PRISE DE POSITION : DEVOIR DE VIGILANCE ET SUPPLY CHAIN
Le drame du Rana Plaza a relancé le débat sur la responsabilité des entreprises
multinationales à l’égard de leurs filiales, fournisseurs et sous -traitants dans le
cadre de leurs chaînes d’approv isionnement mondialisées.
Doit-on, en effet, faire peser sur les entreprises françaises une obligation de
contrôle de leur supply chain et régler ce sujet par une législation spécifique ?
Doit-on renforcer la maîtrise et le contrôle de ce risque dans les e ntreprises ?
Aujourd’hui, il existe plusieurs règlementations encadrant la responsabilité des
entreprises : principes directeurs des Nations Unies relatifs aux entreprises et aux droits
de l’Homme, « diligence raisonnable » de l’OCDE pour les entreprises multinationales,
directive européenne du 15 avril 2014… Toutefois, ces engagements restent volontaires
et sauf exceptions légales ou jurisprudentielles, il n’est pas possible pour une victime de
rechercher la responsabilité civile ou pénale d’une société-mère ou donneuse d’ordre du
fait d’une filiale ou d’un sous-traitant en cas de dommage : l’autonomie des personnes
morales, qui crée un écran entre la société mère et la filiale, et la responsabilité pénale
individuelle s’y opposent.
Le devoir des entreprises est donc de prendre toute la mesure de cette
thématique qui peut nuire gravement à son image et sa réputation. Il faut donc
plus que jamais identifier ce risque en tant que tel dans les cartographies, et les
acteurs de la maîtrise des risques dans l’entreprise doivent se mobiliser sur ce
sujet. En effet, le Risk Management doit évaluer avec précision cette typologie de
risques afférents aux fournisseurs et/ou sous-traitants et :
Procéder aux audits et vérifications nécessaires : solidité financière,
application des normes de l’ONU sur les droits de l’Homme et sur les règles
applicables au travail, identification précise des sites de production, évaluation
des risques environnementaux…
Vérifier le traitement de l’ensemble des risques identifiés , qu’il s’agisse
des risques impactant la chaîne de production (interruption de production en
cas d’installations vétustes ou situées dans des zones à risques naturels élevés,
non-respect du cahier des charges entraînant la vente de produits défectueux
ou dangereux pour la santé) ou des risques vis -à-vis des tiers (fraude,
corruption, atteinte à l’environnement, non-respect de normes éthiques…).
L’entreprise et son Risk Manager gèrent ces sujets et demandent de s audits
sociaux, qualité, environnementaux aux sous -traitants tout en vérifiant par
ailleurs la solidité financière et les certificats d’assurance des fournisseurs et/ou
sous-traitants.
Une entreprise responsable comprend qu’il est dans son intérêt de ne pas associer son
nom à un scandale, tout en anticipant des interruptions dans sa supply chain : la maîtrise
des risques est l’un des moteurs de la performance économique. Mais le débat se pose
sur l’utilité d’un texte de loi particulièrement contraignant comme l’est la
proposition de loi du 11 février 2015.
La tentation française de vouloir tout régler par des textes législatifs a encore
sévi. La confiance dans l’entreprise et sa capacité à gérer ses risques doit bien au
contraire s’affirmer à notre avis. Fixer un cadre législatif contraignant avec une
obligation de vigilance consistant pour les entreprises à prévenir les dommages
de leurs fournisseurs et sous-traitants, est véritablement une épée de Damoclès
infligée aux entreprises françaises et à leurs responsables.
Ne s’agit-il pas d’une menace sur la performance de nos entreprises ? Si l’on
ajoute une présomption de responsabilité en cas de dommages au civil et une
responsabilité pénale de la personne morale et des dirigeants ainsi que des mandataires
sociaux, il s’agit là clairement d’un handicap de compétitivité supplémentaire
infligé aux entreprises françaises.
De plus, l’application d’une telle mesure dans les faits poserait beaucoup plus de
problèmes juridiques qu’elle n’en résoudrait.
L’AMRAE demande que l’on fasse confiance à l’Entreprise et souhaite que
les acteurs de la maîtrise des risques jouent plus que jamais leur rôle moteur
sur ces sujets.
Contacts :
VICE-PRÉSIDENTE DE l’AMRAE :
Anne-Marie FOURNIER
anne-marie.fournier@kering.com
RELATIONS PRESSE :
Olivier COPPERMANN
01.78.94.86.71
olivier.coppermann@seitosei.fr
PRÉSIDENT COMMISSION LOGISTIQUE
ET TRANSPORT DE l’AMRAE :
Guy-Louis FAGES
guy-louis.fages@total.com
DÉLÉGUÉE GÉNÉRALE DE l’AMRAE :
Bénédicte HUOT DE LUZE
01 42 89 32 73
benedicte.deluze@amrae.fr
Devoir de vigilance et Supply Chain - Mars 2015
Le drame du Rana Plaza a relancé le débat sur la responsabilité des entreprises multinationales à l'égard de leurs filiales, fournisseurs et sous-traitants dans le cadre de leurs chaînes d'approvisionnement mondialisées. Alors que les législateurs français planchaient sur une version française de la "hard law" britannique en la matière, l'AMRAE a appelé à faire confiance à l'entreprise responsable