COMMENT « DÉBLOQUER »
LE MARCHÉ DE L’ASSURANCE
CYBER EN FRANCE ?
Par Charles d’AUMALE (1997), François GRATIOLET (1999), Stéphane SOLLAT (2009), François-Xavier VINCENT
3
Sommaire
SOMMAIRE
04. Pourquoi ce Livre Blanc ?
05.
Avant-propos
Par Jean-Claude Laroche, CIGREF
06. Démystifier l'assurance cyber
07. Perspective économique : Quelles sont les conditions d'émergence
de l'assurance cyber ?
09. Résultats commentés des enquêtes menées auprès du CESIN et du
CIGREF
13. Témoignages d'expert du marché
13. Quelques questions à Gérard GAUDIN, Fondateur et Président du club R2GS et
de l’ISI à l’ETSI
14. Quelques questions à Alain BOUILLE, Fondateur et Président du CESIN
14. Quelques questions à Laurent Heslault, Symantec, Directeur EMEA des
stratégies de cybersécurité
15. Quelques questions à François BEAUME, AMRAE, Président commission
Systèmes d’Information
16. Quelques questions à Christian REBER, Boston Consulting Group,
Partner & Managing Director
17. Guide protique d'achat d'une assurance cyber
18.
Nos recommandations
21.
Biographie des auteurs
3Juin 2017 Comment ? débloquer ? le marché de l’assurance cyber en France ?
4Cybersécurité N
Nous avons décidé de nous lancer dans l'analyse des « bloqueurs » de l'assurance cyber en
France et dans la structuration de recommandations pour « débloquer » le marché pour
plusieurs raisons :
• en tant qu'ingénieurs, nous sommes attachés à la compréhension des problèmes et de leurs
résolutions ;
• en tant que spécialistes des technologies de l'information, nous souhaitons que leur utili-
sation soit la plus large possible tout en maitrisant les risques ;
• en tant que diplômés d'institutions françaises, nous estimons qu'il faut protéger nos actifs
et participer au leadership des secteurs français de « la cyber » et de l'assurance.
Pour la réalisation de ce Livre Blanc, nous avons approché un certain nombre d’acteurs recon-
nus, pour avoir une vision panoramique du sujet et confronter les perspectives : utilisateurs,
clubs professionnels, assureurs, experts… Nous avons ainsi recueilli des éléments précieux,
sous forme de fiches d’entretien, de réponses à questionnaires, ou d’articles. Beaucoup sont
présents dans cet ouvrage ; qu’ils soient tous remerciés.
Pourquoi ce Livre Blanc ?
Copyright et utilisations de ce document
Vous pouvez le copier, l’imprimer, le découper, le distribuer dans tous les parlements,
dans tous les ministères, dans toutes les entreprises,... Nous vous demandons juste
d’avoir l’amabilité de nous citer. En d’autres termes, il s’agit d’une licence de type Creative
Commons.
4Comment ? débloquer ? le marché de l’assurance cyber en France ? Juin 2017
5Cybersécurité
L
L’assurance du cyber-risque
Un enjeu pour les grandes entreprises
Le développement de l’assurance du cyber-risque répond à un besoin croissant des entre-
prises. L’actualité nous rappelle, hélas de manière récurrente, que le cyber-risque n’a rien de
virtuel et que ses conséquences sur l’activité de l’entreprise et sa réputation, peuvent être
dramatiques.
Au cours du séminaire de printemps du CIGREF, le 11 mai 2017 dernier, deux représen-
tants de l’Institut Français des Administrateurs de sociétés ont présenté aux praticiens du
numérique des grandes entreprises françaises, le rapport d’un groupe de travail de l’IFA
sur le rôle du comité d’audit en matière de cybersécurité, publié en mars 2016. Désormais,
pour les administrateurs de sociétés, « les enjeux liés à la cybersécurité deviennent une des
priorités des travaux des comités d’audit » au sein des conseils d’administration ! Ce même
rapport préconise que le comité d’audit puisse « apprécier le degré de prise en compte des
cyber-risques dans le dispositif de gestion des risques ». Pour les entreprises, l’assurance est
bien entendu l’un des instruments principaux de ce dispositif.
En octobre 2016, le CIGREF a publié un rapport sur un thème analogue, intitulé « Le cyber-
risque dans la gouvernance de l’entreprise : comment et pourquoi en parler en COMEX ».
Nous écrivions dans ce rapport que « la gestion du risque cyber a des impacts en termes
assuranciels et la question de la couverture du risque cyber est grandissante dans les entre-
prises. Mais il s’agit d’un risque nouveau, qui ne bénéficie pas encore de définition officielle :
comment est pris en compte le risque cyber aujourd’hui dans les assurances ? Quel péri-
mètre couvrent-elles ? Comment sont prises en compte les données personnelles ? » Nous
mettions alors principalement en relief que ce thème de l’assurance du cyber-risque pose
de nombreuses questions aux entreprises, auxquelles les assureurs doivent apporter des
réponses adaptées au contexte de chacune d’elles. Ce thème est inscrit à la feuille de route
du Cercle cybersécurité du CIGREF, que je préside.
C’est donc tout naturellement que le CIGREF a accepté de participer à l’étude, conduite par
le groupe Cybersécurité de Télécom ParisTech, sur le marché français de l’assurance cyber.
Le CIGREF partage son ambition d’améliorer la compréhension de l’assurance cyber en
France et de contribuer à son développement pour renforcer la cybersécurité des organisa-
tions. Formulons le vœu que le travail important réalisé pour la rédaction de ce livre blanc
permette d’éclairer nos entreprises sur ce qu’elles peuvent attendre dans l’avenir en matière
d’assurance du cyber-risque.
Avant-Propos
Par Jean-Claude Laroche,
Président du Cercle Cybersécurité, CIGREF
5Juin 2017 Comment ? débloquer ? le marché de l’assurance cyber en France ?
6Cybersécurité
U
Un premier challenge consiste en l’appel-
lation elle-même ; assurance cyber, cyber-
assurance, ou autres variantes peuvent
dès l’abord susciter une certaine réserve :
• D’une part, avec l’utilisation du terme
cyber, ô combien à la mode voire
galvaudé, mais dont la signification
laisse parfois perplexe : est-ce un
synonyme d’informatique, d’internet,
de dématérialisation, de traitement
algorithmique, d’un peu de tout cela ?
• D’autre part, les préjugés ou frilosités
pouvant entourer les assurances, liés
entre autres au fait qu’une véritable
expertise est souvent nécessaire pour
souscrire une assurance correspon-
dant à ses besoins et pour en respecter
les clauses. Et à cette frilosité des sous-
cripteurs correspond souvent celle
des assureurs, pour lesquels il s’agit
d’un domaine relativement nouveau,
avec donc un historique limité et des
besoins d’expertise spécifiques pour
bien comprendre les risques assurés.
Ecartons déjà le premier point, en
convenant avec la plupart des grands
acteurs et experts du domaine que « la
cyber » renvoie à l’information, son trai-
tement et sa protection, en incluant les
personnes, processus, systèmes et tech-
nologies y participant.
• Cela inclut donc l’informatique, sans
y être limité, et au cœur se trouve
l’information, « pétrole » de l’écono-
mie moderne : des données (person-
nelles, des clients, des employés,
stratégiques, industrielles…), des
savoir-faire, ou encore des procédés ;
leur « valeur » étant entre autres
déterminé par l’impact potentiel d’une
atteinte à leur disponibilité (puis-je
utiliser l’information au moment où j’en
ai besoin), leur intégrité (l’information
est-elle suffisamment fiable pour mon
usage) et leur confidentialité (l’infor -
mation n’est-elle communiquée qu’à ceux
qui en ont un besoin légitime).
• Avec cette complexité supplémen-
taire qu’une atteinte à l’information,
outre des conséquences économiques,
légales, ou d’image, peut avoir des
répercussions très concrètes dans le
monde physique – par exemple sur
les systèmes industriels, les implants
médicaux, ou encore les véhicules
connectés.
Seconde problématique, ce qui est
couvert – ou non. Car une assurance
permet de se protéger, dans un cadre
contractualisé, contre des conséquences
dommageables voire catastrophiques ;
et on voit bien du bref exposé ci-dessus
que les conséquences d’une atteinte à
l’information peuvent être de natures
très diverses, ainsi d’ailleurs que les
causes (accidentelles, délibérées, natu-
relles…) ayant été à l’origine de cette
atteinte.
Dans l’idéal, la souscription d’une assu-
rance cyber sera le déclencheur d’un
cercle vertueux d’amélioration conti-
nue de la sécurité de l’information :
l’entreprise souscriptrice identifie l’in-
formation qui a le plus de valeur pour
elle, ce qui peut la menacer, les failles
qui pourraient être exploitées pour ce
faire, et met en place une approche par
les risques de la sécurité de son infor-
mation. L’assurance cyber s’insère ainsi
dans l’écosystème de gestion de ses
risques cyber, les primes versées consti-
tuant un véritable investissement, dans
le cadre d’une relation de confiance avec
l’assureur.
A l’opposé, souscrire une assurance
cyber sans compréhension des enjeux
ni avoir mené une vraie réflexion stra-
tégique peut conduire à un laisser-aller
dommageable en matière de cybersé-
curité : on pense avoir transféré tous
ses risques cyber à l’assureur, on peut
donc se dispenser d’investir dans des
mesures de sécurité adaptées !
1
Alors qu’une simple comparaison –
certes un peu réductrice mais fondamen-
talement correcte – avec une assurance
plus classique fait bien comprendre
l’inanité de cette approche : souscrire
une assurance incendie ne dispense
pas de mettre en place des mesures de
prévention ou des systèmes de détection
d’incendie, ni d’en vérifier régulièrement
la pertinence, faute de quoi l’assureur
pourra légitiment refuser de couvrir, en
tout ou partie, un sinistre.
Dernier écueil : le marché est encore peu
mature, particulièrement en Europe
2
, et
la plupart des assureurs, quoiqu’inté-
ressés à développer une offre d’assu-
rance cyber, manquent encore de recul,
de visibilité et d’expertise dans ce
domaine, comme rappelé en début de
cette introduction. Ce qui fait que les
offres ne sont pas nécessairement bien
adaptées aux besoins de tous les types
d’entreprises, ou parfois vues comme
insuffisamment transparentes en
termes de couverture ou de tarification.
Dans ce tableau, le régulateur a un rôle à
jouer mais est dans une position incon-
fortable, eût égard aux éléments poten-
tiellement conflictuels rappelés ci-dessus,
et souvent aux mêmes manques d’exper-
tise que ceux identifiés chez les assureurs
comme chez leurs clients.
La volonté politique pourrait néan-
moins faire la différence : dans le
rapport
3
sur l’assurance cyber publié
en 2015, le gouvernement UK annonce
vouloir faire de Londres une place
mondiale pour l’assurance cyber…
Le présent Livre Blanc s’attache
ainsi non seulement à expliciter les
« bloqueurs » sous-jacents à l’exposé
précédent, mais aussi à présenter un
certain nombre de recommandations
concrètes pour débloquer l’assurance
cyber, s’adressant à toutes les parties
prenantes : les professionnels de l'as-
surance, les clients, et les pouvoirs
publics.
Démystifier l’assurance cyber
L’assurance cyber est un sujet multiforme, encore assez peu développé, parfois polémique ;
et la première problématique consiste justement à définir de quoi il s’agit !
En effet, la compréhension du concept, et de ce qu’il recouvre, peut varier significativement
selon les parties prenantes.
1/ L’exemple récent de l’attaque WannaCry (mai 2017) montre l’importance de respecter les règles d’hygiène informatique tout en complétant les actions
techniques et organisationnelles par des polices d’assurance cyber adaptées.
2/ Les estimations du marché mondial de l’assurance cyber en 2016 sont de 2 à 3 Md$. On peut estimer 80% du marché aux US, principalement sur les enjeux
de data breach et de privacy (notamment à cause des lois des différentes états sur le sujet) ; 10% du marché au UK, en particulier à travers les Lloyds ; 10%
dans le reste du monde (principalement l'Europe)
3/ https://www.gov.uk/government/publications/uk-cyber-security-the-role-of-insurance
6Comment ? débloquer ? le marché de l’assurance cyber en France ? Juin 2017
7Cybersécurité
L
Perspective économique
Quelles sont les conditions
d’émergence de l’assurance cyber ?
Par Ali JAGHDAM,
Enseignant-chercheur à l’Ecole de Management Léonard de Vinci ;
inspiré de l’ouvrage du même nom
Le constat
L’évolution extrêmement rapide des
cyber-risques ces dernières décennies
en volume mais surtout vers un type
d’attaques plus organisées et ciblées
(80% des cyber-attaques ont une moti-
vation criminelle causant une perte de
plus de 3 trillions de dollars !), ouvre un
nouveau chapitre dans la politique des
assurances vis-à-vis des risques. Cette
évolution n’a pas pu être rattrapée
par le marché de cybersécurité (faible
niveau d’investissement…) et encore
moins par celui de l’assurance cyber
(offre inadaptée…) qui reste « timide »
et peu innovant face aux attentes des
entreprises.
En effet, l’assurance s’est adaptée aux
nouveaux risques informatiques en
deux temps. Dans un premier temps,
avec l’apparition des premières attaques
virales, les assureurs ont proposé à
leurs assurés des extensions des polices
déjà existantes. La révision des primes
correspondait aux frais d’audit et d’ins-
pection courante de la mise en place
d’anti-virus et des firewalls. Or, la
gravité des sinistres a pris de l’ampleur
et de nouveaux types d’attaques plus organisées sont apparus. Les assu-
reurs se sont montrés plus prudents, et
plusieurs exclusions ont commencés à
figurer sur ces polices. Dans un second
temps, et depuis le début des années
2000, de nouvelles polices spécifiques
à la cybercriminalité ont été proposées
par quelques assureurs anglo-saxons
(AIG, Chubb, Lloyd’s, ACE, XL...) et
récemment par des assureurs euro-
péens (ALLIANZ, AXA…) sous des
conditions techniques et économiques
plus ou moins acceptables. L’analyse
de quelques contrats montre que ceux-
ci sont plafonnés et que la prime est
souvent indexée sur l’effort d’autopro-
tection des assurés.
Les risques cyber font encore
plus peur aux assureurs qu’aux
assurés !
L’un des fondements de la réalisation
d’un transfert du risque d’un agent
économique sur un autre (i.e. d’un
contrat d’assurance) est, d’une part, la
crainte du premier quant à la réalisa-
tion d’un certain aléa contre lequel il
veut être protégé (agent risquophobe).
Et, d’autre part, l’acceptation de couvrir
ce risque par le deuxième moyennant
une mutualisation qui le rend neutre
à ce risque. Cette inégalité dans les
degrés d’aversion au risque, dans ce
sens, est l’essence même d’un marché
d’assurance.
Il apparaît que cette inégalité n’est pas
dans le bon sens pour ce qui est des
cyber-risques et que ceux-ci font encore
plus peur aux assureurs qu’aux assurés !
Si actuariellement l’assurabilité d’un
risque dépend d'un certain nombre de
caractéristiques objectives qui devaient
être toutes réunies pour que l'assureur
puisse appliquer les techniques usuelles
de tarification, les cyber-risques se
trouvent aux limites du champ de l’as-
surable et échappent complètement
aux modèles les plus sophistiqués de
tarification.
En effet, d’une part, en plus du carac-
tère relativement rare et catastrophique
en termes du niveau des pertes des
cyber-crimes, d’ailleurs, tout comme les
7Juin 2017 Comment ? débloquer ? le marché de l’assurance cyber en France ?
8Cybersécurité
catastrophes naturelles (sauf que ceux-
ci sont maitrisées par régionalisation
sur le marché de l’assurance), il vient
s’ajouter un troisième facteur : celui
de l’interdépendance des cyber-risques
(i.e. entre les assurés potentiels) et ce
à l’échelle mondiale (les cyber-risques
n’ont pas de limites géographiques).
D’autre part, les assureurs n’ont pas de
recul suffisant ni d’historique suffisants
sur les sinistres et les impacts finan-
ciers du fait de la frilosité des entre-
prises à communiquer sur l'impact des
cyber-attaques subies, et de l’évolution
permanente et rapide des nouvelles
technologies de l’information et de
communications et donc des cyber-
risques aussi.
Il est donc clair que ni théoriciens ni
praticiens ne sont satisfaits de nos
capacités actuelles à mesurer d’une
manière crédible l’effet économique
des actes de malveillance commis sur
les réseaux d’information. Il n’existe,
jusque-là, aucune méthodologie stan-
dard à cet effet et les estimations du
coût de la cybercriminalité pour les
entreprises (basées sur des enquêtes ou
sur des méthodes plus objectives) sont,
le moins que l’on puisse dire, « spécu-
latives ».
Les remèdes à l’émergence
d’un marché stable de
l’assurance cyber
Le déblocage du marché de l’assurance
cyber revient en grande partie à l’inver-
sion du sens de l’inégalité de l’aversion
aux cyber-risques entre assureurs et
assurés.
Augmenter l’aversion aux
cyber-risques des entreprises
Selon l’approche économique du trans-
fert du risque, la condition principale
d'assurabilité se réduit à l'accepta-
tion par l'assuré du prix du transfert
proposée par son assureur. Autrement
dit, comment rendre « raisonnable »
aux yeux des assurés la prime d’assu-
rance toujours jugée trop élevée par ces
derniers par maque de conscience de la
gravité des conséquences économiques
des cyber-risques ?
La modification de la perception par les
entreprises des cyber-risques encou-
rus passe principalement par leur faire
prendre conscience des conséquences
économiques d’une absence de couver-
ture contre ce type de risques. Il faut
sensibiliser les entreprises à la cyber-
criminalité et médiatiser les sinistres.
Le partage et la divulgation de l’infor-
mation sur l’état de sécurité, les inci-
dents subis, les montants des pertes…
augmentent remarquablement le degré
d’aversion au risque. Les entreprises
peuvent bénéficier d’un « effet direct »
de la divulgation d’'information sur
leur demande d’assurance cyber et
d'un « effet stratégique » sur les prix.
Des centres de collecte d'informa-
tions, à l'instar des CERT (Computer
Emergency Response Team), doivent
être mis en place partout dans le
monde. Cela permet de réduire les
incertitudes et de mieux faire connaître
les cyber-risques par tous les acteurs
économiques. Quant aux pouvoirs
publics, ils sont les mieux placés pour
obliger les entreprises à communiquer
et à partager leurs expériences de sécu-
rité. Ceci pourrait changer la perception
générale de la cybercriminalité par le
monde professionnel.
Diminuer l’aversion aux cyber-
risques des assureurs
Pour pouvoir faire absorber ce type de
risque par les bilans des assureurs, il
faut contourner les obstacles actuariels
confrontés par ces derniers dans leur
offre d’assurance cyber. Les assureurs
doivent être rassurés à leur tour quant
à leurs engagements financiers.
Deux solutions pourraient être envisa-
gées : développer le marché de la réas-
surance et se rapprocher du marché de
la cybersécurité et des pouvoirs publics.
Le marché de la réassurance est incon-
tournable pour ce type de risques. En
septembre 2016, le réassureur suisse
Swiss Re, a mis en service des solutions
adaptées aux cyber-risques et les prin-
cipaux réassureurs de la place devraient
se positionner sur des solutions préven-
tives, avec des solutions de formations
spécifiques et l’accompagnement à des
« stress tests » réguliers.
Par ailleurs, un rapprochement avec le marché de cybersécurité et les pouvoirs
publics pourrait aboutir à une solution
par :
• (a) La réduction de la probabilité
d’attaque : (qui ne dépend que de la
volonté de nuire des cybercriminels)
par le renforcement du référentiel
légal international pour contourner
l’existence des « paradis numériques »
permettent aux criminels d’héberger
des serveurs, diffuser des contenus
illicites ou réaliser des actions illicites
en toute impunité.
• (b) La réduction de la probabilité de
réussite de l’attaque par, d’une part,
la création d’un environnement de
confiance envers le marché de cyber-
sécurité (problème du lemons market)
par la certification et le contrôle
permanant de la qualité de service,
et d’autre part, par l’augmentation du
niveau de l’investissement des entre-
prises en cybersécurité en renforçant
les normes de sécurité au sein des
entreprises au gré des évolutions tech-
nologique.
Un contrat package : « cyber-
assucurité »
Le risque moral est l’un des principaux
obstacles à offrir un contrat adéquat
d’assurance cyber. En effet, les entre-
prises doivent savoir que la couver-
ture assurantielle vient compléter tout
processus de sécurité et non pas s’y
substituer. L’effort de sécurité doit être
toujours à son optimum. Ainsi, donner
aux assureurs la possibilité d’intégrer le
marché de cybersécurité en offrant un
service de cybersécurité tout comme
les sociétés d’outsourcing (sans pour
autant glisser dans l’ingérence), semble
être un facteur rassurant qui contourne
fortement l’aléa moral et réduit l’aver-
sion au risque des assureurs.
Cela permet de proposer un contrat
à deux volets aux assurés : un contrat
d’assurance couvrant les dommages
subis, et un accompagnement sur
mesure en ingénierie. De tels produits
deux en un que l’on peut appeler
« cyber-assucurité » pourraient donc
être la clé de voute pour les assureurs,
et représenter un levier de croissance
des produits d’assurance cyber.
8Comment ? débloquer ? le marché de l’assurance cyber en France ? Juin 2017
9Cybersécurité
A
Analyse des chiffres du CESIN
Profils des réponses
Les graphes ci-dessous montrent les
types d’entreprises représentées et les
profils des répondants.
Profils des entreprises
Profils des entreprises Chiffres d'affaires des entreprises
Résultats commentés
des enquêtes menées
auprès du CESIN
1
et du CIGREF
2
Début 2017, des enquêtes ont été menées auprès du CESIN et du CIGREF pour comprendre
les enjeux et les perceptions de l’assurance cyber auprès de leurs adhérents. Nous leur
avons posé les mêmes questions. Un de nos objectifs étant de comprendre les éventuelles
divergences de vues entre RSSI et DSI. Néanmoins, compte tenu du nombre de réponses,
nos analyses se basent principalement sur les résultats du CESIN
3
.
1/ Club des Experts de la Sécurité de l'Information et du Numérique
2/ www.cigref.fr ; association qui regroupe les DSI de 140 grandes entreprises
3/ 68 réponses côté CESIN et une vingtaine côté CIGREF
PME ETI GE
11,8% 10,3%
77,9% plus de 1Mds €
de 150 M€ à 1 Mds €
de 150 M€ à 1 Mds €
de 50 M€ à 150 M €
de 5 à 50 M €
moins de 5 M €
9Juin 2017 Comment ? débloquer ? le marché de l’assurance cyber en France ?
10Cybersécurité
Typologie des souscripteurs
d’assurance cyber
A travers les réponses du CESIN, nous
comprenons qu’il existe un grand
clivage dans les réponses et l'apprécia-
tion du sujet dans les entreprises. En
effet, 27,9% déclarent avoir souscrit
une police d’assurance spécialisée cyber
et ce, sans faire usage d’une option dans
une assurance classique. Ce chiffre est à
mettre en contraste des 32,4% « de non
mise en étude du sujet » pour 2017, en
rappelant que les réponses sont issues à
77,9% de grandes entreprises.
Malgré une majorité de non-souscrip-
tion à une couverture cyber (57%),
l’avenir demeure encourageant avec
les 20,6% de « non, mais à l’étude » qui
devraient porter la souscription à 63%
de police d’assurance cyber et faire
reculer les « non » à 37%.
Avez-vous souscrit une assurance
cyber ?
Avril 2017
NON
57%
OUI
43%
Projection à terme
OUI
63%
NON
37%
Oui, produit dédié cyber 27,9%
Oui, en option d'une assurance 7,4%
Une souscription prévue dans l'année à venir 7,4%
Non, mais sujet à l'étude 20,6%
Non, sujet n'est pas à l'étude 32,4%
Je ne sais pas 0,44%
Dans cette perspective de croissance des souscriptions d’assurance cyber, les
entreprises déclarent vouloir couvrir en
priorité le risque de « Pénalités contrac-
tuelles ou réglementaires suite à une
attaque cyber ».
56% : Pénalités contractuelles ou régle-
mentaires, suite à une attaque cyber
40% : Impacts sur les tierces parties
40% : Frais d'expertise technique pour
retour à la normale, suite à une attaque
cyber
40% : Perte d'exploitation, suite à une
interruption business liée à une attaque
de Déni de Service
36% : Frais de communication et
gestion de crise, suite à une perte de
réputation lors d'une attaque
36% : Frais de re médiation, suite à un
ransomware
16% : Frais de notification, suite à
une violation de données à caractère
personnel
16% : Frais de monitoring (comptes
bancaires, usurpation d'identité…),
suite à une violation de données à
caractère personnel
La question de la gouvernance
de l’assurance cyber
Nous avons noté des chiffres mettant
en lumière une gouvernance contra-
dictoire quant à la souscription d’une
police d’assurance cyber :
• la Direction Générale est le principal
décideur (à 68%) mais avec une impli-
cation qui apparaît limitée (48,8%) ;
• si l'implication des RSSI est très forte
(83,7%), celle des Risk Managers
(62,8%) devrait être au moins au
même niveau – d'ailleurs les résul-
tats de l'enquête auprès du CIGREF
montrent une implication compa-
rable de ces deux fonctions (environ
85%).
Profils fonctions
autres 4%
RSSE 80%
Expert sécurité 1%
Resp. SOC 5,9%
Resp sécurité opérationnelle 2,9%
DSI 5,9%
Risk Manager 5,4%
CIL/DPO 0%80%
Montant maximal de la couverture assuran-
tielle proposée aux entreprises ?15%
21%
8%
7%
9%5%
9%
27%
Inférieur à 20 M€
Entre 20 et 50 M€
Entre 50 et 100 M€
Entre 100 et 200 M€
Entre 200 et 300 M€
Entre 300 et 500 M€
Plus de 500 M€
Pas de proposition à ce jour
Je ne sais pas
10Comment ? débloquer ? le marché de l’assurance cyber en France ? Juin 2017
11Cybersécurité
Les freins à l’adoption de la
l’assurance cyber
L’enquête fait un éclairage sur la nature
des « bloqueurs », contrariant la généra-
lisation des contrats d’assurance cyber
dans les entreprises.
Les assureurs peinent à « modéliser
et qualifier les risques cyber par secteur
d’activité » (64,7% de sondés), ce qui ne
facilite pas la mise en place de modèles
statistiques comparatifs (51,5% des
sondés) et rend « les offres insuffisam-
ment lisibles actuellement » (55,9% de
sondés).
Les entreprises pointent « la difficulté
à modéliser et à quantifier les risques en
interne » (58,8% des sondés), ainsi que «
des offres trop coûteuses » et « des solu-
tions non adaptées aux entreprises ».
La « multiplicité des standards sur
la question de la cybersécurité » et le
« manque de statistiques publiques
d’incidents cyber » ne facilitent pas
le partage de référentiel commun du
risque entre les compagnies d’assu-
rances et les entreprises. En effet, les
risques assurantiels et risques Sécurité
du SI ne recouvrent pas les mêmes péri-
mètres dans le cas d’une attaque cyber,
au risque d’une mécompréhension de
ce qui est réellement couvert par l’assu-
rance cyber.
Les évaluations préalables des
systèmes contre le risque cyber restent
très majoritairement basées sur du
déclaratif (questionnaires et/ou entre-
tiens) : entretien avec l’assureur (51,5%
de sondés), questionnaire détaillé
(administré par un spécialiste interne
ou externe : 41,9%) ou questionnaire
simple (pouvant être rempli par un non
spécialiste 16,3%).
En revanche, seulement 4,2% des
sondés déclarent avoir eu « un audit
sur site de 1 ou 2 jours d’un partenaire
expert sécurité de son assureur ». Il est
à noter que 23% de sondés n’ont reçu
aucune proposition d’audit à la sous-
cription de leur assurance cyber.
Une absence d’exigence inter-entre-
prises de police d’assurance cyber :
• 80% des entreprises ne proposent pas à
leurs clients des attestations de police
d’assurance cyber. 8% proposent un
engagement fort basé sur un SLA ou
de responsabilité pour tiers.
• 56% des entreprises ne demandent
aucune attestation d’assurance cyber.
12% n’en n’ont aucune idée. 28%
compensent par une exigence de SLA
avec pénalités. Seulement 4% des
sondés exigent du fournisseur infor-
matique/données une attestation
d'assurance cyber.
Un manque de mobilisation pour
associer police d’assurance cyber
Si une telle assurance cyber devait être souscrite, selon vous, quelle(s) fonction(s) prendrai(en)t la décision ?
(Plusieurs réponses possibles)
RSSI
DSI
Risk Manager
Directeur fin.
Directeur jur
Directeur co
Directeur gé
Autre
8 (32%)
8 (32%)
9 (36%)
9 (36%)
13 (52%)
1 (4%)
17 (68%)
0 (0%)
Quelle(s) fonction(s) est impliquée dans la décision de souscrire une assurance cyber ?
(Plusieurs réponses possibles)
RSSI
DSI
Risk Manager
Directeur fin.
Directeur jur
Directeur co
Directeur gé
Autre
36 (83,7%)
22 (51,2%)
27 (62,8%)
15 (34,9%)
8 (18,6%)
1 (4%)
21 (48,8%)
0 (0%)
11Juin 2017 Comment ? débloquer ? le marché de l’assurance cyber en France ?
12Cybersécurité
et prestations d’expertise cyber :
39,5% des offres ne prévoient aucune
prestation d'expertise ; quant aux autres,
55,8% des sondés n’ont jamais reçu de
propositions concrètes d'expertise.
Seulement 4,7% ont bénéficié de pres-
tations en amont à la souscription
d’une assurance cyber.
Les référentiels
L’ISO 2700x est plébiscité (50% de
sondés) en laissant les référentiels du
NIST et de l’ETSI ISI à 11,8% chacun.
Mais il est à noter que les profession-
nels expriment une relative insatis-
faction dans les référentiels cités, car
38,2% estiment qu’il faudrait « une
combinaison de standards » et d’autres,
qu’il ne faudrait au contraire « aucun
standard » 35,3%.
Les facteurs principaux d’adoption
4
de l’assurance cyber
• A 70,6% : la croissance des attaques va
enclencher des souscriptions
• A 58,8% : la prise de conscience des dirigeants et de leurs responsabilités
• A 52,9% : les règlements en vigueur ou
à venir
• A 47,1% : la valeur de l’information à
protéger
• A 32,4% : la connaissance du coût
moyen des attaques cyber
• A 25,0% : l’exigence des clients et
partenaires
Résultats croisés du CESIN et
du CIGREF
L'ensemble des commentaires, des
analyses et finalement des recomman-
dations des professionnels des deux
organisations convergent, même si
la fonction RSSI au CESIN (80%) a
une plus grande représentation qu'au
CIGREF (50%). A l'inverse, avec 18,8%,
le Risk Manager est mieux représenté
dans les réponses du CIGREF, contre
4,4% au CESIN. Plusieurs recomman-
dations ont retenu notre attention,
soulignant le rapprochement néces-
saire entre les métiers de la cyber sécu-
rité, du Risk Management, des autres
Directions métiers et de la Direction
Générale et ce, pour une meilleure effi-
cacité et clarté de l'assurance cyber :
• « Que les RSSI comprennent que l’as-
surance cyber est un outil du portfolio
de défense » ;
• « Besoin d'une visibilité sur le ROI
d'une assurance et sur les coût factuels
et connues d'une cyberattaque » ;
• « Il faudrait disposer d'analyse présen-
tant pour la France les coûts des
cyberattaques afin que les DG voient
l'intérêt d'une assurance au regard des
impacts financiers ».
4/ Nous rappelons que les enquêtes ont été menées avant l'attaque WannaCry de mai 2017
Profils des entreprises
PME
ETI
Grande entreprise
Répartitions des activités
Services financiers Assurance Industrie Services Technologie
Utilities
Education
Conseil12,5%
31,3%
12,5%
Profils des répondants
Risk Manager CTO et RSSI DSI RSSI Expert cybersécurité
Responsable de la Sécurité
Opérationnelle18,8%
50%
18,8%
Données du CIGREF
12Comment ? débloquer ? le marché de l’assurance cyber en France ? Juin 2017
13Cybersécurité
Témoignages d’experts
du marché
C
Comment définissez-vous le risque cyber ?
C’est le risque d’atteinte au système d’information de l’entre-
prise ou lié à l’usage des réseaux sociaux, du fait de la malveil-
lance et de l’erreur ou de la négligence.
Les membres de R2GS ont participé à l’enquête Télécom
ParisTech. Pouvez-vous commenter les principales
tendances ?
Les principales tendances constatées peuvent être
résumées de la façon suivante :
• Maturité encore faible de la demande,
• Couverture des pertes d’exploitation recherchée en
priorité,
• Croissance du risque cyber et sanctions financières liées aux
nouvelles réglementations vues comme une double incita-
tion à examiner ce type d’assurance.
Quelle(s) méthode(s) vous paraissent les plus appro-
priées pour modéliser, quantifier et comptabiliser le
risque cyber ? Quelle méthode(s) utilisez-vous dans
vos activités ou travaux ?
La méthode la plus appropriée, qui est celle que j’ai mise au
point pour le compte de grandes entreprises et organisations
en France et en Europe, est la suivante :
• Élaboration d’un Top 10 des risques cyber par métier pour
un secteur d’activité économique donné (par exemple, 15
métiers dans le secteur bancaire et financier),
• Chaque type de risque du Top 10 est défini comme la
combinaison de la probabilité ou fréquence d’occurrence
de l’incident de sécurité et de la sensibilité de la cible (type
DIC-Disponibilité Intégrité Confidentialité et niveau et type
d’impact).
La composante « fréquence » peut être évaluée sur la base du
standard ETSI ISI-001 et de ses 98 indicateurs, auxquels sont
associés des chiffres statistiques d’état de l’art.
Selon vous, quels sont les principaux freins actuels à
l’achat d’une assurance cyber ? Quel levier principal
voyez-vous pour « débloquer » le marché ?
Selon moi, les principaux freins actuels sont les
suivants :
• Séparation entre les entités Risques opérationnels et
RSSI dans les entreprises,
• Modélisation des risques cyber par secteur d’acti-
vité économique encore largement insuffisante voire
inexistante,
• Chiffres sur les incidents absents, partiels ou insuffisam-
ment partagés.
Le levier principal pour débloquer cette situation est l’élabo-
ration de modèles de risques cyber avec des chiffres associés.
Quelques questions à Gérard GAUDIN, fondateur et Président du club R2GS
1
et de l’ISI
2
à l’ETSI
1/ Club de Réflexion et de Recherche en Gestion opérationnelle de la Sécurité
2/ Information Security Indicators
13Juin 2017 Comment ? débloquer ? le marché de l’assurance cyber en France ?
14Cybersécurité
Les membres du CESIN ont participé à l’enquête
Télécom ParisTech. Pouvez-vous commenter les résul-
tats et les principales tendances ?
Cette enquête est importante pour les professionnels de la
SSI car l’offre de couverture assurantielle rentre pleinement
dans les solutions de gestion des risques avec la diminution
du risque par des mesures de sécurité, l’acceptation du risque
ou à l’inverse leur suppression en évitant la situation à risque.
En revanche les offres existantes depuis de nombreuses
années de couverture de la perte d’exploitation ou de la
responsabilité civile sont insuffisantes par rapport aux
attaques cyber que subissent aujourd’hui les entreprises.
La réflexion sur la couverture des risques cyber par des assu-
rances prend une place importante dans les réflexions des
dirigeants d’entreprise. Le RSSI se trouve impliqué dans la
réflexion ainsi que la direction juridique et le risk-manager
lorsqu’il existe.
Quels sont les principaux risques cyber que les membres
du CESIN assurent-ils ou cherchent à assurer ?
Au vu de l’enquête nos membres ont déclaré à 56% que le
principal risque qu’ils voulaient couvrir était le coût des péna-
lités contractuelles ou réglementaires, suite à une attaque
cyber, en particulier si l’attaque a pu concerner des données
personnelles. Ensuite à égalité, ils souhaitent couvrir les
pertes d’exploitation, les frais d’expertises, et les impacts sur
les tierces parties.
Selon vous, quels sont les freins actuels à l’achat d’une
assurance cyber ?
Les offres sont aujourd’hui insuffisamment lisibles. On a pu
constater que la compréhension du risque par les assureurs
et par les RSSI ne recouvre pas la même chose. Ce n’est pas
étonnant car les métiers sont différents, mais cela rend le
dialogue difficile et entraine une crainte de se retrouver dans
une situation où on se retrouverait non couvert malgré la
souscription de l’assurance en raison d’une interprétation
différente de l’attaque au plan technique.
Il y a actuellement des difficultés à modéliser et quantifier les
risques cyber en interne et par les assureurs. Les entreprises
trouvent les offres trop coûteuses sans doute par un manque
de chiffres statistiques publics d’incidents cyber et des coûts
engendrés.
Quels conseils pratiques donneriez-vous aux fournis-
seurs de solutions d’assurance cyber ?
Il faut avant tout un référentiel de définitions communes
aux deux métiers avec des critères précis d’interprétations,
même si ce référentiel devra être actualisé au fur et à mesure
de l’avancée des technologies et des menaces cyber. Comment
assurer des environnements que nous-mêmes sommes en
train de découvrir comme le cloud ou les IoT.
Il faut que l’offre soit lisible à la fois pour le dirigeant d’entre-
prise, pour les services juridiques et pour les RSSI. Comme
nous l’avons indiqué précédemment la définition d’une
cyberattaque est très complexe et beaucoup d’entreprises
craignent de tomber sous le cas d’une exclusion de la couver-
ture contractuelle (stéréotype des petites lignes qui font
qu’on se retrouve dans un cas non couvert).
Quelques questions à Alain BOUILLE, fondateur et Président du CESIN
Pouvez-vous nous dire quelques mots sur Symantec et
l’assurance cyber ? Quelles solutions proposez-vous à
vos clients ?
Compte tenu de leur complémentarité, la convergence des
solutions de sécurité et d’assurance nous a très tôt paru
inéluctable. Il y a trois ans, Symantec a créé la structure
dédiée « Cyber-Insurance Group ». Sa mission est d’une
part, d’adresser les besoins des assureurs et réassureurs qui
recherchent des outils de support spécifiques dans la compré-
hension des cyber-risques, notamment sur les aspects Pricing,
Underwriting et Cat Modelling, et d’autre part la création de
partenariats actifs pour proposer une meilleure protection
globale à nos clients respectifs.
Quelques questions à Laurent HESLAULT, Symantec, Directeur EMEA des stratégies de cybersécurité
14Comment ? débloquer ? le marché de l’assurance cyber en France ? Juin 2017
15Cybersécurité
Quelques questions à François BEAUME, AMRAE, Président commission Systèmes d’Information
Pouvez-vous nous présenter l’AMRAE ? Quels sont les
travaux conduits par l’AMRAE sur les risques cyber et
l’assurance ?
L’Association pour le Management des Risques et des
Assurances de l’Entreprise rassemble plus de 1000 membres
appartenant à 750 entreprises françaises publiques et privées.
L’association a notamment pour objectifs de développer la «
culture » du Management des Risques dans les organisations
et d’aider ses membres dans leurs relations avec les acteurs
du monde de l’assurance et les pouvoirs publics. Elle les
conseille dans l’appréciation des risques, dans la maîtrise de
leurs financements et leurs dépenses d’assurance. Sa filiale
AMRAE Formation, pour répondre aux besoins de formation
professionnelle de ses adhérents ou de ceux qui légitimement
s’adressent à elle, dispense des formations diplômantes,
certifiantes et qualifiantes de haut niveau. L’AMRAE, de par
sa commission Systèmes d’Information, travaille sur les diffé-
rents aspects des risques Cyber :
• Identification et évaluation du risque
• Prévention et réduction
• Financement
• Gestion de crise et de sinistres
• Retours d’expérience
Ces travaux se concrétisent notamment par des publications
telles que :
• Livre blanc « La maîtrise du risque Cyber sur l’ensemble de la
chaîne de valeur et son transfert vers l’assurer » (IRT System X)
• Livre collection Maîtrise des risques : RM et RSSI en partena-
riat avec le CLUSIF
• Livre collection Dialoguer : La gestion du Risque Numérique
dans l’entreprise
• Cahier technique « Comment identifier, évaluer, traiter et
financer les risques SI ou Cyber » en partenariat avec le CESIN.
Comment définissez-vous le risque cyber ? Quelles
sont les méthodes actuelles permettant de modéliser
et quantifier le risque cyber ?
Par risque cyber on entend tout ce qui touche à l'atteinte, la
violation ou la perte de données, mais également les intrusions
de réseau ou encore la détérioration d'actifs immatériels sans
atteinte au système d’information et/ou les conséquences
d’une atteinte au système d’information. L’identification de
ce risque passe par un échange avec les fonctions concernées
par sa gestion (SI, juridique, RH, communication…) ainsi
qu’avec les directions stratégie et métier pour appréhender
toutes les dimensions.
Selon vous, quels sont les principaux risques cyber que
les Risk Managers assurent-ils ou cherchent à assurer ?
Les événements ou faits générateurs qui vont être assurés
sont divers par nature :
• Dommages matériels (incendie, dégât des eaux…) accidentels
ou malveillants
• Dommages immatériels (virus, cryptolockers, attaques
ciblées, erreurs humaines, cyber fraude, fraude…).
avec une couverture :
• Des dommages causés aux tiers
• Des dommages subis par l’entreprise assurée y compris le
volet pertes d’exploitation et frais de notification.
En outre ces polices offrent souvent un volet « service » axé sur
une assistance à la gestion de crise dans toutes ses dimensions
(juridique, IT, communication…).
Selon vous, quels sont les principaux freins et leviers
pour accélérer le marché de l’assurance cyber ?
Nous assistons à la rencontre de mondes très complexes
(dont l’un d’ailleurs très règlementé). Chacun doit faire un
pas vers l’autre pour collaborer à l’émergence de produits qui
répondent réellement aux attentes des clients. Pour avancer
rapidement et de manière pertinente, un grand nombre d’ex-
perts du monde de l’assurance ont été intégrés dans l’équipe
Symantec Cyber-Insurance Group, au contact de nos experts
en cybersécurité. Beaucoup de questions mais surtout de
nombreuses idées n’ont pas tardé à émerger comme notam-
ment une vision simplifiée des cyber-attaques, une définition
plus accessible des cyber-risques, de leurs impacts et des solu-
tions de réduction, combinée à une clarification des couver-
tures ou indemnisations. Nous avons d’ailleurs pu montrer à
travers une étude réalisée aux USA que la plupart des « cyber-
questions » posées lors de la phase amont par les assureurs
sont considérées par les DSI et RSSI comme « absurdes et de
peu de valeur ». Une vraie collaboration à long terme est la
clef.
Quels conseils pratiques donnez-vous aux souscrip-
teurs d’assurance cyber ?
La cybersécurité est un monde où le bon sens joue un rôle
important. Cependant la partie technique peut s’avérer
rapidement très complexe. Un bon niveau d’information
est donc nécessaire pour une évaluation efficace et néan-
moins pertinente de la situation, dans un environnement en
bouleversement permanent. Une gestion fine, et mise à jour
fréquemment, des cyber-risques pesant sur l’organisation est
fondamentale. A la cyber dépendance, nous devons opposer
la cyber résilience, qui elle-même s’appuie sur l’humain, l’or-
ganisationnel, la technologie et l’assurance.
15Juin 2017 Comment ? débloquer ? le marché de l’assurance cyber en France ?
16Cybersécurité Comment voyez-vous le marché de l’assurance cyber ?
et celui de la réassurance cyber ?
Le marché de l’assurance cyber n’est qu’au tout début de son
développement. La demande pour des polices reste faible,
notamment en Europe, et ceci malgré un nombre croissant
d’acteurs – compagnies, secteur public – se rendant compte des
menaces de la cybercriminalité et des possibilités de pannes et
de failles de leurs systèmes informatiques. Les cas de « Hacking
» des dernières années ont fait réaliser à tous les intervenants
les conséquences potentiellement dramatiques : des coûts
très importants de remise en service, de communication et
de dédommagement des clients, une réputation endommagée
et une perte de confiance des clients, avec un impact souvent
important sur la capitalisation boursière.
Du côté du secteur de l’assurance, les obstacles pour le
développement consistent surtout en la difficulté de mettre
un prix sur des risques sur lesquelles il n’y a que peu de
données historiques, et dont on ne connaît pas l’étendu
potentiel des dommages. Aujourd’hui, les couvertures propo-
sées par les assureurs sont souvent insuffisantes, et les
couvertures plus importantes seraient trop chères.
Ceci dit, le marché voit connait une croissance importante
et des développements importants, d’une part avec pour la
capacité des assureurs de mieux « comprendre » et de mettre
à disposition des couvertures plus importantes, et d’autre
part pour avec une la demande qui augmente - la cybercri-
minalité arrive toujours sur la première place des risques que
craignent les entreprises du secteur privé.
Quelles sont les différentes stratégies des principaux
acteurs de l’assurance en matière de cyber ?
Les assureurs tentent d’avancer le marché en se créant une
base de connaissance et d’expertise à la fois qualitative et
quantitative. Ils travaillent souvent en partenariat avec des
acteurs du secteur technologique pour mettre en place des
mécanismes de protection. Certains courtiers ont mis en
place des produits qui permettent à leurs clients d’accéder
à des grands blocs de couverture, facilitant ainsi l’accès au
marché. On voit aussi des initiatives pour standardiser les
contrats, et beaucoup de travail est fait sur les exclusions.
En parallèle, le secteur étudie les possibilités offertes par
les instruments du marché des capitaux pour « porter » ces
risques.
Compte tenu de vos expériences internationales,
quelles sont vos recommandations pour « débloquer »
le marché de l’assurance cyber en France ?
Le marché de la cyber-assurance en France n’est pas plus ou
moins développé que celui des autres pays du continent –
c'est-à-dire il est petit faible, mais en croissance. Pour avan-
cer dans cette direction, des efforts continuels et en termes
de communication et d’éducation sont nécessaires pour créer
la demande. En même temps, approfondir la compréhension
des risques et de la capacité de les quantifier restent primor-
diaux. De nombreux assureurs n’ont pas encore l’appétit de
couvrir des risques de cybercriminalité. Malheureusement,
c’est à travers les cyberattaques du futur que le secteur
apprendra. On le voit aux Etats-Unis, où les volumes se sont
envolés, grâce aux assureurs qui ont pu créer une compréhen-
sion plus globale et plus profonde des facteurs de risques et
des conséquences des évènements de cybercriminalité.
Quelques questions à Christian REBER Boston Consulting Group, Partner & Managing Director
Comment voyez-vous le marché de l’assurance cyber et
son évolution ?
Le marché Cyber, est majoritairement développé en
Amérique du nord, et commence seulement en Europe. Le
marché Européen est cependant en plein expansion depuis
quelques années. Cette expansion s’accélère du fait des évolu-
tions réglementaires récentes (loi de programmation mili-
taire…) ou à venir (RGPD…) et de la montée des périls cyber
(WannaCry ou autre).
Les capacités disponibles augmentent et les offres se sophis-
tiquent.
A ce jour environ la moitié des assureurs Européens n’offre
pas de garantie Cyber et pourrait dans le futur élargir leurs
offres sur cette branche et faire évoluer les capacités et les
offres.
Quelle est selon vous la gouvernance idéale de ce
risque ? Qui décide sur les sujets d’assurance cyber ?
Toutes les entreprises ont aujourd’hui une stratégique d’ex-
pansion s’appuyant sur le numérique. Des nouveaux risques
et dépendances naissent de ces opportunités. Le risque cyber
n’est plus un risque technique mais bien un risque d’entre-
prise. Une gouvernance du risque cyber doit être mise en
place pour permettre au management d’apprécier l’exposition
pour son entreprise et de prendre les décisions nécessaires
dans le cadre d’une gestion globale des risques. La qualité de
gestion du risque cyber contribuera à la valorisation finan-
cière de l’entreprise.
16Comment ? débloquer ? le marché de l’assurance cyber en France ? Juin 2017
17Cybersécurité L
Le marché de l’assurance cyber est loin
du niveau de maturité de nombreux
autres secteurs de l’assurance profes-
sionnelle, et fait face à de sérieux
facteurs de blocage qui compliquent les
choses pour courtiers, souscripteurs
et régulateurs. Ces problèmes limitent
également la valeur que de nombreux
acheteurs pourraient retirer de produits
d’assurance cyber.
• L’évolution très rapide des menaces
et l’absence de mécanismes fiables
de partage d’information autour des
cyber-attaques rendent difficile l’ap-
plication de modèles actuariels tradi-
tionnels.
• Même si les choses s’améliorent lente-
ment, de nombreux acteurs du secteur
manquent cruellement d’expérience
pratique en matière de cybersécurité.
• Les régulateurs sont enfermés dans
un dilemme entre risque systémique
et risque de mévente, qui limite leur
capacité à agir de façon claire.
• Enfin, il n’y a pas encore suffisamment
de cas juridiques significatifs pour
déterminer de façon claire dans quels
sens le marché pourrait évoluer.
Fondamentalement, personne ne peut
prédire les futurs vecteurs de cyber-
attaques, et les acheteurs potentielle-
ment intéressés par des produits spéci-
fiques de l’assurance cyber ne peuvent
pas s’attendre en pratique à être
couverts à jamais contre des risques
inconnus. Donc une approche mesurée
s’impose aux acheteurs potentiels, en
particulier aux PME, avec une atten-
tion particulière à porter aux 4 points
suivants.
Où en êtes-vous vraiment en
matière de cybersécurité ?
L’assurance cyber ne sera jamais une
solution miracle et la présence réelle
et démontrable de mesures de sécurité
appropriées sera toujours le prérequis
fondamental à n’importe quel rembour-
sement par n’importe quel assureur.
Avez-vous une compréhension claire
des menaces cyber auxquelles vous
faites face ? Seriez-vous en mesure de
démontrer de façon fiable un niveau
suffisant d’adhérence aux bonnes
pratiques en matière de cybersécurité ?
Etes-vous déjà couvert ?
Des options de l’assurance cyber sont
déjà incluses dans beaucoup de polices
commerciales et il est essentiel de véri-
fier ces aspects avant de considérer une
assurance cyber spécifique, et de déter-
miner si la couverture existante est
suffisante (au regard des cyber menaces
auxquelles l’entreprise fait face et des
pratiques existantes au sein de l’entre-
prise en matière de cybersécurité).
Attention au contenu réel
des polices spécifiques de
l’assurance cyber
Les divers facteurs de blocage du
secteur détaillés plus haut peuvent
amener assureurs et souscripteurs à
se couvrir contractuellement de façon
stricte et rendent absolument essentiel
de lire en détail les contrats d’assurance
cyber spécifiques. Assurez-vous de bien comprendre toutes les exclusions
et leur signification exacte (et si elles
peuvent s’appliquer dans votre cas) :
Une bonne compréhension commune
du langage technique entre toutes les
parties est absolument essentielle car
l’absence de précédents et la grande
diversité d’interprétation de certains
termes pourraient vous obliger à des
poursuites dans des cas extrêmes.
Attention à la valeur réelle
des services à valeur ajoutée
(services d’assistance
juridique, d’assistance en
réponse aux incidents…)
Certains courtiers rajoutent ces couches
de service pour rendre leurs produits
plus attrayants (et se dédouaner d’accu-
sations de mévente au regard des exclu-
sions qu’ils imposent par ailleurs) mais
ce ne sont pas au sens strict des produits
d’assurance, et les acheteurs potentiels
doivent absolument considérer s’ils ont
un besoin réel de ces services, s’ils y ont
déjà accès par ailleurs, ou s’ils pour-
raient se les procurer à meilleur prix
(en cas de besoin) via des partenariats
existants (avec des cabinets juridiques
ou de relations publiques par exemple).
Beaucoup de ces recommandations sont
des mesures de bon sens qui s’appli-
queraient à nombre de décisions dans
ce domaine, mais la faible maturité du
secteur de l’assurance cyber (relative aux
autres secteurs de l’assurance profession-
nelle) les rend essentielles pour l’acheteur
potentiel sur le court à moyen-terme.
Guide pratique d’achat
d’une assurance cyber
Par Jean-Christophe Gaillard (1991),
Fondateur et Directeur Associé chez Corix Partners,
cabinet de conseil particulier en Gestion d’Entreprise basé à Londres et spécialisé
en Stratégie, Organisation & Gouvernance de la Sécurité. Il co-préside également
le groupe Cyber Sécurité de l’association d’alumni de Télécom ParisTech.
17Juin 2017 Comment ? débloquer ? le marché de l’assurance cyber en France ?
18Cybersécurité C
Du côté de la demande
Demander les attestations de police
d’assurance cyber dans les appels
d’offres
Cela peut paraitre procédurier mais
quoi de plus incitatif que les clients
demandent à leurs fournisseurs de
décrire la façon dont ils couvrent les
risques cyber (en plus des aspects tech-
niques et opérationnels). Certaines
sociétés commencent à le faire en parti-
culier dans les domaines de l’externa-
lisation de systèmes d’information.
En revanche, cela est beaucoup moins
répandu dans les domaines connexes.
Faites le test : demandez à votre conces-
sionnaire automobile ou à votre four-
nisseur d’énergie comment il couvre
le risque cyber pour tiers ! Ainsi, une
entreprise en exigeant de ses fournis-
seurs de solutions cloud leur police d’as-
surance cyber inciterait l’écosystème
digital à monter en maturité sur les
enjeux de cybersécurité.
Acheter des produits simples d’as-
surance cyber
Il faut apprendre en marchant. Alors
quoi de plus simple que de souscrire une
première police d’assurance cyber sur un
périmètre restreint et avec une garantie
précise (par exemple les risques de perte
d’exploitation, suite à une interruption
business liée à une attaque en Déni de
Service). L’enjeu pour les acheteurs est
de challenger les assureurs et courtiers,
de faire monter en compétence les
responsables internes de l’entreprise, et
de voir comment les éventuels sinistres seraient pris en compte.
Du côté de l’offre
Expliquer ce qui est déjà couvert par les polices d’assurance existantes
Cela s’appelle le « silent cover », c’est-
à-dire qu’une partie des conséquences
d’un dégât cyber peut déjà être prise en
compte dans des contrats de respon-
sabilité civile, de dommages… Or de
nombreuses entreprises ne savent pas
ce qui est couvert et ce qui ne l’est pas.
Les compagnies d’assurance doivent
clarifier les garanties et exclusions de
leurs produits d’assurance classiques
comme cyber.
Faire connaitre l’offre d’assurance
cyber
La compréhension de l’offre d’assu-
rance cyber a bien avancé depuis ces
trois dernières années mais il demeure
encore de nombreuses entreprises
qui n’en comprennent pas les enjeux.
L’éducation du marché peut notam-
ment passer par la mise en place de
comparateurs de solutions d’assurance
cyber, et par des guides d’achat ou de
sensibilisation (par exemple le guide
1
sur les cyber-risques coproduit par le
CESIN et l’AMRAE, les travaux menés
par System-X, l’AMRAE, la FFA et
FERMA sur le l’assurance cyber
2
, ou le
livre blanc du CLUSIF en cours de paru-
tion).
Favoriser les offres technico-assu-
rantielles
Il s’agit de proposer des offres d’assu-
rance couplées à des prestations de
services (réponse aux incidents, inves-
tigation, gestion de crise, communi-
cation…), notamment pour les PME
et ETI. Il arrive bien souvent que
suite à une attaque, les entreprises se
retrouvent démunies et ne savent pas
vers qui se tourner. Il y a aussi l’enjeu
de mesurer les vulnérabilités de l’entre-
prise. Il existe ainsi déjà des offres qui
couplent aspects techniques et assuran-
tiels pour en permanence mesurer les
risques cyber et, le cas échéant, conseil-
ler à la société cliente de renforcer sa
sécurité.
Du côté du droit
Sanctionner les produits ou logi-
ciels mal développés
Dans les domaines alimentaire, phar-
maceutique, chimique, financier… il
existe de nombreuses règles sectorielles
quant à la qualité des produits. En cas
de non-conformité avérée, les fournis-
seurs sont fortement pénalisés. Or,
quand des milliers d’objets connectés
se transforment en plate-forme d’at-
taques distribuées de déni de service
(DDoS) car ils sont mal conçus ou mal
développés, les conséquences pour
les constructeurs sont pratiquement
inexistantes. Il est de leur responsabi-
lité de mettre en place le « security by
design » et de rappeler leurs produits
Nos recommandations
1/ www.amrae.fr/cyber-risques-outil-daide-à-lanalyse-et-au-traitement-assurantiel
2/ System-X, « La maîtrise du risque cyber sur l’ensemble de la chaîne de sa valeur et son transfert vers l’assurance », juillet 2016
18Comment ? débloquer ? le marché de l’assurance cyber en France ? Juin 2017
19Cybersécurité
3/ www.observatoire-fic.com/la-securite-durable-appliquee-a-la-cybersecurite/
s’il est avéré qu’ils sont notoirement
vulnérables et attaquables (comme
Jeep l’a fait pour un logiciel embarqué
vulnérable). En outre, cela contribuera
à la maitrise du risque systémique.
Rendre obligatoire les assurances
cyber
Il existe de nombreux domaines où les
assurances sont obligatoires. Pourquoi
pas dans le domaine cyber ? Nous
pensons que cela sera le cas dans
quelques années, comme le laisse présa-
ger l’introduction de textes juridiques
et réglementaires relatifs à la cybersé-
curité et à la protection des données à
caractère personnel. Cela passera sans
doute par la souscription d’assurances
cyber dans le cadre de codes de bonne
conduite de certaines filières, comme
le bâtiment intelligent ou la voiture
connectée.
Du côté de la finance
Intégrer la cybersécurité dans les
rapports annuels
Tous les rapports annuels disposent
désormais de plusieurs pages sur la
responsabilité sociale et environ-
nementale de l’entreprise. Certains
mentionnent en quelques lignes les
risques cyber dans le chapitre risques
majeurs. C’est clairement insuffisant.
Mentionner la souscription d’une
assurance cyber permettrait aux inves-
tisseurs d’apprécier les démarches
entreprises par le management pour
améliorer le niveau de cybersécurité
et la pérennité de leur entreprise face
aux risques cyber. Cela participe d’une
démarche de sécurité durable
3
.
Libérer du capital
Dans certaines professions réglemen-
tées comme la finance ou l’assurance
elle-même, il existe des exigences de
réserve de capital (Bâle, Solvency). Or,
la souscription d’une police d’assurance
cyber permet de réaffecter une partie de
ce capital.
Mettre en place un fond pour les
grandes catastrophes cyber
Dans les domaines du terrorisme ou
des catastrophes naturelles, il existe
des fonds spécifiques pour couvrir
les dommages au-delà d’un certain
montant. Nous préconisons la mise en
place d’une démarche similaire dans
le domaine de l’assurance cyber pour
couvrir tout ou partie des risques systé-
miques ou des grandes catastrophes
cyber (« black swan »). Le fond pourrait
être constitué à partir d’une taxe sur les contrats de responsabilité civile et/ou
sur les produits et services liés aux tech-
nologies de l’information, voire à partir
de pénalités financières conformément
à la recommandation « Sanctionner les
produits ou logiciels mal développés ».
Du côté des organisations
Adopter un langage et des modèles
de risques communs
Dirigeants, Risk managers, RSSI, DSI,
DAF… ne parlent pas le même langage.
Certains ont des cultures et des
approches financières, d’autres tech-
niques et d’autres opérationnelles. Cela
ne facilite pas la compréhension et la
prise de décision. Il convient de présen-
ter les risques cyber en risque business.
En d’autres termes, la question n’est
pas de connaitre le détail technique
d’une attaque mais de comprendre son
impact sur l’entreprise, en particulier en
termes d’image et de pertes financières.
Facile à recommander mais difficile à
évaluer en raison de la nature intan-
gible de certains actifs de l’entreprise,
et de l’absence de modèles de risques
cyber partagés sur le marché.
La demande Le droit Les
organisations
L'offre La finance La
cybersécurité
Demander les
attestations de
police d'assurance
cyber dans les
appels d'offres
Sanctionner
les produits ou
logiciels mal
développés
Adopter un
langage et des
modèles de risques
communs
Expliquer ce qui
est déjà couvert
par les polices
d'assurance
existantes
Intégrer la
cybersécurité
dans les rapports
annuels
Faire émerger
un standard
commun pour les
questionnaires et
les ratings
Acheter des
produits simples
d'assurance cyber
Rendre obligatoire
les assurances
cyber
Inscrire la
cybersécurité
au coeur de la
gouvernance des
entreprises
Faire connaitre
l'offre d'assurance
cyber
Libérer du capital
Disposer d'un tiers
de confiance pour
évaluer le niveau
de sécurité des
entreprises
Favoriser les
offres technico-
assurantielles
Mettre en
place un fond
pour les grandes
catastrophes
cyber
Partager les
informations sur
les incidents
19Juin 2017 Comment ? débloquer ? le marché de l’assurance cyber en France ?
20Cybersécurité
Inscrire clairement la cybersécu-
rité au cœur de la gouvernance de
l’entreprise
Certaines entreprises américaines
commencent à nommer des spécia-
listes de la cybersécurité dans leur
conseil d’administration. Si cette dyna-
mique n’est pas transposable à toutes
les entreprises, la démarche d’élever le
niveau de compétences des membres
impliqués dans la gouvernance des
entreprises est à accélérer. Cette
démarche est notamment préconisée
par le rapport « Advancing cyber resi-
lience : Principles and Tools for Boards »
du World Economic Forum
4
rédigé avec
le BCG et HP. La prise en considération
du risque cyber à son juste niveau milite
à placer les RSSI non pas sous la tutelle
des directions informatiques mais par
exemple au niveau de la direction des
risques ou de la direction générale. De
plus, former les DSI et RSSI aux tech-
niques de l’assurance permettrait de
faciliter le dialogue avec les risk mana-
gers.
Du côté de la cybersécurité
Faire émerger un standard commun
pour les questionnaires et les
ratings
Quoi de plus déroutant que de recevoir
les questionnaires des cyber-assureurs.
Ces questionnaires de « santé » sont
perçus comme trop généraux ou trop
intrusifs, et ont pour objet d’évaluer la
maturité des pratiques de cybersécurité
des futurs assurés. Certains s’inspirent
de standards techniques de cybersécu-
rité plus ou moins répandus. Il existe
ainsi clairement une nécessité de voir
émerger un standard commun pour
faciliter le dialogue entre assureurs,
courtiers et acheteurs. Parallèlement,
ces dernières années ont vu apparaître
des agences de notation (« rating »)
des risques cyber. Si cette initiative
est heureuse pour connaître le niveau
de cybersécurité d’une entreprise et
pouvoir comparer les entreprises, les
méthodes utilisées pour les scorings
demeurent souvent obscures et proprié-
taires. Un standard commun pourrait
s’inspirer par exemple du NIST cyber -
security framework
5
aux États-Unis, des
standards ETSI ISI (Information Security
Indicators)
6
ou des règles d’hygiène
informatique de l’ANSSI
7
. En analysant
la chaîne de valeur de l’assurance cyber,
il est probable que les réassureurs joue-
ront un rôle clef dans l’émergence d’un
standard de cybersécurité.
Disposer de tiers de confiance pour
évaluer le niveau de cybersécurité
des entreprises
Même si les agences de notation clas-
siques (Moody’s, Standard & Poor’s,
Fitch) commencent à intégrer l’évalua-
tion des risques cyber, des sociétés tech-
nologiques américaines spécialisées
dans l’évaluation de la performance des
entreprises en matière de cybersécurité
se développent depuis quelques années.
Les ratings proposés aujourd’hui par
les premiers acteurs du secteur sont
effectués à partir de données publiques
et d’analyses des adresses IP externes
des entreprises considérées (vulnéra-
bilités, spam, botnets…). Cela veut dire
que seul le haut de l’iceberg est étudié.
Pour aller plus loin, il conviendrait d’in-
terroger directement les entreprises
pour prendre en considération leurs
faiblesses (ou forces) organisation-
nelles, opérationnelles, comportemen-
tales… Elles risquent d’être réticentes
à fournir des données sans certaines
garanties de confidentialité des infor-
mations. D’où la nécessité de disposer
de tiers de confiance indépendants
pour les ratings. Nous préconisons la
création d’une agence de notation cyber
au niveau européen, qui aurait un effet
bénéfique sur le marché de l’assurance
cyber et également pour la souveraineté
européenne.
Partager les informations sur les
incidents
Plusieurs textes juridiques et réglemen-
taires actuels ou à venir (LPM, GDPR,
NIS
8
…) exigent de la part des entre-
prises victimes d’attaques de déclarer
leurs incidents auprès de régulateurs.
Il convient de partager ces informa-
tions en anonymisant l’origine et le
détail des sinistres. L’objectif est de
participer à la constitution de bases de
données pour mieux modéliser et quan-
tifier les risques. En effet, des agences
de modélisation de risques (RMS, AIR)
commencent à développer des scénarios
catastrophes mais il faut des données
fiables pour les alimenter. A l’instar du
DHS (Department of Homeland Security)
aux Etats-Unis qui envisage de suppor-
ter le marché de l’assurance cyber par la
création d’une base de données
9
, nous
préconisons la mise en place d’une base
similaire en France et en Europe afin de
faciliter l’échange anonyme d’informa-
tions sensibles au sein d’un environne-
ment sécurisé et de confiance.
4/ http://www3.weforum.org/docs/IP/2017/Adv_Cyber_Resilience_Principles-Tools.pdf
5/ https://www.nist.gov/cyberframework
6/ http://www.etsi.org/technologies-clusters/technologies/information-security-indicators
7/ https://www.ssi.gouv.fr/uploads/2015/03/guide_cgpme_bonnes_pratiques.pdf
8/ Loi de Programmation Militaire, General Data Protection Regulation, Network and Information Security directive
9/ Etude APREF www.apref.org/sites/default/files/espacedocumentaire/note_apref_cyber_risque.pdf
20Comment ? débloquer ? le marché de l’assurance cyber en France ? Juin 2017
21Cybersécurité
Les auteurs
Charles d’Aumale (1997) a 20 ans d’expérience dans les télécommunications et les technologies de l’information. Il débute
sa carrière chez France Télécom aux Etats-Unis puis travaille en France dans des sociétés de stockage informatique et de
reconnaissance d’image. Il développe ensuite le segment des objets communications (Internet of Things) chez Bouygues
Telecom. Il participe aux stratégies NFC et MVNO d’Orange. Il dirige enfin la partie sécurité de la société française Ercom,
particulièrement connue pour ses téléphones chiffrés. En 2015, il crée la société TRUST AND TECH. De 2012 à 2015, Charles
a activement participé au groupe de travail sur le volet cybersécurité de la Nouvelle France Industrielle sous la direction
de l’ANSSI (Agence Nationale de la Sécurité des Systèmes d’Informations). Charles est membre du groupe cybersécurité de
Télécom ParisTech. Charles est ingénieur de Télécom ParisTech (1997) et MBA de l’INSEAD (2006).
E-mail : charles.daumale@trustandtech.com •
https://www.linkedin.com/in/charlesdaumale/
CHARLES D'AUMALE
François Gratiolet (1999) est le Président de BUSINESS DIGITAL SECURITY, cabinet de conseil en stratégie et marketing dans le domaine du digital et cybersécurité. Précédemment Deputy Head of Group IT risk, Security & Assurance La Poste ou Chief Strategy Officer EMEA Qualys, il travaille depuis 18 ans à des projets de transformation business et de gestion des risques IT pour des grands groupes et à des missions de conseil en stratégie, marketing, évangélisation et développement d’affaires pour des start-ups, éditeurs technologiques ou fournisseurs de services. Diplômé de l’Executive MBA de l’ESCP Europe (2011) et de Télécom ParisTech (1999), il est certifié ISACA CISM, CISA et Risk Manager ISO 27005. Il est membre de l'IFA et du groupe cybersécurité de Télécom ParisTech.
E-mail : francois.gratiolet@business-digital-security.com •
https://www.linkedin.com/in/businessdigitalsecurity/
FRANÇOIS GRATIOLET
Stéphane Sollat (2009) a plus de 20 ans dans les services numériques, distribués, mobiles et managés. En 1996 il réalise l’une des 1
ères
plate-forme web/intranet avec 1 millions d’utilisateurs d’une mutuelle assurance. En 2000, il est directeur
des services managés Planar Synelec, leader mondial des salles de contrôle, où il implante le centre de supervision (NOC). A compter de 2004, il dirige des projets de plateformes de distribution numérique multi écrans pour l’industrie des médias et de la mobilité. En 2009, Il co-pilote le démonstrateur d’un projet ANR dans l’IoT et le M2M avec Télécom ParisTech, Cisco, SFR et le Crédit-Agricole. Stéphane est désormais consultant spécialisé dans des projets de Smart City et de bâtiments intelligents. Il a un BTS génie électrique et système industriel (1993) et Master of Science ATOMS de Télécom ParisTech (2009). Il est membre du groupe cybersécurité de Télécom ParisTech, du French IdO Privacy rattaché à la DGE du Ministère des finances et président de
la sous-commission data de la SmartBuildingAlliance.
E-mail : sollat.consuting@gmail.com •
https://www.linkedin.com/in/stephanesollat/
STÉPHANE SOLLAT
François-Xavier Vincent a plus de 18 ans d’expérience en cybersécurité, et travaille depuis 2008 au sein de la holding du
Groupe AXA, où il a été Group CISO avant d’élargir son périmètre aux risques liés à l’information et à la technologie. Il a
précédemment été chargé des aspects sécurité et interopérabilité d’un programme stratégique du ministère de la défense,
avant de rejoindre l’ANSSI où il s’occupait entre autres du développement de la méthode EBIOS. Dans ces deux postes, il
représentait également les intérêts nationaux auprès de l’OTAN et d’autres instances internationales. François-Xavier est
ingénieur de l’Ecole Centrale de Lille (1992), titulaire d’un Executive MBA de l’ESSEC (2003), ancien auditeur du Haut Comité
Français pour la Défense Civile (2013), et est certifié Lead Auditor ISO 27001, CISM, CRISC et COBIT 5 Implementer.
E-mail : fx.vincent@gmail.com •
https://www.linkedin.com/in/fxvincent/
FRANÇOIS-XAVIER VINCENT
21Juin 2017 Comment ? débloquer ? le marché de l’assurance cyber en France ?
Comment "débloquer" le marché de l'assurance cyber en France ? - Juin 2017
Comment "débloquer" le marché de l'assurance cyber en France ? - Juin 2017