l’intelligence arti-
ficielle à des fins de reconnaissance de forme. « Ap-
prendre à un système à reconnaître sur une photo-
graphie aérienne d’une zone maritime les différents
navires présents peut servir, par exemple, à confron-
ter l’emplacement des embarcations ainsi repérées
aux signaux émis par les balises et à identifier des
navires en perdition ou qui cherchent à se soustraire à
la surveillance maritime. (…) Depuis quelques années,
les progrès de ces techniques sont tels que la ma-
chine surpasse désormais l’humain pour la fiabilité de
l’identification de navires parfois difficilement distin-
guables de nuages
19
. »
Dans l’automobile, on peut citer l’exemple du Groupe
PSA en matière de maintenance prédictive. Ce sec-
teur « connaît une phase de transformation profonde
sous l’effet de l’utilisation de l’intelligence artificielle
qui devient incontournable
20
». [Les équipes d’ex-
perts PSA en intelligence artificielle ont mis en place
du machine learning pour détecter les pannes en pré -
ventif. (…) Sur la base des essais de roulage réalisés
en interne, il s’agit d’apprendre à reconnaître les dé-
fauts déjà identifiés dans nos référentiels. Le défaut
est annoté pour identifier des « signaux faibles » anti-
cipant un possible dysfonctionnement vu du client
21
.]
Dans le domaine de la santé, Nicholas Ayache, direc-
teur de recherche à l’Inria, évoque une IA « au service
d’une médecine aux 4P : plus précise, plus person-
nalisée, plus prédictive, plus préventive ». Selon lui,
« l’objectif est de mieux soigner le patient en assis-
tant le médecin sans le remplacer, et notamment
sans remplacer ses qualités comme la compassion,
la compréhension, la créativité, la conscience profes-
sionnelle et l’esprit critique, qui restent l’apanage de
l’intelligence naturelle
22
».
Dans le domaine des services financiers (banque et
assurance), un document de réflexion, publié en dé-
cembre 2018 par l’Autorité de Contrôle Prudentiel et
de Résolution (ACPR)
23
, fait état des progrès réalisés
en IA et dont tirent parti les acteurs financiers. Pour
les auteurs, « des facteurs plus généraux favorisent en
outre ces progrès ». Ils citent l’« attente des consom-
mateurs, habitués à des services digitalisés de plus en
plus rapides et ergonomiques ; une confiance accrue
de ces derniers envers la technologie ; la maturité des
solutions technologiques et des méthodes associées,
notamment en matière de sécurité informatique et
de méthode de travail agile ». Comme dans d’autres
secteurs, la maîtrise de l’IA constitue un enjeu
14Intelligence artificielle et bâtiment
stratégique et les usages apparaissent multiples :
mieux comprendre les besoins, améliorer la qualité
des processus de détection du blanchiment, réaliser
des économies d’échelle en automatisant certaines
tâches répétitives, etc.
Le secteur de l’assurance se révèle également pro-
pice à l’usage de l’IA, à la fois parce qu’il dispose de
grands volumes de données et qu’il s’appuie sur un
certain nombre de tâches répétitives. La Fédération
Française de l’Assurance a d’ailleurs lancé un groupe
de travail IA en 2017. Les champs possibles d’utilisa-
tion de l’IA s’avèrent multiples : de la conception du
produit à la relation client en passant par la gestion
des sinistres. Ce sont des opportunités d’améliora-
tion de la connaissance des clients et de la capacité à
apporter des réponses adaptées. Il s’agit également
de viser de meilleures conditions de travail, grâce au
machine learning pour les actions rébarbatives notam -
ment. Chez Orange aussi, on parle désormais de « Di-
rection de la Relation Client Augmentée
24
».
En matière d’apprentissage, on peut citer les tra-
vaux de Pierre-Yves Oudeyer, notamment prix Inria –
Académie des sciences du jeune chercheur 2018, qui
s’est intéressé à l’intelligence artificielle pour com-
prendre l’intelligence humaine. Avec l’équipe du pro-
jet Flowers (lire encadré), il conduit un chantier de
modélisation algorithmique de la motivation intrin-
sèque au service de l’apprentissage humain.
RENDRE LES ROBOTS CURIEUX ?
« L’objectif de l’équipe Flowers (Inria et Ensta
ParisTech) est de mettre au point et d’étudier
des mécanismes qui permettent à des machines
et à des robots d’apprendre des savoir-faire
nouveaux pour pouvoir interagir dans des envi-
ronnements physiques et sociaux initialement
inconnus et changeants. L’approche consiste à
extraire des concepts et des mécanismes de la
psychologie développementale (Piaget, Vygotski,
Berlyne, Gibson...), et de les importer dans des
modèles robotiques opérationnels, de telle ma-
nière qu’un robot puisse explorer et apprendre
des choses nouvelles de même que les enfants
humains. Ainsi, Flowers s’inscrit dans le domaine
émergent de la robotique développementale/épi-
génétique et de la cognition située et incarnée.
L’hypothèse générale est qu’une telle approche
peut aider à établir les fondations de nouveaux
types de mécanismes permettant de rendre les
robots beaucoup plus robustes quand ils sont
face à des espaces inconnus et à des tâches que
les ingénieurs qui les ont conçus ne connaissent
pas à l’avance. Enfin, l’opérationnalisation et l’im-
plémentation de théories en psychologie déve-
loppementale fournissent en retour l’opportunité
d’en tester leur cohérence interne. Parmi les prin-
cipes développementaux qui caractérisent les en-
fants humains et peuvent être utilisés dans des
robots développementaux, Flowers se focalise
sur les trois principes suivants :
• l’exploration est progressive (…) ;
• les représentations internes sont en
partie apprises et adaptatives (…) ;
• l’exploration peut être auto-guidée et/ou
socialement guidée. »
Source : site Internet de l’Inria,
https://www.inria.fr/equipes/flowers
Intelligence artificielle et bâtiment 15
L’outil IA pour le bâtiment
Les paragraphes précédents ont illustré les enjeux
multiples et majeurs que peut recouvrir l’outil IA, au
service de projets humains menés par des humains
s’il fallait le rappeler.
Le bâtiment n’échappera pas à cette lame de fond
même si, comme évoqué en deuxième partie, de
nombreuses questions organisationnelles se posent.
Le spectre des impacts et des usages se révèle large,
de la filière tout entière aux seules entreprises, en
passant par les chantiers. L’IA constitue aussi une op-
portunité à saisir pour rendre attractifs les métiers
du bâtiment (changement de l’image et nouvelles fa-
çons de travailler) et pour faire des entreprises des
productrices conscientes de données, ces dernières
ayant bien entendu de la valeur
25
.
De nombreux experts s’accordent à dire que les mé-
tiers du bâtiment et les processus mis en œuvre bé-
néficieront des apports de l’intelligence artificielle
26
.
Sans être exhaustive, la liste qui suit met en lumière
de manière concrète des tâches dont la réalisation
pourrait très probablement être accompagnée par
de l’IA à moyen terme.
Conception / chantier
Favoriser le développement de simulations à partir
de données pré-implémentées ou de précédents
cas d’usage, en intégrant les contraintes réglemen-
taires (plans locaux d’urbanisme…) ;
optimiser des plans (recollement, synthèse,
facilitation de la constitution des Dossiers des Ou-
vrages Exécutés - DOE, grâce aux casques connec-
tés, retraitement des nuages de points, création
d’un double virtuel du bâtiment) ;
améliorer la connaissance des sols et sous-sols
(composition, réseaux…)
27
;
s’assurer, via des capteurs, que la formulation du
béton a bien été conservée dans le temps ;
faciliter la réalisation de certaines opérations déli-
cates ou dangereuses : aides à la précision à par-
tir de lunettes connectées ou grâce à des robots
qui pourraient intervenir sur des espaces présen-
tant des risques (chantiers de désamiantage par
exemple) ;
faciliter la tâche des chefs de chantier qui, confron-
tés à une difficulté, pourraient interroger une IA
(entraînée avec de nombreux cas d’usage et re-
tours d’expérience) via un chatbot ;
mieux gérer les approvisionnements de chantiers ;
transcrire, par écrit et en direct, des comptes ren-
dus de chantiers énoncés oralement ;
permettre de mieux maîtriser ou d’anticiper les
aléas/risques de chantiers (temps, budgets, défail-
lances…) et, de manière plus générale, améliorer la
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LE BÂTIMENT ET LES SUPPORTS DE L’IA
BIM
BIG
DATA
Réalité virtuelle
et réalité
augmentée
Réalité mixte
Robots
Internet
des objets
Engins
autonomes
Blockchain
Drones
Exo-
squelettes
16Intelligence artificielle et bâtiment
coordination (ordonnancement, planning, chemin
critique, recalage automatique...) des différents
corps d’état ;
alerter lorsqu’un compagnon réalise un mauvais
geste pour sa santé, ce qui réduirait les accidents
du travail, ou le doter de chaussures connectées,
notamment pour les travailleurs isolés (capacité à
reconnaître des situations où la personne est en
difficulté) ;
inspecter des chantiers via des robots et des drones
(détection de malfaçons, suivi de la progression
des travaux) ;
prédire des comportements de matières (dureté du
béton), de pièces ou de points d’usure avec des
capteurs vibratoires par exemple, et permettre
une meilleure gestion de la maintenance d’équipe-
ments (maintenance prédictive ou proactive, voire
automatisée à distance dans certains cas) ;
prédire le volume quotidien de déchets sur un
chantier ;
réduire les réserves à la livraison en travaillant sur
les processus de coordination.
Exploitation / maintenance des bâtiments
Grâce aux objets connectés, améliorer la qualité de
l’air et le confort intérieur des locaux (logements,
bureaux, entrepôts, bâtiments administratifs et
équipements publics, locaux agricoles) ;
mieux anticiper les pathologies du bâtiment et/ou
le SAV, voire être en capacité d’analyser la sinis-
tralité (analyse des données liées aux sinistres) et
créer un outil de prévention des risques du bâti-
ment ;
optimiser la gestion des ressources (eau, air) et des
énergies (gaz, fioul, bois, charbon, vapeur, électri-
cité, énergies renouvelables).
Amont / besoins / chiffrages
Mieux qualifier les besoins des clients potentiels
et des demandes entrantes ou aider à la mise en
place de configurateurs de devis (permettant éga-
lement d’aller plus vite dans les réponses) ;
gérer les réponses courantes aux clients (par
exemple : confirmation de dates d’intervention,
planning, relance de devis…) ;
accompagner la prise de décisions (aider à réaliser
des choix objectifs) ;
rechercher et identifier les prospects (marketing
ciblé) ;
gérer des appels d’offres, grâce au NLP, en ex-
trayant et classifiant des informations de docu-
ments ;
alerter en matière de facturation/finances et de
comptabilité.
Gestion / talents / compétences
En matière de ressources humaines, permettre de
recruter les talents adaptés aux besoins ;
adapter les formations et fidéliser les personnels ;
reconnaître les pièces comptables, gérer des
alertes ;
gérer les questions de maintenance interne à l’en-
treprise (par exemple : parcs de véhicules ou autres
matériels) ;
etc.
L’émergence de la commande vocale pourrait aussi
révolutionner les pratiques : certains prédisent déjà
qu’elle va conduire à la fin des interfaces graphiques
pour certains usages (fin des modes d’emploi papier
livrés avec les chaudières ou autres appareils élec-
triques par exemple) et que des interactions seront
possibles avec des objets sans avoir à recourir à des
écrans de smartphone notamment.
Ces exemples montrent le large champ des pos-
sibles : l’IA constitue un facilitateur, un moyen à
ajouter à la caisse à outils.
Les technologies de blockchain n’ont pas été évo-
quées jusqu’ici car il s’agit d’un sujet connexe. Mais
elles vont également transformer le secteur, et les
données sécurisées qu’elles génèreront pourront
s’intégrer aux flux mobilisables par l’IA (lire encadré
ci-contre).
Intelligence artificielle et bâtiment 17
BLOCKCHAIN ET BÂTIMENT
Le CES (Consumer Electronics Show) de Las
Vegas de janvier 2019 a confirmé le potentiel
transformateur de la blockchain : au-delà des
enjeux liés aux crypto-monnaies, elle ouvre la
possibilité de réaliser des contrats sans tiers
intermédiaire (rapidité des échanges, gains de
temps et d’argent, décentralisation), même si
la technologie n’apparaît pas encore mature.
Elle tend à renouveler les rapports de transac-
tion et de consommation. Dans le secteur de
l’énergie par exemple, elle pourrait conduire
à limiter le besoin d’intermédiaires, à gérer
les échanges ou à mieux contrôler les quotas
d’émissions et les certificats.
À noter qu’In’li (groupe Action Logement)
a signé, le 20 décembre 2018, un contrat
« blockchainé » pour la construction de 50 lo-
gements au Blanc-Mesnil, en Seine-Saint-
Denis 28.
Dans un rapport de l’Assemblée nationale de
décembre 2018
29
, les auteurs indiquent que
« le fonctionnement des blockchains paraît de
nature à empêcher qu’un acteur tire une ré-
munération ou une “rente” de sa position d’in-
termédiaire entre consommateurs et fournis-
seurs. Ce modèle pourrait remettre en cause
l’économie des plateformes numériques ».
Selon eux, la blockchain « pourrait puissam-
ment contribuer à l’émergence de l’Internet
des objets ». Se pose ainsi la question de
l’usage des données et de l’interconnexion
des bases. La blockchain conforte par ailleurs
les mouvements de dématérialisation et de
simplification en matière d’actes administra-
tifs (sont potentiellement concernés les auto-
risations ou permis de construire).
18Intelligence artificielle et bâtiment
1. Extrait de la chronique de Jean-Marc Vittori, intitulée « Ne m’ap-
pelez plus jamais intelligence artificielle ! », publiée dans Les
Échos, datés du 5 février 2019.
2. « Donner un sens à l’intelligence artificielle. Pour une stratégie
nationale et européenne. », rapport de la mission parlementaire,
du 8 septembre 2017 au 8 mars 2018, confiée à Cédric Villani,
mathématicien et député de l’Essonne.
3. Jean-Claude Heudin précise que le terme « Artificial Intelligence »
fut proposé pour la première fois par John McCarthy en 1955,
professeur au MIT et l’un des pères fondateurs du domaine. Il
rappelle toutefois que c’est un texte d’Alan Turing qui constitue
le véritable acte de naissance de l’intelligence artificielle (Com -
puting Machinery and Intelligence, Turing, 1950) et dans lequel il
posait la question : « Est-ce que les machines peuvent penser ? »
Source : Intelligence artificielle – manuel de survie, octobre
2017, Science eBook (ISBN 978-2-37743-001-7). http:/science-
ebook.com
4. L’objet de ce rapport n’est pas de décrire l’histoire de l’IA. Elle a
largement été rédigée et commentée. Voir notamment l’e-book
d’Olivier Ezratty accessible via son blog https://www.oezratty.
net/wordpress/2017/usages-intelligence-artificielle-ebook/.
5. Vocabulaire de l’intelligence artificielle, voir annexe 4.
6. Avis du Comité économique et social européen sur « L’intelli-
gence artificielle : anticiper ses impacts sur le travail pour assurer
une transition équitable », publié au JOUE le 6 décembre 2018.
7. Article intitulé « Accompagner la dissémination de l’intelligence
artificielle pour en tirer parti » et publié dans les Annales des
Mines, Enjeux numériques N° 1, mars 2018.
8. La plus belle histoire de l’intelligence. Des origines aux neurones
artificiels : vers une nouvelle étape de l’évolution, de Stanislas
Dehaene, Yann Le Cun, Jacques Girardon, Éditions Robert Laf-
font, p. 153.
9. Yann Le Cun a créé le Center for Data Sciences à l’université de
New York. Il est directeur du FAIR, le centre de recherche en IA
de Facebook.
10. Dans le rapport Villani, un des points soulevés vise à « penser
une IA moins consommatrice d’énergie ».
11. Pour une présentation complète des technologies, voir le cha-
pitre 1 (« état de l’art technologique ») du rapport de février
2019, intitulé « Prospective. Intelligence artificielle – état de
l’art et perspectives pour la France », présenté par le Pôle In-
terministériel de Prospective et d’Anticipation des Mutations
Economiques (PIPAME), le Commissariat général à l’égalité
des territoires, la Direction générale des entreprises et TECH
IN France.
12. « Les usages de l’intelligence artificielle », par Olivier Ezratty,
novembre 2018. E-book en ligne sur le site de l’auteur (https://
www.oezratty.net/wordpress/2018/usages-intelligence-artifi-
cielle-2018/).
13. Rapport de l’Académie des technologies « Renouveau de l’In-
telligence artificielle et de l’apprentissage automatique », mars
2018.
14. Rapport d’information (n°279) fait au nom de la commission
des affaires européennes sur la stratégie européenne pour l’in-
telligence artificielle, par MM. André Gattolin, Claude Kern, Cy-
ril Pellevat et Pierre Ouzoulias, Sénateurs, enregistré à la Prési-
dence du Sénat le 31 janvier 2019.
15. Rapport du Sénat cité.
16. Voir article sur le site Le Figaro.fr, Facebook qualifié de « gangs-
ter numérique » par les parlementaires britanniques, 18 février
2019, Le Figaro.fr avec AFP.
17. Rapport « Comment permettre à l’homme de garder la main ?
Les enjeux éthiques des algorithmes et de l’intelligence artifi-
cielle. Synthèse du débat public animé par la CNIL dans le cadre
de la mission de réflexion éthique confiée par la loi pour une
République numérique », décembre 2017.
18. Voir l’article de Nicolas Six, publié le 26 octobre 2018 par le
journal Le Monde, « Un tableau conçu par un programme d’in-
telligence artificielle adjugé 432 500 dollars ».
19. Exemple mentionné par la CNIL dans son rapport de
décembre 2017, déjà cité.
20. Publication CIGREF (association des grandes entreprises et
administrations publiques françaises), octobre 2018. « L’intel-
ligence artificielle en entreprise. Stratégies, gouvernances et
challenges de la data intelligence ».
21. Yves Français (Innovation Project Manager), Matthieu Donain
(AI Research engineer, Head of OpenLab AI), Guillaume Gruel
(Head of Engineer & Quality Data Service), Groupe PSA, cités
dans le rapport CIGREF précédemment mentionné.
22. Source : Libération, hors-série L’IA au cœur de l’humain – com-
ment l’intelligence artificielle change nos vies, décembre 2018
- février 2019.
23. « Intelligence artificielle : enjeux pour le secteur financier. Do-
cument de réflexion », décembre 2018. Auteurs : Olivier Fliche,
Su Yang – Pôle Fintech-Innovation, ACPR – Banque de France.
24. Programme AI France Summit, 19 février 2019.
25. Sous réserve de les analyser et de les utiliser.
26. À titre d’illustration, Clémentine Buton, Lexfinity, a cité
quelques start-up IA dont on reprend ici certains noms en men-
tionnant des usages possibles : deepomatic (la reconnaissance
visuelle au service des entreprises - tri des déchets, sécurité
chantiers, maintenance prédictive…), Veesion (amélioration de
la surveillance/sécurité grâce à la vidéo), Julie Desk (conversa-
tions automatiques, gestion des prises de rdv et de plannings),
Aida-SwissLife (assistant vocal B to B au service des commer-
ciaux de terrain), yseop (génération automatique de texte,
« faire parler » les données…), ST life.augmented – STMicroe-
lectronics (IA dans un détecteur de mouvements), e.vone (la
chaussure connectée).
27. Pour information, l’AI au service de la sismologie. Cf. article
des Échos du lundi 18 février 2019, « De nouvelles découvertes
secouent la sismologie », Paul Molga.
« Deux articles publiés dans la revue Nature Geoscience en
décembre [2018] confirment son intérêt [de l’IA]. Le groupe
de sept chercheurs du Los Alamos National Laboratory signa-
taires de l’étude a eu une idée originale : entraîner un système
d’apprentissage automatique machine learning à écouter une
zone sismique pour y trouver les signes d’une activité future.
(…) “Cette écoute nous a révélé le comportement intime de la
faille et a permis de prévoir la déformation et le déplacement
des plaques“, résume Paul Johnson, un des auteurs de l’étude.
Mais impossible encore de détecter des signes avant-coureurs
de séismes, ni d’écrire leur équation. »
28. D’après le communiqué de presse d’In’Li, le dossier original de
120 documents a été compacté en un document de seulement
7 pages grâce au système développé par ContractChain (start-
up de l’In’Li Lab) qui authentifie et horodate les documents ori-
ginaux sur la blockchain Bitcoin.
29. Dans le cadre d’une mission d’information présidée par Julien
Aubert (LR), un rapport sur les chaînes de blocs a été présenté,
en décembre 2018, par les députés Laure de La Raudière (UDI)
et Jean-Michel Mis (LREM).
,QWHOOLJHQFHDUWL?FLHOOHHWE?WLPHQW 19
Les rencontres avec les différents experts auditionnés lors de cette mission
ont permis de mettre en lumière deux préalables fondamentaux pour réus-
sir la mutation (l’orientation, l’intégration) vers l’IA : produire et maîtriser
les données (de nombreuses questions perdurent sur ce point) et faire preuve
d’une capacité au changement en matière d’organisation, pas uniquement
au sein de chaque entreprise du bâtiment, mais sans doute au niveau de toute
la filière.
DEUX EXIGENCES PRÉALABLES
POUR UNE MUTATION MAÎTRISÉE
20Intelligence artificielle et bâtiment
Les données
Les premières structures à avoir utilisé l’IA sont celles
qui disposaient de beaucoup de données : la poste,
les télécommunications, les banques, les assurances,
les sites de ventes…, sans parler de Google, fondé en
1998, ou de Facebook, créé en 2006, avec aujourd’hui
plus de deux milliards d’utilisateurs, qui ont construit
leur puissance sur ce nouvel or. Avec un nombre re-
lativement restreint d’acteurs, les outils semblaient
bien efficaces.
Dans le bâtiment, la question des données se révèle
plus complexe pour trois raisons. De manière simpli-
fiée :
• le secteur s’avère fragmenté (lire encadré ci-des-
sous) : il compte de nombreux métiers (donc d’inter-
venants) et près de 400 000 entreprises de toutes
tailles en France métropolitaine ;
• les données d’un chantier ou de toute intervention
n’apparaissent pas suffisamment organisées pour
être structurées en l’état : sauf exception, elles sont
au mieux classées dans un fichier Excel ;
• les données se révèlent rarement partagées, chacun
gardant ses prérogatives sur son domaine d’activité
ou peut-être, de manière plus prosaïque, n’y a-t-il
pas de réelle demande de partage.
Toutefois, au moins deux facteurs viennent déjà
bousculer les pratiques.
Le premier relève du BIM (Building Information Mo-
deling/Model/Management), qui devient un support
de transformation. Le BIM constitue un processus
collaboratif s’articulant autour de bases de don-
nées qui doivent être complétées et mises à jour par
chaque intervenant, au fur et à mesure de l’avance-
ment du projet, sur l’ensemble du cycle de vie du
bâtiment. Le BIM peut alors être défini comme un
processus de création, de collecte et d’utilisation des
données
1
, voire de représentation des données décri-
vant le projet, ainsi que d’organisation des méthodes
entre tous les acteurs. Il n’existe pas de différence a
priori entre le neuf et l’existant, hormis le fait que,
pour le second champ, les informations relatives au
site et à l’environnement du projet apparaissent bien
plus nombreuses et contraignantes. L’évolution des
relevés par « nuages de points », plus précis dans le
rendu et l’analyse, permet de dépasser cette dichoto-
mie. L’intérêt de l’outil reste le même : capitaliser et
partager l’information (géométrie, matériaux, signa-
ture numérique d’usage du bâtiment…). La maquette
numérique constitue la mémoire du projet immobilier
(traçabilité, sécurité…), d’où un lien évident avec l’ex-
ploitation et, en relation avec la thématique de l’IA, la
maintenance prédictive.
Dans la continuité du Plan Transition Numérique dans
le Bâtiment (PTNB), le Plan BIM 2022 a été signé
le 15 novembre 2018 dans le cadre des Assises du
logement. Doté d’un budget de 10 millions d’euros
pour la modernisation de la filière, il vise à mettre à
disposition des acteurs les éléments les plus ouverts
possibles pour généraliser l’utilisation du numérique
dans la construction d’ici à 2022.
On parle d’ailleurs également désormais du CIM (City
Information Modeling), déclinaison à l’échelle urbaine
du BIM (voirie, réseaux d’eau, d’énergies, de Wi-Fi,
végétaux, gestion des eaux pluviales, gestion des dé-
chets, mobilier urbain, bâtiments…). Il faut par ailleurs
garder en tête que, globalement en France, en ma-
tière de logement, seul 1 % du parc est construit en
moyenne chaque année. Les nouveaux écoquartiers
ne doivent pas faire oublier le stock.
LE BÂTIMENT EN CHIFFRES
En France métropolitaine, le bâtiment, en 2017 :
• compte 392 000 entreprises (dont 68 000
sous le régime de l’auto-entrepreneur ou de
la microentreprise») ;
• rassemble 1 441 000 actifs, dont 1 069 000
salariés (727 000 dans le second œuvre et
342 000 dans le gros œuvre) et 372 000 arti-
sans ;
• réalise 135 milliards d’euros HT de travaux.
Il équivaut à la moitié de l’industrie ou à deux
fois les activités de banque et d’assurance.
Le bâtiment recouvre par ailleurs une diversité
de métiers : agencement, amiante, carrelage-
mosaïque, charpente-menuiserie parquets,
construction immobilière, construction métal-
lique, déconstruction-recyclage, échafaudage,
enduits de façade, entreprises générales, en-
veloppe métallique du bâtiment, étanchéité,
fermetures et stores, finitions, génie clima-
tique-couverture et plomberie, gestion de
l’énergie, installation électrique, isolation, joints
et façades, maçonnerie-gros œuvre, menuiserie
aluminium, métallerie, montage-levage, monu-
ments historiques, photovoltaïque, plâtre-iso-
lation, protection incendie, sols industriels,
sols-résines, thermique industrielle, travaux en
hauteur, verre-miroiterie…
Source : FFB.
Intelligence artificielle et bâtiment 21
Le second facteur s’appuie sur le développement
des objets connectés. On les voit apparaître sur les
différents segments d’activité (compteurs et capteurs
variés, serrures ou miroirs connectés, ampoules fonc-
tionnant avec l’outil de reconnaissance vocale Alexa
d’Amazon, etc.) et dans toutes les pièces de la maison
ou des bureaux. Ce développement renvoie à deux
questions : la première porte sur les services attendus
(le bâtiment comme un service ?). La seconde vise la
donnée à proprement parler. Si aujourd’hui les profes-
sionnels du bâtiment posent ces capteurs, on peut se
demander comment, demain, ils bénéficieront de la
ressource que constitue la donnée ainsi récupérable,
entre les grands groupes industriels, concepteurs des
objets, et le client final.
On pourrait y ajouter, de manière connexe, un troi-
sième facteur d’accélération : la transition écolo-
gique et énergétique qui vise une meilleure gestion
des ressources naturelles et leur préservation. Le
secteur du bâtiment est fortement impliqué dans
la construction durable, par exemple au travers de
l’expérimentation E+/C- (bâtiments neufs à énergie
positive et à bas carbone), des travaux sur l’écono-
mie circulaire et des démarches visant une meilleure
gestion des déchets. S’y ajoutent tous les enjeux de
rénovation énergétique des bâtiments existants. De
manière générale, les données constituent une op-
portunité pour la meilleure gestion des énergies et
des matériaux notamment.
Derrière ces accélérateurs se cachent sept enjeux
majeurs pour le secteur du bâtiment en matière de
données :
• la typologie des données : de quelles données
2
parle-t-on ?
• En effet, comme souligné par Maître Olivier de
Maison Rouge
3
, « on pourra s’étonner de trouver
la donnée être désignée en tant que telle dans de
nombreux textes légaux, réglementaires et même
normatifs sans que pour autant aucun n’en donne la
définition ». La donnée acquiert de la valeur quand
elle devient renseignement. Selon lui, « cette valeur
acquise, la donnée-renseignement demeure cepen-
dant de libre parcours, à l’instar des idées, faute de
protection légale associée ». Et pour passer de la
donnée au renseignement, cela suppose trois condi-
tions, résumées par la règle des trois V : volume,
vitesse (capacité de calcul), variété ;
• le foisonnement des données, structurées ou non,
analysées ou non à ce stade : face au potentiel qui
s’ouvre, il s’agira de bien appréhender les besoins,
les éléments utiles, le flux et le stock… ;
• la structuration : les entreprises sont-elles prêtes
à travailler ensemble en matière de données ? Cet
enjeu d’horizontalité et de coopération devient pré-
gnant et derrière lui se cachent ceux de l’accès et
de la gouvernance de la donnée, voire l’acceptabilité
par les usagers des technologies d’IA. Faut-il et/ou
est-on en capacité de reconstituer des historiques
par exemple ? Quelles données serait-on capable de
récupérer aujourd’hui ? Question connexe : quelle ca-
pacité de stockage vu l’énergie nécessaire pour les
serveurs ?
• la fiabilité : ce sujet de qualité paraît fondamental
alors que le changement d’un seul pixel sur une pho-
tographie peut modifier du tout au tout la conclusion
de la machine (exemples dits « adversariaux » avec
des modifications ciblées : un panneau « stop » de-
vient « vitesse limitée à 45 »). On peut aussi citer
des « empoisonnements » pendant l’apprentissage
ou les deep fakes (impostures profondes) comme
la vidéo de synthèse recréant une intervention de
Barack Obama ;
• l’interopérabilité : la profusion des systèmes ou d’ob-
jets sous différentes marques permettra-t-elle d’ap-
préhender toute la chaîne sans rupture ? Ou souhaite-
t-on la cloisonner volontairement ?
• la créativité : la modélisation se révélera-t-elle né-
faste à la créativité ou, au contraire, une meilleure
connaissance de l’ensemble de la chaîne sera-t-elle
source de nouveautés ?
• la cybersécurité : comment s’organiser pour proté -
ger les données ? Dans quel cadre juridique s’ins-
crit-on ? Quel contrôle des algorithmes ?
Dans d’autres pays européens, les mêmes questions
se posent. Ainsi, l’Association Danoise de Construc-
tion (Dansk Byggeri) a rédigé un mémo sur les don-
nées. La FIEC (Fédération de l’Industrie Européenne
de la Construction), dont la FFB est membre, travaille
également à un document d’analyse de ces enjeux.
En quelques mots, et à ce stade des réflexions, on
peut citer les interrogations suivantes :
• comment assurer un égal accès à la donnée ?
• qui doit compiler les données ?
• comment gérer les données, notamment celles gé-
nérées de manière automatique ?
• quels sont les fondamentaux pour construire la don-
née ?
Ces réflexions posent systématiquement la question
fondamentale de la qualité des données. Parmi les
risques identifiés plus haut, celui lié à la fiabilité et aux
biais, qui peuvent se révéler discriminants, s’avère
majeur.
Parler de la donnée n’est pas un moyen de se dé-
tourner du sujet mais au contraire de se concentrer
sur l’essentiel, car sans données, il n’y a pas d’IA. La
conséquence majeure est que l’outil IA, s’il va à son
terme, grâce aux données, conduira à un éclatement
des frontières et à une interpénétration entre la four-
niture-réalisation des travaux et l’offre de services.
C’est de cette seconde mutation ou exigence dont
nous allons parler maintenant.
22Intelligence artificielle et bâtiment
L’organisation
Certes, le futur n’est pas écrit, mais la mutation, qui
frappe à notre porte, impose de s’interroger sur les
nouveaux modèles, les nouvelles tâches et les nou-
velles formes d’organisation à mettre en œuvre, d’au-
tant que des acteurs inattendus pourraient émerger
dans le secteur du bâtiment, tout comme Airbnb et
Booking ont transformé le secteur de l’hôtellerie. La
disruption serait alors totale. La comparaison avec le
domaine du livre paraît également éclairante. « Ce
sera un peu comme à l’époque de l’apparition de l’In-
ternet : au début, une librairie traditionnelle créait une
page Web et se considérait comme une librairie en
ligne – ce qu’elle n’était pas. Ce n’est que plus tard
que des sites Web comme Amazon sont apparus
4
».
Pour paraphraser Jean de La Fontaine, on pourrait
ainsi alerter sur la situation en écrivant : « Ils ne mou-
raient pas tous, mais tous étaient frappés
5
» parce
que l’IA va, sans équivoque, devenir une technolo-
gie banale, inscrite dans le quotidien. Selon Olivier
Ezratty, « l’IA va très rapidement devenir une com-
modité. Dans quelques années, il n’y aura plus de
marché de l’IA. Il se confondra avec celui de l’infor-
matique et du numérique, tant dans le grand public
que dans les entreprises. La question clé sera alors
son adoption par l’ensemble des entreprises et bien
moins dans la création d’une industrie numérique de
l’IA où les jeux auront été faits. On parlera alors de
rattrapage des TPE et des PME, comme on a dû le
faire – et pas terminé – pour Internet
6
. »
En matière d’organisation – que ce soit pour le sec-
teur en général ou pour les entreprises, deux su-
jets méritent donc d’être appréhendés aujourd’hui,
même de manière brouillonne ou par petites touches
opérationnelles : la formation et le décloisonnement
des acteurs de notre filière.
La formation
En France, environ 2,5 millions d’enfants sont scola-
risés en pré-élémentaire (maternelle) en 2017-2018.
S’ils sont diplômés des écoles françaises dans quinze-
vingt ans, c’est-à-dire en 2033-2038, ils passeront
pratiquement toute leur vie professionnelle dans la
seconde moitié du XXI
e
siècle.
Il importe d’appréhender, dès maintenant et dans les
années qui viennent, les mutations nécessaires des
compétences en s’interrogeant régulièrement sur
l’émergence de nouvelles tâches ou de leur revalori-
sation grâce à l’IA, au service des compagnons et des
clients. La formation continue constituera également
un levier fondamental. Le CCCA-BTP
7
a commencé à
intégrer l’IA dans ses projets. À titre d’exemple, on
peut citer celui visant à accompagner les apprenants
dans leur parcours d’apprentissage (plus grande in-
dividualisation) et l’expérimentation dont l’objectif
est d’accroître la sensibilisation des jeunes aux bons
gestes et postures pour une meilleure prévention des
risques (pour les apprentis volontaires, EPI – équi-
pements de sécurité individuelle – connectés à une
plateforme intégrant de l’IA pour une analyse prédic-
tive des comportements).
Il conviendra par ailleurs d’anticiper dans certains cas
le phénomène d’illectronisme qui commence à se
développer, afin de ne laisser personne au bord du
chemin.
Il ne s’agit pas de tomber dans une dramaturgie totale
en faisant poindre l’avènement des robots qui rempla-
ceraient tous les maçons. Il faut rappeler, comme on
le lit souvent, que les experts-comptables n’ont pas
disparu avec le déploiement des fichiers Excel. Loin
des rapports ou articles alarmistes publiés régulière-
ment sur le sujet, Olivier Ezratty pointe la disparité
des conclusions des travaux menés : « La destruc-
tion nette d’emplois liée à l’IA à l’horizon 2023-2025
se situe, selon les études, entre 6 % à 47 %, avec
des prévisions qui suivent une tendance baissière, la
principale prévision de 47 % datant de 2013 et celles
de 6 % à 7 % datant de 2016. Plus récemment, des
études ont même prévu un solde d’emploi positif à
un horizon d’une douzaine d’années ! Ça donne une
belle marge d’erreur et de manœuvre
8
! » Selon lui,
d’une part, nombre d’études résultent d’enquêtes
d’opinion, à considérer avec précaution, d’autre part,
il est important de ne pas confondre métiers et tâches
(certaines pouvant être intégralement automatisées
Intelligence artificielle et bâtiment 23
grâce à l’IA contrairement aux métiers à proprement
parler).
Le décloisonnement
Les interactions vont s’imposer : on l’a vu, très pro-
bablement, en matière de partage de données, mais
également entre acteurs – des artisans aux grands
groupes – à travers l’horizontalité générée et d’éven-
tuelles mutualisations. La donnée décloisonne et,
dans un secteur comme le bâtiment, qui fonctionne
globalement en silos et de manière verticale, on peut
imaginer des ruptures liées aux usages des locaux.
L’IA pénètre le secteur par les services. Le bâtiment
sera obligé de penser en termes d’offres et de pro-
poser de nouveaux services. La transformation émer-
gera des besoins des consommateurs et des maîtres
d’ouvrage. La création de valeur viendra de l’interaction
et de la capacité à y répondre, en ayant en ligne de
mire les usages, et non les moyens. La technologie
constitue un facilitateur.
Le secteur italien de la construction s’interroge de la
même façon sur cette rupture. Parmi les six domaines
d’innovation définis dans un rapport d’octobre 2018
9
,
il est évoqué le passage d’une filière compétitive à
une filière collaborative. La digitalisation, de manière
générale, plus large que l’IA, est présentée comme
l’agent principal du « changement dramatique » du
business model que le secteur de la construction a
commencé à vivre au XXI
e
siècle
10
.
Le bâtiment deviendra-t-il un secteur de services ?
Comme on parle du VaaS (Vehicule as a Service),
évoquera-t-on le BaaS (Building as a Service) ? Au
Consumer Electronics Show (CES) de Las Vegas en
2019, la notion d’« expérience client ou utilisateur »
apparaissait partout dans un souci permanent d’in-
dividualisation des réponses aux besoins et d’adap-
tation des solutions de manière différenciée. Cette
approche semble évidemment possible grâce à l’ac-
cessibilité croissante des objets connectés. Amazon,
notamment, l’a très bien compris en développant
son assistant vocal « Alexa » du réfrigérateur à la
voiture en passant par les ampoules. Legrand l’a d’ail-
leurs intégré dans l’un de ses interrupteurs. La capta-
tion de valeur du groupe américain dans de nombreux
champs (quid des données ainsi générées ?) interroge.
1. Et gestion électronique des données (GED).
2. Olivier Ezratty indique que l’on distingue généralement trois
types de données pour entraîner un système de machine lear-
ning et de deep learning : les données d’entraînement, les don-
nées de test et les données de production. Source : « Les usages
de l’intelligence artificielle », édition 2018, Olivier Ezratty.
3. Avocat, docteur en droit.
4. Yang Qiang, expert international en IA et en exploitation de don-
nées, premier président chinois de l’International Joint Confe-
rences on Artificial Intelligence (AAAI). Source : article intitulé
« La quatrième révolution » et publié dans Le Courrier de l’Unes-
co, juillet septembre 2018.
5. Les animaux malades de la peste, dans Les Fables, de Jean de
La Fontaine.
6. Les usages de l’intelligence artificielle, Olivier Ezratty,
novembre 2018, page 415.
7. CCCA-BTP : association nationale, professionnelle et paritaire,
chargée de mettre en œuvre et de coordonner la politique de for-
mation professionnelle initiale par l’apprentissage aux métiers
du bâtiment et des travaux publics.
8. « Les fumeuses prévisions sur le futur de l’emploi et l’IA »,
Olivier Ezratty, novembre 2018, https://www.oezratty.net/
wordpress/2018/fumeuses-previsions-futur-emploi-et-ia/.
9. Rapport intitulé « L’innovazione nel sistema delle construzioni
in Italia 2018 », Cresme Ricerche et Federconstruzioni, octobre
2018.
10. L’affermarsi e la maturazione delle tecnologie informatiche ri-
conducibili alla definizione di BIM – building information mode-
ling - può essere considerato l’agente principale del « dramma-
tico cambiamento » del modello di business che il settore delle
costruzioni ha cominciato a vivere nel XXI° secolo.
24,QWHOOLJHQFHDUWL?FLHOOHHWE?WLPHQW
LE BÂTIMENT DÉJÀ EN MOUVEMENT
Intelligence artificielle et bâtiment 25
Anticiper
Prendre en compte les mutations liées à l’IA apparaît
d’autant plus crucial que certaines transformations
technologiques ont pu échapper parfois… L’exemple,
pourtant pas si vieux, du développement de l’Internet
montre qu’il est difficile d’être visionnaire. Bien ma-
lin serait celui qui pourrait décrire, avec fermeté, le
monde de 2040. En février 1994, Édouard Balladur,
alors Premier ministre, confiait à Gérard Théry, ingé-
nieur général des télécommunications, une mission
sur le thème des « autoroutes de l’information », au-
trement dit d’Internet, et écrivait :
« De même que les technologies de l’informatique et
des télécommunications ont, en leur temps, conver-
gé pour produire ce qu’on a appelé la télématique,
de même le monde des télécommunications et celui
de l’audiovisuel sont-ils désormais appelés à s’inter-
pénétrer. Le rôle des autoroutes de l’information sera
ainsi de transporter simultanément voix, données et
images jusqu’à l’utilisateur final. (…)
Tout en participant activement à ce processus euro-
péen, notre pays doit, lui aussi, définir sa propre dé-
marche. Il y est d’autant plus fondé qu’il dispose, grâce
au Minitel, d’une expérience précieuse en matière de
services télématiques de grande diffusion. Au-delà
même du Minitel, le rôle d’entraînement que France
Télécom joue sur l’ensemble du secteur, par son effort
de recherche-développement et ses investissements,
mérite d’être souligné. »
Et dans leur rapport, les auteurs indiquaient
1
:
« Par sa large diffusion et son faible coût d’utilisa-
tion, Internet tend à s’imposer au reste du monde
et pourrait devenir, après amélioration, le vecteur
américain prioritaire des autoroutes de l’information,
avec le bénéfice d’une implantation internationale et
d’une avance concurrentielle en termes de services et
d’équipements.
Cependant son mode de fonctionnement coopératif
n’est pas conçu pour offrir des services commerciaux.
Sa large ouverture à tous types d’utilisateurs et de
services fait apparaître ses limites, notamment son
inaptitude à offrir des services de qualité en temps
réel de voix ou d’images.
(…) De plus il n’existe aucun moyen de facturation sur
Internet, si ce n’est l’abonnement à un service, auquel
on accède avec un mot de passe. Ce réseau est donc
mal adapté à la fourniture de services commerciaux.
Le chiffre d’affaires mondial sur les services qu’il en-
gendre ne correspond qu’au douzième de celui du Mi-
nitel.
Les limites d’Internet démontrent ainsi qu’il ne saurait,
dans le long terme, constituer à lui tout seul, le réseau
d’autoroutes mondial. »
26Intelligence artificielle et bâtiment
Sans jeter la pierre à ces auteurs, il convient de nous
interroger sur la capacité de notre secteur, comme
tout autre, à anticiper les mutations en cours ou au
moins à s’interroger sur leur potentiel transforma-
teur/disruptif en matière de métiers, processus et
réalisations.
Quelques illustrations bien réelles doivent pousser le
secteur à s’organiser : qui pensait qu’Airbnb offrirait
plus de chambres que de grandes chaînes d’hôtelle-
rie dans le monde ? Qui envisageait d’écouter la ra-
dio sur son smartphone, sur sa télévision ou sur son
ordinateur ou que l’on parlerait d’unimédia alors que
l’industrie des médias était organisée en silos claire-
ment définis et que l’ordinateur des années 1960 ne
comportait pas d’écran ? Qui imaginait la faillite d’une
entreprise solidement installée comme Kodak ?
Ces exemples doivent interpeller, ne rien faire se-
rait subir. Cela passe par six axes d’accompagne-
ment à la conduite du changement :
• se tourner plus encore vers les écosystèmes lo-
caux et les entreprises qui ont commencé à inté-
grer ce virage pour apprendre de leur démarche ;
• accompagner particulièrement celles qui s’inter-
rogent ;
• anticiper les enjeux pour les entreprises de
toutes tailles ;
• imaginer des liens avec le monde de la recherche
et des formations universitaires ;
• favoriser les expérimentations ;
• se préparer en facilitant la pluridisciplinarité.
La transformation passera également par les entre-
prises elles-mêmes, des artisans aux grands groupes.
C’est l’un des grands défis de la révolution numérique
actuelle, alors que tous ne ressortent pas au même
niveau d’intégration des outils et que le chemin peut
prendre du temps. Dans son « Guide pratique de l’in-
telligence artificielle dans l’entreprise. Anticiper les
transformations, mettre en place des solutions »
2
,
Stéphane Roder invite à s’interroger sur le rôle des
acteurs internes à l’entreprise. Même si le schéma ne
s’applique pas aux très petites structures, on peut re-
prendre ici les catégories qu’il définit pour mettre en
lumière l’approche métiers : le visionnaire, le révéla-
teur (les métiers qui vont proposer des utilisations
faisant sens dans le quotidien), l’utilisateur (qui doit
être en mesure d’accepter ce que l’IA va lui apporter,
son rôle est essentiel dans l’expression du besoin),
les dirigeants et le comité de direction, le responsable
de la transformation digitale (mission de change ma-
nagement) et le Directeur des Systèmes d’informa-
tion (DSI) car l’ensemble de l’outil SI doit rester cohé-
rent et fiable.
À ce stade, il faut toutefois signaler que la mission n’a
pas cherché à chiffrer précisément le coût des muta-
tions, difficile à évaluer de manière générique tant les
actions se révèlent multiples et nécessairement spé-
cifiques à chaque structure (ressources internes ou
mission externe), sachant que, comme pour tout lan-
cement de projet, l’enjeu reste le ROI (acronyme de
« return on investment » ou retour sur investissement
en français). On peut toutefois indiquer que, selon
Jean-Patrice Glafkidès, fondateur de Datavaloris, le
coût d’une mission confiée à un prestataire dépend de
la complexité du sujet à traiter, de la qualité des don-
nées disponibles (pertinence, représentativité et quan-
tité), du coût d’apprentissage de l’IA et de la capacité
de définir un prototype industrialisable. Les montants
vont de 10 000-30 000 euros à plusieurs millions d’eu-
ros en phase d’industrialisation, voire bien plus. Un
prototype peut coûter entre 50 000 et 500 000 euros,
c’est en fonction du gain attendu qu’il faut réfléchir à se
lancer dans ce type de démarche
3
.
Aurélien Verleyen, cofondateur de Dataswati, confirme
que la précision du calcul peut coûter cher mais qu’elle
reste à définir en fonction du besoin et de l´écart dans
la mesure. Selon lui, il faut être pragmatique et étudier
les différentes options possibles, priorisées par ROI et
faisabilité. La démarche peut se construire par étapes
(un premier test pour une mise en œuvre rapide, puis
des compléments ultérieurs).
À titre d’illustration, un projet d’IA avait été envisagé
pour « aider la relation commerciale » d’une entreprise
(il n’a toutefois pas abouti). Un prestataire évaluait la
mission à près de 40 000 euros à réaliser sur huit mois
environ. Quatre phases étaient envisagées : le recueil
d’informations (processus, difficultés…), l’audit (scéna-
rios possibles), le prototypage de la solution et l’indus-
trialisation (déploiement).
Ces mutations ne seront toutefois possibles qu’à
deux conditions. La première est une condition-clé,
elle concerne la qualité de l’infrastructure numé-
rique (le réseau) sur tout le territoire au risque que
les entreprises subissent une réelle fracture numé-
rique (après l’eau, le gaz et l’électricité, le numérique
constitue un nouveau « fluide »). La seconde relève
plus d’un souhait, elle vise la prise en compte du
secteur du bâtiment dans les appels à projet « inno-
vation » lancés par les différents ministères et dont
les TPE-PME ne sont que rarement, voire jamais, la
cible. Un lien ou partenariat pourrait être envisagé
avec les universités et grandes écoles, voire avec
l’Agence Nationale de la Recherche (ANR), dans un
objectif à la fois d’opérationnalité et d’effet levier.
Par ailleurs, Il est important que les entreprises
puissent disposer d’un véritable accompagnement
dans leur démarche de transition numérique avec
également le financement de la formation des compa-
gnons. L’environnement législatif doit être facilitateur.
Intelligence artificielle et bâtiment 27
Se préparer juridiquement ?
Les questions juridiques renvoient fortement aux
craintes générées par l’IA. En matière de risques,
trois enjeux se dessinent pour le secteur du bâtiment.
LA RESPONSABILITÉ DU FAIT DE L’IA :
qui est responsable en cas de faille ou piratage de
l’outil IA ou du dommage qui en résulterait (par
exemple, un mauvais diagnostic énergétique entraî-
nant une surchauffe et une panne prématurée de la
chaudière) ? Le concepteur, le fabricant, le vendeur,
l’installateur (qui risque d’être considéré comme un
incorporateur), l’utilisateur/propriétaire, l’exploitant,
l’IA elle-même ? On peut imaginer qu’en cas de dé-
faillance, une expertise permettra de déterminer les
différentes responsabilités.
Dans ce nouveau contexte, se pose la question du ré-
gime juridique actuel : est-il suffisant ? Tout dépend
de la conception/perception de l’IA que l’on retient : la
considérer comme une chose soumise au régime de
la responsabilité du fait des choses ou des produits
défectueux (système solidaire ?), ou comme « plus
qu’une chose », dans quel cas le régime de respon-
sabilité des commettants du fait de leurs préposés
pourrait trouver à s’appliquer. Intégrée au bâtiment
(capteurs, domotique, assistance), l’IA risque de po-
ser la question de la responsabilité des constructeurs,
en particulier en application du régime décennal. Si
ces différentes pistes semblent suffisantes pour l’IA
faible, l’IA forte quant à elle impliquera nécessaire-
ment une nouvelle réflexion. En intégrant cette accep-
tion, on voit déjà émerger un droit des robots : le Par-
lement européen envisage la création à terme d’une
« personne électronique responsable ». Accorder
une personnalité juridique à l’IA imposerait alors de
lui accorder non seulement des droits et des devoirs
(qu’elle puisse exercer seule et pour elle-même) mais
également un patrimoine
4
. Ces questions de respon-
sabilités auront nécessairement des conséquences en
matière d’assurance.
LES QUESTIONS ÉTHIQUES :
l’UE développe une troisième voie par rapport à la
Chine et aux États-Unis. La Commission européenne
insiste en effet sur l’éthique et la fiabilité des sys-
tèmes d’IA (bienfaisance/non-malfaisance, autono-
mie, justice, transparence). Le rapport Villani consa-
crait également toute une partie à cette question :
« quelle éthique de l’IA ? » et proposait de créer un
comité éthique de l’IA.
Les inégalités en matière d’expertise technologique
ont déjà été évoquées : elles pourraient engendrer de
fortes asymétries entre pays. Le risque de fuite de
données vers des prestataires américains en constitue
un exemple. Le gouvernement américain a promul-
gué le 23 mars 2018 le Cloud Act (Clarifying Lawful
Overseas Use of Data Act, « loi clarifiant l’usage légal
des données hors des États-Unis »), qui lui octroie
la possibilité d’accéder aux données hébergées sur
les serveurs des fournisseurs américains de Cloud.
Cette législation semble entrer en confrontation di-
recte avec les principes du RGPD (réglement général
de protection des données), notamment l’article 48
sur les « Transferts ou divulgations non autorisés par
le droit de l’Union » qui dispose que « Toute décision
d’une juridiction ou d’une autorité administrative d’un
pays tiers exigeant d’un responsable du traitement
ou d’un sous-traitant qu’il transfère ou divulgue des
données à caractère personnel ne peut être reconnue
ou rendue exécutoire de quelque manière que ce soit
qu’à la condition qu’elle soit fondée sur un accord in-
ternational (…) ».
Il faut néanmoins noter que le RGPD a ouvert la voie
à des textes similaires aux États-Unis, en particulier
en Californie : « l’État le plus peuplé du pays, celui de
la Silicon Valley et berceau historique de la high-tech,
s’est ainsi doté d’une loi sur la protection de la vie
privée malgré les protestations et les campagnes de
lobbying menées par les GAFA », comme le soulignait
l’Opinion
5
. « Le texte donne surtout le droit aux utili-
sateurs de refuser toute vente de leurs informations
à des tiers, sans conséquences sur l’accès ou sur la
qualité des services proposés. »
28Intelligence artificielle et bâtiment
À titre d’illustration des questions posées notamment
sur la notion de prédiction et d’impact algorithmique
décisionnel sur la vie publique ou privée, on peut citer
cet extrait de l’émission La Méthode scientifique dif -
fusée le 5 décembre 2018 sur France Culture : « Est-
il possible d’arrêter un futur criminel avant qu’il ne
passe à l’acte ? De prévoir le crime, pour empêcher
qu’il ne se réalise ? C’est ce qu’avait imaginé l’écri-
vain Philip K. Dick dans sa nouvelle Minority Report,
publiée en 1956. Le film qu’en a tiré Spielberg, bien
des années plus tard, a donné une renommée mon-
diale à cette police prompte à dégainer la boule de
cristal. Aujourd’hui, les logiciels de prédiction de la
criminalité sont devenus une réalité, particulièrement
aux États-Unis. Mais cela ne va pas sans poser d’épi-
neuses questions éthiques, juridiques et technolo-
giques. » D’autant que l’on a évoqué précédemment
le danger des biais.
Dans le bâtiment, on peut imaginer un assureur refu-
sant de couvrir une entreprise sur la base d’une ap-
proche prédictive, un donneur d’ordres refusant d’ac-
corder un marché pour les mêmes raisons…
Cathy O’Neil, auteure de Algorithme : la bombe à re-
tardement
6
, répondait à une question concernant les
algorithmes toxiques
7
et pointait le risque d’érosion
de notre concept de vérité. « C’est pour ça que nous
avons besoin de plus de transparence », disait-elle
(…) « On ne sait pas comment expliciter ce qu’est un
bon professeur, on ne peut pas définir ce qui va faire
d’un candidat un bon salarié, ni trouver des critères
objectifs pour déterminer la qualité d’une université.
Et on ne veut pas vraiment y réfléchir. On va donc
appliquer des algorithmes qui vont se contenter de
reproduire des pratiques passées en y intégrant des
données multiples. Et on va affirmer de manière uni-
latérale que ça marche parfaitement. Ces algorithmes
créent finalement leur propre réalité et les données
utilisées en deviennent le socle. C’est de fait une opé-
ration de blanchiment des données. »
LA GESTION DES DONNÉES :
les bâtiments constituent des sources importantes de
données. Quatre risques apparaissent : la perte de la
maîtrise de ces données, la non-interopérabilité des
systèmes, les cyberattaques et la fiabilité du cloud,
bien que, même dans les secteurs les plus en pointe,
une part des données est aujourd’hui stockée dans le
cloud.
Certaines pratiques en matière de « monnayage des
données » peuvent par ailleurs interroger comme
Facebook, qui rémunère des utilisateurs pour accéder
aux données de leur téléphone
8
.
La CNIL, sans cibler le bâtiment, identifie trois cas
d’utilisation des données dans le cadre de packs de
conformité qu’elle a mis en ligne :
• IN-IN : il n’y a que l’utilisateur qui en a la maîtrise ;
• IN-OUT : données transmises à un prestataire, sans
action sur le bâtiment ;
• IN-OUT-IN : pilotage automatique à distance.
La question s’avère essentielle pour les entreprises
du bâtiment qui vont notamment installer ces objets.
Intelligence artificielle et bâtiment 29
LES DONNÉES DANS LE BÂTIMENT, QUESTIONS ET ENJEUX
Ce schéma reprend quelques questions majeures.
Cette représentation schématique montre à quel
point les questions sont nombreuses. Elles ne pour-
ront être traitées qu’au cas par cas quand les projets
commenceront à utiliser pleinement l’IA dans le sec-
teur du bâtiment. Aussi, ce dernier n’échappera pas à
une réflexion collective, voire en lien avec l’ensemble
de la filière.
On ne s’attarde pas ici sur les questions liées à la vie
privée ni à la démocratie, certains commençant à lan-
cer des alertes. On peut citer Jean-Gabriel Ganascia,
professeur d’informatique à l’université Paris-Sor-
bonne et président du comité d’éthique du CNRS,
qui répond
9
à la question des géants du numérique
qui seraient en train de rogner les prérogatives de
l’État : « Je pense en effet qu’ils souhaitent assumer
certaines des prérogatives régaliennes. La sécurité in-
térieure via la reconnaissance faciale par exemple. Là
où les États sont très réglementés sur le sujet, les en-
treprises du numérique ont déjà dans leurs bases de
données nos visages. (…) Ces acteurs pensent dans
une certaine mesure que les États ont une grille de
lecture dépassée, et ils savent qu’ils n’ont pas besoin
que l’on vote pour eux. » Shoshana Zuboff, profes-
seur émérite à Harvard, parle d’ailleurs de « l’âge du
capitalisme de surveillance ».
Utilisation des données
Union européenne
vs États-Unis-Chine
Qualité/volume/pertinence
Propriété et maîtrise
Quelle protection juridique
de l’IA ?
Cybersécurité
Garanties légales
vs fabricant
Quels métiers ?
Gouvernance ?
Comment ?
Enjeux
éthiques
Interopérabilité
systèmes
Régimes de
responsabilités
Impacts
assurantiels
Définition ?
État du droit ?
Qui ? Gouvernance ?
Quelles données ?
Enjeux commerciaux
Gestion et
struturation
des données
IA
DANS LE
BÂTIMENT
30Intelligence artificielle et bâtiment
1. Rapport au Premier ministre « Les autoroutes de l’information »,
par Gérard Théry. Rapporteurs de la mission Alain Bonnafé et
Michel Guieysse. La lettre d’Édouard Balladur qui a lancé cette
mission date du 28 février 1994.
2. Éditions Eyrolles.
3. Datavaloris identifie trois causes majeures de l’échec de la mise
en place d’un projet d’IA : la définition du besoin, des données
insuffisantes et/ou incomplètes et donc une simulation incor-
recte, un modèle inefficace. Datavaloris indique que les projets
en IA dépassent rarement le stade de prototype aujourd’hui pour
une de ces raisons.
4. Alain Bensoussan, avocat, a écrit une charte des robots dans
laquelle il indique que « l’utilisateur du robot est présumé respon-
sable des agissements du robot sauf preuve contraire » (article 6)
et que les « robots doivent être assurés pour les conséquences
dommageables dont ils pourraient être à l’origine auprès d’une
compagnie d’assurance notoirement solvable » (article 8).
À noter qu’en 1942, Isaac Asimov évoquait déjà les trois lois de
la robotique :
• un robot ne peut blesser un être humain ni, par son inaction,
permettre qu’un humain soit blessé ;
• un robot doit obéir aux ordres donnés par les êtres humains,
sauf si de tels ordres sont en contradiction avec la Première
Loi ;
• un robot doit protéger sa propre existence aussi longtemps
qu’une telle protection n’est pas en contradiction avec la Pre-
mière et/ou la Deuxième Loi.
5. « Commerce des données : la prise de conscience tardive des
États-Unis », Raphaël Proust, 1
er
mars 2019, L’Opinion.
6. Les Arènes Éditions, novembre 2018.
7. Interview publiée dans Libération le 17 novembre 2018.
8. « Facebook paie des adolescents pour exploiter les données de
leur smartphone », Le Figaro.fr, Lucie Ronfaut, 7 février 2019.
9. Interview publiée dans L’Opinion, « Réseaux sociaux : “C’est la
vie publique, pas la vie privée, qui disparaît“ », Océane Herrero,
1
er
mars 2019.
,QWHOOLJHQFHDUWL?FLHOOHHWE?WLPHQW 31PAGE RÉSERVÉE
AUX ADHÉRENTS
Quatre cas concrets à titre d’illustration
32,QWHOOLJHQFHDUWL?FLHOOHHWE?WLPHQW PAGE RÉSERVÉE
AUX ADHÉRENTS
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AUX ADHÉRENTS
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AUX ADHÉRENTS
Intelligence arti?cielle et bâtiment 35
Ces cas d’usage montrent à quel point le champ
d’application de l’intelligence artificielle est ouvert.
Ils confirment surtout que l’IA est un outil qui doit
s’envisager au service de projets dans un souci per-
manent, pour les entreprises, d’efficience et d’amé-
lioration de leur productivité.
L’IA pénètre le secteur par les services et la transfor-
mation émergera des besoins des consommateurs
et des maîtres d’ouvrage. La création de valeur vien-
dra de l’interaction et de la capacité à y répondre, en
ayant en ligne de mire les usages, et non les moyens
(avec peut-être, in fine, des outils permettant des
mutations fonctionnelles et des nouveaux services ou
métiers, nouveaux relais de croissance ?).
La technologie constitue un facilitateur et il s’agit de
s’interroger sur les mutualisations possibles (notion
de communauté qui se développe), vu la diversité du
tissu économique du secteur du bâtiment. Il est par
ailleurs fondamental de permettre un véritable ac-
compagnement des entreprises dans leur démarche
de transition numérique en intégrant la formation des
compagnons.
Au terme de cet important travail, la FFB se doit de
mettre en place une veille active au service des entre-
prises sur les territoires. Elle va s’engager également
en matière d’expérimentation.
36,ntelligence artificielle et E?timent
Annexe 1
Liste des personnes rencontrées
• Kathleen Agbo, Délégation générale à l’emploi et à la
formation professionnelle (ministère du Travail)
• Clément Auguy et Filia Filippou , Quantmetry
• Jérôme Balmes, Fédération Française de l’Assurance (FFA)
• Patrick Bertrand, Holnest
• Bruno Bonnell, député du Rhône
• Éric Bothorel, député des Côtes-d’Armor
• Jean-Philippe Bourgoin, cabinet de Frédérique Vidal,
ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et
de l’Innovation
• Bertrand Braunschweig
1
, Inria
• Alain Bravo, Académie des technologies
• Clémentine Buton, Lexfinity
• Jean-François Copé
2
, maire de Meaux, président de la
Communauté d’Agglomération du Pays de Meaux
• Olivier Cottet, Schneider Electric
• Denis Delclos, Sapeurs-pompiers de Paris
• Guillaume Devauchelle, Valeo
• Delphine Eyraud, Gimélec
• Olivier Ezratty, auteur et consultant
• Bruno Fies, CSTB
• Jean-Patrice Glafkides, Datavaloris
• Philippe Ivon, cabinet de Muriel Penicaud, ministre du Travail
• Cécile Jolas, plateforme Tipee
• Laure de La Raudière, députée d’Eure-et-Loir
• Frédéric Lassara, Rcup
• Éric Leandri, Qwant
• Quentin Martin-Laval, PRO-BTP
• Olivier Masseron, Legrand
• Camille Messelet, Direction générale des entreprises
(ministère de l’Économie et des Finances)
• Sébastien Meunier, ABB France
• Bastien Minotte, Legrand
• Emmanuel Olivier, Ubiant
• Maître Olivier de Maison Rouge, avocat, docteur en droit
• Éric Page, e-novACT
• Bertrand Pailhes
3
, Direction Interministérielle du Numérique
et du Système d’Information et de Communication (DINSIC)
• Paul Pechenart, Dassault Systèmes
• Jacques Perrochat, Schneider Electric
• Grégoire Postel-Vinay, Direction générale des entreprises
(ministère de l’Économie et des Finances)
• Frédéric Precioso, Agence Nationale de la Recherche (ANR)
• Joseph Puzo, Axon câble&interconnectique
• Marc Schoenauer, Inria
• Dominique Sciamma, strate, école de design
• Milie Taing, Lili.ai
• Aurélien Verleyen, Dataswati
• Cédric Villani, mathématicien et député de l’Essonne
• Denis Weiss, Docaposte
Annexe 2
Membres du groupe de travail FFB sur l’IA
Cette mission, confiée par le Président Jacques Chanut, a
été présidée par Alain Piquet , président de la FFB Normandie
et d’e-btp. Elle a été conduite par Claire Guidi , chef du service
des études économiques de la FFB. Le groupe de travail a
réuni les membres suivants. Que leur forte implication, dans
un calendrier très serré, en soit ici remerciée.
• Mériadec Aulanier, délégué général, GCCP – Syndicat des
entreprises de Génie Climatique et de Couverture Plomberie
• Julien Beideler, secrétaire général, UMGO-FFB
• Olivier Bizot, président Isoferm (FFB 13)
• Nicolas Chabrand, président, Ragoucy – entreprise générale
de bâtiment (FFB 05, FFB PACA)
• Jérôme Cohade, président, Plébac – couverture-bardage-
étanchéité (FFB 33, FFB Nouvelle-Aquitaine)
• Patrick Debelut, Chargé de mission aux affaires techniques,
CSEEE – Chambre Syndicale des Entreprises d’Equipement
Électrique de Paris et sa région
• Myriam Diallo, responsable des questions internationales,
FFB
• Laure Ducoulombier, responsable de la chaire
Construction 4.0, Bouygues Construction (EGF.BTP)
• Adel Guediri, ingénieur, FFIE – Fédération Française des
Entreprises de Génie Électrique et Énergétique
• Béatrice Guenard-Salaün, directrice des affaires juridiques
et fiscales, FFB
• Martine Laruaz, présidente, Groupe Isore (FFB 53)
• Nicolas Lebon, secrétaire général, FFB Bretagne
• Bénédicte Lefèvre, chargée d’études, Animation territoriale
et réseau, FFB
• Karine Levèque-Boisdon, présidente, Atreal – bâtiment-
génie civil-assistance technique et réalisation (FFB 13)
• David Maciejewski, président, Groupe Boréal (FFB Grand
Paris, Groupe Jeunes dirigeants)
• Sylvain Massonneau, directeur général, Tradimaisons (LCA-
FFB)
• Cécile Mazaud, présidente, Mazaud Entreprise (FFB 69,
Groupe Jeunes Dirigeants)
• Lior Monfray, ingénieur BIM et innovation, FFB
• Yasaman Montesinos, juriste droit des affaires, FFB
• Christine Petiteau, cogérante, Entreprise Petiteau (FFB 49,
présidente du Groupe Femmes Dirigeantes)
• Jean Ramirez, président, Largier Technologie (FFB 07-26)
• Daniel Ridoret, PDG, Groupe Ridoret
• Stéphane Sansinena, secrétaire général, FFB Aude
• Julie Verrecchia, responsable technique, FFB Groupement
Actibaie
1. Directeur, coordination du programme national de recherche en IA.
2. Auteur du livre avec Laurent Alexandre, « L’IA va-t-elle tuer aussi la
démocratie ? », édition JC Lattès
3. Coordonnateur national pour la stratégie d’intelligence artificielle.
Intelligence artificielle et bâtiment 37
Annexe 3
Plan européen sur l’IA
Dans la continuité de sa stratégie sur l’intelligence artificielle
d’avril 2018, la Commission européenne a présenté, le
7 décembre 2018, une proposition de « Plan coordonné pour
le développement et l’utilisation de l’intelligence artificielle
“made in Europe” », qui détermine les actions que doivent
engager conjointement l’Union européenne et les États
membres pour renforcer l’investissement dans ce domaine.
Ainsi, les États membres doivent mettre en place des
stratégies nationales en matière d’IA, à présenter d’ici mi-
2019. Cinq États (Allemagne, France, Finlande, Royaume-
Uni et Suède) ont adopté leur stratégie dédiée et cinq autres
(Danemark, Irlande, Luxembourg, Norvège et Pays-Bas) se
sont orientés vers une stratégie de transformation numérique,
dont l’IA fait partie intégrante.
Du point de vue financier, l’objectif de la Commission
européenne est de mobiliser 20 milliards d’euros
d’investissements publics et privés par an pendant dix
ans dans l’intelligence artificielle. Dans un premier temps,
1,5 milliard d’euros issus du programme européen « Horizon
2020 », dédié à la recherche et l’innovation, y seront consacrés
pour la période 2018-2020. Ensuite, la Commission prévoit
d’affecter un milliard d’euros par an à l’IA entre 2021 et 2027
via « Horizon Europe » (successeur d’Horizon 2020) et le
programme pour une Europe numérique
4
.
Le Fonds européen d’investissement stratégique ainsi que
les fonds structurels européens (cf. FEDER et FSE) pour la
période 2021-2027 seront également mobilisés pour financer
des projets en IA. Les budgets dédiés ne sont pas encore
finalisés.
À ces financements européens, s’additionneront les
budgets nationaux qui seront consacrés à l’IA ainsi que les
investissements privés.
Outre l’aspect financier, le plan coordonné européen présente
plusieurs volets d’actions stratégiques et de coordination,
parmi lesquels on relève :
• la création d’un Conseil européen de
l’innovation, doté d’un budget de 100
millions d’euros pour 2019-2020 ;
• la mise en réseau des centres européens
d’excellence pour favoriser la coopération
entre les équipes de recherche européennes,
le développement de projets pilotes et
d’expérimentations, ainsi que la mise en place
de pôles d’innovation numérique (guichets
uniques pour les entreprises et services
publics facilitant l’accès aux technologies,
aux essais, à une assistance technique ainsi
qu’à des conseils sur les financements) ;
• l’adaptation des programmes
d’apprentissage, des systèmes éducatifs et
de formation ;
• la création d’un espace européen des données afin
d’identifier, de répertorier, de mettre à disposition et de
maximiser l’interopérabilité des données disponibles,
notamment celles du secteur public, pour entraîner l’IA ;
• la mise en place d’un cadre juridique propice à
l’innovation, qui intègre l’éthique dès la conception et
garantit la cybersécurité. À cette fin, différents groupes
d’experts doivent élaborer des lignes directrices ou des
recommandations au regard de :
l’éthique
5
;
la mise en œuvre de la directive sur la responsabilité du
fait des produits ;
les questions réglementaires liées à l’IA, telles que
l’accès aux données, la publicité en ligne et le rôle des
algorithmes dans l’environnement des plateformes
numériques ;
l’incidence de la transformation numérique sur les
marchés du travail.
• l’optimisation des investissements au travers de partenariats
(cf. PPP), ainsi que l’identification et l’investissement dans
des start-up et des blockchains ;
• la mise à profit de l’IA dans le secteur public pour améliorer
sa qualité, son efficience et son efficacité ;
• le développement de la coopération internationale, pour
élaborer conjointement des normes internationales,
renforcer les concertations bilatérales et contribuer à la
politique de développement.
Pour des raisons d’intérêt public, certains secteurs sont ciblés
prioritairement par ce plan coordonné : la santé, les transports
et la mobilité, la sûreté, la sécurité et l’énergie. L’industrie
manufacturière et les services financiers sont également
considérés comme prioritaires.
Ce plan coordonné, prévu pour perdurer jusqu’en 2027,
fera l’objet d’une révision annuelle et, si nécessaire, d’une
actualisation.
4. Nouveau programme proposé par la Commission européenne pour
2021-2027, doté de 9,2 milliards d’euros (budget non définitif),
qui vise à renforcer l’investissement en Europe dans la transfor-
mation numérique. Il interviendra dans les domaines suivants :
supercalculateurs, IA, cybersécurité et confiance, compétences
numériques et garantie d’une large utilisation des technologies
numériques dans tous les secteurs de l’économie et de la société.
5. Projet de lignes directrices du groupe d’experts de haut niveau sur
l’IA présenté le 18 décembre 2018.
Annexe 4
Glossaire
Apprentissage automatique ou apprentissage machine
Définition : processus par lequel un algorithme évalue
et améliore ses performances sans l’intervention d’un
programmeur, en répétant son exécution sur des jeux de
données jusqu’à obtenir, de manière régulière, des résultats
pertinents.
Note :
1. Un algorithme d’apprentissage automatique comporte un
modèle dont il modifie les paramètres, de valeur initiale en
général aléatoire, en fonction du résultat constaté.
2. L’apprentissage automatique relève de l’intelligence
artificielle.
3. L’apprentissage automatique est fréquemment utilisé pour
le traitement du langage naturel et la vision par ordinateur,
ou pour effectuer des diagnostics et des prévisions.
Équivalent étranger : machine learning (ML).
Apprentissage non supervisé
Définition : apprentissage automatique dans lequel
l’algorithme utilise un jeu de données brutes et obtient un
résultat en se fondant sur la détection de similarités entre
certaines de ces données.
Note : l’apprentissage non supervisé est utilisé, par exemple,
pour l’identification de comportements et la recommandation
d’achats.
Équivalent étranger : data clustering, unsupervised learning,
unsupervised training.
Apprentissage par renforcement
Définition : apprentissage automatique dans lequel un
programme extérieur évalue positivement ou négativement
les résultats successifs de l’algorithme, l’accumulation
des résultats permettant à l’algorithme d’améliorer
ses performances jusqu’à ce qu’il atteigne un objectif
préalablement fixé.
Note :
1. L’apprentissage par renforcement est fréquemment utilisé
dans la robotique.
2. L’efficacité de l’apprentissage par renforcement a été
attestée dans certains jeux stratégiques comme le jeu de
go.
Équivalent étranger : reinforcement learning.
Apprentissage profond
Définition : apprentissage automatique qui utilise un réseau
de neurones artificiels composé d’un grand nombre de
couches dont chacune correspond à un niveau croissant de
complexité dans le traitement et l’interprétation des données.
Note : l’apprentissage profond est notamment utilisé dans la
détection automatique d’objets au sein d’images et dans la
traduction automatique.
Équivalent étranger : deep learning, deep structured learning,
hierarchical learning.
Apprentissage supervisé
Définition : apprentissage automatique dans lequel
l’algorithme s’entraîne à une tâche déterminée en utilisant un
jeu de données assorties chacune d’une annotation indiquant
le résultat attendu.
Note :
1. L’apprentissage supervisé recourt le plus souvent aux
réseaux de neurones artificiels.
2. L’apprentissage supervisé est utilisé, par exemple, pour la
reconnaissance d’images et la traduction automatique.
Équivalent étranger : supervised learning, supervised training.
Dialogueur, n.m. ou agent de dialogue
Définition : logiciel spécialisé dans le dialogue en langage
naturel avec un humain, qui est capable notamment de
répondre à des questions ou de déclencher l’exécution de
tâches.
Note :
1. Un dialogueur peut être intégré à un terminal ou à un objet
connecté.
2. Les dialogueurs sont utilisés, par exemple, dans les
techniques de vente, les moteurs de recherche et la
domotique.
3. On trouve aussi l’expression « agent conversationnel », qui
est déconseillée.
Équivalent étranger : chatbot, conversational agent.
Neurone artificiel ou neurone formel
Définition : dispositif à plusieurs entrées et une sortie, qui
simule certaines propriétés du neurone biologique.
Note : la valeur de sortie du neurone artificiel est une fonction
non linéaire, généralement à seuil, d’une combinaison de
valeurs d’entrée dont les paramètres sont ajustables.
Équivalent étranger : artificial neuron, artificial neurone,
formal neuron, formal neurone.
Réseau de neurones artificiels ou réseau de neurones
Synonyme : réseau de neurones formels, réseau de neurones.
Définition : ensemble de neurones artificiels interconnectés
qui constitue une architecture de calcul.
Équivalent étranger : artificial neural network, neural network.
Source : vocabulaire de l’intelligence artificielle (liste de
termes, expressions et définitions adoptés) – JORF n° 0285
du 9 décembre 2018.
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Intelligence artificielle et bâtiment
Intelligence artificielle et bâtiment
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Notes
FFB Avril 2019 • © David Morganti - auremar, sdecoret, ERIC, K-yu, CallMetak, SydaProductions, Shinone Production, Matthias, goodluz, sdecoret, SB, zapp2photo, ipopba/AdobeStoc k • Imprimé sur papier certifié PEFC avec des encres végétales
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Intelligence artificielle et bâtiment - Juillet 2019
Intelligence artificielle et bâtiment - Juillet 2019