<p>ATOUT RISK MANAGER LA REVUE DES PROFESSIONNELS DU RISQUE ET DE L’ASSURANCE TRIMESTRIEL — N°48 — PRINTEMPS 2026 Dossier L’odyssée des risques, maintenons le cap 33 e Rencontres du risk management Amrae — P. 18 En vue Hugues Poyet, Intact Insurance France Emmanuelle Assouan, ACPR Jean-François Cousin, Planète CSCA Olivier Brun, ministère de l’Intérieur — P. 17 Portrait Aurélie Sénéchal Directrice des risques et des assurances du Club Med — P. 06 Club Francorisk 13 e Convention de la francophonie — P. 34 Actualités de l'Amrae et publications Baromètre des risques supply chain Baromètre géopolitique Méditations sur le risque : Démographie, et demain ? — P. 92 Métier risk manager Alumni Cefar et ARM, rejoignez l’association des certifiés ! Portraits d’experts d’Amrae Formation Les ateliers Amrae Formation — P. 84 ÉDITO Le cap est et sera maintenu E n plus de 30 ans, les Rencontres du risk management Amrae sont devenues un rendez-vous attendu. Mais pour cette 33 e édition, cette odyssée des risques, elles ont été un moment de cohésion rare, presque nécessaire en ces temps chahutés. Plus de 4 000 professionnels réunis, une effervescence palpable dans les allées, des débats nourris, des ateliers pleins à craquer, et cette joie simple, presque enfantine, de se retrouver, d’échanger, de débattre, de danser parfois. Deauville a vibré, et notre communauté des professionnels du risque avec elle. Ce succès n’est pas qu’une affaire de chiffres. Il traduit un élan. Dans un monde où les lignes géopolitiques se déplacent où les risques climatiques s’intensifient, où les révolutions technologiques deviennent à la fois nos forces et nos vulnérabilités, il est précieux - et même vital - de disposer d’un espace où l’on respire ensemble, où l’on confronte nos analyses, où l’on partage nos doutes et nos solutions. Car soyons lucides, les soubresauts du monde ne faiblissent pas. Ils se superposent, s’accélèrent. Le risk manager n’est plus un simple technicien, il devient un architecte du réel, un repère dans la tempête, un éclaireur. L’Amrae a identifié les tendances, les priorités, les urgences structurantes. Elle les approfondit dans ses formations, ses commissions, groupes de travail et publications. La prévention, conditionne autant l’assurabilité que la performance. Les captives de réassurance, dont la dynamique française s’accélère, nécessitent un effort de pédagogie et de gouvernance dans les entreprises. La résilience numérique, renforcée par l’entrée en vigueur de la réglementation européenne DORA, exige des approches plus intégrées. La géopolitique, désormais méta risque, influence toutes les décisions. Quant aux risques climatiques, ils forcent à repenser les infrastructures, les modèles et les plans de continuité d’activité. Enfin, l’attention portée aux jeunes talents lors de ces Rencontres a rappelé l’importance de la transmission : la relève se construit dès aujourd’hui. Des étudiants et des jeunes diplômés dont l’engagement est fort, mais dont l’anxiété appelle un accompagnement collectif et une transmission active. Ces axes ne sont pas des modes. Ce sont les fondations d’un risk management moderne, capable d’aider les organisations à tenir le cap dans un monde qui se transforme de plus en plus vite. Le portrait d’Aurélie Sénéchal en est l'illustration. Son approche du risk management est à la fois pragmatique, agile et profondément humaine. On y découvre une professionnelle qui fait de la prévention un investissement stratégique, ancre l’action au plus près du terrain, et incarne cette nouvelle génération de risk managers : capables de tenir le cap dans l’incertitude, sans jamais céder à la facilité. Son parcours résonne comme une preuve que notre discipline avance, se transforme et s’enrichit. À Deauville, ces trois jours ont montré une communauté du risque lucide, vivante, mosaïque. Une communauté qui doit cultiver « le temps, cette opportunité oubliée » : le temps de comprendre, de confronter, de transmettre. Je vous laisse découvrir ce nouveau numéro d’Atout Risk Manager, dont l’ambition est de retracer cette merveilleuse odyssée collective. FRANÇOIS BEAUME Président de l’Amrae Directeur des risques et des assurances de Sonepar ÉDITO \ 03 N°48 I PRINTEMPS 2026 ATO UT R I S K MANAGER est une revue de l’Amrae 36, boulevard de Sébastopol - 75004 Paris - Tél. : 01 42 89 33 16 - atoutriskmanager@amrae.fr. Directeur de la publication : François Beaume. Directeur de la rédaction : Hubert de L’Estoile Rédacteur en chef : Olivier Coppermann (SEITOSEI.ACTIFIN). Comité éditorial : François Beaume, Oliver Wild, Hubert de L’Estoile, Frédéric-Jean Hoguet, Anne Piot d’Abzac, Carole Mondellini. Conception et coordination éditoriale, secrétariat de rédaction : SEITOSEI.ACTIFIN. Ont contribué à ce numéro : Journalistes : Nathalie Arensonas, Charlotte Cousin, Guy Dutheil, Stéphanie Gallo, Louis Guarino, Sylvie Guyony, Aurélie Nicolas. Direction artistique et mise en page : Mathieu Gagnaire. Crédits photos : Club Med, Charles de Toirac, Sacha Lenormand. Relations presse de l’Amrae : olivier.coppermann@seitosei-actifin.com, 06 07 25 04 48. Régie publicitaire : FFE - 15, rue des Sablons - 75116 Paris - www.ffe.fr. Directeur de la publicité : Patrick Sarfati. Chef de publicité : Caroline Martin - Tél. : 01 40 09 66 18 - caroline.martin@ffe.fr. Directrice de développement : Isabelle de la Redonda - Tél. : 01 53 36 20 42 - i.redonda@ffe.fr. Responsable technique : Aurélie Vuillemin - Tél. : 01 53 36 20 35 - aurelie.vuillemin@ffe.fr. Impression : Ziur CEE - ISSN 2551-0703. Toute reproduction, même partielle, des textes publiés dans la revue ATOUT RISK MANAGER est interdite pour tous les pays, sans autorisation écrite préalable du directeur de publication. Toute copie doit avoir l’accord du Centre français de droit de copie (CFC) - 20, rue des Grands-Augustins - 75006 Paris - Tél. : 01 44 07 47 70 - Fax : 01 46 34 67 19. Cette publication peut être utilisée dans le cadre de la formation permanente. L’éditeur s’autorise à refuser toute insertion qui semblerait contraire aux intérêts moraux ou matériels de la publication. Sauf accords spéciaux, les manuscrits, textes et photos envoyés à la rédaction ne sont pas restitués. La citation de marque, nom de firme, etc. est faite sans but publicitaire et ne signifie en aucun cas que les procédés sont tombés dans le domaine public. 03 ÉDITO 06 PORTRAIT Aurélie Sénéchal Directrice des risques et des assurances du Club Med 12 3 QUESTIONS À... Tanguy Touffut Directeur général de Descartes Underwriting 14 NOUVEAUX ADHÉRENTS ILS ONT BOUGÉ 17 ACTEURS EN VUE Hugues Poyet, Intact Insurance France Emmanuelle Assouan, ACPR Jean-François Cousin, Planète CSCA DOSSIER L'ODYSSÉE DES RISQUES, MAINTENONS LE CAP 33 e Rencontres du risk management Amrae COLLECTION AMR AE BARO M ÈTR ES 2025 Édition BAROMÈTRE du risque géopolitique en entreprise — P. 18 — P. 92 — P. 100 ACTUALITÉS DE L’AMRAE ET PUBLICATIONS 92 Risque géopolitique : les enseignements-clés pour les risk managers 95 La supply chain à l’épreuve d’un monde fragmenté 98 Méditations sur le risque. Démographie, et demain NOTE DE LECTURE 100 Réarmer les consciences, le pari du Général de Villiers 102 Où trouver la force, de Charles Pépin BULLETIN D’ABONNEMENT — P. 106 SOMMAIRE \ 05 Cet ouvrage a été imprimé sur papier FSC (Forest Stewardship Council). La marque FSC signifie qu’une proportion de fibres de bois, utilisées dans la fabrication du papier, provient d’une forêt correctement gérée, satisfaisant à des normes rigoureuses au niveau environnemental,social et économique. Cette forêt d’origine a été inspectée et évaluée de façon indépendante sur la base des principes et critères de gestion forestière acceptés et approuvés par le FSC. FSC est une association internationale à but non lucratif travaillant pour améliorer la gestion forestière à travers le monde. www.fsc.org Cet ouvrage a été imprimé chez un imprimeur labellisé Imprim’Vert, mar que créée en partenariat avec l’Agence de l’Eau, l’ADEME (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie), et la FICG (Fédération de l’imprimerie et de la Communication Graphique). La marque Imprim’Vert apporte trois garanties essentielles : la suppression totale de l’utilisation de produits toxiques, la sécurisation des stockages de produits et de déchets dangereux, la collecte et le traitement des produits dangereux. À LA UNE 88 Agenda 90 Revue de presse — P. 88 MÉTIER RISK MANAGER 84 Alumni Cefar et ARM, rejoignez l’association des certifiés 86 Portraits d’experts d’Amrae Formation 87 Les ateliers Amrae Formation : deux heures pour élargir les compétences des risk managers — P . 84 N°48 I PRINTEMPS 2026 ATO U T R I S K MANAGER 06 / 06 / PORTRAIT G.O un jour, G.O toujours À 16 ans, elle passe « un été magnifique » au Club Med de Chamonix au cours duquel elle et son grand frère, se voient proposés de rester comme « G.O remplissage ». Lui au golf, elle à la natation. Danseuse et nageuse synchronisée depuis l’enfance, Aurélie Sénéchal aurait volontiers prolongé l’expérience mais à l’époque, elle est mineure. Elle reprend le lycée à Nice, fait son droit à Paris et se dit qu’un jour, elle sera G.O. Près de trente ans plus tard, la quadragénaire d’origine espagnole, mère de quatre enfants bilingues anglais - famille multiculturelle oblige - concrétise un rêve et rejoint la légendaire marque au trident en 2023. Elle en devient la directrice des risques et des assurances groupe. « Le Club Med, c’est tout moi : tout mettre en œuvre pour apporter du bonheur à nos clients, le travail collectif, le sérieux sans se prendre au sérieux ». Derrière la carte postale, elle orchestre une mécanique sophistiquée de prévention, d’anticipation et de transfert des risques à l’échelle internationale. Savoir décider dans l’incertitude Sa carrière suit une trajectoire d’exigence et de passion dans l’univers complexe des risques : chaque étape a été pensée comme une marche vers un objectif plus grand. En 2001, avocate au barreau de Paris à tout juste 24 ans, elle négocie et plaide des contentieux majeurs en responsabilité du fait des produits, des dirigeants, risques industriels, pharmaceutique ou encore droit spatial. « J’ai plaidé des dossiers complexes pour le compte de grands groupes, d’assureurs ou réassureurs. Une école d’excellence », décrit Aurélie Sénéchal. Elle y forge une compétence-clé dans l’univers des risques : savoir décider dans l’incertitude. En 2007, elle choisit de se rapprocher de la gestion financière des risques en rejoignant l’acteur mondial du courtage, Marsh. Pendant treize ans en tant que directrice de clientèle, elle aide de grands groupes (Orange, Getlink, EDF, Total, Naval Group…) à structurer et optimiser leur stratégie de gestion de risques aux côtés de Fabrice Domange, Cyrille Brand et Philippe Maraux. « Le courtage m’a appris l’humilité, BIO EXPRESS Naissance en 1977. Grandit à Nice, passe un bac littéraire, option mathématiques. 1999 : master I, maîtrise de droit, Paris II Panthéon Assas. Sort major de promotion. La même année, elle suit les cours de l’Institut d’études juridiques à Assas. 2000 : master II - DEA de droit privé général, Paris II Panthéon Assas. La même année, elle intègre l’école de formation des Barreaux de la Cour d’appel de Paris et fait un stage à plein temps dans le cabinet d’avocat américain Latham & Watkins. 2001 : passe la Certificat d’aptitude à la profession d’avocat, le Capa, à la Cour d’appel de Paris. 2021 : obtient le certificat en Droit des contrats de l’université de Harvard (États-Unis). 2001-2007 : avocate à la Cour, inscrite au Barreau de Paris. Cabinets Latham & Watkins puis Bouckaert Ormen, Passemard Sportes (BOPS Law) : droit des assurances, risques industriels, D&O, droit spatial, responsabilité pharmaceutique, contentieux et arbitrage commercial international, plaidoiries, expertises. 2007-2020 : directrice de clientèle grands comptes chez Marsh Risk. 2020-2023 : directrice adjointe international à la direction des assurances d’Orange. Depuis mi-2023 : directrice des risques et des assurances du groupe Club Med « La gestion proactive des risques exige pragmatisme et agilité face à la complexité, l’évolution des risques et la fluctuation des marchés afin d’atténuer la dépendance aux marchés traditionnels. » Avocate de formation, Aurélie Sénéchal a troqué sa robe noire pour une tenue plus décontractée au Club Med. Son Friday wear quotidien ne l’empêche pas d‘endosser les lourdes responsabilités qui pèsent sur ses épaules de directrice des risques et des assurances du leader mondial du tourisme. Au service des opérationnels et de la satisfaction client, elle mène une vie à 100 à l’heure. Portrait. N°48 I PRINTEMPS 2026 Aurélie Sénéchal, directrice des risques et des assurances du Club Med \ 07 CHIFFRES ET DATES-CLÉS 1950 Création du Club Med en 1950 par Gérard Blitz et Gilbert Trigano, naissance du concept des vacances « tout compris ». 2004 Club Med se réinvente avec une montée en gamme des villages, et le lancement du très haut de gamme « Exclusive Collection » célébré en 2007 par l’ouverture de La Plantation d’Albion (Île Maurice). 1967 Création du Mini Club, suivi quelques années plus tard par le Baby et Petit Club Med, puis le Junior Club Med. La France est le premier marché du Club Med (30 % du chiffre d'affaires global), suivie par le Brésil et les États-Unis. 25 000 « Gentils organisateurs » (G.O) et employés (G.E), 110 nationalités représentées. 2015 Le groupe chinois Fosun acquiert la totalité du capital Club Med. Accélération de la stratégie de montée en gamme et du déploiement à l'international.Juillet 2015 Stéphane Maquaire succède à Henri Giscard d’Estaing à la présidence du Club Med. Au 1 er semestre 2025 , Le voyagiste a accueilli 779 000 clients, le taux d'occupation global moyen des chambres était stable à 70 %. Pour un volume d’affaires de 1,175 Md€ (+ 4 %) avec un résultat opérationnel des resorts de 155 M€ (+ 11,5 %). 2026 67 villages, présence dans 40 pays. Nouveaux projets avec pour objectif 40 nouveaux villages d’ici à 2035. le travail en équipes pluridisciplinaires et internationales, et surtout la culture du service : apporter aux clients des solutions sur mesure. Une école de résilience ». En 2019, son client Orange lui propose de passer du côté de l’assuré. Nouvelle étape, encore plus proche des enjeux d'affaires et opérationnels. Elle rejoint alors son mentor Johnny Merlot à la direction des assurances où elle gère des contrats complexes et le placement de programmes internationaux dans un environnement technologique en constante mutation. « Le transfert des risques était intense en plein hard market, en particulier pour les risques cyber pour le géant des télécoms, mais aussi la gestion des risques climatiques après les ouragans Irma et Maria en 2017 et la tempête Alex en 2020 ». La valeur derrière le risque maîtrisé Aujourd’hui à la tête des risques et des assurances du Club Med, Aurélie Sénéchal pilote la gestion financière des risques du tour opérateur, qui exige de conjuguer vision stratégique et sens du collectif. Elle défend une approche du risk management comme levier de performance et de confiance avec la conviction que derrière chaque risque maîtrisé, se trouve une création de valeur. Son équipe de risk managers ? Quatre femmes, « c’est le girl power », s’amuse-t-elle. Pas forcément féministe, « j’ai choisi les meilleures », poursuit Aurélie Sénéchal. Derrière ses lunettes de vue à montures XXL, sa chevelure bouclée et son large sourire, elle renvoie une énergie solaire, image de volontarisme, de créativité, d’empathie, de résilience, et une certaine joie de vivre. Quelques jours avant notre rendez-vous, nous avions écouté son intervention devant plus de 250 professionnels du risk management lors d’un atelier conférence sur le « désengagement, l’adaptation et les autres réponses du marché de l’assurance face à l’évolution des risques » à l’occasion des 33 e Rencontres du risk management de l’Amrae, à Deauville. Le soir même, nous la croisions sur la piste de danse du Casino de Deauville, lors de la soirée Marsh, principal courtier des risques IARD de Club Med. En jean, baskets à paillettes et tee-shirt légendaire des 45 ans du voyagiste (réédité depuis 1995). Animée de la même énergie, Aurélie Sénéchal a entraîné les risk managers au rythme des célèbres « Crazy signs » du Club Med, « énergie émotionnelle à l’état pur », décrit-elle. 45 tee-shirts Club Med Nous la retrouvons quelques jours plus tard au quatrième étage du siège social du tour opérateur, Porte de la Villette à Paris : elle porte toujours, sous un tailleur bleu marine, un tee -shir t 45. Seul le nom du village a changé : le mardi, c’est Punta Cana ! « J’en ai 45 dans ma garde-robe ». Cette tenue, c’est son signe d’appartenance à la marque mondiale de vacances. Val Thorens, Gregolimano, Albion, Les Boucaniers, Cancun, Rio, Punta Cana et tant d’autres villages du Club Med (près Les Baby, Mini, Junior Clubs existent depuis les années 60. © DR ATO U T R I S K MANAGER 08 / 08 / PORTRAIT L’ASSURANCE PARAMÉTRIQUE Conçue à l’origine pour le secteur agricole, l’assurance paramétrique fonctionne bien pour les catastrophes naturelles. Elle est fondée sur la définition d’un montant assuré prédéfini avec des critères de déclenchement prédéfinis sur mesure tels que la vitesse du vent pour les ouragans ou la magnitude pour les tremblements de terre. Elle permet une indemnisation rapide dès lors que les critères de déclenchement sont atteints. Il n’y a pas besoin d’expertise. Le bon calibrage des critères est donc crucial. Les nouvelles technologies entourant la donnée permettent de faire des modélisations plus fines des risques. voyage dégagent de la marge nette déjà significative que nous avons encore l’ambition de faire croître », précise Aurélie Sénéchal qui, avec ses équipes « réalise ici un travail considérable (amélioration continue des produits, formations et incentives, qualité de gestion des incidents…) pour booster les ventes et soutenir les équipes commerciales ». C’est l’une des dimensions opportunités de la gestion des risques. Les 4 « P » « Les sujets sont riches et les risques en constante évolution : intensification des événements climatiques, tensions géopolitiques dans différentes régions du globe, risques cyber accrus, enjeu des données personnelles, impact de l’IA, accidentologie, inflation sociale, nouvelles activités et implantations… Nous menons au quotidien un processus itératif de gestion globale des risques : identification, analyse, quantification, prévention, transfert et gestion des incidents lorsqu’ils surviennent », souligne Aurélie Sénéchal. Sa feuille de route tient en 4 « P » : Predict, Prevent, Protect, Partnership (prévoir, prévenir, protéger, partenariat), « les quatre pierres angulaires de la gestion optimale des risques. Maintenir l'assurabilité des risques dépend de notre engagement à redéfinir ensemble comment prévoir, prévenir et protéger les entreprises face aux polycrises qui se présentent » , commente la directrice des risques et des assurances du Club Med. La meilleure option : le risque évité « Je défends un risk management pragmatique et adaptatif, résolument tourné vers une prévention renforcée et anticipée dès la phase de conception (security by design), car, insiste Aurélie Sénéchal, la meilleure option reste le risque évité. La prévention n'est pas un coût mais un investissement rentable qui permet d'asseoir la continuité opérationnelle, éviter les risques et protéger notre image » , précise- t-elle. « Le risk manager joue un rôle majeur dans la prévention tant pour réduire l’exposition des risques que pour en permettre le transfert effectif aux marchés. Il doit engager toute l’entreprise avec le soutien de la direction générale et travailler étroitement avec les opérationnels, business units et villages. Nous définissons et communiquons sur des de 70 actuellement), Aurélie Sénéchal ne se contente pas d’en arborer les noms. Sa mission, c’est surtout d’y prévenir et d’en assurer les risques. « Le temps du Club Med est rapide et exigeant, nous sommes dans le tourisme, le service haut de gamme. Notre préoccupation majeure est de garantir le bien-être et la sécurité de nos clients et collaborateurs, et de maintenir la continuité opérationnelle de nos villages. Anticiper, innover et répondre de manière agile en toutes circonstances », résume-t-elle. Il fallait bien une femme sereine et à l’efficacité redoutable pour diriger les risques et assurances du voyagiste mythique, passé sous pavillon chinois en 2015 et dirigé depuis mi-2025 par Stéphane Maquaire, ancien directeur de Carrefour Brésil, après le départ d’Henri Giscard d’Estaing et de son directeur général adjoint Michel Wolfovski. Triple mission La mission de la direction emmenée par Aurélie Sénéchal est triple : protection financière des risques, soutien au développement et maintien de l’activité opérationnelle et la croissance financière via l’assurance voyage. Son équipe de quatre risk manageuses en internes et deux équipes externalisées (12 équivalents temps plein) au sein de Marsh et Ethaque, traite tous les risques assurables du groupe : dommages aux biens et pertes d’exploitation, catastrophes naturelles, violences politiques, responsabilité civile, responsabilité de l' employeur, des dirigeants, transport, cyber, construction, assistance, risques marine du Club Med 2, le plus grand cinq-mâts navigant du monde etc. S’y ajoute l’assurance voyage avec les produits affinitaires « Écran Total » et « Ski zéro souci » qui sont des leviers de croissance. « Les revenus de l’assurance « Je défends un risk management pragmatique et adaptatif, résolument tourné vers une prévention renforcée et anticipée dès la phase de conception (security by design) car la meilleure option reste le risque évité. La prévention n'est pas un coût mais un investissement rentable qui permet d'asseoir la continuité opérationnelle, d’éviter les risques et de protéger notre image. » N°48 I PRINTEMPS 2026 Aurélie Sénéchal, directrice des risques et des assurances du Club Med \ 09 plans stratégiques, des recommandations chiffrées et priorisées claires, en assurant le suivi régulier et efficace, nous monitorons et analysons 'l'incidentologie', menons des exercices de crises etc. », ajoute-t-elle. Prévention anticipée Convaincue que la prévention doit être anticipée le plus en amont possible dès la phase de conception, elle a lancé cette année un programme de « prévention préventive, plus efficace et moins onéreuse », décrit-elle, qui consiste à soutenir les opérationnels dans le cadre des projets de développement, rénovation et construction des villages. « Définir et diffuser des manuels de prévention construits avec nos directions construction, fournir les analyses d’ingénierie de prévention, des préconisations sur les plans, matériaux, dispositifs… C’est un travail colossal nécessaire dans la perspective du doublement du nombre de villages opérés par Club Med d’ici à 2035 ». Ambition portée par le nouveau projet d’entreprise, « Forever Young », défini à l'issue de l’aboutissement en 2025 de la montée en gamme amorcée voici vingt ans. Deuxième credo, « la gestion proactive des risques exige pragmatisme et agilité face à la complexité, l’évolution des risques et la fluctuation des marchés afin d’atténuer la dépendance aux marchés traditionnels ». Aurélie Sénéchal prône un usage pragmatique par les risk managers des différents leviers disponibles dans leur « boîte à outils » en fonction des opportunités du marché et selon une analyse du coût total du risque : niveau de transfert, restructuration et adaptation de programmes, garanties stand alone de certains risques ou zones, partenariat public-privé, mutuelles, multi- entreprises, cat bonds, captives, solutions paramétriques… Le choix du paramétrique Face à l'intensification du risque climatique et l’augmentation des catastrophes naturelles dans le monde, en fréquence et en intensité, (le coût moyen des Cat'Nat a triplé en 40 ans, pour s’élever à cinq milliards d’euros en France en 2024), Club Med a été pionnier, dès le durcissement du marché en 2020, en choisissant l’assurance paramétrique. « Le paramétrique nous permet de compléter la capacité traditionnelle pour certaines zones exposées, de retrouver de l’attractivité ORGANIGRAMME Secrétariat général Direction risques et assurances Direction générale Affinitaires IARD et Responsabilités Construction Prévention Le Club Med 2, le plus grand cinq-mâts navigant au monde. La plage du village Club Med de Gregolimano, en Grèce. © DR © DR ATO U T R I S K MANAGER 10 / 10 / PORTRAIT risque de l’assuré et le besoin au regard des fluctuations des marchés », précise Aurélie Sénéchal. Outre l’indemnisation rapide en cas de sinistre, « un cas s’est présenté dans les Caraïbes et a donné lieu à indemnisation en quelques jours », témoigne-t-elle, « l’un des intérêts du paramétrique réside dans la possibilité de garantir toutes pertes financières résultant de l’événement, même en l’absence de dommages matériels subis. Si l’un de nos sites est épargné par un ouragan répondant aux critères de déclenchement définis mais que nous subiéssons des frais et pertes en raison de difficultés d’acheminement de nos clients (infrastructures, aéroports impactés), l’indemnisation est possible, renforçant la continuité d’activité », complète la professionnelle du risque. Captiver ? Outre les solutions paramétriques, Aurélie Sénéchal confirme son intérêt pour les solutions captive de gestion financière des risques. Reste à passer le cap. « En dépit de la législation favorable de 2023, avec la provision pour résilience encourageant la domiciliation française, la mise en place d’une captive représente un investissement de long terme pour les entreprises. Dans le contexte actuel de marché redevenu favorable avec des coûts de transfert raisonnables, le lancement d’un projet de captive me semble d’autant plus opportun pour préparer l’avenir ». Bref, wait and see. « Anticiper l’avenir, c’est l’ADN de la gestion des risques ! ». auprès des marchés traditionnels, d’obtenir un allègement de primes en couvrant de manière isolée les risques climatiques et d’éviter de supporter des franchises élevées », relate-t-elle (lire aussi le témoignage de Descartes Underwriting, pages suivantes, avec lequel Club Med a souscrit en 2025 une nouvelle garantie étendue à d’autres zones géographiques). « Ces solutions sont adaptables et évolutives, dimensionnées sur mesure et permettent de protéger le compte de résultat comme la trésorerie des entreprises selon la définition des critères retenus, l’appétit au AURÉLIE SÉNÉCHAL ET L’AMRAE « UNE UNITÉ D’ACTION, DE TEMPS ET D’ESPACE » En 2013, alors en charge de grands comptes chez Marsh, elle accompagnait ses clients aux Rencontres Amrae. Elle adhère à l’Association en 2020, lorsqu’elle prend le poste de directrice adjointe international des assurances du groupe Orange. « Les Rencontres Amrae sont l’occasion de prendre du temps (j’en ai très peu) et du recul pour appréhender les risques avec plus de hauteur, échanger avec l’ensemble des professionnels de la gestion des risques, mes confrères d’Accor ou Pierre & Vacances mais aussi d’autres secteurs sur nos problématiques communes, partager nos bonnes pratiques. À Deauville, on est dans une unité de temps et d’espace où tous les professionnels et marchés de l’assurance sont présents et disponibles, ce qui est propice à des échanges fructueux. Les ateliers sont toujours de qualité et la journée scientifique de l’Amrae en juin est également très utile ». Lors de la dernière édition des Rencontres, en février, Aurélie Sénéchal est intervenue lors d'un atelier-conférence une conférence consacré à l'assurabilité des risques : « L'occasion de partager la vision du Club Med d'un risk management responsable et agile face au phénomène de polycrises et d’interconnexion croissante des risques climatiques, géopolitiques et cyber/IA. Même si j’ai zéro minute à moi, j’ai envie de participer davantage aux groupes de travail prévention à la commission responsabilité civile de l’Amrae présidée par Ersida Ago (directrice des assurances et captives d’Orano, ndlr) » « Predict, Prevent, Protect, Partnership : ces 4 « P » sont les pierres angulaires de la gestion optimale des risques. Maintenir l'assurabilité des risques dépend de notre engagement à redéfinir ensemble comment prévoir, prévenir et protéger les entreprises face aux polycrises qui se présentent. » Construction du village de Punta Cana (République Dominicaine) - Visite assureurs. Le village Club Med de la Rosière, dans la Tarentaise (Savoie). © DR © DR ATO U T R I S K MANAGER 12 / 12 / 12 / TROIS Q UESTIONS À… Trois questions à… Tanguy Touffut Directeur général de Descartes Underwriting « L'assurance paramétrique doit être envisagée comme un outil stratégique de gestion de crise, apportant une liquidité immédiate en cas d’événement majeur. » Expliquez-nous la genèse de l’assurance paramétrique au Club Med ? Qu'est-ce qui a facilité la démarche, quels ont été les freins ? Comment les choses ont-elles évolué ? Le déploiement de l’assurance paramétrique de Descartes au Club Med répond au besoin de protection face aux catastrophes naturelles. Son modèle économique repose sur l’exploitation de villages touristiques situés dans des zones pour certaines exposées aux risques climatiques - cyclones, tempêtes, pluies extrêmes ou séismes - notamment dans les Caraïbes, l’océan Indien ou l’Asie du Sud-Est. Au-delà des dommages matériels, l’enjeu principal concerne les pertes d’exploitation et les coûts indirects : fermeture des sites, maintien des salaires, relogement des clients, campagnes marketing de relance ou gestion de crise. L’impact financier global peut ainsi dépasser le seul coût des réparations. Dans ce contexte, l’enjeu assurantiel n’était pas uniquement la couverture des dommages, mais la capacité à absorber rapidement un choc financier majeur sans durablement perturber l’activité. Or, les solutions traditionnelles montraient leurs limites, notamment en raison de délais d’indemnisation longs, souvent incompatibles avec les impératifs opérationnels du groupe. Le besoin d’une indemnisation rapide et prévisible, combiné à la recherche d’une solution stable dans un marché volatil, a conduit le Club Med à s’orienter vers l’assurance paramétrique. Par nature, celle-ci repose sur des indicateurs objectifs et mesurables, déclenchant automatiquement une indemnisation dès qu’un seuil prédéfini est atteint, sans nécessiter d’expertise post-sinistre. Cette approche garantit rapidité et liquidité immédiate. Descartes, en partenariat avec Generali, a collaboré étroitement avec l’équipe ART (Alternative risk transfer) de Marsh, le courtier, et les équipes de Club Med pour concevoir une grille d’indemnisation sur-mesure, adaptée à l’exposition et aux spécificités de chaque site et alignée sur les pertes financières anticipées. Plusieurs facteurs ont facilité la mise en place du dispositif, notamment la signature d’un contrat pluriannuel (LTA), garantissant stabilité des coûts et des capacités, ainsi que la capacité élevée proposée sur les risques cycloniques. La couverture, signée en juillet 2020, a été rapidement testée lors d’un cyclone dans les Caraïbes en octobre 2020 : l’indemnisation a été versée en quelques jours, confirmant son efficacité opérationnelle. Depuis, elle a évolué, intégrant de nouveaux périls, de nouvelles zones géographiques et des paramètres affinés. L’assurance paramétrique est-elle applicable à toute l’industrie du tourisme et des loisirs ? Oui, elle est pleinement applicable à l’ensemble de l’industrie du tourisme et des loisirs, des groupes hôteliers aux parcs de loisirs, en passant par les croisiéristes et les organisateurs d’événements. Ces secteurs sont particulièrement vulnérables aux aléas climatiques, tant sur le plan opérationnel que financier et réputationnel. Le paramétrique est également très adapté aux annulations ou perturbations d’événements pour cause climatique, où la rapidité d’indemnisation est déterminante. Il doit être envisagé comme un outil stratégique de gestion de crise, apportant une liquidité immédiate en cas d’événement majeur. Certains acteurs choisissent d’ailleurs de l’utiliser en complément d’une assurance traditionnelle, afin de couvrir la phase d’urgence. \ 13 Tanguy Touffut, directeur général de Descartes Underwriting \ 13N°48 I PRINTEMPS 2026 Pourquoi le marché ne progresse-t-il pas plus vite ? Est-ce une question d’acculturation des décideurs, ou de prix ? Le marché de l’assurance paramétrique est en forte croissance, porté par la multiplication des événements climatiques extrêmes et l’instabilité du marché traditionnel. Longtemps perçue comme une solution de niche, elle connaît aujourd’hui une adoption accélérée grâce à une meilleure compréhension de ses mécanismes et des retours d’expérience probants. Elle s’impose comme une solution innovante, agile et prometteuse dans un environnement de risques volatil. La progression de Descartes, avec plus de 250 millions de dollars de primes en 2025, en est une illustration concrète. Si son usage n’est pas encore généralisé, cela tient principalement à des enjeux de pédagogie auprès des décideurs et à la nécessité de calibrer la grille de paiement aux pertes réelles. Cette phase d’appropriation s’accélère néanmoins, à mesure que les risk managers comprennent ses atouts : rapidité d’indemnisation, prévisibilité budgétaire et complémentarité avec les programmes traditionnels. La coconstruction entre assureur, courtier et client demeure à cet égard un facteur-clé de succès. À mesure que ces freins se lèvent, l’assurance paramétrique s’affirme comme un levier stratégique incontournable pour renforcer la résilience des entreprises face aux défis climatiques. Le Club Med s'est orienté vers l’assurance paramétrique. Vue satellite du cyclone Melissa en octobre 2020 sur les Caraïbes. © DR © iStock ATO U T R I S K MANAGER 14 / 14 / ACTEURS EN VUE Nouveaux adhérents début 2026 Ils et elles ont rejoint l’Amrae Philippe Aime Consultant Apcogerisk Samia Allouache Head of corporate legal OVH Elisa Aubert Responsable assurance JP Fauche Investissement Mohamed Ayad Responsable risques Diac RCI Banque Inan Aycik Chargé d'études métier risques continuité d'activité & contrôle interne GIE Klesia ADP Annick Bayon Directrice juridique / DPO Grant Thornton Nathalie Belhoste Professeur associé Emlyon Business School Imane Benlamine Directrice contrôle interne et risk management Cosumar Alexandra Berbett Avocate EBA Endrös-Baum Associés Carole Berthelon Responsable juridique groupe Cibetanche Aurélien Bisiaux Directeur général Cluster Conseils Jean-Christophe Bodin Risk manager Servier Monde Olivier Boniface Directeur général VRS Vering Aurélien Bossard Digital manager - gestion des risques Geos Fabien Bousquet Avocat Atori Avocats Yves Brants Risk manager NRB Yolande Brindavoine Juriste Gie Klesia ADP Gaëlle Brouard Head of group risk Ardian France Marie-Pierre Callerot Carnevali Responsable juridique assurances Crédit Agricole Immobilier Clément Charles Contrôleur interne CDC Investissement Immobilier Quentin Common Directeur général France Sunlight Solutions Jonathan Costa Directeur audit et risques Bertrand Franchise Services Iuliana Covaci Associée Clip Advice Aude Crepin Responsable assurances Spie Batignolles Rosamée d'Andlau Auditrice Roche Cerise d'Herbemont Directrice adjointe des risques et de la veille stratégique Credit Mutuel Equity Patrice Dagnicourt Responsable d’agence référent Belfor Technology Belfor France Jessika Da Ponte Avocate EBA Endrös-Baum Associes Stacy Dasrot Responsable pôle projet ERM Ingena Integration Paul de Arce Actuaire Prim'act Marc de Bortoli Risk manager KNDS France Véronique de La Casa Responsable des relations start-up - support finance et business CNES - Centre d'études spatiales de Toulouse Lea Delebarre Cheffe de projet résilience Artelia Mathurin Dembo Toe Adjoint au directeur de la surveillance et de la prévention des risques BCEAO - Banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest Grégory de Valck Directeur corporate finance trésorerie et assurance Equans Marguerite de Vaublanc Avocate EBA Endrös-Baum Associes Florent Divardjian Risk management and actuarial director Descartes Underwriting Guillaume Dunis Directeur contrôle et audit interne Emeis Cécile Ellrodt Avocate associée Selas Karila Marion Emmerich Directrice générale Plenita Émilie-Anne Exartier CMO Dylogy Maria Fadriq Directrice audit et risques Marsa Maroc Laurence Fineltain Secrétaire générale AU Group Thomas Fitoussi Chef de bureau management des risques cyber Agence nationale de la sécurité des systèmes d'Information - ANSSI ACTEURS EN VUE \ 15N°48 I PRINTEMPS 2026 Annabelle Fort Cheffe d’agence indemnisation Enedis Pierre-Marie Garcin Directeur commercial Bluemapping Arnaud Ginoux Avocat SCP Hadengue Yohann Glagla Chargé de risques Hermès International Franck Guillou Directeur général Solutionsexpertises Hanane Halout Head of strategic projects & group real estate Legrand France Thibault Hanotin Avocat Kennedys France AARPI Sébastien Honoré Responsable des risques majeurs et financiers Ima GIE Jordan Illouz Avocat Advant Altana Claire Isnard Directrice immobilier et assurance Elis Services Matthieu Jan Directeur général Control Risks Perrine Journu Juriste droit des affaires Fnac Darty Joret Katel Executive assistant communication & patient advocacy and finance Novartis Groupe France Marieme Kebe Juriste senior assurances Caisse des Dépôts et Consignations Emmanuel Labrid Directeur commercial Previsia Lucien Lacroix Avocat Atori Avocats Anasse Laghraib Dirigeant agréé PwC Regulated Solutions Thierry Langreney CEO Wescreen Marie-Noëlle Ledoux Auditrice interne Radio France Baptiste Legrand Directeur de l'audit interne Septodont Thibaut Le Mons Head of CSM Continuity François Le Noane Directeur général Iswot Engineering Rebecca Leporcher Juriste assurances Groupe Legendre Pauline Leroy Risk analyst Manufacture française des pneumatiques Michelin Céline Lustin-Le Core Avocate EBA Endrös-Baum Associes Sarah M'tair Juriste droit des assurances OVH Alexandre Magloire Chef de division adjoint management de la sécurité numérique Agence Nationale de la Sécurité des Systèmes d'Information - ANSSI Mouhcine Mantrach Responsable assurance Taqa Morocco Marco Sobejano Directeur général EMEA Snaprisk Ugo Marinelli Directeur risques AGPM-Klesia GIE Klesia ADP Sophie Martin Cheffe de projets - Gestion des risques Geos Muriel Mazaud Avocate EBA Endrös-Baum Associes Hamid Melki Directeur grands comptes Relyens Mutual Insurance Maureen Melut Consultante senior risque et conformité Noverisk by Valmen Fabrice Monnaert Directeur général adjoint Ateliers de France Francois Moutiez Directeur de l'audit interne et de la maîtrise des risques AIR Liquide - Département Siège Bertrand Neraudau Avocat - dirigeant Neraudau Avocats Lilia Oueradi Regional insurance manager - AMECA Alstom Transport Xavier Palaise Secrétaire général Newrest Antoine Pelletier Responsable juridique groupe Ateliers de France Anne-Claire Pichereau Avocate Neraudau Avocats Laurence Plane Auditrice interne Manufacture francaise des pneumatiques Michelin Marie Poulain Directrice juridique et assurances Lahaye Global Logistics Sylvie Rabourdin Chargée des risques Mutuelle Nationale des Hospitaliers ATO U T R I S K MANAGER 16 / 16 / ACTEURS EN VUE Ils et elles ont bougé Laurent Barbagli Précédemment président de Meetrisk, il est aujourd’hui président d’Eneriom. Barbara Bébiano Anciennement associate director de Control Risks, elle exerce désormais la fonction de head of business development France chez Clyde & Co. Arnaud Bergauzy Responsable risques & assurances France chez Vivescia, il officie aujourd'hui chez Xpo Logistics comme directeur assurances groupe. Audrey Conil Manager technique de la région Ouest au Cabinet Roux, elle a rejoint la Sasu Conil Expertise en tant qu’experte en pertes d'exploitation. Isabelle Crémieux La présidente de la commission Supply chain de l’Amrae a rejoint le transporteur européen Jacky Perrenot au poste de directrice assurances. Elle occupait la fonction de directrice assurances et gestion des risques chez Xpo Logistics. Caroline Derache Avocate chez HMN & Partners, elle exerce désormais chez FTPA . Pélagie Eloka Nyemb En provenance de Klesia où elle occupait le poste de juriste responsable assurances, elle est aujourd’hui Group risk and Insurance manager chez Veolia Hazardous Waste Europe. Grégory Lalo Directeur des risques et assurances du groupe Accor, il occupe désormais le même poste chez LVM H . Constance Mignard La directrice risk management et assurances de Christian Dior Couture a rejoint LVM H - Moet Hennessy Louis Vuitton au poste de responsable risk management et assurances. Sanaa Nouiri Précédemment senior manager risk management chez Optimind part of Accenture, elle a rejoint Qualitadd comme directrice des opérations. Stéphanie Simon Avocate chez Racine, elle est aujourd’hui avocat associé chez Lawns . Basma Raissy Directrice des risques / vice president risks Accor Julie Ringwald Manager en charge du contrôle permanent et des risques opérationnels IMA GIE Franziska Roesch Regional insurance manager Alstom Transportation Allemagne Maximilien Rouer Cofondateur Adaptation/s Alexane Sasmayoux Juriste Pomona Julien Scapel Avocat of counsel SCP De Angelis & Associes Orlane Sebbah Directeur général délégué Costame Anke Sprengel Avocat EBA Endrös-Baum Associés Cyril Tiberti Responsable de l’unité risques et contrôle Agirc-Arrco Émile Tilleau Juriste - assurance Biomerieux Corinne Trolez Risk manager CDC Investissement Immobilier Christophe Vacca Goya Directeur de la direction groupe risques conformité contrôle et sécurité Ima Paola Valsecchi Directrice ERM STMicroelectronics Marc Voncken Associé PwC Regulated Solutions Mouhammadou Wade Chargé d'assurances Indigo Park Thibaut Zingraff Captive manager PwC Regulated Solutions ACTEURS EN VUE \ 17N°48 I PRINTEMPS 2026 En vue Hugues Poyet, Intact Insurance France Directeur général France d'Intact Assurance depuis mi-janvier 2026, il est chargé de piloter le développement stratégique et de superviser l’ensemble des activités de la compagnie en France. Il est appelé à jouer un rôle-clé dans le renforcement des relations avec les clients, les courtiers et l’ensemble des partenaires du marché français. Basé à Paris, il reporte à Nadia Côté, CEO Europe et Head of Specialty Lines UK. Hugues Poyet bénéficie de plus de 25 ans d’expérience dans le secteur de l’assurance. Il a débuté sa carrière dans le courtage en assurance de responsabilité civile, puis dans la souscription RC Professionnelle et cyber au sein d’un syndicat du Lloyd’s. Il a ensuite rejoint MSIG France en 2009 où il a occupé différents postes, notamment directeur de la souscription RC et des spécialités, directeur de la souscription Property & Casualty, directeur général adjoint, et plus récemment directeur général, durant la phase de fusion de MSIG avec MSAISE. Emmanuelle Assouan, ACPR Emmanuelle Assouan est depuis début mars 2026, la secrétaire générale de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR), le gendarme bancaire français. Elle succède à Nathalie Aufauvre. Elle était depuis 2023 directrice générale de la Stabilité financière et des opérations et présidente du Centre sur le climat et la nature de la Banque de France. Diplômée de l’Institut d’études politiques de Paris, Emmanuelle Assouan a débuté sa carrière à la Banque de France en 1997 en tant que contrôleur au sein du secrétariat général de la Commission bancaire. Elle a notamment été directrice des systèmes de paiement et infrastructures de marché à partir de 2016, puis directrice générale adjointe de la Stabilité financière et des opérations à partir de 2019. De 2020 à 2023, elle a occupé la fonction de secrétaire générale adjointe de l’ACPR en charge du pôle de stabilité financière. En 2021, elle a rejoint le comité de direction de la Banque de France, en qualité de directrice générale déléguée. Jean-François Cousin, Planète CSCA Jean-François Cousin, président du syndicat des courtiers d'assurances en France, Planète CSCA, a rejoint le comité exécutif du Medef à l’issue de l’assemblée générale, mi-janvier 2026. Cette instance stratégique est chargée de définir les grandes orientations politiques et économiques de l’organisation patronale. « Planète CSCA entend (y) renforcer la représentation des courtiers d'assurances dans les discussions stratégiques nationales et porter les enjeux de proximité, d'accompagnement des entreprises et de gestion des risques au cœur des décisions économiques à venir ». Olivier Brun, ministère de l’Intérieur Le commissaire général Olivier Brun, conseiller du directeur général de la Police nationale et membre du Comité scientifique permanent de l’Amrae, a été nommé sous préfet de Senlis (Oise) par décret du président de la République en date du 8 avril 2026. Universitaire, titulaire d’un master de politique et de gestion de la sécurité (Université Jean Moulin Lyon III), docteur d’État pour une thèse consacrée à Roger Wybot (1912 1997), genèse d’un contre espionnage français modernisé soutenue en 2024, Olivier Brun est également diplômé de l’École nationale supérieure de la Police (2001) et ancien auditeur de l’Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN 2015). Après avoir exercé au Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale, puis au Secrétariat général du ministère de l’Intérieur à divers postes de direction, il a été conseiller de la Police nationale pour les Jeux olympiques de 2022 à 2025. Il a partagé le retour d’expérience de cette mission lors de la journée scientifique 2024 de l’Amrae. DOSSIER 33 e Rencontres du risk management Amrae L'odyssée des risques, maintenons le cap SOMMAIRE 20 Les coulisses des Rencontres 26 Dans l’Agora, l’art du pitch 30 Devenu incontournable, le Forum Emploi change d’échelle 32 Les alumni des formations Amrae font corps 34 La prévention au cœur du développement du risk management en Afrique 36 Finance & ESG : les réflexes essentiels du risk manager 39 La prospective en entreprise pour outiller la gestion des risques 42 État du monde, la France fragilisée, quelle souveraineté pour l’Europe ? 46 L’Amrae, partenaire de la Garde nationale 48 De l’anxiété à l’action : les jeunes au cœur de la résilience ? 51 Croissance, résilience et partenariats 56 Du grand large à l’entreprise, une même exigence : maîtriser le risque 58 Résilience et antifragilité : des outils stratégiques au service du risk management 63 Risques et assurances : se désengager ou innover ? 68 Le retour des empires 72 Données et risques : vers une gestion plus prédictive et souveraine 76 Les enjeux de l’IA pour les métiers du risque 80 Pour une approche globale des risques, intégrer les nouveaux enjeux 18 / DOSSIER ATO U T R I S K MANAGER Dossier réalisé par Nathalie Arensonas, Charlotte Cousin, Guy Dutheil, Sylvie Guyony, Louis Guarino et Aurélie Nicolas. Coordination : Aurélie Nicolas et Nathalie Arensonas. Chantiers ciblés jusqu’à 1,5M€ ! E>Construction. Nouvelles capacités. Helvetia vous informe. helvetia.fr Helvetia assure désormais des chantiers jusqu’à 1,5 million d’euros : • Souscription 100% en ligne, simple, fluide et rapide pensée pour votre quotidien. • Plus de souplesse et d’autonomie grâce à la gestion complète en ligne : tarification, émission, signature électronique, modifications et suivi. • Garanties essentielles : Tous Risques Chantiers & Dommages Ouvrage. ATO U T R I S K MANAGER 20 / 20 / DOSSIER L'odyssée du risque, maintenons le cap - 33 e rencontres du risk management Amrae Les coulisses des Rencontres Une odyssée réussie Cette année, les Rencontres du risk management filaient la métaphore du parcours face à l’incertitude. Elles ont tenu bon la barre. Intitulée « L'odyssée des risques, maintenons le cap », l'événement a rassemblé plus de 4 000 participants engagés dans une traversée commune. C ette année encore, Deauville a vécu au rythme des Rencontres du risk management Amrae organisées pendant trois jours. Tandis que ses drapeaux flottaient face au Casino de la cité balnéaire, l’Amrae n’a rien laissé au hasard pour cette 33 e édition. Le 4 février, adhérents, étudiants, intervenants, experts, partenaires et autres congressistes étaient prêts à lever les voiles pour cette Odyssée. Lors de son discours inaugural, pour ses premiers pas sur la scène de l’auditorium du Centre international en tant président de l’Amrae, François Beaume a donné le ton : « L’odyssée n’est pas l’exploit, c’est une expérience, un apprentissage, une traversée, a-t-il déclaré, citant notamment le poète de la Renaissance Joachim Du Bellay. ‘Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage’ : ces vers ne parlent pas de conquête, mais de transformation ». Un cap bien tenu Après avoir salué les présidents qui l’ont précédé, François Beaume a rappelé les trois « lumières » qui doivent éclairer « le chemin d’une entreprise toujours Plus de 4 000 professionnels du risque ont pris part aux Rencontres du risk management Amrae organisées en février dernier, à Deauville. DOSSIER \ 21N°48 I PRINTEMPS 2026 plus responsable » : celle du monde marqué par la rareté des ressources, la pression climatique et les tensions internationales ; celle des systèmes, qui souligne la dépendance croissante aux infrastructures numériques, aux chaînes logistiques et à l’intelligence artificielle ; et celle de l’humain, au centre de laquelle le risk manager émerge pour permettre une lecture aiguisée du réel. « Les Rencontres de l’Amrae sont bien plus qu’un congrès, a souligné celui qui est à la barre de l’Association pour encore deux ans et demi. Ce sont des points cardinaux, un moment où notre communauté se rassemble pour retrouver du sens, de la clarté et de la direction. » Cette année, plus de 800 risk managers parmi 4 060 participants (un record !), ont ainsi embarqué pour « L’odyssée des risques », avec un objectif commun : maintenir le cap. Avec 36 nationalités représentées et la 13 e Convention de la Francophonie comme témoins de la dimension internationale croissante de l’événement, les tables rondes en plénières les ont guidés pour cette navigation stratégique dans un environnement complexe. Naviguer dans un monde complexe « État du monde, la France fragilisée, quelle souveraineté pour l’Europe ? », la table ronde d’ouverture animée par Rémi Godeau, rédacteur en chef du journal l’Opinion, a été l’occasion pour Elvire Fabry, directrice du programme commerce et sécurité économique à l’Institut Jacques Delors, de rappeler qu’« il ne faut pas se draper dans la nostalgie de la souveraineté d’hier, car la situation actuelle n’est pas une parenthèse, elle est devenue structurelle ». Tara Varma s’est voulue résolument optimiste : « À 27, on est plus forts que seul. Donald Trump est plus conscient que nous de cette force, c’est pourquoi il cherche à nous déstabiliser », a insisté la directrice de la prévision stratégique du German Marshall Fund of United States. Sur le plan numérique, Octave Klaba, fondateur et pdg d’OVH Cloud, en est convaincu : « L’Europe ne doit plus subir la technologie, mais la fabriquer. Elle a largement les moyens de le faire. Avec cinq milliards d’euros d’investissements, on pourrait avoir plusieurs acteurs du numérique, indépendants et souverains, qui seraient de vraies alternatives européennes aux géants américains ». Cette coordination technologique doit aussi prendre forme sur le plan militaire. « Les pays divisés sont moins forts que ceux qui coopèrent, on le sait. Et pourtant, nous sommes à ce jour incapables de faire un char, une frégate, un avion, ni même des drones en commun, a lancé le général Pierre de Villiers, ancien chef d’état-major des armées. Nous devenons aujourd’hui les faibles du monde, car nous avons été myopes « L’odyssée n’est pas l’exploit, c’est une expérience, un apprentissage, une traversée. » FRANÇOIS BEAUME Dans les allées du Village des partenaires. ATO U T R I S K MANAGER 22 / 22 / DOSSIER L'odyssée du risque, maintenons le cap - 33 e rencontres du risk management Amrae et somnambules pendant des décennies. Il est temps de se réveiller ! », a-t-il exhorté, dans un auditorium bondé. Prêts pour les défis du futur La deuxième table ronde d’ouverture intitulée « De l’anxiété à l’action, les jeunes au cœur de la résilience », a donné la parole à deux jeunes entrepreneurs sociaux, inquiets mais engagés. Niels de Fraguier, secrétaire général du Conseil des générations futures, a esquissé un portrait de sa génération : « Les jeunes sont soit dans le déni et s’accrochent aux dernières branches de l’existence, soit dans l’action et ils sont alors dans la réinvention du monde ». Salomé Bertioux, directrice générale de l’association Rura (ex-Chemins d’avenirs), travaille, elle, aux côtés des jeunes ruraux pour les aider à sortir du déterminisme géographique : « Ils entendent : Bougez-vous ! Agissez ! Engagez-vous ! Avec quels moyens ? La force, elle est politique, elle est entre nous, pas en nous ! ». Or, pour combattre l’anxiété, « rien de tel que de se mettre en action : la vérité de la vie, c’est le mouvement » a confirmé le philosophe Charles Pépin. De l’espoir, Séverine Salgado, directrice générale de la Mutualité française, souhaite en apporter à cette jeunesse « soumise à des pressions multiples : isolement, exclusion, climat, mobilité. Les mutuelles ne peuvent pas rester spectatrices », a-t-elle estimé. Deux Keynote ont suivi cette table ronde : Philippe Delpech, président de Sonepar, a regretté qu’il y ait « beaucoup d’intelligence et de richesse en Europe, sans qu’elles ne soient mises au service de l’investissement productif ». Puis Isabelle Kocher de Leyritz, ancienne dirigeante d’Engie, aujourd’hui présidente de Blunomy, a insisté sur l’importance « de piloter le présent à partir du futur et de veiller à son utilité, en s’assurant d’être future proof ». Enfin, la signature d’un partenariat entre l’Amrae et la Garde nationale, pour favoriser les transferts de compétences entre les mondes professionnels et militaires, a marqué le point d’orgue de cette première journée (lire pages suivantes). Sur les stands des exposants, au Village des partenaires DOSSIER \ 23N°48 I PRINTEMPS 2026 des associations du management des risques et des assurances, ndlr). L’abondance de capital, tant au sein du secteur de l’assurance que sur les marchés financiers, soulignée par Emmanuel Clarke, directeur des solutions spécialisées mondiales (GSL) d’Intact Insurance, est un bon point de départ : « S’il y a de la patience, on pourra monter des partenariats », a estimé Corneille Karekezi, directeur général du réassureur Africa Re. En France, la perception de telles alliances entre les capacités de l’assurance et le recours à l’État est mise à l’épreuve des faits. Côte à côte, le directeur général du groupe mutualiste Aéma, Adrien Couret, et le représentant de la direction générale du Trésor, Philippe Guyonnet-Dupérat, sous-directeur assurances, ont illustré le consensus existant autour du dispositif d'indemnisation des catastrophes naturelles (Cat'Nat), comme les divergences concernant la « contribution de solidarité » pour les dommages causés par les émeutes. « Ce que certains appellent ‘la taxe casseurs’ », a pointé le second. Convenant toutefois que l’assurance ne couvre que les risques résiduels, lorsque protection et prévention sont en place (c’est un vrai sujet dans le cas du risque cyber), mais qu’il existe un complément aux partenariats public-privé : les captives de réassurance qui démontrent « la capacité des entreprises à gérer le risque dans la durée » a admis Adrien Couret. La maîtrise des risques comme gouvernail Les plus de 3000 entrées enregistrées par les ateliers lors des Rencontres témoignent d’un engagement constant des participants autour des enjeux opérationnels du métier. Intégrés pour la troisième année au sein des parcours, les trois ateliers-conférences les plus plébiscités Désengagement, adaptation et autres réponses du marché de l’assurance ; Bilan des captives de réassurance en France ; Comment maîtriser les risques induits par l’IA - illustrent les préoccupations actuelles des risk managers. Ils ont accueilli respectivement 269, 225 et 213 participants. Durant les pauses, entre deux sessions, comme lors des déjeuners buffets, les professionnels du risque ont poursuivi leurs échanges de façon plus informelle, développé leur Le partenariat au bout du voyage Dans un auditorium à peine moins rempli, les tables rondes du vendredi 6 février, dernière matinée des Rencontres animée par Cécile Desjardins, rédactrice en chef adjointe de l’Opinion, ont confirmé l’imbrication des risques. Parfois dans un franglais assumé, la thématique "Marchés émergents versus nouveaux risques mondiaux " a montré combien les problématiques relatives au climat, au risque cyber et à la géopolitique touchent des économies qualifiées d’« émergentes ». Fortes d’une croissance portée par leur transformation énergétique et numérique, elles sont considérées comme des territoires d’opportunités mais se voient handicapées par l’écart persistant entre risques et couverture assurantielle, le fameux “protection gap”. « La clé, c’est le partenariat », a lancé Lucy Clarke, présidente risk & broking du courtier WTW, soutenue par Franck Baron, président de l’Ifrima (fédération internationale « Isolement, exclusion, climat, mobilité : Les mutuelles ne peuvent pas rester spectatrices. » SÉVERINE SALGADO, directrice générale de la Mutualité française. Durant les pauses, entre deux sessions, comme lors des déjeuners buffets, les professionnels du risque et les étudiants ont poursuivi les échanges de façon informelle. ATO U T R I S K MANAGER 24 / 24 / DOSSIER L'odyssée du risque, maintenons le cap - 33 e rencontres du risk management Amrae orange de FM Global, dédié aux mesures de protection, les animations du Village des partenaires étaient hautes en couleur, et beaucoup s’inspiraient du thème de l’année. Décor marin avec une lampe de bateau sur son stand, le cabinet Roux distribuait des boussoles, Arengi des bracelets nœuds Deep Blue Legend ; Union Experts mettait en scène un visuel de bateau décliné en « goodies », tandis qu’une monitrice de voile basée à Villers-sur- Mer enseignait comment réaliser des nœuds marins sur le stand de Stelliant. Alkera avait de son côté invité un artiste à peindre un catamaran sur une toile de voile recyclée. Si Filhet-Allard donnait rendez-vous autour d'une dégustation de vin, Allianz autour d’une dégustation de bières, QBE privilégiait cette année le chocolat avec une représentation de la Route du Rhum - Destination Guadeloupe : un bateau, des containers et même un équipage miniature réalisés par la fondue de chocolat Victoire Finaz, qui s’est inventé un nouveau métier : « chocologue ». Derrière le hublot des salles de réunions « Le stand est une véritable vitrine. C’est également un lieu de passage très fréquenté, propice aux échanges spontanés comme aux rendez-vous programmés, témoignait Christine Pujo, directrice commerciale de QBE France. En complément, notre ‘hospitality room’ offre un espace plus vaste, idéal pour accueillir des réunions en plus grand nombre. Nous pouvons y prendre le temps d’échanger, de partager et de renforcer nos relations avec nos partenaires, en toute confidentialité. » Réparties dans le CID, parfois plus discrètes que les stands, derrière une paroi de verre chez WTW ou recouverte de lattes de bois chez Stelliant (en photo ci-dessus), les salles de réunion offrent un lieu en retrait et convivial pour accueillir clients, prospects et partenaires. Certains avaient préféré louer une villa ou un salon privé à proximité : à l’hôtel Normandy pour QBE, l’Hôtel Royal Barrière pour Diot-Siaci, par exemple. Suivre la course des étoiles À Deauville, les soirées sont également de formidables lieux d’échanges. Celle organisée par l’Amrae d’abord, dans l’ancien couvent magnifiquement restauré des Franciscaines, avec exposition artistique à l’étage, huîtres normandes et bien d’autres délices sur les buffets ; celles des courtiers ensuite, également très prisées. De WTW à la Villa Le Cercle, à Verspieren au Point de Vue, en passant par AON à l’Hôtel Le Royal ou Diot-Siaci au Casino, les participants ont même pu prolonger par une soirée dansante, celle organisée par Ixi Group au Pavillon des Bains ou celle de Marsh « Back to the 90’s » au Casino. Et c’est sur le récit des exploits risqués, mais maîtrisés, du skipper Damien Seguin et des organisateurs de la prochaine Route du Rhum - Destination Guadeloupe dont l’Amrae est soutien officiel, que se sont achevées ces 33 e Rencontres du risk management. « Que chacun reparte de Deauville avec plus de repères, plus d’agilité, plus d’énergie » : le souhait de François Beaume, dans son discours de clôture, est exaucé : « Retrouvons-nous l’année prochaine, ici à Deauville, du 3 au 5 février 2027 ». réseau ou retrouvé d’anciennes connaissances. Dans les allées du Village des partenaires, les conversations révélaient les préoccupations : risque géopolitique et cyber, évolution du transfert assurantiel, solutions traditionnelles ou alternatives… Dans un environnement largement influencé par les pratiques anglo-saxonnes, le sujet de l’hybridation croissante entre finance, assurance, ingénierie et droit était sous-jacent. Des jeunes matelots en confiance En naviguant d’un stand à l’autre, impossible de rater l’espace Agora, qui a accueilli des pitchs de présentation d’une trentaine de minutes toute la journée du jeudi 5 février, sans désemplir. Quant au 3 e Forum de l’emploi, lui aussi étendu à la journée entière, il a bénéficié d’une aura exceptionnelle, faisant l’unanimité aussi bien chez les étudiants que chez les recruteurs, tel Axa XL, qui avait dépêché Julien Brémond, HR Manager France, pour aller à la rencontre de ce vivier de jeunes talents, dans un secteur qui reste créateur d’emplois. « Ces Rencontres représentent une expérience immersive dans leur parcours de formation », estime la Kedge Business School dont les étudiants du parcours Institut du management des risques (IMR) se sont pliés avec enthousiasme à la traditionnelle photo souvenir devant le mur dédié à l’entresol du Centre international de Deauville (CID). Comme en écho au philosophe Charles Pépin qui affirmait la veille en plénière : « Faites confiance aux jeunes, mais surtout mettez-les en confiance. » Se laisser porter par la vague Les allées du Village des partenaires avaient des allures festives. Du pop-corn chez Delta RM ; une pince à grappins chez Liberty comme à la fête foraine pour tenter de gagner un lot ; une machine pour personnaliser sa tasse chez Tokyo Marine ; du miel et des carnets multicolores chez Chubb… Cette année encore, les stands des partenaires ont varié les plaisirs. Sauf à aller voir la mer, de l’autre côté du CID, en prenant au passage un café dans le bus à Impériale rose de Beazley ou en faisant halte dans le camion « "L'hospitality room’ permet de prendre le temps d’échanger, de partager et de renforcer nos relations avec nos partenaires, en toute confidentialité. » CHRISTINE PUJO, directrice commerciale de QBE France. Tokio Marine HCC est le nom commercial de Tokio Marine Europe S.A., société du groupe Tokio Marine HCC. Tokio Marine Europe S.A. est agréée par le Ministre des Finances du Luxembourg et contrôlée par le Commissariat aux Assurances (CAA) du Luxembourg. Inscrite au Registre de Commerce et des Sociétés du Luxembourg sous le numéro B221975. Domiciliée au 26, Avenue de la Liberté, L-1930, Luxembourg Tokio Marine HCC – International Tokio Marine HCC – Financial Lines tmhcc.com/fr-fr TMHCC 101522_ADVERT_Atout Risk 2025 v1.indd 1TMHCC 101522_ADVERT_Atout Risk 2025 v1.indd 1 8/10/25 11:408/10/25 11:40 ATO U T R I S K MANAGER 26 / 26 / DOSSIER L'odyssée du risque, maintenons le cap - 33 e rencontres du risk management Amrae Dans l’Agora, l’art du pitch Niché au cœur du village des partenaires, l’espace Agora a accueilli six courtes présentations (pitchs) très suivies. En une trentaine de minutes, les intervenants ont livré des solutions opérationnelles face à l’intensification des risques. De la prévention routière à la résilience climatique, en passant par l’IA juridique, la fraude et le cyber, ces interventions dessinent une tendance claire : faire de la donnée un outil stratégique au service de la prise de décision. Prévention automobile : protégez vos flottes et maîtrisez vos risques « La route reste la première cause de mortalité au travail en France », a rappelé Bertrand Piquiaud, directeur flottes automobiles chez Verlingue. Au-delà du coût des réparations et de l’inflation sur les sinistres corporels, « en hausse constante de par leur judiciarisation croissante », le risque routier génère également beaucoup de coûts indirects induits, qui peuvent avoir des conséquences importantes : immobilisation, coûts RH, consommation de carburant… La donnée devient alors un levier central. « Il faut rendre le risque visible et la donnée permet cela », selon Patrick Lacroix, risk manager d’Idex et président de la commission automobile de l’Amrae. « KPI, entretien post-accident, reportings… sont des éléments fondamentaux pour suivre l'évolution du risque », a rappelé Bertrand Piquiaud. Chez Idex, les données détaillées du courtier sont intégrées dans un logiciel interne puis partagées avec les directions régionales et les équipes, qui connaissent de cette façon « le coût et la nature des sinistres », ainsi que leur positionnement par rapport aux KPI. « Quand on monitore le risque, on a des résultats », a déclaré Patrick Lacroix. L’écoconduite illustre concrètement ce retour sur investissement : un défi d’un an a permis d’économiser 500 000 litres de carburant. « Gérer le risque routier, c’est un acte de management ». L'espace Agora lors des Rencontres du risk management Amrae. Le programme certifi ant international pour transformer le risque en levier de décision stratégique Le programme Associate in Risk Management (ARM) vous apporte une maîtrise concrète d’un risk management moderne : data, technologies, risques émergents et vision stratégique. Développé avec The Institutes Knowledge Group, il s’impose comme une référence internationale pour les professionnels du risque, de l’audit, de l’assurance et du contrôle interne. Pourquoi choisir ARM ? Certifi cation internationale reconnue Compétences immédiatement applicables Format compatible avec activité professionnelle Intervenants experts du terrain Un parcoursautour de 3 modules clés >>> Les risques évoluent. Vos décisions doivent aller plus vite. Places limitées - candidatez maintenant ! Scannez pour accéder au dossier FORMATION Conseils et inscriptions surwww.amrae.frou par téléphone au 01 42 89 33 20 PROCHAINE SESSION le 2 juillet 2026 PARIS / DISTANCIEL + de 35 000 certifi és ARM à travers le monde ! L Anticiper les risques complexes e Exploiter la data pour décider Construire une stratégie globale p ARM400 Risque dans un monde en évolution ARM401 Évaluation holistique des risques ARM402 Traitement effi cace des risques ATO U T R I S K MANAGER 28 / 28 / DOSSIER L'odyssée du risque, maintenons le cap - 33 e rencontres du risk management Amrae Doctrine Le pitch d'Union d'Experts.Le pitch de Verlingue Idex. Faire face au risque de sécheresse : innovations et retours d’expérience Face à l’intensification des épisodes de sécheresse, Union d’Experts a engagé un partenariat avec le CNRS afin de croiser expertise terrain et recherche scientifique. L’objectif initial était clair : « Rendre un diagnostic sécheresse incontestable par les assureurs et les assurés », a expliqué Jean-Marc Agu, expert dirigeant et référent technique national sécheresse chez Union d’Experts. Le « Diagnostic de vulnérabilité sécheresse (DVS) », fondé sur un réseau de capteurs électroniques, permet de suivre en continu l’évolution des fissures en fonction des conditions météorologiques. Son objectif est de « développer l'anticipation et la résilience par la maîtrise de l'information sur l'état du sous-sol », a résumé Yoann Drouillas, expert dommages. Sur une centaine de dossiers instruits, environ 60 % ont confirmé un phénomène dit de « retrait gonflement des argiles », tandis que 40 %, qui auraient pu faire l’objet d’une garantie, ont pu être écartés, entraînant des économies substantielles pour les assureurs. Au-delà des seuls fissuromètres, le dispositif s’est élargi à d’autres instruments afin de suivre plus finement les déformations des bâtiments : lignomètres, piézomètres, stations GNSS (Global navigation Satellite System) et tachéomètre peuvent ainsi être mobilisés, avec une transmission des données toutes les dix minutes. Mutualiser pour mieux protéger : la force du collectif face aux risques La fraude documentaire représente « plus de 65 % » des fraudes à l’assurance, l’enjeu est donc de « détecter a priori », a alerté Pierre Vanhoutte, responsable du département détection, investigation et prévention des fraudes chez Itesoft, spécialiste des logiciels de digitalisation des processus. Pour y répondre, la société a développé, avec sa solution Streamline Fraud, un module d’IA fondé sur la mutualisation de renseignements documentaires (facture, décompte de Sécurité sociale, etc.). « À partir de ces données, nous sommes en mesure de calculer une empreinte L’IA juridique pensée pour les assureurs Face à l’augmentation du volume de dossiers, dans un cadre réglementaire mouvant, l’intelligence artificielle (IA) juridique s’impose comme un levier stratégique pour les assureurs. C’est la conviction de la plateforme française Doctrine, dont l’ambition est d’accompagner « toute la chaîne de valeur assureurs, mutuelles, experts, courtiers d'assurance - dans toutes les étapes du quotidien ». Et ce, en les déchargeant « des tâches chronophages » , notamment en indemnisation, souscription ou protection juridique, a expliqué Charlotte Monier, chargée de comptes chez Doctrine. Le module Flow Litigate illustre cette logique de productivité : l’outil prend tous les formats de fichier (PDF, Word, text, etc.), « les reclasse, les résume et les catégorise avant de passer à l’analyse », a détaillé Anaïs Baumann, également chargée de comptes chez Doctrine. Chaque réponse est sourcée et l’utilisateur peut « challenger le dossier » via un outil conversationnel multilingue. Résultat : « un gain de trois heures par semaine minimum » par gestionnaire, selon un retour client. Pour sécuriser les contrats, le module Flow Counsel identifie de son côté les « clauses à risque » et les « trous dans la raquette », en les reliant à un fonds de « 15 millions de décisions de justice » mises à jour toutes les 24 heures. Doctrine insiste sur la sécurité : hébergement RGPD, ISO 27001, accompagnement par la Cnil… Et aucune donnée client utilisée pour entraîner l’IA. Dans l'Agora \ 29 N°48 I PRINTEMPS 2026 Le pitch d'Itesoft. numérique du document, qui lui confère un caractère unique », permettant de repérer un justificatif déjà signalé ou réutilisé frauduleusement, a-t-il détaillé. « Le premier temps de l’action, c’est détecter, le deuxième, c’est traiter » : la solution d’Itesoft couvre l’ensemble du cycle antifraude, générant en parallèle une donnée spécifique permettant de « dessiner le panorama de la fraude », d’élaborer des KPI et de suivre en continu l’exposition de l’organisation « en nombre, en volume, en qualité, et évidemment en coût. » Dans ce cadre, « l’actualisation est clé », selon Pierre Vanhoutte, car elle renforce la capacité de détection, améliore la qualité de mesure de la fraude et réduit les pertes financières. « L’objectif premier de notre outil est d’identifier les risques de fraude avant tout règlement », a-t-il résumé. Mieux comprendre le risque cyber grâce à l’analytique : défis et opportunités pour l’assurance Le marché de l’assurance cyber se situe à un « point d’inflexion », a pointé quant à elle Emma Drouineau, responsable des ventes chez CyberCube. D’un côté, « un niveau de risque qui continue de croître continuellement », de l’autre, un cadre de souscription plus mature et « des conditions d'achat beaucoup plus favorables pour les acheteurs d'assurance ». Dans cet environnement, « le prochain cycle de croissance du marché cyber va dépendre de la capacité de ses acteurs - courtier, assureurs, réassureurs - à ouvrir de nouveaux réservoirs de risques ». Seulement 25 % des PME européennes disposent d’une assurance cyber, alors même que 43 % des attaques les ciblent, a-t-elle rappelé. Autrement dit, « la demande existe, mais elle n'est pas encore pleinement captée ». C’est dans ce contexte qu’a été créée CyberCube. Son axe d’attaque : utiliser les données de cyberassurance et de cybersécurité pour construire des outils de modélisation à destination du secteur de l'assurance. Avec sa solution Broking Manager, la société entend aider les courtiers à rendre le risque cyber « simple, clair et facilement compréhensible », en particulier pour les PME. Grâce à des rapports analytiques combinant quantification financière et signaux techniques visibles, la solution transforme un risque perçu comme abstrait « en données financières bien plus actionnables pour l'acheteur d'assurance ». Renforcer la résilience des entreprises face aux risques climatiques Le Centre national de prévention et de protection (CNPP) et le cabinet Roux ont présenté une approche conjointe destinée à mesurer concrètement l’impact d’un sinistre climatique sur un site industriel. La méthodologie d’analyse de vulnérabilité 5011 développée par le CNPP repose sur plusieurs étapes, à commencer par l’identification et la caractérisation des aléas : inondation, mouvement de terrain, grêle ou feu de végétation sont cartographiés et sourcés à partir de bases publiques et privées, puis validés sur le terrain. « Deuxième étape : identifier pour l'exploitant les objets de risque et chiffrer ces valeurs », a détaillé Guillaume Becker, responsable risques climatiques, consultant expert gestion des risques et des crises au CNPP. C’est ici qu’intervient le cabinet Roux : pour « caractériser précisément les actifs » grâce à des visites approfondies sur le terrain et une géolocalisation fine des bâtiments, équipements et stocks. Il restitue ses expertises via un site client, avec un tableau de bord chiffré croisant données d’expertise, historique des catastrophes naturelles et géorisques, a poursuivi Olivier Marchand, directeur technique national pôle évaluation du cabinet Roux. L’outil permet de calculer « le coût réel » du sinistre, avant de transmettre ces données au CNPP pour affiner l’analyse. Après une première évaluation du « risque brut », les équipes intègrent les facteurs aggravants et les moyens de maîtrise existants pour aboutir à un « risque net » hiérarchisé. Objectif : prioriser un plan d’action concret et chiffré afin de transformer l’analyse du risque en décisions opérationnelles et budgétées. Pitch du CNPP et du Cabinet Roux. Pitch de Cybercube. ATO U T R I S K MANAGER 30 / 30 / DOSSIER L'odyssée du risque, maintenons le cap - 33 e rencontres du risk management Amrae Pour sa troisième édition, le Forum Emploi a pris de l’ampleur en se déroulant sur une journée entière, dans un espace élargi. Avec 22 recruteurs et 400 étudiants présents, l’événement s’affirme comme un rendez-vous attendu pour faciliter les échanges, faire découvrir les métiers du risque et créer des opportunités concrètes de recrutement. À 15 h 30, ce jeudi 5 février, le restaurant Le Luciano, vaste espace cosy à l’intérieur du casino de Deauville, bruissait encore de dizaines de voix de candidats et de recruteurs. Car pour la troisième édition de son Forum Emploi, l’Amrae est montée d’un cran, en passant d’une matinée à une journée entière et en installant le Forum Emploi dans un lieu plus vaste : « Nous avons vraiment été à l’écoute des partenaires en offrant plus d’espace pour plus de confidentialité, avec un stand dédié pour chaque entreprise », indique Axel Boléor, responsable marketing et digital de l’Amrae. « En 2025, les échanges étaient assez courts pour ne pas générer trop d'attente chez les étudiants. Disposer d’une journée complète, c’est encore plus pertinent », approuve Laura Jean- Pierre, responsable développement RH chez Filhet-Allard. Forum Emploi Devenu incontournable, le Forum Emploi change d’échelle « Disposer d’une journée complète, c’est encore plus pertinent. » LAURA JEAN-PIERRE, responsable développement RH chez Filhet-Allard. Le Forum emploi, un formidable lieu d'échanges entre recruteurs et étudiants. N°48 I PRINTEMPS 2026 sont pas présentes uniquement pour le recrutement, mais aussi pour le conseil. Cela permet de nous entraîner pour de futurs entretiens », souligne Camille Niquet, étudiante en M2 Management de l’assurance à l’Enass. Pour ces professionnels en devenir, ces rencontres représentent aussi une première étape vers l’emploi : « On peut poser des questions sur les évolutions de carrière, la mobilité et les opportunités, notamment en région, ce qui est très utile pour se projeter », ajoute Lancelot Dubois, issu de la même promotion. Des parcours très riches Sur ce type d’événement, la dimension relationnelle est inestimable, estime Laura Jean-Pierre chez Filhet-Allard : « Outre les compétences, un autre 'feeling' peut passer en échangeant. Nous avons recruté deux personnes l’année dernière, suite au Forum Emploi. Elles sont toujours en poste ». Elle se réjouit de la qualité des rencontres : « Les étudiants se présentent avec deux ou trois années d’alternance. Je les trouve déjà très bien renseignés et orientés vers le métier qu’ils visent, ils savent ce qu'ils veulent faire. C’est un gain de temps pour nous ». Un vivier de compétences et de savoir-faire également souligné par Céline Jacqueson Lucas, responsable formation de Sedgwick France : « Certains des profils que j’ai pu rencontrer ce matin sont multidiplômés. Ils ont des parcours très riches et leurs diplômes peuvent se révéler utiles pour les postes que nous proposons ». Un groupe d’étudiantes du Master 2 Management de l’assurance, cycle spécial ELSA au Cnam Enass, en est la parfaite illustration. Toutes ont eu un parcours différent avant d’arriver dans le secteur de l’assurance, mais partagent un engouement commun pour leur nouvelle orientation, et un enthousiasme palpable face aux opportunités offertes. Maturité du format À l’issue de la matinée, après une quinzaine d’entretiens, Céline Jacqueson Lucas avait déjà identifié plusieurs profils susceptibles d'être recontactés : « Ce qui nous intéresse évidemment, c’est la compétence technique, mais pas seulement. L’expertise est un métier qui nécessite d’être très curieux et polyvalent. Nous ne cherchons pas des machines qui chiffrent un dommage, il faut également savoir faire preuve d’empathie, car nos collaborateurs peuvent être confrontés à des assurés qui ont tout perdu dans un sinistre... ». Ravi de la journée, Frédéric-Jean Hoguet, directeur du pôle adhérent et de la communication de l'Amrae, valide : « Cette troisième édition marque une vraie maturité du format et a été particulièrement bien accueillie par les recruteurs comme par les étudiants. Avec ce nouvel espace, nous savons désormais que nous pourrons accueillir de nouveaux recruteurs l’an prochain, mais attention, il n’y a pas la place pour tous. Premiers arrivés, premiers servis ! ». Accès privilégié aux recruteurs Avec 22 recruteurs présents et 400 étudiants issus de douze écoles partenaires 1 , ce Forum est un temps fort toujours aussi riche et constructif : « L’écosystème du Village des partenaires est particulièrement bien représenté sur le Forum, avec la présence conjointe de courtiers, d’assureurs et d’experts, offrant ainsi une vision complète du secteur », indique Élisabeth Noé, directrice événements à l’Amrae. Une opportunité qui n’échappe pas aux étudiants : « Les recruteurs sont très accessibles et prennent le temps d’échanger : le contact est beaucoup plus humain que par mail et permet de mener de vraies discussions », observe Max Guitard, en Master manager des risques et de l'assurance de l'entreprise à l’ESA. L’enjeu n’est pas nécessairement de trouver un poste immédiatement, mais de créer un premier contact ». Un accès direct et privilégié aux recruteurs, également très apprécié de Laura Bernard, étudiante à la Sorbonne en Master 2 Droit des assurances : « Le format est plus informel que lors d’un entretien classique, tout en restant professionnel. On peut poser des questions plus spontanées, et mieux comprendre ce que recherchent les entreprises, y compris celles auxquelles on n’avait pas pensé au départ ». Un espace de découvertes et d’orientation Pour la responsable formation de Sedgwick France, participer au Forum Emploi offre également la possibilité de faire connaître Sedgwick et ses valeurs : « Les étudiants ne connaissent pas toujours bien l’activité de notre entreprise, car il n’existe pas de diplôme d’expert. Ce type d’événement permet de faire la lumière sur un métier qu’on n’envisage pas forcément après un BTS assurance, par exemple. Après ma présentation, certains se disent que ça peut être intéressant, complémentaire avec leurs études... ». Le Forum devient également un espace de découverte et d’orientation : « Les sociétés présentes ne (1) Cnam Enass, Ensam, ESA, ESAM, Faculté de droit de l’Université Jean Moulin (Lyon III), Kedge Business School, Université Côte d’Azur, Université Dauphine, Université Panthéon Sorbonne IAP, Université Paris Nanterre, Université Paris et Créteil. Une étudiante rencontre une représentante de Bessé. Le Forum Emploi \ 31 ATO U T R I S K MANAGER 32 / 32 / DOSSIER L'odyssée du risque, maintenons le cap - 33 e rencontres du risk management Amrae Alumni Les alumni des formations Amrae font corps Les Rencontres 2026 ont fourni aux anciens élèves des formations Cefar et ARM l’occasion de se retrouver et d’échanger sur les moyens de renforcer le réseautage au sein de la profession. C e 5 février 2026, dans la salle Sundance où les rayons du soleil du matin cherchent à pénétrer, les alumni du Cefar et de l’ARM (Associate in Risk Management) se retrouvent autour d’un petit-déjeuner organisé par Anne-Marie Cona, directrice formation et de l’Amrae. Le Cefar ? « Une parenthèse dans notre vie professionnelle, rappelle Marie-Élise Lorin, vice-présidente formation de l’Amrae, avec des retours d’expérience appropriés sur les pratiques de référence. » Créée en 2003, cette formation continue certifiante propose un enseignement concret et directement applicable en entreprise, sur vingt jours, répartis en six modules. Le programme fournit une compréhension globale du système de management des risques, les critères à prendre en compte pour définir sa stratégie de gestion et de financement ainsi que les clés du « savoir-être » pour un risk manager. Objectif : cerner les enjeux actuels du management des risques et apporter des réponses pratiques. Les Rencontres du risk management sont aussi l'occasion pour les alumni des formations Cefar et ARM de renforcer leur réseau. « Nous cherchons quelqu’un pour présider l’association des alumni ! » MARIE-ÉLISE LORIN Vice-présidente de l’Amrae en charge de la formation. N°48 I PRINTEMPS 2026 « Nous cherchons quelqu’un pour présider l’association des alumni ! », lance à qui veut bien l’entendre Marie-Élise Lorin, elle-même ancienne du Cefar, et aujourd’hui risk manager, responsable du reporting de durabilité (CSRD) à la Maif. Et de rappeler qu’il est « encore temps de faire de la publicité autour de vous pour les inscriptions ». La clôture des dossiers était fixée au 12 mars. La prochaine session de « Stratégie Risk management Cefar » débute le 20 avril, ouverte à une quinzaine de professionnels ayant au moins cinq ans d’expérience, en passe de prendre la responsabilité d’un département de gestion des risques : « Des risk managers, auditeurs ou contrôleurs internes, mais aussi des courtiers ou assureurs en reconversion », témoigne Marie Charbonnier, responsable Risk financing solution d’Axa XL, intervenante au Cefar. L’ARM, une ouverture internationale sur le risk management Laurent Barbagli, participant du petit-déjeuner, formule un regret concernant le programme ARM, dont il anime l’un des trois parcours composant cette formation internationale : « Il y a trop peu de Français parmi 35 000 certifiés ARM dans le monde, c’est parfois un peu frustrant ». Ce programme international de 36 jours, proposé en partenariat avec The Institutes, s’adresse aux cadres et dirigeants. Il leur permet d'acquérir les techniques spécifiques et compétences managériales nécessaires à la gestion des risques. Risques dans un monde en évolution, évaluation holistique des risques, traitement efficace des risques : chaque phase de douze jours de formation aboutit à une évaluation sous forme de questionnaire à choix multiples. Les étudiants reçus aux trois examens et ayant passé le module éthique en ligne se voient conférer le titre d’Associate in Risk Management (ARM) délivré par le conseil d’administration de The Institutes. On compte aujourd’hui 2 250 certifiés en France et 550 associés (qui ont passé les trois certificats). Tous sont invités à rejoindre le Cercle des associés en risk management (CARM), fondé par les vingt premiers titulaires français. Puissant réseau de professionnels, le CARM organise des rencontres mensuelles autour d’un sujet d’actualité ou d’un retour d’expérience sous la forme, là aussi, d’un petit- déjeuner. De nombreux étudiants et alumni participent chaque année aux Rencontres du risk management Amrae. Rencontre des alumni. Alumni Cefar et ARM \ 33 ATO U T R I S K MANAGER 34 / 34 / DOSSIER L'odyssée du risque, maintenons le cap - 33 e rencontres du risk management Amrae Porté par une belle dynamique avec désormais huit associations à son actif, le Club Francorisk s’est réuni dans une salle comble. Chaque association a pu présenter sa feuille de route, avant la tenue d’une table ronde sur les enjeux de la prévention des risques en Afrique. « Depuis 2015, le Club Francorisk n’a cessé de prendre de l’ampleur et de se structurer. L’Amrae est fière d’être à vos côtés et de vous soutenir, a réaffirmé son vice-président Oliver Wild, en ouverture de la 13 e Convention de la francophonie qui, comme chaque année, s’est tenue quelques heures avant l’ouverture officielle des Rencontres. « Comme disait Gilbert Canameras [fondateur du Club Francorisk, ndlr], il ne suffit pas de faire des choses, il faut s’y engager. Notre équipe renouvelée est pleinement engagée, tout comme les huit associations qui présentent aujourd’hui leur feuille de route. Une neuvième entité, la section 'diaspora', réunit désormais les risk managers africains en France afin de créer des ponts », s’est réjoui Marc de Pommereau, président du Club Francorisk. Trois nouveaux agréments en 2025 En ouverture, Gaëtan Lefèvre, administrateur de l'association belge du risk management (Belrim), a présenté le document « Assurance en Afrique » rédigé par la section Afrique. Avant de laisser les présidents des huit associations nationales, membres du réseau Francorisk se relayer au pupitre. Trois d’entre elles ont obtenu leur agrément en 2024 et ont pu signer en direct la Charte du Club Francorisk : l’AMRM de Madagascar, l’Amrat du Togo et l’Arimac du Cameroun. Les membres plus anciens ont également pris la parole : le Rimrae de Côte d’Ivoire, l’Amraem du Maroc, Sengov’Risk du Sénégal, le CCRM du Congo et l’Amrab du Bénin. Tous ont souligné l’importance du soutien du Club Francorisk dans leur démarche de création et développement des échanges avec leurs pairs. Parmi les événements à venir, citons les 7 e Rencontres africaines du risk management qui se tiendront début juillet à Abidjan. Huit cents participants de 30 nationalités différentes y sont attendus. Salle comble à la Convention de la francophonie, organisée par le Club Francorisk, au premier jour des Rencontres du risk management Amrae. 13 e Convention de la francophonie La prévention au cœur du développement du risk management en Afrique N°48 I PRINTEMPS 2026 Une prévention adaptée au terrain La table ronde suivante a cherché à identifier les bonnes stratégies à adopter pour développer la prévention des risques, en tenant compte des réalités africaines. « Comment parler de prévention dès la phase de montage des projets ? », a interrogé Sande Fatola Oyekola, président du Rimrae et animateur des échanges. Réponses des risk managers : « À partir des nombreux projets sur le continent africain, nous avons tiré deux enseignements : d’abord, il faut rester humble et bien maîtriser son sujet car les personnes en face sont bien formées et posent les bonnes questions ; ensuite, il faut tenir compte de la réalité du terrain et ne pas chercher à uniquement dupliquer des schémas de prévention européens. Les recommandations doivent être réalistes et réalisables, sinon cela décrédibilise la démarche », a estimé Gaëtan Lefèvre, Head of Professional Ethics, Risk & Insurance Management de John Cockerill Corporate. Spécialisé dans l’ingénierie de prévention, Christophe Brouillet, group manager field engineering chez l’assureur FM Global, l’a confirmé : « Il existe des standards de prévention des sinistres, mais on doit les adapter. Comme c’est compliqué de faire venir des installateurs de sprinklers en Afrique, on a recours aux maçons locaux pour construire plutôt des murs de protection, en jouant sur la distance entre les bâtiments ». Du côté des réassureurs, le constat est mitigé : « Depuis quelques années, la sinistralité en Afrique étant assez clémente, l’approche commerciale avait tendance à supplanter l’approche technique des risques. Plusieurs sinistres sont venus casser cette spirale et la prévention revient sur le devant de la scène. Pourtant, elle est encore trop souvent vue comme une contrainte par les assurés. En cause, la faible culture du risk management en Afrique, mais aussi l’insuffisance de la réglementation. À cela s’ajoute le coût élevé des investissements préventifs recommandés par les assureurs, qui ne sont pas toujours adaptés », a estimé Olivier N'Guessan Amon, directeur régional d’Africa Re. Propos sur lesquels a rebondi immédiatement Gaëtan Lefèvre : « La prévention n’est ni un gain, ni une perte, c’est un investissement. Sans elle, certains projets vont subir des retards de chantiers et d’autres ne seront simplement pas assurables. » Pour passer des risques non assurables à acceptables, Christophe Brouillet a conseillé de ne pas viser la perfection : « On peut se contenter de quelque chose d’imparfait. Il faut choisir les recommandations les plus pertinentes sur le plan économique et technique. Définir les priorités : c’est cela aussi le rôle de l’assureur. La phase projet est le moment unique de bien faire. » Pour le directeur régional d’Africa Re qui concluait la Convention de la francophonie, « quand on souscrit un risque en Afrique, il ne faut pas regarder le seul risque opérationnel, mais englober aussi les risques climatiques, politiques, sociaux et crédit ». « Huit associations présentent aujourd’hui leur feuille de route. Une neuvième entité, la section diaspora, réunit désormais les risk managers africains en France afin de créer des ponts. » « Depuis quelques années, la sinistralité en Afrique étant assez clémente, l’approche commerciale avait tendance à supplanter l’ approche technique des risques. » « Les recommandations de prévention doivent être réalistes et réalisables, sinon cela décrédibilise la démarche. » « Il faut choisir les recommandations les plus pertinentes sur le plan économique et technique. Définir les priorités, c’est cela aussi le rôle de l’assureur. » MARC DE POMMEREAU Président du Club Francorisk. OLIVIER N'GUESSAN AMON Directeur régional d’Africa Re. GAËTAN LEFÈVRE Head of Professional Ethics, Risk & Insurance Management de John Cockerill Corporate et administrateur de Belrim. CHRISTOPHE BROUILLET Group manager Field engineering chez FM Global. Club Francorisk \ 35 ATO U T R I S K MANAGER 36 / 36 / DOSSIER L'odyssée du risque, maintenons le cap - 33 e rencontres du risk management Amrae « La finance nous observe, nous score, nous juge ». Pour illustrer son propos, Michel Josset, vice-président Esg/climat de l’Amrae, directeur assurances et préventions de Forvia et animateur de la formation Finance & ESG, a projeté l’affiche du film de Martin Scorsese, Le Loup de Wall Street. Séquencée par des références cinématographiques, cette session organisée le premier jour des Rencontres tentait de décrypter les mécanismes de défiance. « Le directeur financier raisonne en termes de risques, mais pas de la même manière que le risk manager », a plaidé Philippe Tastevin, pdg d’Acute Investor Services (Acuteis). Lors d’une due diligence avant une fusion-acquisition, les financiers cherchent à repérer les problèmes et les valorisent pour une bonne allocation du capital. Le compte de résultat, c’est le film de ce qui s’est passé dans l’année écoulée, et le bilan une photo arrêtée », a-t-il schématisé. L’Opex pour les charges, le Capex pour les investissements, les amortissements, les provisions, etc. Tous les risques s’y retrouvent. Au passif du bilan et en charges au compte de résultat, les provisions constituent le principal lien entre risk manager et directeur financier (DAF) : ils travaillent sur des scénarios communs, mais n’ont simplement pas les mêmes « métriques ». Lors des due diligences, « si le risk manager a bien fait son travail en amont, l’opération sera sécurisée », a estimé Philippe Tastevin. Les critères extra-financiers (ESG pour environnement, social et gouvernance) ont aussi leur importance. Le « E » renvoie notamment au risque du climat que le risk manager sait évaluer lors de l’implantation d’une usine, par exemple. Le « S » se réfère au capital humain. La CSRD ? « Cette directive européenne (Corporate sustainability reporting directive) définit un cadre réglementaire de reporting des critères extra-financiers, avec des normes (les ESRS) pour une meilleure comparabilité des entreprises, a expliqué Anne- Gaëlle Delattre, risk manager de Valeo et copilote du groupe de travail Informer du pôle ESG/Climat de l'Amrae. Le financier traite désormais la 'double matérialité'. Il intègre l’ensemble des parties prenantes pour identifier les risques et opportunités avec leurs enjeux financiers ainsi que leur impact, positif ou négatif, sur l'environnement de l'entreprise, y compris sur les personnes. » Rythmé par des références cinématographiques, la formation Finance & ESG a fourni aux risk managers une approche des fondamentaux financiers et extra-financiers, ainsi que les clés pour devenir acteurs de la relation avec les investisseurs. Formation Finance & ESG : les réflexes essentiels du risk manager « La finance fonctionne moins bien sur les risques extra-financiers. Le risk manager est le mieux placé pour les gérer. » MICHEL JOSSET Vice-président ESG/climat de l’Amrae, directeur des assurances et de la prévention de Forvia. « La CSRD intègre les parties prenantes et la chaîne de valeur. » ANNE-GAËLLE DELATTRE Risk manager de Valeo. « Le risque du climat n’est pas un concept noyé dans l’ESG : il a des conséquences sur les revenus et les coûts, donc la valeur de l’entreprise. » RÉMY ESTRAN-FRAIOLI CEO de Scientific Climate Ratings. N°48 I PRINTEMPS 2026 « Le Jour d’après » La CSRD a commencé à être appliquée en 2025, mais « l’initiative Omnibus réduit le nombre d’entreprises concernées et simplifie les exigences », a estimé Anne- Gaëlle Delattre, rappelant toutefois que les normes sur le climat se déclinent aussi à l’étranger. Transparence, simplification, articulation des directives entre elles, clarification de certaines données et rôle indispensable du risk manager en lien avec la stratégie de l’entreprise : l’Amrae a pris position en juin 2025. Mal appliquer la CSRD, c’est exposer l’entreprise à une baisse de sa note extra-financière (note ESG) auprès des investisseurs. « Le risk manager doit apporter sa méthodologie pour prendre les bonnes mesures en amont et permettre une meilleure évaluation des risques pour l’intégrer à la planification financière », a souligné la risk manager de Valeo. Mad Max, seuls les fous survivent L’enjeu du changement climatique revêt deux dimensions : les risques de transition et les risques physiques. Les premiers sont « anticipables et bien intégrés dans les analyses financières, en prenant en compte les interdictions réglementaires, le changement de comportement des consommateurs, a détaillé Rémy Estran-Fraioli, directeur général de Scientific Climate Ratings. Les risques physiques (feux, inondations…) génèrent de la destruction de valeur mais sont moins anticipables ». Selon l’activité et la géographie notamment, les deux sont importants. L’expert a insisté : « Le risque du climat n’est pas un concept noyé dans l’ESG : il a des conséquences sur les revenus et les coûts, donc la valeur de l’entreprise. » Dès lors, le risk manager « peut identifier et quantifier les risques et, selon l’appétit au risque de l’entreprise, mettre en place des mesures dont on peut mesurer les bénéfices ». Seuls les fous survivent, la suite du film Mad Max rappelle l’importance de la résilience. « S’adapter au changement climatique nécessite de croiser de nombreuses expertises », a relevé Marie Pettenati, responsable résilience climatique du groupe Antea, mettant l’accent sur le stress hydrique « lorsque la demande en eau est supérieure à la ressource de surface ou souterraine, en termes de quantité mais aussi de qualité ». Le stress hydrique a un impact financier, renforcé par le conflit d’usage lorsque l’accès à l’eau est réservé aux Participants de la formation Finance & ESG. Formation ESG & Climat \ 37 ATO U T R I S K MANAGER 38 / 38 / DOSSIER L'odyssée du risque, maintenons le cap - 33 e rencontres du risk management Amrae activités essentielles, mais peut être anticipé par « une bonne compréhension de l’écosystème et des besoins prioritaires », a-t-elle indiqué. Le risk manager peut ainsi anticiper les risques physiques et contribuer à « mettre en place une gestion responsable de l’eau ». Erin Brockovich Les risques ne sont pas tous naturels. Depuis quatre ans, la géopolitique prend une place importante. Et un nouveau conflit, en Iran, est survenu depuis cette séance de formation. Les entreprises françaises qui exportent en subissent les effets sur leur compte de résultat comme sur leur bilan si elles ont des usines ou des entrepôts dans les zones touchées. « Atteinte au droit de propriété sur décision d’un État, attaques terroristes ou de guerre, y compris cyber, mais aussi risque monétaire et sanctions internationales,… », a listé François Delteil, co-responsable structured solutions & political risks de la société de courtage et de conseil spécialisée AU Group. Si les polices d’assurance-crédit se dégagent des risques systémiques et ne couvrent pas les nouveaux risques, c’est-à-dire la cyberguerre, l’augmentation unilatérale des droits de douane et les sanctions, liées au contexte géopolitique et extraterritoriales, précise-t-il, le risk manager peut « bâtir des programmes d’assurance là où il identifie des risques réels avec la captive de l’entreprise ». Autre sujet de taille : l’humain. Des déplacements forcés de population au non-respect des lois et droits des salariés, en passant par la fraude. Alain Ronot, vice-président et trésorier de l’Amrae, directeur des risques et des assurances du groupe Capgemini, sur ce point, alors que le visage de Julia Roberts dans Erin Brockovich était projeté sur grand écran : « Sans travail commun entre les ressources humaines (RH), le risk manager et le directeur des affaires financières, pas de gestion du risque sur le capital humain ». Une fois cette gouvernance en place, la prévention est possible, et permet de réduire les pertes d’exploitation. Enfin, « si les mesures ont été prises, le transfert à l’assurance et la réassurance de nombreux risques est envisageable. Cela nécesite de monter des dossiers en cassant les silos. Intégrer le capital humain dans la captive est une alternative sur un socle mondial ». Enfin, le risque cyber est « moins un sujet de technologie que de travail, a estimé le cofondateur d’Acuteis, surtout avec l’usage de l’intelligence artificielle ». Terminator 2, le jugement dernier ? Là aussi le risk manager doit travailler avec les ressources humaines pour identifier les risques inassurables et les traduire en scénarios financiers. « Il faut revenir aux basiques de la gestion du risque et respecter la valeur travail », a conclu Philippe Tastevin. L’humain reste un actif pour l’entreprise. « S’adapter au changement climatique nécessite de croiser de nombreuses expertises. » « Le risk manager peut bâtir des programmes d’assurance avec la captive de l’entreprise. » « Le risque cyber est moins un sujet de technologie que de travail, surtout avec l’usage de l’IA. » « Sans travail commun entre les RH, le risk manager et le DAF, pas de gestion du risque sur le capital humain. » MARIE PETTENATI Responsable résilience climatique du groupe Antea. FRANÇOIS DELTEIL Co-responsable structured solutions & political risks d’AU Group. PHILIPPE TASTEVIN Pdg et cofondateur d'Acuteis. ALAIN RONOT Vice-président et trésorier de l’Amrae, directeur des risques et des assurances de Capgemini. N°48 I PRINTEMPS 2026 Tout comme le risk management, la prospective sert à naviguer dans l’incertitude. En intégrant une vision à long terme, elle permet d’anticiper les tendances, les ruptures et d’éclairer des décisions pertinentes dans un environnement complexe. Une session de formation était organisée en préambule de l’ouverture des Rencontres. A bsurde, plausible, projeté, probable, préférable, désirable : tous les scénarios de risques sont possibles. S’y préparer vaut mieux que de réagir au moment où survient la crise. « Il faut passer de la réaction à la préparation », a insisté d’entrée de jeu Claudia del Prado Sartorus. Une approche systémique des risques que la directrice de la prospective au centre d’innovation Matrice juge indispensable pour savoir « naviguer dans la complexité et l’incertitude ». Dans une session de formation de deux heures, intitulée « Voir loin pour agir juste : initier un exercice de prospective en entreprise », cinq intervenants ont détaillé les ingrédients du futur : mégatendances, tendances émergentes, signaux faibles, ruptures et cygnes noirs, ces événements imprévisibles, statistiquement improbables qui bouleversent les équilibres politiques, économiques et militaires de la planète. Ils ont ensuite décrit comment la prospective outille le métier du risk management, nourrit les stratégies du futur. Et constitue un puissant levier de performance : les entreprises qui intègrent une démarche prospective verraient leur rentabilité augmenter de 33 %, selon une étude universitaire, Corporate Foresights and its impact on firm performance, menée sur sept ans auprès de 38 entreprises européennes. Le dernier registre des tendances à risque ou à opportunité pour les entreprises françaises, VIGIE 2040* ne dit pas autre chose. Pas une science dure Et si un tsunami touchait les côtes atlantiques en 2055, à Lisbonne ? Et si la Russie envahissait l’Europe, et les États-Unis le Groenland ? Et si des panneaux solaires en orbite alimentant la Terre étaient détruits par des débris spatiaux ? Et si, fin 2035, on assistait à la fin de l’ONU ? Autant de scénarios à plus ou moins long terme imaginés par les experts d’Axa XL que l’on retrouve dans les rapports annuels de prospective externe publiés par l’assureur. Les sujets sont variés, ils couvrent Formation La prospective en entreprise pour outiller la gestion des risques Intervenants et participants de la formation consacrée aux exercices de prospective en entreprise. Formation Prospective \ 39 ATO U T R I S K MANAGER 40 / 40 / DOSSIER L'odyssée du risque, maintenons le cap - 33 e rencontres du risk management Amrae dix grands risques pour les entreprises : l’instabilité géopolitique, le changement climatique, la cybersécurité, l’IA et le big data, les tensions sociales, les ressources naturelles, les risques macroéconomiques, énergétiques, d’instabilité financière et enfin, démographiques. « Plus de dix milliards d’habitants sur la Terre en 2083 ou dès 2065 ? La démographie se débat avec différents scénarios, ce n’est pas une science dure », a précisé Olivier Desbiey, responsable de la prospective chez Axa XL. « Pour l’ONU, le scénario se concrétise avec le Conseil de la paix lancé par Donald Trump en janvier 2026, visant à remplacer l'institution internationale ! », a-t-il illustré. Incertitude radicale Changements de régime politique, mouvements sociaux, crises migratoires… Les sujets géopolitiques se bousculent, les entreprises sont exposées au nouveau désordre international. « La géopolitique est la matière première de la prospective », a estimé Xavier Guizot, fondateur du cabinet de conseil Tirézias et créateur d’une toute nouvelle formation Géopolitique à l’Amrae. Pour l’ancien directeur des risques et des assurances du groupe Carrefour, « le commerce suit le drapeau et inversement ». Autrement dit, les instruments économiques (les taxes douanières américaines par exemple) ou les rivalités autour des infrastructures (câbles sous-marins, semi-conducteurs, attaques en mer Rouge, présence d’entreprises en Russie…) sont utilisés au service d’objectifs stratégiques et géopolitiques. « La stratégie, c’est le temps long, sauf que les entreprises sont dans la réaction permanente du fait de l’accélération des ruptures, de l’incertitude radicale, des polycrises. Les cygnes noirs se réalisent de plus en plus souvent », selon Xavier Guizot. L’entrée en guerre des États-Unis et d’Israël contre l’Iran qui allait intervenir trois semaines plus tard prouve qu’il avait raison. « L’indice d’incertitude de l’IMF, qui était stable depuis la crise des subprimes de 2008, est monté en flèche en 2024 et 2025, et cette année, le risque géoéconomique arrive en tête », a-t-il noté. RATP et ADP, deux témoignages Dans ce contexte, comment anticiper et scénariser les risques ? Par une veille stratégique pour détecter les signaux faibles, une cartographie des risques, la construction de scénarios, l’action, la préparation. Pour illustrer les techniques de prospective en entreprise, deux risk managers ont décrit les techniques déployées dans leurs entreprises, basées sur des scénarios alternatifs et une analyse systémique des risques. Au groupe Aéroports de Paris (ADP), la gestion des risques et la prospective sont réunies au sein du même département, avec une approche centrée sur la résilience des infrastructures et la résilience financière. « On teste et on fait tourner notre business model en fonction de différents scénarios : vieillissement de la population, donc des voyageurs, préoccupations environnementales (rapport des « La prospective, c’est prendre des décisions pertinentes pour demain mais dès aujourd’hui. » « Les terrasses éphémères, le développement du télétravail, conséquences de la pandémie de Covid : qui l’aurait imaginé ? » « La RATP est au tout début de sa démarche prospective, très orientée sur les risques opérationnels. » « La géopolitique est la matière première de la prospective. » CLAUDIA DEL PRADO SARTORIUS Directrice de la prospective au centre d’innovation Matrice. OLIVIER DESBIEY Responsable de la prospective chez Axa XL. AURÉLIE COATANHAY Responsable risques, contrôle et assurances du groupe RATP. XAVIER GUIZOT Fondateur du cabinet de conseil Tirézias. N°48 I PRINTEMPS 2026 voyageurs au transport aérien), modélisation des scénarios géopolitiques du ministère des Armées (à court, moyen et long terme), et leurs incidences financières » a décrit Santiago Bosio, responsable de la gestion des risques et de la prospective d’ADP. « La RATP est au tout début de sa démarche prospective, très orientée sur les risques opérationnels », a prévenu de son côté Aurélie Coatanhay, responsable risques, contrôle et assurances de l’opérateur de transport public. Dans un contexte d’ouverture à la concurrence des transports franciliens et de multiplication des risques géopolitiques (le groupe RATP est aussi présent à l’international), « nous nous projetons aujourd’hui sur des horizons plus lointains ». Fin 2025, l’entreprise a bâti sa vision prospective des risques à horizon 2040 avec trois macroscénarios : les futurs possibles de la mobilité urbaine, les nouveaux risques et leurs facteurs de changement. Un groupe de travail a été lancé en février avec l’élaboration d’une première cartographie des risques et des opportunités. Un point d’étape devant le Comex est prévu fin 2026. La prospective n’est pas de la divination, mais il est indispensable de s’outiller pour des scénarios du futur, ont défendu les intervenants. « Le futur peut être plus désirable que le présent. Le plus grand risque finalement, c’est le manque d’imagination ! », a conclu Xavier Guizot d’Axa XL. La formation sur les exercices de prospective en entreprise a été très suivie. « On fait tourner notre business model en fonction de différents scénarios : vieillissement de la population , préoccupations environnementales, modélisation géopolitique. » SANTIAGO BOSIO Responsable de la gestion des risques et de la prospective du groupe ADP. * L’édition 4.0 de VIGIE 2040 publiée en 2025 est un registre des tendances émergentes. Elle est animée par Arengi en partenariat avec l'Ifaci, l'Amrae, le CDSE et Diot-Siaci. Formation Prospective \ 41 ATO U T R I S K MANAGER 42 / 42 / DOSSIER L'odyssée du risque, maintenons le cap - 33 e rencontres du risk management Amrae Dans un monde fragmenté par les conflits, la dette et la défiance politique, la France fait face à une perte d’influence et à une vulnérabilité croissante. La première table ronde des Rencontres avait pour objectif d’y voir plus clair sur la place de notre pays au sein d’une Europe secouée par les rivalités et les dépendances stratégiques. Et de proposer un cap commun pour l’avenir. Géopolitique État du monde, la France fragilisée, quelle souveraineté pour l’Europe ? et sécurité économique à l’Institut Jacques Delors, a saisi la perche tendue par Rémi Godeau, rédacteur en chef de l’Opinion, pour définir ce qu’on entend par souveraineté : « La souveraineté, c’est avant tout ce qui nous protège de la coercition économique, or l’usage de cette dernière est aujourd’hui décomplexé. Il ne faut pas se draper dans la nostalgie de la souveraineté d’hier, car la situation actuelle n’est pas une parenthèse, elle est devenue structurelle ». Pour F rançois Beaume l’avait résumé dans son discours d’ouverture, « La France se trouve en première ligne des vulnérabilités liées aux chocs géopolitiques. La prise de conscience existe, mais l’investissement reste insuffisant, au moment même où la question de la souveraineté européenne devient centrale ». Parfaitement alignée avec cette vision des choses, Elvire Fabry, directrice du programme commerce De g. à droite : le général Pierre de Villiers, Tara Varma (German Marshall Fund of the United States), Octave Klaba (OVHcloud) Elvire Fabry (Institut Jacques Delors) et Rémi Godeau, journaliste qui animait la table ronde ronde consacrée à la situation géopolitique et aux enjeux de souveraineté. N°48 I PRINTEMPS 2026 cette spécialiste de la sécurité économique, « le risque d’une fragmentation de l’Union européenne est bien présent. Sa déconstruction est même au centre des ambitions de Donald Trump. Le ‘derisking’ n’est pas progressif, nous sommes dans une situation d’urgence qui appelle de la coordination ». En finir avec la nostalgie du passé Les nouvelles technologies sont au cœur du nouvel échiquier des forces. « Aujourd’hui, il faut distinguer souveraineté numérique et souveraineté des données. Utiliser un logiciel américain et l’opérer en Europe, en sauvegardant ses données, n’est plus satisfaisant. L’Europe doit se doter d’une souveraineté technologique pour développer le hardware et ses propres logiciels, afin de regagner sa souveraineté opérationnelle. C’est ce que nous contribuons à faire avec nos solutions » a expliqué Octave Klaba, fondateur et pdg d’OVHcloud. Au sein de son groupe de réflexion non- partisan, Tara Varma estime pour sa part que les souverainetés nationales ne s’opposent pas à la souveraineté européenne, « elles se cumulent et se renforcent ». La directrice de la prévision stratégique du German Marshall Fund of the United States ne peut que déplorer que la relation transatlantique née il y a 80 ans soit « mise à mal », mais elle ne veut se laisser aller à la nostalgie. Et exhorte à regarder vers l’avenir : « Il faudrait arrêter de reporter toujours la responsabilité sur l’Europe. Car l’Europe, c’est nous ! » ELVIRE FABRY Directrice du programme commerce et sécurité économique à l’Institut Jacques Delors. « Arrêtons de saupoudrer les investissements pays par pays, entreprise par entreprise. La solution viendra par la masse critique et la constitution de géants européens du numérique. » OCTAVE KLABA Fondateur et pdg d’OVHcloud. « Il y a beaucoup d’intelligence et de richesse en Europe, mais elles ne sont pas mises au service de l’investissement productif » PHILIPPE DELPECH Président et CEO de Sonepar Prenant la suite de la plénière consacrée à la perte d’influence de la France et de l’Europe sur l’échiquier mondial, Philippe Delpech a apporté un contre-exemple tout opportun sur la scène du Centre International de Deauville. Bien que quasi inconnu du grand public, son groupe, Sonepar, est leader mondial de la distribution b to b de matériels et solutions électriques. Loin devant le numéro deux du marché, un Américain, qu’il talonne sur son propre territoire en facturant localement près de seize milliards de dollars par an. « Nous sommes leader dans trente pays du monde, mais nous avons su rester un groupe familial, non coté en Bourse. Avec 46 000 employés et 2 400 sites, nous affichons un chiffre d’affaires de 33,6 milliards d’euros en 2025 », a expliqué le dirigeant. Un bel exemple de réussite à la française, qui doit beaucoup à la progression de l’électrification dans les pays industrialisés, mais pas uniquement. « Notre stratégie repose beaucoup sur la croissance externe et le rachat de nos concurrents. Au départ très décentralisé, nous nous efforçons de bâtir un groupe exemplaire en matière de gouvernance, de conformité, mais aussi de gestion de risques ». Alors que les États-Unis représentent 70 % des profits de l’entreprise, le risque géopolitique est surveillé de très près par Sonepar. Il a logiquement pris une place croissante ces dernières années sur sa cartographie des risques. « On est vigilant, on s’adapte, mais pour l’instant, on n’a pas été trop impactés par les décisions de l’administration américaine ». En revanche, la situation du Vieux Continent le préoccupe : « L’Europe est devenu un risque. Je suis inquiet, car je sens un décrochement et je ne vois pas de ressort pour un rebond. Il y a beaucoup d’intelligence et de richesse, mais elles ne sont pas mises au service de l’investissement productif », a-t-il estimé, faisant écho aux propos d’Octave Klaba (OVHcloud), lors de la table ronde sur la souveraineté. Message aux risk managers : « Vous ne donnez pas des médicaments mais des vitamines. Contribuez à travailler avec les assureurs et à éduquer les employés sur la gestion des risques, vous contribuerez à notre souveraineté ». État du monde \ 43 ATO U T R I S K MANAGER 44 / 44 / DOSSIER L'odyssée du risque, maintenons le cap - 33 e rencontres du risk management Amrae « Ensemble, à 27, on est plus forts que seul. Donald Trump est plus conscient que nous de cette force, c’est pourquoi il cherche à nous déstabiliser ». Le général Pierre de Villiers, ancien chef d’état-major des armées (lire aussi page 98), a ensuite donné sa vision des choses : « À l’intérieur d’un territoire, la souveraineté s’apparente à l’unité nationale. Or en France, nous avons de nombreuses fractures (territoriales, sociales, intergénérationnelles) et des défis de taille (le narcotrafic, la délinquance, le terrorisme islamiste radical) ». Quant à la souveraineté extérieure, elle repose à la fois sur la dissuasion nucléaire, « dont la France maîtrise toute la chaîne à 100 % » et sur les forces conventionnelles « où notre souveraineté est entamée. Nous avons trop taillé dans nos armées : diriger, ce n’est pas gérer, c’est anticiper », a-t-il martelé. Une conviction qui l’avait amené à démissionner de son poste en 2017. Regrettant que la force du droit ait été dépassée par le droit de la force, l’ex- chef d’état-major pointe la situation inédite d’une Europe « abandonnée par le parapluie américain dans le cadre de l’Otan ». Et Tara Varma de rajouter : « Non seulement on ne peut plus compter sur les États-Unis, mais ils affirment leur volonté d’ingérence et de vassalisation idéologique en Europe, en se rapprochant notamment des partis d’extrême droite ». Bâtir des géants européens Après un tel état des lieux, « peut-on encore être optimiste ? », interroge Rémi Godeau. « On n’a pas le choix ! répond Elvire Fabry. Nous devons à la fois nous réarmer et organiser un hub d’innovation en Europe, portés par des investissements massifs. » Et de saluer la signature récente d’un accord avec l’Inde pour diversifier à la fois nos sources d’approvisionnement et nos débouchés commerciaux. « Le grand marché européen est notre principal atout, même si nous devons encore œuvrer à son harmonisation et à la réduction des barrières pour les biens et services. Les rapports de Mario Draghi et d’Enrico Letta nous donnent tout l’agenda des mesures à prendre, mais il nous manque encore la gouvernance de sécurité économique qui permettra la coordination des investissements ». Beaucoup à faire donc, en peu de temps. Une stratégie commune d’innovation est également appelée de ses vœux par Octave Klaba. « On le sait, toute l’économie européenne ne peut plus fonctionner sans cloud, mais dans leur grande majorité, les entreprises de stockage et de gestion des données sont extra-européennes, hors de notre contrôle ». Aux yeux du patron d’OVHcloud, la voie à suivre est claire : « L’Europe ne doit plus subir la technologie, mais la fabriquer. Elle a largement les moyens de le faire. Avec cinq milliards d’euros d’investissements, on pourrait avoir plusieurs acteurs indépendants souverains, qui seraient de vraies alternatives européennes aux géants américains. Arrêtons de saupoudrer les investissements pays par pays, entreprise par entreprise. La solution viendra par la masse critique et la constitution de géants européens », a-t-il scandé. « Peut-on encore être optimiste ? » RÉMI GODEAU Rédacteur en chef de l’Opinion . « La période actuelle nécessite d’appréhender mieux les risques. La surprise qu’on impose n’est pas celle que l’on subit. » GÉNÉRAL PIERRE DE VILLIERS Ancien chef d’état-major des armées. « Les souverainetés nationales ne s’opposent pas à la souveraineté européenne, elles se cumulent et se renforcent. » TARA VARMA Directrice de la prévision stratégique du German Marshall Fund of the United States. N°48 I PRINTEMPS 2026 Coopérer pour ne plus être divisés De la même façon que sur le plan technologique et numérique, cette coordination doit aussi prendre forme sur le plan militaire. « Les pays divisés sont moins forts que ceux qui coopèrent, on le sait. Et pourtant, nous sommes à ce jour incapables de construire un char, une frégate, un avion, ni même des drones en commun. » Pour donner cet élan majeur sur le Vieux Continent, il estime que la France « a un rôle majeur à jouer car sa base industrielle et technologique de défense est la première en Europe ». Alors, quel est le problème ? Notre incapacité à décider ? « Il faudrait arrêter de reporter toujours la responsabilité sur l’Europe. Car l’Europe, c’est nous, s’est exclamée Elvire Fabry. Le problème vient d’abord du Conseil européen, donc de nos chefs d’État et de gouvernement. Les rapports s’empilent, les sommets s’enchaînent... Mais ce n’est pas à la Commission européenne de leur imposer la direction à prendre, c’est à eux, et eux seuls d’en décider ». Et de lancer devant l’auditoire : « Soyons solidaires, faisons vivre notre identité européenne, car nous sommes à un stade critique de notre avenir ». Le mot de la fin est revenu à Pierre de Villiers : « De tout temps, les forts ont attaqué les faibles. Et nous devenons aujourd’hui les faibles du monde, car nous avons été myopes et somnambules pendant des décennies. Il est temps de se réveiller ! ». « Les entreprises doivent veiller à leur utilité » ISABELLE KOCHER DE LEYRITZ Présidente et cofondatrice de Blunomy « Face à la multiplication des événements qui se chevauchent, notre devoir est de détecter dans ce magma des arêtes vives directionnelles, des tendances structurelles émergentes », a lancé Isabelle Kocher de Leyritz. Première femme à diriger un groupe du CAC 40, elle sait de quoi elle parle. Durant son mandat, entre 2016 et 2020, Engie a combiné transition énergétique et croissance, atteignant une rentabilité de 50 % tout en réduisant ses émissions de CO 2 de 50 %. Aujourd’hui à la tête de Blunomy, Isabelle Kocher propose aux managers des outils de navigation pour accélérer la transition vers des modèles économiques décarbonés, circulaires et inclusifs. « Je viens du monde de l’énergie, qui a été confronté à un besoin de transition quinze ans avant les autres secteurs industriels. Ce qui nous a sauvés, c’est de regarder le temps long. » Alors qu’Engie était devenu le leader mondial de la production d’énergie thermique (charbon, gaz), le groupe est de fait rattrapé par les problématiques d’émission de CO 2 . « On aurait pu en mourir. Mais on a pris le temps de réfléchir : notre activité est-elle « future proof » ? Quels sont les besoins ? Sur lesquels va-t-on être meilleur que les autres ? Au final, nous avons développé une stratégie forte axée sur un système appelé 3D : décarboné, décentralisé, digitalisé ». PILOTER LE PRÉSENT À PARTIR DU FUTUR C’est donc en pilotant le présent à partir du futur, qu’Engie a réussi à garder son leadership. Une vision que la présidente de Blunomy estime peu présente aujourd’hui dans les entreprises, alors même que « le devoir d’un leader est bien de s’arracher à cette attraction de l’immédiat pour regarder vers l’avenir ». Parmi les pistes essentielles, selon elle : réduire son impact carbone et favoriser la réutilisation et le recyclage, compte tenu de la rareté des matériaux et des ressources. « Désormais, les entreprises doivent veiller à leur utilité, car nous sommes dans un monde d’arbitrage. En cas de pénurie d’eau, la priorité ira aux entreprises essentielles. Idem pour l’électricité, qui sera affectée en priorité aux data centers des hôpitaux plutôt qu’à ceux des réseaux sociaux », a schématisé la dirigeante. Cette notion d’utilité relative est déjà visible. Après avoir longtemps regardé les données financières, les banques sont particulièrement attentives à la part de risque d’obsolescence dans l’activité d’une entreprise. Idem pour les assureurs. « Cette capacité à être futur proof [que l’on peut traduire étanche au futur, aux imprévus, ndlr], à pouvoir servir des besoins aigus demain et à être moins exposé à des arbitrages négatifs lorsqu’ils se produiront est une clé de la résilience ». Dans ce contexte, le métier de risk manager évolue et prend une dimension systémique : « Il devient un artisan majeur de la prospective ». Car c’est à lui qu’incombe d’évaluer la durée de vie d’un site ou d’une entité et les risques sur sa chaîne d’approvisionnement, afin d’optimiser l’allocation du capital et des dépenses. « Un métier enthousiasmant et passionnant, qui devient stratégique ». État du monde \ 45 ATO U T R I S K MANAGER 46 / 46 / DOSSIER L'odyssée du risque, maintenons le cap - 33 e rencontres du risk management Amrae Parmi les temps forts des Rencontres, la signature d’un partenariat entre la Garde nationale et l’Amrae. Objectif : favoriser les transferts de compétences entre les mondes professionnels et militaires en permettant à des salariés de s’absenter pour servir dans l’armée. L’Amrae, partenaire de la Garde nationale en compter 16 000 à l’horizon 2030 grâce à l’apport des forces du civil, étudiants, salariés, etc. « On constate une forte appétence des jeunes », a noté le général Poisbeau. 1 500 conventions déjà signées Pour compléter les effectifs et accompagner les besoins, cette force de sécurité intérieure signe de plus en plus de conventions avec les entreprises (+ 10 % chaque année), afin de favoriser l'engagement des réservistes civils. Ces partenariats avec le monde de l’entreprise permettent H ybrider et créer une synergie entre les mondes de l’entreprise et des forces d’armée pour renforcer les compétences en cas de besoin : c’est l’objectif du partenariat signé le 5 février par le général François-Xavier Poisbeau, secrétaire général de la Garde nationale et François Beaume, président de l’Amrae, lors des Rencontres du risk management. Créée à l’automne 2016 en réponse aux attentats terroristes qui ont frappé la France en 2015, la Garde nationale rassemble à ce jour 100 000 réservistes opérationnels des ministères des Armées et de l’Intérieur. Ils ont de 17 à 72 ans et consacrent une partie de leur temps à l'armée et aux forces de police et de gendarmerie. Objectif, De g. à droite : François-Xavier Poisbeau, secrétaire général de la Garde nationale et François Beaume, président de l’Amrae, ont signé un partenariat entre leurs deux organisations lors des 33 e Rencontres du risk management, à Deauville. N°48 I PRINTEMPS 2026 à des salariés de s’absenter pour servir comme réserviste. Côté employeurs, c’est un enjeu d’attractivité, de responsabilité sociale mais aussi de transfert de compétences entre les mondes professionnel et militaire. Environ 1 500 conventions ont été signées avec la Garde nationale depuis sa création il y a dix ans. « Près de 60 % le sont avec des partenaires privés », a précisé le général François-Xavier Poisbeau, citant des sociétés du CAC 40 (Bouygues, BNP Paribas, Carrefour, Thales, Renault, Société générale, Veolia…), « dont une octroie 40 jours à ses réservistes ». On dénombre aussi plusieurs centaines d’entreprises de taille intermédiaire et de PME. Absence rémunérée Ces conventions permettent d’augmenter le nombre de jours d’absence accordés par l’employeur, le Code du travail prévoyant dix jours par an (cinq pour les entreprises de moins de 50 salariés). Les employeurs peuvent maintenir totalement ou en partie la rémunération de leurs réservistes, en plus de la solde qu’ils touchent durant leurs périodes dans l’armée (entre 50 et 200 euros par jour). Ce maintien de rémunération par l’employeur donne droit à une déduction d’impôt. Les conventions prévoient aussi un délai de préavis et une clause de réactivité, afin d’assurer de la visibilité à l’employeur sur les périodes d’absence de ses salariés réservistes. « Un grand nombre d’entreprises ne savent pas qu’elles ont des pépites parmi leurs salariés », commente le général Jean-Marie Gontier, membre du conseil scientifique permanent de l’Amrae. En signant cette convention avec la Garde nationale, l’Association envoie un message auprès de ses entreprises adhérentes, fleurons de l’économie française : le soutien à la Réserve nationale fait partie de leur engagement citoyen et participe d’une démarche RSE. Et surtout, résonne avec la gestion des risques. LES CRITÈRES POUR DEVENIR RÉSERVISTE Être volontaire De nationalité française Avoir 17 ans au moins Être en règle au regard des obligations du service national Ne pas avoir été condamné soit à la perte de ses droits civiques ou à l’interdiction d’exercer un emploi public, soit à une peine criminelle, soit à la destitution ou à la perte du grade dans les conditions prévues par le code de la justice militaire Posséder l’ensemble des aptitudes requises, notamment physiques Les réservistes de la Garde nationale. Partenariat Garde nationale - Amrae \ 47 ATO U T R I S K MANAGER 48 / 48 / DOSSIER L'odyssée du risque, maintenons le cap - 33 e rencontres du risk management Amrae Se mettre en action pour combattre l’anxiété ? C’est la maxime du philosophe Charles Pépin qui participait aux Rencontres du risk management. Deux jeunes entrepreneurs sociaux n’ont pas attendu pour le faire : Niels de Fraguier, secrétaire général du Conseil des générations futures et Salomé Berlioux, directrice de Rura. Avec Séverine Salgado, dirigeante de la Mutualité française, ils étaient les invités de la table ronde consacrée à l’anxiété des jeunes. Jeunesse De l’anxiété à l’action : les jeunes au cœur de la résilience ? Marcher en forêt avec Descartes Il n’y a qu’à marcher en forêt avec Descartes… conseille celui qui anime par ailleurs des podcasts de philosophie sur France Inter. À l’époque où le père de la méthode cartésienne a écrit le Discours de la méthode (1637), les forêts étaient en effet pour une grande part des zones de non droit : s’y égarer, c’était s’exposer à des risques démesurés. Sauf qu’avec une connaissance des sciences de la nature (la mousse des arbres qui poussent au Nord, le manche de la casserole de la Grande Ourse etc.), « on peut décider d’une direction, s’y tenir et lever l’angoisse. La fermeté de la décision est importante, a insisté Charles L e dernier Baromètre de la santé mentale des étudiants publié en février révèle que moins d’un étudiant sur deux se considère en bonne santé psychique. Chez les collégiens et lycéens, plusieurs indicateurs de mal-être se sont également dégradés entre 2018 et 2022. Covid, écoanxiété, crises nationales et internationales, IA… Le thème de la plénière consacrée à l’anxiété des jeunes n’a pas consisté à en décortiquer les causes, mais plutôt à réfléchir à comment y remédier, en passant à l’action. L’action, comme moteur de la résilience. Pour Charles Pépin, agrégé de philosophie et écrivain, la réflexion fait monter l’angoisse, l’action y remédie. « La vérité de la vie, c’est le mouvement », a lancé l’auteur de Trouver la force, son dernier essai paru en octobre aux éditions Allary (lire page 102). De g. à droite : Séverine Salgado, directrice générale de la Mutualité française, Charles Pépin, philosophe, Salomé Berlioux, directrice générale de Rura, Niels de Fraguier, secrétaire général du Conseil des générations futures, et Rémi Godeau, journaliste de l'Opinion. N°48 I PRINTEMPS 2026 Pépin. Même si elle rencontre des obstacles, même si on se plante, l’action est énergie ». À l’image du colibri de Pierre Rabhi, figure de l’agroécologie et défenseur inlassable de la nature. Le colibri est minuscule, mais il fait sa part, une armée de colibris peut changer le monde, illustre le philosophe. Même chose pour combattre l’anxiété : « À partir du moment où les jeunes se mettent en action, ça va mieux : il faut reconfigurer le réel pour faire revenir l’espoir », a poursuivi Charles Pépin. Sortir du fatalisme L’espoir, Séverine Salgado, directrice générale de la Mutualité française, veut en apporter à cette jeunesse « soumise à des pressions multiples : isolement, exclusion, climat, mobilité. Les mutuelles ne peuvent pas rester spectatrices », a-t-elle affirmé. En septembre 2025, une enquête alarmante réalisée par la Mutualité française, l'Institut Montaigne et l'Institut Terram révélait qu’un quart des 16-29 ans en Île-de-France souffrait de dépression. En 2024, une autre étude menée auprès d’un millier de jeunes les interrogeait sur leur définition de la solidarité et les leviers de l’engagement. Résultat : « S’ils participent moins que leurs aînés à la vie institutionnelle, ils n’ont pas renoncé à s’engager. Il n’y a pas de fatalisme », a illustré Séverine Salgado. Pour exemple, l’association Astrée, créée par des jeunes, pour des jeunes, avec pour objectif de détecter le mal-être en milieu scolaire. Des « bienveilleurs » accompagnent ensuite les élèves. Ou bien Graines Populaires, l’association qui travaille à une réappropriation populaire de l’écologie et à politiser le sujet : ramassage des déchets sur les plages (l’effet colibri encore), ateliers bombes à graines pour végétaliser l’espace urbain, projets citoyens avec des jeunes dans les quartiers, etc. Assignés géographiques Selon Niels de Fraguier, secrétaire général du Conseil des générations futures (lire l’encadré page suivante), la moitié des jeunes s’informe avec les réseaux sociaux ou avec l’IA. « Amplifiés, déformés, non décryptés, les problèmes sont trop gros. En réaction, les jeunes sont soit dans le déni et s’accrochent aux dernières branches de l’existence, soit dans l’action et ils sont alors dans la réinvention du monde ». Salomé Berlioux, directrice générale de Rura (ex-Chemins d’avenirs), travaille avec les « assignés géographiques » : ces jeunes ruraux (un tiers des jeunes en France) qui, parce qu’ils ont grandi et habitent en zone rurale, peuvent très difficilement suivre des études dans les villes et métropoles (qui concentrent plus de 80 % des vœux sur Parcoursup). Les internats proposent peu de places, se loger coûte cher. La diversité territoriale est une grande oubliée, constate Salomé Berlioux. « Avec un budget transport moyen de 528 euros par mois pour un jeune rural, contre 307 euros pour un jeune urbain, c’est très coûteux d’aller suivre ses études à la ville ou même de se rendre à des entretiens d’embauche ». « Faites confiance aux jeunes, mais surtout, mettez-les en confiance. » CHARLES PÉPIN Philosophe; écrivain et animateur de podcasts de philosophie sur France Inter. « La jeunesse est soumise à des pressions multiples : isolement, exclusion, climat, mobilité. Les mutuelles ne peuvent pas rester spectatrices. » SÉVERINE SALGADO Directrice générale de la Mutualité française. « Il ne faut pas croire que les jeunes ont des ressources internes de résilience. La force, elle est politique, elle est entre nous, pas en nous. » SALOMÉ BERLIOUX Directrice générale de Rura (ex-Chemins d’avenirs). « La moitié des jeunes s’informe avec les réseaux sociaux ou avec l’IA. En réaction, ils sont soit dans le déni, soit se tournent vers l’action et ils sont alors dans la réinvention du monde. » NIELS DE FRAGUIER Secrétaire général et porte-parole du Conseil des générations futures. Anxiété des jeunes et résilience \ 49 ATO U T R I S K MANAGER 50 / 50 / DOSSIER L'odyssée du risque, maintenons le cap - 33 e rencontres du risk management Amrae identifiant les déterminants qui empêchent, en faisant de l’accompagnement personnalisé pour proposer à un jeune d’activer de la résilience individuelle. Car seul, il ne peut pas trouver en lui ces ressources », a répondu la dirigeante de la Mutualité française. Et puis, les mutuelles sont aussi des employeurs : « Comme dans toutes les entreprises, on doit s’interroger sur la manière de les accueillir, avec leurs spécificités. Traiter les conflits intergénérationnels en recréant un système de transmission circulaire entre jeunes et seniors », a ajouté la dirigeante de l’acteur français de la protection sociale. Mais pour travailler avec les jeunes, il faut d’abord travailler avec les moins jeunes. « Faites confiance aux jeunes, mais surtout, mettez-les en confiance, a conclu Charles Pépin. Pour l'ancien enseignant dans un prestigieux lycée parisien, « transmettre la connaissance constitue 50 % de mon travail. Donner la confiance, la liberté, aider à se saisir de la créativité, l’autre moitié ». Bouge ton coq ! Psychologiquement aussi, quand l’entretien se déroule en anglais et qu’on le pratique moins à la campagne qu’à la ville. « Ils entendent : Bougez-vous ! Agissez ! Engagez-vous ! Avec quels moyens ? », a-t-elle interrogé. Aux déterminismes sociaux s’ajoutent les déterminismes géographiques. Et de genre, les filles étant plus « empêchées » par cette assignation géographique que les garçons, selon Salomé Berlioux. Alors, Rura lance le mot d’ordre « Bouge ton coq ! » Une réponse au ressentiment rural qui nourrit la montée des extrémismes, dit la jeune femme. « Chercher la diversité des profils, c’est profitable pour l’entreprise. Il y a un coût d’entrée, mais elles doivent parier sur eux, ils sont capables de souffler du vent dans leurs voiles », a-t-elle poursuivi. « La solution est politique » « La résilience, ce n’est pas encaisser [les coups] , c’est recommencer », a rebondi Charles Pépin. Mais les jeunes ont beau être résilients, ceux qui vivent à la campagne n’ont pas la possibilité d’accéder aux expositions, au cinéma, à la fac, et autres avantages urbains, a voulu lui répondre la fondatrice de Rura, qui défend l’idée d’une résilience collective. « Il ne faut pas croire que les jeunes ont des ressources internes de résilience. La force, elle est politique, elle est entre nous, pas en nous ! ». « Par l’action des organismes mutualistes ? » a interrogé Rémi Godeau, le journaliste de l'Opinion qui animait, la table ronde. Une question qui sonnait doux aux oreilles de Séverine Salgado : « Oui, en protégeant les individus de façon proactive, en NIELS DE FRAGUIER, secrétaire général et porte-parole du Conseil des générations futures Engagé dans les questions de développement durable depuis plus de dix ans, avec un parcours marqué par l'innovation sociale et l'impact communautaire. Niels de Fraguier a notamment cofondé l'écosystème Positive, qui rassemble plus de 200 entreprises, et coécrit The Regenerative Enterprise. À 30 ans, il est secrétaire général et porte-parole du Conseil des générations futures. Créée en avril 2025 par Veolia, il s’agit d’une plateforme de dialogue entre 15 jeunes collaborateurs internationaux du groupe (ils ont entre 20 et 30 ans), 15 autres jeunes talents externes, et la directrice générale Estelle Brachlianoff. Pour accélérer sur la transition écologique, l’idée est d’offrir des points de vue qui reflètent les préoccupations des jeunes générations, selon l’endroit où elles vivent. « Le Conseil des générations futures travaille à convertir les défis actuels et futurs en opportunités favorisant la transformation écologique », explique Niels de Fraguier. Cocréer, agir collégialement pour la société de demain. Pour lui, « nous sommes aujourd'hui à l'intersection de crises convergentes qui nous offrent l'opportunité unique de réinventer notre manière de créer de la valeur » . Premier thème retenu au lancement du projet : « Comment créer l'industrie du futur ? Comment examiner les risques, les opportunités, mais aussi favoriser une culture de l'échec et de l'essai pour réussir à créer des solutions adaptées au futur ? ». À l'issue de la table ronde consacrée aux jeunes, François Beaume a présenté le dernier opus des Méditations sur le risque, Démographie, et demain ?, édité en partenariat avec Philosophie Magazine. N°48 I PRINTEMPS 2026 Au dernier jour des Rencontres, la table ronde consacrée aux marchés émergents a tenu ses promesses. Frappés par les nouveaux risques mondiaux, ces marchés demeurent soumis à la question de l’assurance, alors même que leurs économies sont en pleine transformation, notamment numérique. Marchés émergents Croissance, résilience et partenariats P our planter le décor, Cécile Desjardins, rédactrice en chef adjointe de l’Opinion, a choisi d’interpeller les intervenants sur la notion de sous-assurance (“protection gap”). Cet écart entre les risques réels et le niveau de leur couverture est désormais intégré dans le vocabulaire courant de l’assurance. Mais derrière ce terme, se cache une réalité pour les marchés émergents car ils restent structurellement sous-assurés. Si la transformation énergétique et numérique rappelée par le directeur général d’Africa Re, Corneille Karekezi, est un moteur de croissance pour ces marchés dans les années à venir, peut-elle changer la donne ? La problématique porte d’abord sur la maturité assurantielle. « Le faible niveau de pénétration de l’assurance n’est pas un problème de prix pour les entreprises. C’est un problème de conscience du risque », a estimé Franck Baron, président de la fédération internationale des associations du management des risques et des assurances (Ifrima). Et de citer le Japon : « Troisième économie mondiale, pays très mature… Et pourtant l’un des plus faibles taux de couverture en perte d’exploitation ». Certes, plutôt que de parler de marchés émergents, « il serait plus juste de parler de marchés de croissance, a relevé Emmanuel Clarke, directeur des solutions spécialisées mondiales d’Intact Insurance. C’est là que se trouvent les véritables opportunités. » Pourtant, les données de Swiss Re montrent que l’écart ne se réduit pas, « il s’accroît même de 3 % à 4 % par an, et le ratio entre marchés émergents et marchés avancés reste figé autour de 20/80 depuis plus de dix ans », a-t-il constaté. Des risques globaux et systémiques Or, les marchés émergents sont aujourd'hui beaucoup moins confrontés à des risques locaux qu’à des risques globaux et systémiques. Au premier rang desquels le réchauffement climatique. « Aujourd’hui, 80 % des entreprises des pays « 80 % des entreprises de pays émergents se disent touchées par l’évolution du risque climatique. » FRANCK BARON Président de l’Ifrima. « Plutôt qu’émergents, il serait plus juste de parler de marchés de croissance. C’est là que se trouvent les véritables opportunités. » EMMANUEL CLARKE Directeur GSL d’Intact Insurance. Marchés émergents \ 51 ATO U T R I S K MANAGER 52 / 52 / DOSSIER L'odyssée du risque, maintenons le cap - 33 e rencontres du risk management Amrae émergents se disent touchées par l’évolution du risque climatique », a indiqué Franck Baron. Inondations, incendies, sécheresses accroissent les périls secondaires, avec un impact visible dans les secteurs dont ils sont dépendants : l’agriculture et l’énergie. Accéléré par l’intelligence artificielle et les tensions géopolitiques, le cyber constitue le deuxième risque mondial et il englobe les marchés émergents, a-t-il estimé. Un exemple concret : une cyberattaque portant sur vingt agences gouvernementales au Costa Rica en 2022 a eu un impact estimé à 2,4 points de PIB. Conflits armés, sanctions, restrictions commerciales, instabilité réglementaire : le risque géopolitique est passé de la huitième à la première place entre 2024 et 2025, dans le classement du Forum économique mondial. Là aussi, les marchés émergents n’y échappent pas. « Dès lors, c’est la notion même de commerce international qui est remis en cause », selon Franck Baron. Les programmes d’assurance malmenés L’accumulation de ces risques, de plus en plus corrélés, a une conséquence majeure sur le modèle historique des programmes d’assurance internationaux : « Avant, on pouvait piloter tous les programmes d’assurance depuis « L’Afrique est en pleine révolution digitale : les paiements sont électroniques, les plateformes existent, la data est là. » CORNEILLE KAREKEZI Directeur général d’Africa Re. « Innovation et surtout réglementation sont des outils adaptés pour lever les barrières. » LUCY CLARKE Présidente de la division risque et courtage de WTW. De g. à droite: Lucy Clarke, présidente de la division risque et courtage de WTW, Emmanuel Clarke, directeur d'Intact Insurance Specialty Solutions, Corneille Karakezi, directeur général d’Africa Re, Franck Baron, président d'Ifrima et Cécile Desjardins, journaliste qui animait la table ronde. N°48 I PRINTEMPS 2026 un centre - Paris, Londres ou New York. Aujourd’hui, ce n’est plus possible, reconnaît Franck Baron. Nous devons revoir notre logiciel mental sur la protection des activités des entreprises. » Entre globalisation et fragmentation, le chemin est long pour transformer les risques en opportunités, que ce soit en Afrique, en Chine, en Inde ou au Brésil. « Concentrons-nous sur l'impact et les résultats, notamment en mobilisant des ressources à long terme, car la vie est courte, plaide de son côté Corneille Karekezi. Notre activité d’assurance et de réassurance peut être rentable et apporter beaucoup aux populations ». Faciliter le paiement des primes D’ailleurs, le capital n’a jamais été aussi abondant : « 800 milliards de dollars en réassurance, surtout sur le marché, en ILS [Insurance-Linked Securities] », a détaillé Emmanuel Clarke, directeur d'Intact Insurance Specialty Solutions. Mais il ne se déploie pas là où les besoins sont les plus forts : « Les investisseurs préfèrent les marchés avancés : risques mieux modélisés, données disponibles, retour perçu comme plus sûr ». Les marchés émergents cumulent quant à eux risques systémiques, données incomplètes, modélisation incertaine et faible solvabilité des populations. Concernant le problème d’accessibilité de l’assurance et de la capacité à payer les primes, des subventions ciblées (dans l’agriculture notamment), semblent plus efficaces que des aides publiques. Avec les assurances paramétriques, les solutions publiques privées, matinées d’innovations, font aussi partie des pistes à exploiter (sur ce sujet, voir aussi page 9). Ces solutions se sont illustrées dans un programme en Afrique de l’Est qu’ont décrit plusieurs assureurs et réassureurs lors de la table ronde. « La première tranche a été paramétrique. Avec des indices de pluviométrie indiscutables, une deuxième tranche de réassurance classique a été complétée par un filet de sécurité (« backstop ») de l’État pour améliorer le retour sur risque », a ainsi expliqué Emmanuel Clarke. Outre ce modèle hybride public privé, les partenariats bancaires constituent une autre voie. Corneille Karekezi a évoqué l’exemple de l’Inde : « Le gouvernement a ouvert des comptes en banque pour les populations, et l’assurance est passée par le système bancaire ». Lorsqu’il y a un système d’information et un langage communs à la banque et l’assurance, on voit que la clé réside dans les données. Fluidifier et structurer les données « Il y a un problème de data dans tous les pays, a fait remarquer Lucy Clarke, présidente risk & broking de WTW. Dans les économies développées, les données sont collectées de manière très structurée, et le travail consiste à essayer de les transformer. Dans les pays émergents, l’opportunité de les collecter correctement dès le départ, en digital, existe ». Et Franck Baron de compléter : « Plus on fluidifie la donnée, plus l’assurance est accessible, rapide, économique. Et plus les pays émergents pourront accéder à la protection ». Corneille Karekezi confirme : « L’Afrique est en pleine révolution digitale : les paiements sont électroniques, les plateformes existent, la data est là ». Le problème, c’est la confiance. L’instaurer passe par plus de protection du consommateur, plus de transparence, plus d’éducation assurantielle, « et davantage de régulation utile », a souligné Lucy Clarke. Innovation et surtout réglementation sont des outils adaptés pour lever les barrières, comme en Côte d’Ivoire ». Franck Baron a soulevé un paradoxe : « Aujourd’hui, la digitalisation est plus répandue dans les assurances pour les particuliers que dans le commerce international. Alors même que l’intelligence artificielle constitue un véritable outil pour traiter les données, beaucoup d’assureurs ne savent pas faire ». Le président de l’Ifrima prône « le partenariat, sur la base de données harmonisées et d’un langage commun ». « Nous savons ce qu’il faut faire et avec de la patience on pourra monter des partenariats », a répondu le directeur général d’Africa Re. « Le développement local, la digitalisation régionale et le soutien aux économies locales » les favoriseront, estime enfin Lucy Clarke, tandis que le directeur GSL d’Intact Insurance juge que la distribution est « le moteur de la confiance ». Économique, social, géopolitique, technologique et culturel : le « protection gap » n’est donc pas uniquement une problématique d’assurance. Table ronde consacrée aux nouveaux risques mondiaux qui frappent les marchés émergents; lesquels sont soumis à la question de l'assurance. Inondations en Afrique de l'Est. Marchés émergents \ 53 ATO U T R I S K MANAGER 54 / DOSSIER INTERVIEW CROISÉE LES LIMITES DU MARCHÉ FRANÇAIS « Y a-t-il un problème d’assurabilité en France ? », a interrogé la journaliste Cécile Desjardins. « Je ne le crois pas », a tout de suite voulu rassurer le directeur général d’Aéma. À l’appui de ses 12,1 millions de personnes assurées, Adrien Couret l’a affirmé : « En France, les citoyens n’ont pas de difficultés à trouver une assurance automobile, santé, habitation ou prévoyance ». D’ailleurs, a-t-il ajouté, « quand on compare avec les autres nations européennes, la France est le pays où l’assurance est la moins chère. Parce que le marché est bien structuré et bien mutualisé ». Tout n’est pas rose pour autant, a pointé le dirigeant du géant de l’assurance. Des problèmes demeurent « principalement la gestion des risques ». Pour Philippe Guyonnet-Dupérat, sous-directeur assurances à la direction générale du Trésor, l’objectif est de gérer « la tension entre, la mutualisation et la segmentation » . Avec comme but d’empêcher “une segmentation excessive” ou au contraire “une socialisation trop faible ». Émeutes, catastrophes naturelles, cyber : maintenir un marché fonctionnel de l’assurance est aussi un enjeu en France. Adrien Couret, directeur général d’Aéma et Philippe Guyonnet-Dupérat, sous-directeur assurances à la direction générale du Trésor, ont engagé un dialogue nourri. « Aucun mécanisme financier ne remplacera une politique efficace de prévention et de gestion de l’ordre public. » ADRIEN COURET Directeur général du groupe Aéma. « L’assurabilité consiste à se demander où est-ce que l’on maintient l’accès à l’assurance et où il y a une carence du marché. » PHILIPPE GUYONNET-DUPÉRAT Sous-directeur assurances à la Direction générale du Trésor. L'odyssée du risque, maintenons le cap - 33 e rencontres du risk management Amrae \ 55Interview \ 55 Pour lui, « l’assurabilité consiste à se demander où est-ce que l’on maintient l’accès à l’assurance et où il y a une carence du marché » ? ÉMEUTES : MUTUALISER LE RISQUE Parmi les sujets d'inquiétude pour les collectivités locales et les entreprises, les émeutes se placent au premier rang. Hausse des franchises, exclusions de garanties, explosion des primes… L’idée d’un dispositif de mutualisation entre assureurs et puissance publique s’est imposée. Après de fortes oppositions, « on a trouvé un point d’équilibre, estime Philippe Guyonnet-Dupérat. L’assureur continue à opérer sur les risques standards. Pour ceux objectivement non assurables, il y a une rétrocession vers un fonds de garantie » . Si le dispositif arrêté présente surtout l’intérêt du « recours contre l’État lorsqu’il y a défaillance de l’ordre public, avance Adrien Couret, aucun mécanisme financier ne remplacera une politique efficace de prévention et de gestion de l’ordre public. L’émeute ne tombe pas du ciel ». CLIMAT : ADAPTER LE TERRITOIRE Avec le régime Cat’Nat, « la France est très bien couverte contre les catastrophes naturelles » , a rappelé Philippe Guyonnet-Dupérat. Adrien Couret reconnaît ce constat, mais estime qu’il était « normal que les tarifs augmentent. La vraie question, c’est l’adaptation du territoire. On sait déjà où sont les zones à risque ». Les pistes sont multiples : prévention, aménagement du territoire, renforcement du Fonds Barnier, modulation des primes, signaux prix dissuasifs dans les zones à risque, évolution du cadre réglementaire. CYBER : DEUX AVANCÉES ATTENDUES Sur le cyber, le marché se structure, la couverture progresse et deux avancées réglementaires majeures sont en cours, dans le cadre de la loi Résilience et Cyber : l’allongement du délai de dépôt de plainte après une cyberattaque et l’inversion de la charge de la preuve en cas d’acte de cyber guerre. « Par défaut, il y aura couverture. Et ce sera à l’assureur de démontrer qu’il s’agit d’un acte de guerre pour exclure la garantie » , explique le représentant de la DG Trésor. « Le facteur limitant reste la cybersécurité dans les TPE-PME, rappelle Adrien Couret. Sans un minimum de protection, l’assurance ne peut pas être stable ». Enfin, sur le sujet des captives, elles ont « une vraie valeur économique et assurantielle », reconnaît Philippe Guyonnet-Dupérat, évoquant des pistes d’amélioration comme l’élargissement des risques placés ou l’ouverture du dispositif aux sociétés financières. Il a ensuite fait une proposition à l’assistance : « Venez nous expliquer vos préoccupations. Venez nous indiquer là où la réglementation bute, afin que l’on puisse faire des remontées pertinentes. Travaillons ensemble » . Un mot de la fin qui a inspiré Adrien Couret : « Nous ne sommes pas toujours d’accord, mais on voit que le dialogue est possible. Dans notre pays, il est bon de faire de l’assurance ». N°48 I PRINTEMPS 2026 ATO U T R I S K MANAGER 56 / 56 / DOSSIER L'odyssée du risque, maintenons le cap - 33 e rencontres du risk management Amrae Naviguer en solitaire sur l’Atlantique ou piloter les risques d’une organisation obéit aux mêmes lois. La table ronde de clôture des Rencontres avait pour objectif d’explorer les parallèles entre la stratégie en course au large et la stratégie d’entreprise : préparation, décision dans l’urgence, résilience et esprit collectif. Route du Rhum - Destination Guadeloupe Du grand large à l’entreprise, une même exigence : maîtriser le risque La maîtrise des risques, le meilleur gouvernail Pour Damien Séguin, qui a grandi en Guadeloupe, la Route du Rhum - Destination Guadeloupe est LA course par excellence. Cette année, il s’élancera pour sa cinquième participation. Conscient de sa chance d’avoir fait de sa passion son métier, il sait aussi que le risque est là, omniprésent. « Comme tout sport mécanique, le premier risque est un risque de casse, face à la force des vagues et du vent. Ensuite, le risque de blessure. Ma chute lors d’un Vendée Globe m’a valu une fracture cervicale et une rupture du ligament du genou. Enfin, il y a le risque de se tromper de stratégie, en fonction de la météo, de faire le mauvais choix », a-t-il expliqué. En tant que directeur de course, Francis Le Goff a bien conscience de tous les risques que courent les marins. « Il ne faut rien éluder, rien mettre sous le tapis. En cas de chute à la mer, les technologies à bord des bateaux nous en informent très vite, mais au milieu de l’océan, organiser les secours prend du temps, c’est pourquoi on fait tout pour que ça n’arrive pas. » Quant à la décision de lancer le départ ou au contraire de reporter, pour des raisons liées à la météo ou à la sécurité, c’est aussi le risque « de ne pas tenir ses promesses vis-à-vis des partenaires : c’est une responsabilité qu’il faut mesurer car elle impacte tout le monde. » Pour Julie Coutts, à terre, le principal risque concerne la sécurité de la foule de visiteurs massée dans un espace éphémère. « C’est toute une infrastructure que nous devons mettre en place pour faciliter les déplacements et gérer les mouvements de foule. Heureusement, en tant qu’événement sportif d’ampleur, nous bénéficions des moyens de l’État, notamment pour le criblage (vérification d’identité) des accrédités et des participants ». Très suivie, avec une présence médiatique forte, la course génère évidemment un risque d’image sur lequel travaillent aussi les équipes d’OC Sport Pen Duick. C ette année, l’Amrae fait partie des partenaires officiels de la Route du Rhum - Destination Guadeloupe. L’occasion pour l’Association d’inviter les organisateurs et un navigateur exceptionnel pour parler risque et anticipation. Après un petit film très évocateur sur l’ambiance de la Route du Rhum - Destination Guadeloupe, en mer et sur terre, le skipper Damien Séguin a pris la parole sur la scène de l’auditorium. « Cette course au large est mythique. C’est un homme, un bateau, un océan et une seule ligne de départ », a confié le navigateur chevronné qui a participé à de nombreuses courses au large (Solitaire du Figaro, Route du Rhum - Destination Guadeloupe, Transat Jacques Vabre, Vendée Globe). Tous les quatre ans, et pour la 13 e fois, le départ de la course sera donné à Saint-Malo, avec une arrivée une dizaine de jours plus tard (pour les meilleurs), à Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe. « Ce parcours, c’est notre ADN. Il s’inspire de la route maritime historique qui acheminait le rhum en Europe à la fin du XIX e siècle, a expliqué Julie Coutts, directrice générale d’OC Sport Pen Duick. Aujourd’hui, cette course est à la fois un défi sportif et une grande fête, qui attire près de 1,5 million de personnes à Saint-Malo. » De g. à droite : Francis Le Goff, directeur de course de la Route du Rhum - Destination Guadeloupe, Julie Coutts, directrice générale d’OC Sport Pen Duick, Damien Séguin, skipper, et Cécile Desjardins, qui animait la table ronde sur la Route du Rhum - Destination Guadeloupe, dont l’Amrae est sponsor officiel en 2026. N°48 I PRINTEMPS 2026 Le risque zéro n’existe pas Pour anticiper et prévenir au mieux le risque de casse, Damien Séguin mise sur la parfaite connaissance de son bateau en carbone, long de près de vingt mètres. « Le poids est l’ennemi de la performance, mais sur une dizaine de jours (et 80 jours pour le Vendée Globe), on est obligé d’embarquer du matériel de réparation et d’être adepte du système D, et ce même si on peut accéder à un diagnostic de panne et à une aide via le téléphone satellite ». Concernant le risque d’accident physique, chaque participant suit une formation médicale poussée. Damien Séguin reconnaît bien sûr que le risque zéro n’existe pas. Très enthousiaste à ses débuts, il a désormais conscience du risque associé qu’il faisait porter à sa femme et à ses proches. « Ce ne sont pas des sujets faciles à aborder, mais il faut en parler ». Pour Francis Le Goff, la préparation est avant tout synonyme de prévention : 90 % de son temps est dédié à l’élaboration du plan de contingence, à grand renfort de simulations. Il essaye de penser à tout mais admet laisser 5 % de place à “l’inventivité” des marins. En plus d’une cartographie précise des risques, Julie Coutts compte beaucoup sur le professionnalisme des équipes qui l’accompagnent. « Nous avons des experts de la météo, des courants, des secours… Quand le risque est segmenté, il est plus facile à gérer. Cela nous permet de désinhiber le risque, de ne plus en avoir peur. Notre feuille de route est telle que des sujets, en majorité sont traités comme des risques ordinaires. Ce qui nous permet de laisser une place à l’extraordinaire ». Le démâtage, l’exemple d’une gestion de crise Quand Cécile Desjardins, de l’Opinion, l’interroge sur sa plus grande épreuve de gestion de crise, Damien Séguin n’hésite pas une seconde : le jour où il a perdu son mât, 48 heures après le départ de la dernière Route du Rhum - Destination Guadeloupe. « Les premières 48 heures concentrent beaucoup de risques, car les 130 marins sont assez proches, la côte n’est pas loin, il y a encore pas mal de trafic maritime, des pêcheurs… On ne peut pas dormir, on est donc très fatigués. » Quand il perd son mât, Damien Séguin doit gérer l’urgence : surveiller qu’il n’y ait pas de voie d’eau, s’assurer qu’il est bien visible pour éviter le sur-accident, vérifier qu’il n’est pas blessé, puis commencer à libérer le mât et le remonter à bord pour ne pas laisser de déchet dans l’océan… « En entraînement, le dématage est un risque connu et préparé, mais passer de la théorie à la pratique est très différent. Tout dépend des conditions climatiques et de l’état de fatigue, chaque démâtage est unique, en fait. Ensuite, le débrief avec l’équipe et les organisateurs est également très important ». Heureusement, l’histoire s’est bien terminée. Sans blessure ni voie d’eau, il a pu rentrer sain et sauf. Mais a dû abandonner la course. C’est riche de cette expérience et plus motivé que jamais, qu’il s’élancera à nouveau cette année. Rendez-vous le 1 er novembre 2026 sur la ligne de départ, dans la cité malouine. « Nous avons des experts de la météo, des courants, des secours… Quand le risque est segmenté, il est plus facile à gérer. » JULIE COUTTS Directrice générale d’OC Sport Pen Duick. « En cas de chute à la mer, les technologies à bord des bateaux nous en informent très vite, mais au milieu de l’océan, organiser les secours prend du temps, donc on fait tout pour que ça n’arrive pas. » FRANCIS LE GOFF Directeur de course de la Route du Rhum - Destination Guadeloupe. « Dans notre entraînement, le démâtage est un risque connu et préparé, mais passer de la théorie à la pratique est très différent. » DAMIEN SÉGUIN Skipper et navigateur. Damien Séguin sur l'édition 2022 Route du Rhum - Destination Guadeloupe Damien Séguin est aujourd'hui Skipper Arkéa - Handicap International © Jean-Francois monier / AFP Amrae, partenaire officiel de la Route du Rhum - Destination Guadeloupe \ 57 ATO U T R I S K MANAGER 58 / 58 / DOSSIER L'odyssée du risque, maintenons le cap - 33 e rencontres du risk management Amrae Pour gérer la kyrielle de crises qui touchent les entreprises, la résilience et l’antifragilité sont des concepts pertinents que les sciences de gestion se sont appropriées, une grille de lecture qui facilite la tâche des risk managers. De la réglementation sur la résilience opérationnelle numérique du secteur financier (Dora) aux plans de continuité d’activité, les décideurs sont mieux armés face aux cyberattaques et aux risques climatiques. Résilience Résilience et antifragilité : des outils stratégiques au service du risk management De g. à droite: le général Jean-Marie Gonthier, membre du comité scientifique permanent de l’Amrae, Frédéric Merle, directeur des ventes de Polygon France. Benoit Vraie, directeur scientifique de l’Amrae, Sylvie Especier, expert sûreté auprès du Cnes. et Raphaël de Vittoris, enseignant-chercheur à l’école de management Clermont School of Business. N°48 I PRINTEMPS 2026 R ésilience, un mot-valise ? Si ce vocable a gagné ses lettres de noblesse grâce aux travaux du neuropsychiatre Boris Cyrulnik, les risk managers utilisent plutôt la définition issue des sciences de gestion. « Avant de parler de résilience, il faut parler de fragilité car il y a de nombreuses vertus à être fragile. Ce qui est fragile aime la stabilité », a rappelé Raphaël de Vittoris, enseignant-chercheur à l’école de management Clermont School of Business. « La résilience en sciences de gestion, c’est la combinaison de trois capacités : la capacité d’absorption, la capacité de renouvellement et la capacité d’appropriation avec le sacro-saint retour d’expérience ». Que se passe-t-il si la résilience n’a pas l’effet escompté, lorsque l’entreprise se croit préparée mais que rien ne se passe comme prévu ? Dans ce cas, trois effets majeurs se produisent : la procrastination, la sidération, la panique. L’occupation américaine de l’Afghanistan dans les années 90 a même donné naissance au concept militaire Vuca (volatil, incertain, complexe, ambigu, ndlr). Dans un monde Vuca, rien n’est prévisible, si bien que la stabilité n’est plus la règle. Cultiver l’antifragilité ? Les entreprises ont-elles un intérêt à cultiver l’antifragilité (1) ? Synonyme de turbulences, l’antifragilité implique la redondance et l’optionnalité. « C’est l’association du risque et de l’imprévisibilité, a surenchéri le général Jean-Marie Gontier, membre du comité scientifique permanent de l’Amrae et délégué général de la Fédération française des métiers de l’incendie (FFMI). Lorsqu’on entre dans une zone d’antifragilité, l’organisation doit être redondante et avoir une marge de sécurité. Le courant côtoie alors l’exceptionnel ». La culture du retour d’expérience permet une mise à jour « permanente » du logiciel opérationnel, sur le mode d’un système apprenant. « Après chaque intervention majeure, par exemple l’incendie de Notre-Dame de Paris, ou encore la gestion de la crise COVID-19, les procédures sont réévaluées. Cela se traduit par des modifications d’éléments de doctrine et de règlements d’emplois », a fait remarquer le militaire. « L’optionnalité vise à multiplier les moyens et les types de réponses (robots, drones, spécialités). Si le plan A échoue, le B est déjà prêt ». « Il y a de nombreuses vertus à être fragile. Ce qui est fragile aime la stabilité. » RAPHAËL DE VITTORIS Enseignant-chercheur à Clermont School Business. « L’antifragilité c’est l’association du risque et de l’imprévisibilité. » GÉNÉRAL JEAN-MARIE GONTIER Membre du comité scientifique permanent de l’Amrae et délégué général de la Fédération française des métiers de l’incendie (FFMI). « Dans les situations de crise, il faut tenir compte du principe de subsidiarité : la fonction prime sur le grade. » FRÉDÉRIC MERLE Directeur des ventes de Polygon France. « Sur la base de Kourou , tous les scénarios de crise sont anticipés, le déroulement des procédures est vérifié, les réponses sont testées. Après un lancement, le retour d’expérience à chaud et à froid est déterminant. » SYLVIE ESPECIER Expert sûreté auprès du Cnes. BENOÎT VRAIE Directeur scientifique de l’Amrae et modérateur de l’atelier consacré à l’antifragilité. Résilience \ 59 ATO U T R I S K MANAGER 60 / 60 / DOSSIER L'odyssée du risque, maintenons le cap - 33 e rencontres du risk management Amrae continuité d’activité. L’essentiel est de travailler sur la posture et le savoir être. « Dans les situations de crise, le responsable de la maintenance d’une usine peut sortir du lot. Les qualités humaines comme la pugnacité ou la débrouillardise sont toutefois difficiles à évaluer, a relevé Frédéric Merle, directeur des ventes de Polygon France, leader européen du sauvetage après sinistres. Il faut bien comprendre le jeu des acteurs et tenir compte du principe de subsidiarité : la fonction prime sur le grade ». Dora, ou la résilience numérique L’entrée en vigueur du règlement sur la résilience opérationnelle numérique dans le secteur financier (Dora) est riche Sur la base de Kourou, l’anticipation est un invariant en matière de sécurité des activités spatiales. De nombreux risques (terrorisme, espionnage industriel) et menaces (sabotages, risques sociaux) pèsent sur le Centre spatial guyanais notamment en chronologie de lancement. Un PC de sécurité et une salle de crise sont systématiquement activés avant chaque lancement. « Tous les scénarios de crise sont anticipés, le déroulement des procédures est connu et systématiquement partagé avec l’ensemble des acteurs concernés, les réponses sont régulièrement testées lors d’exercices. Un lancement se situe dans la résilience et la robustesse. Dans ce cadre, la formation et le retour d’expérience à chaud et à froid sont déterminants », a détaillé Sylvie Especier, expert sûreté auprès du Centre national d’études spatiales (Cnes) et coprésidente de la commission Intelligence économique, crises et plan de Atelier consacré à la réglementation européenne Dora. N°48 I PRINTEMPS 2026 d’enseignements. « C’est un paquet réglementaire européen assorti d’une quinzaine de textes d’application. Depuis son entrée en application le 17 janvier 2025, Dora vise à renforcer la résilience du secteur financier par rapport aux cyberattaques, incidents informatiques d’origine opérationnelle et incidents de paiement », a synthétisé Déborah Haddad, experte en risque cyber auprès de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR), en ouverture de l’atelier consacré à Dora. Ce règlement est constitué de plusieurs piliers, portant sur le reporting des incidents majeurs et la mise en place de tests de résilience. « Il s’applique à une vingtaine de catégories d’entités financières : le but est d’assurer une homogénéisation des pratiques de sécurité des systèmes d’information et de gestion des risques liés aux technologies de l'information et communication. » a précisé Deborah Haddad. Dora est une loi spéciale qui l’emporte sur la loi générale de la directive européenne NIS 2. Plus d’un an après son entrée en application, quel est l’état de la mise en œuvre du règlement ? « Le déploiement des dispositifs de gouvernance et de gestion du risque informatique est avancé dans de nombreux établissements. En matière de gestion des incidents informatiques, les dispositifs se sont largement appuyés sur les cadres existants et les retours d’expérience récents, a expliqué Nicolas Vetriak, président et fondateur du cabinet Novaminds. Deux grands chantiers subsistent : les tests de résilience et la gestion du risque de tiers ». Le rapport du Forum économique mondial (Global cybersecurity outlook 2024) indique que pour 60 des répondants, la réglementation est efficace. « C’est une vision partagée par les assureurs. Dora vise à améliorer le risque cyber transféré aux assureurs. Nous avons un réel alignement entre le marché de l’assurance et la réglementation », selon Anne-Yvonne Autia, responsable cyber du courtier Marsh. Le principal défi de Dora n’est pas la technologie, il est de déterminer qui doit prendre les décisions lorsque quelque chose ne va pas. » Le hic, c’est que la réglementation pose encore un problème de gouvernance. « Avec Dora, la résilience opérationnelle devient un sujet de pilotage au plus haut niveau, nécessitant une vision consolidée des risques, des dépendances et des trajectoires », a indiqué Nicolas Vetriak. Normée, la poursuite d’activité s’impose L’atelier consacré aux plans de continuité d’activité (PCA) a été l’occasion de rappeler qu’ils s’imposent désormais, obéissant à la norme ISO 22301 amendée en 2024 pour apporter des exigences complémentaires liées au changement climatique. Le guide méthodologique publié en 2012 par l’Amrae vient d’ailleurs de faire l’objet d’une nouvelle version mise à jour, disponible au printemps, enrichie de retours d’expérience sur les risques climatique et cyber. Pour Santiago Bosio, responsable gestion des risques et prospective du groupe Aéroports de Paris (ADP), les vulnérabilités climatiques sont une donnée clé, d’autant que l’entreprise possède vingt-six aéroports dans le monde. « En France, pendant les épisodes de fortes chaleurs, nous instaurons des systèmes de climatisation pour nos passagers, nos salariés et nos sous- traitants ». La directive sur la résilience des entités critiques ÉLODIE DUNAND Responsable prévention de Forvia et modératrice de l’atelier consacré aux plans de continuité d’activité. « Avec le projet de loi relatif à la résilience des infrastructures critiques et au renforcement de la cybersécurité, on passe d’une logique de protection des infrastructures à une logique de résilience avec une vision systémique. » SANTIAGO BOSIO Responsable gestion des risques et prospective du groupe Aéroports de Paris (ADP). « La récente cyberattaque sur Jaguar Land Rover a pénalisé la production et la livraison des véhicules pendant huit semaines. » CHRISTOPHE PELFRESNE Expert cybersécurité à la Banque de France. « Tous nos risk managers ont été formés pour comprendre le langage des experts en cybersécurité. » QUENTIN POZZOBON Risk manager au groupe RATP. Résilience \ 61 ATO U T R I S K MANAGER 62 / 62 / DOSSIER L'odyssée du risque, maintenons le cap - 33 e rencontres du risk management Amrae (Rec) adoptée en décembre 2022 impose d’ailleurs un cadre pour les services essentiels (énergie, santé, transports, eau) et les PCA. « Le projet de loi relatif à la résilience des infrastructures critiques et au renforcement de la cybersécurité doit être examiné à l’Assemblée nationale prochainement », s’est félicité Santiago Bosio. C’est un changement de paradigme car on va passer d’une logique de protection des infrastructures à une logique de résilience avec une vision systémique. » Les intrusions dans les systèmes d’information internes, inhérentes aux attaques par rançongiciels ou chiffrement de données déstabilisent l’activité. « La récente cyberattaque sur Jaguar Land Rover a pénalisé la production et la livraison des véhicules pendant huit semaines, a ainsi pointé Christophe Pelfresne, expert cybersécurité à la Banque de France. Des pertes financières à la perte d’intégrité dans les données, les impacts sont lourds. Il faut déclencher un PCA, puis gérer la communication interne et externe. » Le temps de rétablissement de l’activité normale est incertain, avec une reconstruction souvent partielle du système d’information. Prioriser les données vitales Pour se préparer à une cyberattaque, il est judicieux de prioriser les données vitales de son entreprise. « Tous nos risk managers ont été formés à la certification ISO 27005 pour comprendre le langage des experts en cybersécurité, a exposé Quentin Pozzobon, risk manager au groupe RATP. Lors des exercices annuels de simulation des crises cyber avec l’Agence nationale de sécurité des systèmes d’information, nous avons constaté que la logique classique d’analyse des risques et des PCA n’était pas mature au regard des risques de souveraineté numérique ». Les outils digitaux sont de facto sensibles aux tensions géopolitiques et en vertu du règlement général de protection des données (RGPD), la donnée est un actif digital en tant que tel. « Nos analyses de risques sont désormais passées au révélateur d’indice de souveraineté. C’est une métrique supplémentaire, a convenu Quentin Pozzobon. Le groupe RATP s’est mis en situation de PCA + avec une interruption de longue durée après les JO 2024. Nous nous sommes placés dans le cas où la ressource numérique était indisponible et le back-up également ». Les équipes de l’opérateur de transport ont ainsi joué à « ma vie sans le digital » en imaginant des solutions alternatives souveraines qui garantissent la confidentialité des données. Dont acte. « Dora s’applique à une vingtaine de catégories d’entités financières : le but est d’assurer une homogénéisation des pratiques de sécurité des systèmes d’information et de gestion des risques liés aux TIC. » DÉBORAH HADDAD Experte en risque cyber auprès de l'APCR. « Avec Dora, la résilience opérationnelle devient un sujet de pilotage au plus haut niveau, nécessitant une vision consolidée des risques, des dépendances et des trajectoires. » NICOLAS VETRIAK Président fondateur du cabinet Novaminds. « Le principal défi de Dora n’est pas la technologie, il est de déterminer qui doit prendre les décisions lorsque quelque chose ne va pas. » ANNE-YVONNE AUTIA Responsable cyber du courtier Marsh. VÉRONIQUE LULLIER Superviseur des risques ICT/BCM au sein du groupe Société Générale et modératrice de l’atelier sur le règlement européen Dora. (1) Nassim Nicholas Taleb, essayiste et spécialiste de la mesure statistique des risques, est le théoricien de l’antifragilité. Ses ouvrages principaux : Le Cygne noir, la puissance de l’imprévisible (2007) ; Antifragile : Les bienfaits du désordre (2013) N°48 I PRINTEMPS 2026 Alors que les modèles assurantiels traditionnels sont mis à rude épreuve face à l’intensification des risques climatiques, sanitaires ou cyber, l’atelier consacré à l’assurabilité des grands risques a été complété par celui sur le dispositif des captives en France, puis un troisième, consacré aux nouveaux risques induits par les bâtiments durables. Assurances Risques et assurances : se désengager ou innover ? « Dans le contexte de polycrise que nous vivons actuellement, avec des risques de plus en plus interconnectés, je veux rester optimiste en tant que risk manager mais je m’interroge parfois face à la réaction des marchés », a commencé Aurélie Sénéchal, directrice des risques et assurances du Club Med. Elle a ainsi lancé le premier atelier du parcours Assurances consacré à la soutenabilité du système assurantiel. Pour Frédéric Durot, directeur global Property & Casualty (P&C) de Diot-Siaci, rien d’étonnant à ce que les acteurs du marché évoluent en permanence entre une zone de confort et une zone d’inassurabilité, en fonction de critères financiers, organisationnels, transactionnels mais aussi selon l’appétit des réassureurs, la qualité de la prévention, la compliance et la temporalité. « Au final, la prime doit être calculable pour l’assureur mais aussi soutenable pour l’assuré. Le partenariat public privé (PPP) avec la loi de 1982 sur le risque Cat’Nat est un bel exemple de couverture d’un risque a priori inassurable », a estimé Denis Stasinski, directeur de la souscription et de l’expérience client de Zurich France. Résilience versus désengagement Le désengagement des assureurs, qu’il soit massif lors des situations de marché en tension, ou plus ponctuel sur certains secteurs ou marchés, se manifeste de façon concrète pour les entreprises. « Les impacts se ressentent directement sur leur compte de résultat, leur trésorerie et leur résilience », constate Aurélie Sénéchal. Pour s’adapter, les risk managers n’ont d’autre choix que de resserrer le dialogue avec les assureurs et de remettre en question leur position. Loïc Le Dréau, senior vice-président et directeur de la division Europe, Moyen-Orient, Afrique de FM Global, en est persuadé : une bonne compréhension des risques, grâce à des investissements dans la recherche et la science, est la base du cycle de résilience des assureurs. « L’engagement De g. à droite: Loïc Le Dréau, senior vice-président et directeur de la division EMEA de FM Global, Denis Stasinski, directeur de la souscription et de l’expérience client de Zurich, Frédéric Durot, directeur global P&C de Diot-Siaci et Ersida Ago, directrice des assurances du groupe Orano. ERSIDA AGO Directrice des assurances du groupe Orano et modératrice de l’atelier sur l’assurabilité des grands risques. Risques et assurances \ 63 ATO U T R I S K MANAGER 64 / 64 / DOSSIER L'odyssée du risque, maintenons le cap - 33 e rencontres du risk management Amrae des assureurs n’a jamais été aussi important. Il n’y a pas de fatalité, travaillons en équipe avec le courtier et le client pour trouver des solutions d’assurance, qu’elles soient classiques ou alternatives ». Le courtier estime qu’il a justement un rôle de catalyseur à jouer pour freiner le désengagement des assureurs : « Nous sommes là pour exciter l’appétit du marché, pour convaincre les porteurs de risque de se transcender, tout en gardant la rigueur et la discipline nécessaires », estime Frédéric Durot. Quant à la prévention, il ne faut pas la voir comme un coût, mais « comme un investissement rentable. Un euro de prévention investi, c’est plusieurs euros d’indemnités non versées », a rappelé Aurélie Sénéchal, adepte de la « prévention préventive ». Une position partagée par Denis Stasinski : « La prévention est un point de bascule entre désengagement et assurabilité, et elle se coconstruit à trois, le plus en amont possible ». Solutions alternatives pour réduire la dépendance à l’assurance De nombreux défis majeurs seront en ligne de mire des acteurs, s’ils ne le sont déjà : PFAss, « verdicts nucléaires » (1), litiges climatiques, responsabilité civile des produits défectueux… Comment le marché va-t-il réagir ? « À dix ans, on prédit une scission entre l’assurance par risques (dommages, construction) et l’assurance des risques naturels. D’une part, parce que la fréquence et l’intensité des aléas climatiques augmentent, mais aussi parce que les richesses augmentent, a prévenu Frédéric Durot. Cette scission est inéluctable, il faut s’y préparer en renforçant les solutions alternatives et les analyses quantitatives ». Parmi ces solutions alternatives : l’adaptation des programmes d’assurance en plaçant certains risques en stand-alone (assurance indépendante d’une couverture groupe), le recours à l’assurance paramétrique et aux cat bonds (obligations à taux variable adossées aux taux courts américains), et la réassurance étatique, via des partenariats publics privés. La belle dynamique des captives Les captives sont aussi une solution de résilience. Elles faisaient l’objet du deuxième atelier du parcours Assurances. « On constate un essor des captives dans le monde, auquel la France participe. Depuis la parution du décret en juin 2023, la dynamique est solide et se poursuit avec cinq nouveaux agréments en 2025 », a noté Brigitte Bouquot, présidente de la Fédération française des captives d’entreprise (FFCE) qui animait l’atelier. Avec 25 captives, la France se place au cinquième rang des domiciles européens, et le bilan de l’année est encourageant : « Le gouvernement a publié un rapport positif sur le système des captives à la française, loin d’une remise en cause du dispositif de provision pour résilience ». En outre, c’est dans les locaux de la FFCE que l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (APCR, le superviseur) a présenté son guide relatif aux captives : « Un symbole fort ! ». Enfin, la relocalisation de la captive de Safran est officielle, le fruit d’un « gros travail du groupe et des deux régulateurs ». « La montée des périls Cat'Nat va nécessiter à terme la création d’une ligne de business dédiée. » FRÉDÉRIC DUROT Directeur global Property & Casualty de Diot-Siaci. « La prévention est un point de bascule entre désengagement et assurabilité, et elle se coconstruit à trois, le plus en amont possible. » DENIS STASINSKI Directeur de la souscription et de l’expérience client de Zurich. « En tant que risk manager , je veux rester optimiste , mais je m’interroge parfois face à la réaction des marchés. » AURÉLIE SÉNÉCHAL Directrice des risques et assurances du Club Med. « L’engagement des assureurs n’a jamais été aussi important. Travaillons en équipe pour trouver des solutions d’assurance, qu’elles soient classiques ou alternatives. » LOÏC LE DRÉAU Senior vice-président et directeur de la division EMEA de FM Global. N°48 I PRINTEMPS 2026 Comprendre les exigences de l’ACPR Pour poursuivre le développement des captives en France, Brigitte Bouquot sait que la pédagogie est essentielle auprès des entreprises, notamment parce qu’elles sont « responsables de leur captive et ne peuvent pas se « cacher » derrière la sous-traitance ». Au cœur du réacteur, une gouvernance internalisée exigée par l’ACPR. De l’engagement donc, et du temps. Pour Rachel Guibert, directrice des assurances de Publicis Groupe, « monter notre captive a été très chronophage car l’assurance n’est pas le métier de Publicis, et il a fallu un temps d’acculturation ». François Attenoux, Directeur risques et assurances du Groupe Lucien Barrière, a également partagé son expérience : « notre conseil gestionnaire nous a aidés à bâtir notre projet, puis à l’exposer et à le défendre devant l’ACPR. Et il est resté impliqué par la suite sur la gestion de la captive et de l’actuariat. » En 2025, dossier après dossier, il a été constaté, un accroissement des exigences de l’ACPR. Désormais, il peut être demandé à l’entreprise qui crée sa captive de « mettre les fonds propres au niveau de la capacité que va souscrire la captive, nette de réassurance », au-delà donc des exigences quantitatives standards du Pilier 1 de Solvabilité II même si celles-ci s’avèrent parfois inadaptées au modèle de risque du groupe. Et l’avenir s’annonce prometteur puisqu’une récente enquête de l’Amrae a recensé près de cinquante projets de captives dans les cartographies des entreprises françaises, dont une dizaine serait d’ores et déjà dans les tuyaux. « Nous avons réussi à créer une dynamique unique, admirée en Europe, et nous en sommes fiers », s’est félicité Brigitte Bouquot. Un élève très discipliné Les captives de groupes français représentent 23 du total des captives en Europe. Avec 50 milliards d’euros, le Vieux Continent représente la deuxième place mondiale des captives après les États-Unis. Dans une récente enquête, le groupe Scor a dressé le portrait de la captive européenne : y sont majoritairement hébergés des risques dommages et RC, ainsi que les risques crédit et pertes pécuniaires, pour un montant moyen de 13 millions d’euros de primes annuelles. « Avec un ratio de solvabilité médian de 227 % en Europe et 200 % en France, les captives sont des acteurs très disciplinés », a estimé Eric Le Mercier, directeur de la souscription des solutions alternatives chez Scor. Quel est le portrait-robot du client type de la captive ? Aurélien Schwachtgen, en charge du domicile France chez Aon France, a tenté de le dresser : « Tous les secteurs d’activité sont concernés. Dans 85 % des cas, il s’agit d’une entreprise ayant un chiffre d’affaires supérieur à 1 milliard d’euros, montant qui apparaît comme un seuil. Les risques mal-aimés du marché représentent environ 10 % du portefeuille des captives ». Pour David Vigier, CCO & Head of captives strategy de HDI Global, la captive fait partie de la stratégie d’autofinancement d’une entreprise : « Sa création marque une réelle étape, car l’entreprise commence alors à réfléchir comme un assureur ». Ce type de clients représente un portefeuille stratégique pour HDI, de par la qualité du dialogue, mais aussi la durée de vie des programmes mis en place : deux fois plus longs que pour un client classique. « L’assureur fronteur est un peu l’exosquelette de la captive. Elle n’est pas seule et doit s’appuyer sur son écosystème pour grandir ». BRIGITTE BOUQUOT Présidente de la FFCE et modératrice de l’atelier sur les captives. De g. à droite: Éric Le Mercier, directeur de la souscription des solutions alternatives chez Scor, David Vigier, CCO & Head of captives strategy de HDI Global, Rachel Guibert, directrice des assurances de Publicis, Aurélien Schwachtgen, en charge du domicile France chez Aon France, François Attenioux, directeur risques et assurances du groupe Barrière et Brigitte Bouquot, présidente de la FFCE. Risques et assurances \ 65 ATO U T R I S K MANAGER 66 / 66 / DOSSIER L'odyssée du risque, maintenons le cap - 33 e rencontres du risk management Amrae En outre, la trésorerie étant centralisée et la captive très dépendante de sa maison mère, « l’ACPR exige des garanties financières de l’entreprise, afin d’éviter tout accident ou rupture de solvabilité de sa captive, à ses débuts » a expliqué la présidente de la FFCE. En guise de conclusion d’un débat où tous les participants se sont montrés soucieux de bien sécuriser les débuts d’une captive, elle a réaffirmé qu’une nouvelle métrique n’était pas nécessaire. Elle croit plutôt à la montée en compétences de la gouvernance pour faire une application solide du Pilier 2 de SII, en le combinant avec le Pilier 1 : « À chacune de trouver son chemin, son odyssée ». Assurer les constructions durables Le dernier atelier était consacré aux nouveaux risques inhérents aux bâtiments durables. Sur ce terrain, les assureurs ont du mal à accompagner le mouvement, pourtant encouragé par les réglementations successives. « Dans la construction, on entend par matériaux innovants et non traditionnels tous les matériaux hors béton, acier et verre », a résumé Eric Delage, directeur souscription risques techniques de MSIG. Une catégorie qui englobe donc à la fois les matériaux biosourcés (bois, paille, chanvre, liège, ouate de cellulose, gazon compressé, laine), géosourcés (pierre, terre cuite) et recyclés (béton bas carbone, fibres plastiques, granulats). Auxquels viennent s’ajouter les matériaux adaptatifs et intelligents (aérogels, vitrages photosensibles, béton autocicatrisant, revêtements à changement de phase). « Tous ces matériaux contribuent à un objectif commun : augmenter l’efficacité et le confort du bâti, tout en profitant de leur empreinte carbone réduite, à la fois dans leur cycle de fabrication, leur acheminement sur le chantier (sourcing proche) et leur mise en œuvre », a rappelé Raphaël Cerda, directeur construction et énergie du courtier Howden. L’incendie sur le chantier, la bête noire Comme souvent, c’est surtout la réglementation qui a poussé au développement de ces nouveaux usages. « La réglementation est au cœur de ce qu’on vit aujourd’hui. Le secteur du bâtiment représente à lui seul 40 % de la consommation des énergies et des émissions de gaz à effet de serre », a souligné Pierre Labouze, président d’Union d’Experts. Pour autant, si les nouveaux cadres législatifs successifs ont stimulé l’usage des matériaux non traditionnels, ils ont aussi engendré de nouveaux « Monter ce projet de captive a été très chronophage car l’assurance n’est pas notre cœur de métier, et il a fallu un temps d’acculturation. » RACHEL GUIBERT Directrice des assurances de Publicis Groupe. « La France est un domicile neuf et exigeant . La stabilité permettra de le pérenniser. » DAVID VIGIER CCO & Head of captives strategy de HDI Global. « Nous sommes tous un peu les parents du domicile France, et nous nous posons des questions légitimes de jeunes parents. » AURÉLIEN SCHWACHTGEN En charge du domicile France chez Aon France. « Notre conseil gestionnaire nous a aidés à bâtir notre projet, puis à l’exposer et à le défendre devant l’ACPR. » FRANÇOIS ATTENOUX Directeur risques et assurances du groupe Lucien Barrière. « Avec un ratio de solvabilité médian de 227 % en Europe, les captives sont des acteurs très disciplinés. » ERIC LE MERCIER Directeur de la souscription des solutions alternatives chez Scor. N°48 I PRINTEMPS 2026 risques. Le premier, et celui qui effraie le plus les assureurs, est le risque d’incendie. Il est prégnant en cours de chantier, qui constitue une phase critique. À ce stade, non seulement le bâtiment ne bénéficie pas encore de ses systèmes de détection incendie mais de surcroît, les films de protection en polyane utilisés sur les chantiers sont particulièrement inflammables. Pour Pierre Labouze, les points d’attention les plus marqués sont les zones de stockage, le gardiennage, la rédaction du permis de feu et les coactivités (soudage près des menuiseries, par exemple). En outre, en cas d’intervention des pompiers, les matériaux naturels une fois mouillés ne sèchent pas aussi vite, ni aussi bien, que le béton. « La survenance d’un incendie doit nous alerter : son analyse doit nous conduire à repenser notre façon de travailler. Surtout si l’on constate que les actions de prévention et de protection prévues n’ont pas été suffisantes pour limiter la propagation de l’incendie », complète Eric Delage. « Il faut faire converger le retour d’expérience et le besoin de prévention des assureurs, qui permettent de réduire le risque de sinistre, avec la réalité du terrain et les contraintes d’un chantier pour ses participants entreprises et maîtres d’œuvre. Le besoin de couverture concrète et compétitive pour le maître d’ouvrage tant en phase de construction que d’exploitation doit également faire l’objet de l’attention de tous », soulève Raphaël Cerda. Pédagogie donc, mais aussi pragmatisme, dans l’attente d’une réglementation incendie adaptée à ces nouveaux matériaux. Elle est attendue pour 2026. À nouveaux matériaux, nouveaux risques D’autres risques sont propres à ces nouveaux matériaux : le vieillissement prématuré des ouvrages (sur lequel on a encore peu d’expérience), l’humidité, l’attaque de termites ou de champignons et l’impropriété à destination (sécurité des personnes, inconfort thermique ou acoustique). Avec ces nouveaux matériaux, les risques liés à une mauvaise mise en œuvre sont sensibles. La vigilance doit être de mise sur le respect des temps de séchage et des règles d’assemblage pour éviter les ponts thermiques, le tassement d’un isolant voire un risque d’effondrement. « Encore récents, ces matériaux ne rentrent pas encore dans le cadre des techniques courantes et ne bénéficient donc pas de référentiels réglementaires ou normatifs, ce qui constitue souvent un frein pour les assureurs. Mais cela va évoluer progressivement », ont conclu les intervenants, conseillant aux risk managers d’impliquer les assureurs et leurs ingénieurs le plus en amont possible des projets, et de rechercher les retours d’expérience de tous les acteurs de la filière. « La survenance d’un incendie doit nous alerter : son analyse doit nous conduire à repenser notre façon de travailler. » ERIC DELAGE Directeur souscription risques techniques de MSIG. « Il faut faire converger le retour d’expérience et le besoin de prévention des assureurs, qui permettent de réduire le risque de sinistre, avec la réalité du terrain et les contraintes d’un chantier. » RAPHAËL CERDA Directeur construction et énergie du courtier Howden. « La réglementation est au cœur de ce qu’on vit aujourd’hui. Le secteur du bâtiment représente à lui seul 40 % de la consommation des énergies et des émissions de gaz à effet de serre. » PIERRE LABOUZE Président d’Union d’Experts. JIMMY HUYNH Chargé d’assurance et de prévention du groupe Hermès, modérateur de l’atelier sur les nouveaux risques des bâtiments durables. De g. à droite: Pierre Labouze, président d’Union d’Experts, Éric Delage, directeur souscription risques techniques de MSIG, Raphaël Cerda, directeur construction et énergie chez Howden. et Jimmy Huynh, chargé assurance et prévention chez Hermès. Risques et assurances \ 67 ATO U T R I S K MANAGER 68 / 68 / DOSSIER L'odyssée du risque, maintenons le cap - 33 e rencontres du risk management Amrae Un an après le retour au pouvoir de Donald Trump, les trois ateliers du parcours géopolitique ont notamment mis en avant les opportunités que les risques de tensions internationales et de conflits pouvaient représenter pour les entreprises. Géopolitique Le retour des empires Un outil au service des puissances Pour lui, les risques géopolitiques sont désormais « un sujet cœur » pour tous les risk managers. Il en veut pour preuve la récente déclaration de la présidente de la commission européenne, Ursula von der Leyen, qui décrit « un monde où le commerce international est un outil au service des puissances, un monde de puissances brutes qui va redéfinir l’ordre mondial ». Malheureusement, a ajouté l’associé du cabinet Kyu : « Les Européens ne sont nulle part entre les Russes, les Chinois et les Américains ». Pourtant, a ajouté Grégoire Dutertre, selon une étude menée auprès de 1 000 adhérents de l’Amrae, « les risk managers ont perçu l’importance du sujet. Pour la grande « Nous avons tous grandi dans un monde où le commerce international était un facteur de pacification. À l’exemple, notamment, de l’entrée de la Chine dans l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en 1999. Depuis 25 ans, les entreprises se sont engouffrées dans cette voie pour commercer avec tous les pays, et en particulier avec la Chine. Mais ce monde a cessé d’exister ! », a scandé Thibaud Moulin, associé du cabinet de conseil Kyu Associés, en introduction de l’atelier consacré aux « aléas géopolitiques comme amplificateurs de risques ». Chargé par Grégoire Dutertre, risk manager du groupe Sonepar et président de la commission géopolitique de l’Amrae, de brosser « un panorama de la situation géopolitique actuelle », Thibaud Moulin a voulu d’emblée « planter le décor ». Salles combles aux trois ateliers consacrés aux enjeux géopolitiques. N°48 I PRINTEMPS 2026 majorité d’entre eux, le risque géopolitique fait l’objet de discussions dans les organes de gouvernance ». Toutefois, a-t-il déploré, « il y a encore peu de moyens alloués à ce sujet ». C’est d’ailleurs pour combler cette lacune que l’Amrae lance une formation spécifique aux risques géopolitiques, dirigée par Xavier Guizot (fondateur du cabinet Tirézias et ancien responsable de la gestion des risques du groupe Carrefour). Les trois lignes de défense Les grands groupes comme Veolia et Décathlon par exemple, dont les risk managers participaient à cet atelier, n’ont pas attendu pour se prémunir contre ces nouveaux risques. Présent dans 60 pays avec ses 215 000 salariés et 44 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel, Veolia, spécialisé dans l'adduction d’eau, les services énergétiques et le traitement des déchets, est de fait particulièrement exposé aux risques géopolitiques. Pour y parer, Théophile Fresnais, un de ses risk manager, a précisé que le groupe applique « le principe des trois lignes de défense ». Pour détailler cette stratégie, il a fait l’analogie avec « un conducteur dans sa voiture qui, sur le terrain, serait la première ligne de défense. La deuxième ligne, c’est le risk manager qui édicte les règles, une manière de code de la route ». Et enfin, a-t-il poursuivi, « il y a l’audit interne, la police, le radar, qui s’assure que l’on respecte bien les règles ». Veolia a mis en place « une gouvernance spécifique, unique par rapport à tous les autres risques, avec trois directions en charge de la gestion au quotidien du risque géopolitique ». Radar géopolitique Pour une meilleure efficacité, Veolia s'appuie « sur des ressources externes » comme celles de Tac Economics, un cabinet d’analyses indépendant « spécialiste du risque pays », a indiqué Sandrine Lunven, sa dirigeante. Depuis « une dizaine d’années, la notion de risque pays « Le risque géopolitique est un méta risque. Pour les entreprises, il est essentiel et vital de mieux le modéliser. » THIBAUD MOULIN Associé du cabinet de conseil Kyu Associés. « Il faut trouver le bon équilibre entre la résilience et la performance. » SÉBASTIEN LAROUSSERIE Risk manager de Décathlon. « Le risk manager est encore plus ou moins seul pour traiter le sujet du risque géopolitique. » GRÉGOIRE DUTERTRE Risk manager de Sonepar et modérateur de l’atelier consacré aux aléas géopolitiques. « Une collaboration étroite est nécessaire avec le département de la stratégie et le département de la sûreté. » THÉOPHILE FRESNAIS Risk manager de Veolia. « C’est un sujet qui doit être pris en charge et pleinement intégré par la gouvernance de l’entreprise. » SANDRINE LUNVEN Directrice générale de Tac Economics. Géopolitique \ 69 ATO U T R I S K MANAGER 70 / 70 / DOSSIER L'odyssée du risque, maintenons le cap - 33 e rencontres du risk management Amrae intègre pleinement le risque géopolitique ». Tac Economics utilise une « approche scientifique, telles que des méthodes de statistiques avancées et des outils d’intelligence artificielle plutôt sophistiqués ». Le cabinet a ainsi mis au point « un radar géopolitique » qui propose chaque mois aux décideurs, principalement des banques et des grandes entreprises, « des analyses approfondies sur la situation géopolitique en lien avec l'actualité », a décrit Sandrine Lunven. Tac Economics s’emploie ainsi à « traduire dans des outils la grille de lecture des grands enjeux géopolitiques ». Le cabinet expert n’a pas de boule de cristal et se dit incapable de prévoir avec certitude les risques, mais à la place, il propose aux entreprises, avec ses indicateurs de « les identifier, d’alerter et de s’y préparer ». Et, si « l’analyse des risques est bien gérée, c’est un levier de performances » pour l’entreprise. Mais rien n’est gratuit, a-t-elle ajouté : « On n‘a pas rien sans rien. Là où il y a des risques, il y a des performances ». Produire du local pour le local Une prise de risques bien comprise par Décathlon. Il faut dire que le groupe présent dans 65 pays et dont les 1 400 sites de production sont installés dans 47 pays est « particulièrement exposé aux risques géopolitiques », a pointé Sébastien Larousserie, son risk manager. Le groupe a érigé « cinq grands piliers » pour se protéger, qui prônent notamment de « connaître le risque », « limiter notre dépendance à un pays ou à des fournisseurs » ou encore de faire « respecter nos exigences de compliance », a-t-il détaillé. Précisant que Décathlon a trouvé une parade pour « limiter le risque géopolitique : elle consiste à faire du local pour le local. Ainsi, 95 % de nos produits pour la Chine sont produits en Chine ». Des frontières de plus en plus difficiles à distinguer Au premier rang des risques géopolitiques figurent bien évidemment les risques de guerre. Ils ont « profondément évolué », a constaté Frédéric de Serpos, directeur des risques du groupe Casino et administrateur de l’Amrae, en introduction du deuxième atelier sur les risques géopolitiques : « Les contrats d’assurance répondent-ils aux nouvelles formes de guerre ? ». Rien n’est moins certain car « les conflits ne ressemblent plus à ceux que l’on a pu étudier dans nos livres ». Il constate que les « frontières sont de plus en plus difficiles à distinguer entre les risques de guerre, les violences politiques, les cyberattaques ou des actions de groupes non étatiques ». Toutefois, a fait savoir Anne Pélissier, professeur à la faculté de droit et de sciences politiques de Montpellier et membre du Comité scientifique permanent de l’Association, « dans le code des assurances, la première chose qui saute aux yeux, c’est que le risque de guerre est d’abord une exclusion légale de risque ! ». Deux armées face à face François Barriol, directeur France et Europe de Liberty Specialty Markets, s’est interrogé pour sa part sur « l’intention » qui a présidé à la rédaction des premières polices risques de guerre. « L’actualité illustre cette diversité des formes de confrontation susceptibles de perturber l’ensemble de nos activités, en particulier logistiques. » FRÉDÉRIC DE SERPOS Directeur des risques du groupe Casino, modérateur de l’atelier sur les nouvelles formes de guerre et administrateur de l'Amrae. « Il faudra prouver le lien de causalité entre le fait de guerre et les dommages. » ANNE PÉLISSIER Professeure à la faculté de droit et de sciences politiques de Montpellier. « Ce qui est complexe c’est d’avoir à traiter des crises avec plus de fréquence et plus d’intensité. » FRANÇOIS BARRIOL Directeur France et Europe - Terrorisme, Violences politiques et Risques spéciaux chez Liberty Specialty Markets. « L’adaptabilité permet aux marches de rester réactifs. » JAMES AMOS Head of marine d’Axa XL. « Traditionnellement, les risques de guerre s’arrêtent au déchargement. » RÉMI DJOCHGOUNIAN Marine cargo broker de Diot-Siaci. N°48 I PRINTEMPS 2026 S’il y a de nouvelles formes de guerres, les anciennes sont toujours présentes « avec deux armées face à face » comme en Ukraine. Il dit avoir privilégié « une approche assez exhaustive ». Notamment à cause « du caractère évolutif des crises ». Toutefois, a tempéré James Amos, directeur du département assurance maritime d’Axa XL, « l’exclusion ne veut pas dire absence de couverture » par les assureurs. Des extensions (de garantie) sont présentes ». Pour lui, c’est justement « cette adaptabilité qui permet au marché de rester actif ». Pragmatique, Rémi Djochgounian, courtier cargo maritime de Diot-Siaci, a estimé que le conflit en Ukraine a « entraîné une vague de centaines de résiliations de contrats ». Car les assureurs « ont eu l’obligation de quitter leurs marchés ». In fine, ces mouvements ont « aussi créé un second marché ». Toutefois, fait-il encore remarquer, « Il est préférable pour un risk manager que ces risques de guerre soient couverts par la même assurance ». Les sanctions sont-elles une nouvelle forme de guerre ? En effet, a encore ajouté Anne Pélissier, « la preuve (du dommage) sera souvent le nerf de la guerre ». Il reste, a-t-elle insisté en guise d’avertissement pour les entreprises, que tout peut être mis à mal « par les clauses sanctions qui pourront être brandies afin que l’assureur n’indemnise pas ». Et de s’interroger : « les sanctions sont-elles une nouvelle forme de guerre ? ». En ouverture du troisième atelier sur le thème de la géopolitique intitulé « Hausse des tensions et économie de guerre : des risques à mesurer et des opportunités à saisir », Loïc Leymarie, directeur risques, compliance et assurances d’Adeo et administrateur de l’Amrae, a constaté une montée des périls un peu partout dans le monde. Même « des pays qui avaient mis de côté leurs volontés belliqueuses ces dernières années reprennent des conflits armés », à l’image de la reprise des hostilités entre l’Inde et le Pakistan. Et depuis fin février, le conflit en Iran. Si vis pacem, para bellum Justement, l’un des objectifs d’Emmanuel Pitron, directeur général d’Adit Intelligence, est « de réduire l’incertitude partout dans le monde ». Pour y parvenir, Louis du Mesnil, directeur des risques de WTW, a voulu définir ce qu’on « entend par économie de guerre ». Il a pointé notamment « une incertitude sur les commandes à l’export ». Les entreprises doivent être prêtes à tout. « Si vis pacem, para bellum (Si tu veux la paix, prépare la guerre, ndlr) », a-t-il rappelé. « La géostratégie domine les rapports internationaux. Nous sommes dans l’ère du retour des empires » a confirmé le directeur général d’Adit. Arnaud Bastin, risk manager au sein du géant minier Eramet, a pour sa part souligné que « notre monde moderne repose sur les métaux, devenus des enjeux et leviers de puissance ». Il a alerté sur les « rivalités entre grandes puissances » qui auront des répercussions directes sur « l’approvisionnement en métaux ». Désormais, a assuré le risk manager, « la question pour un client n’est plus simplement : combien ça coûte ? mais, est-ce que je serai livré ? ». En résumé, a prévenu Emmanuel Pitron : « Il faut s’habituer à un état de crise permanent ! ». « L’économie de guerre suppose un changement radical d’échelle. » LOUIS DU MESNIL Directeur des risques de WTW. « La géostratégie domine les rapports internationaux. Nous sommes dans l’ère du retour des empires. » EMMANUEL PITRON Directeur général d’Adit Intelligence. « La nouvelle normalité est un état de conflit. » ARNAUD BASTIN Risk manager d’Eramet. LOÏC LEYMARIE Directeur risques, assurance, compliance d’Adeo, et modérateur de l’atelier sur les risques de l’économie de guerre et administrateur de l'Amrae. Géopolitique \ 71 ATO U T R I S K MANAGER 72 / 72 / DOSSIER L'odyssée du risque, maintenons le cap - 33 e rencontres du risk management Amrae Du perfectionnement des modèles de quantification des risques à l’exploitation des données alternatives, en passant par l’intégration des risques géopolitiques et de souveraineté, le parcours Data-Quantification illustrait combien la data devient un levier stratégique au service de la décision et de la résilience des entreprises. Data Données et risques : vers une gestion plus prédictive et souveraine de plus en plus complexes. Pour Guillaume Boisseau, chief risk officer de Renault Group, la quantification reste avant tout « un chantier continu ». Historiquement, les entreprises se sont appuyées sur des matrices de risques, premières étapes utiles pour hiérarchiser les impacts, mais ces outils « basiques » ont montré leurs limites, notamment pour les risques rares. « Plus la fréquence d’un risque est faible, plus la question de sa quantification se pose », a-t-il souligné. La clé réside alors dans une bonne définition du risque et dans une approche structurée par scénarios : « Le risque, sa caractérisation et ses scénarios sont indispensables pour lancer une quantification ». « Mesurer ce qui est mesurable et rendre mesurable ce qui ne l’est pas encore » : en ouvrant sur cette citation de Galilée l’atelier consacré à « la quantification des risques démystifiée », Nicolas Monfort, modérateur et risk manager corporate chez Safran, a posé les bases d’un enjeu devenu central pour les entreprises. Dans un environnement où « l’incertitude est désormais devenue la norme », la quantification des risques apparaît comme un levier essentiel pour anticiper et prendre les bonnes décisions. Elle permet notamment de « prioriser les actions » et d’adapter les stratégies face à des menaces Atelier sur les risques liés au traitement des données. « La quantification aide les organisations à comprendre dans quel scénario elles se trouvent, combien cela peut coûter et si elles sont préparées en termes de réactions et de résilience. » MAXIME CARTAN Cofondateur de Citalid. N°48 I PRINTEMPS 2026 Apport et limites de l’IA Une évolution qui s’inscrit dans une transformation des méthodes. Comme l’a rappelé Jérémie Viscuso, partner chez Oliver Wyman, les entreprises sont passées d’une logique fondée sur des codes couleur, à une approche probabiliste plus sophistiquée permettant d’estimer, par exemple, qu’une perte restera sous un certain seuil dans la majorité des cas. Mais il a insisté : « Il faut se dire que tous les modèles sont faux par nature, ils restent une approximation ». L’enjeu n’est ainsi pas d’atteindre une précision illusoire, mais d’obtenir une estimation fiable, « correcte directionnellement ». L’IA générative ouvre de nouvelles perspectives, « des scénarios qui ne se sont pas produits jusqu’à présent ». Mais ces modèles peuvent amener « parfois trop de nouveautés » et soulèvent un enjeu de compréhension : « La question est de savoir à quel point on peut faire confiance à l’IA, à son analyse et aux recommandations qui sont faites par le système », a-t-il prévenu. Le domaine du cyber illustre particulièrement l’intérêt de ces approches, comme l’a expliqué Maxime Cartan, cofondateur de Citalid : « La quantification aide les organisations à comprendre dans quel scénario elles se trouvent, combien cela peut coûter et si elles sont préparées en termes de réactions et de résilience ». Les modèles actuels, notamment bayésiens, combinent données et expertise pour atteindre « un niveau de certitude suffisant pour prendre la bonne décision ». Face aux scénarios inédits, les modèles quantitatifs se heurtent néanmoins à une limite structurelle, a souligné Olivier Lopez, enseignant à l’Ensae : « Tous les modèles d’IA ont tendance à être mauvais dans l’analyse des extrêmes, tout simplement parce qu’il n’y a pas suffisamment de données ». Pour pallier ces limites, il insiste sur la nécessité de croiser les approches et surtout d’intégrer les remontées qu’il peut y avoir du terrain, via le dialogue entre les différents professionnels. Dans ce contexte, « la quantification doit rester un outil au service de la décision, et non s’y substituer », a-t-il rappelé. Réaliser des prédictions du risque Après avoir exploré les méthodes et les limites de la quantification des risques, la réflexion se poursuit naturellement sur la question des données qui l’alimentent. Lors de l’atelier « Quelles incidences de l’exploitation des données alternatives sur cette quantification ? », Linda Khelid, modératrice, et risk manager de la ville de Nice et de la métropole Nice Côte d'Azur a rappelé d’entrée que ces dernières constituent avant tout « un signal externe qui n’a pas été produit à l’origine pour notre secteur, mais qui peut être utilisé comme indicateur pour éclairer une décision. Ce n’est pas une vérité absolue, mais un élément qui permet de tester et de confirmer une perception ». Ces nouvelles sources, « L’incertitude est désormais devenue la norme. » NICOLAS MONFORT Risk manager corporate chez Safran. « Plus la fréquence d’un risque est faible , plus la question de sa quantification se pose. » GUILLAUME BOISSEAU Risk officer de Renault Group. « Tous les modèles d’IA ont tendance à être mauvais dans l’analyse des extrêmes, tout simplement parce qu’il n’y a pas suffisamment de data. » OLIVIER LOPEZ Enseignant à l’Ensae. « La question est de savoir à quel point on peut faire confiance à l’IA, à son analyse et aux recommandations qui sont faites par le système. » JÉRÉMIE VISCUSO Partner chez Oliver Wyman. Data \ 73 ATO U T R I S K MANAGER 74 / 74 / DOSSIER L'odyssée du risque, maintenons le cap - 33 e rencontres du risk management Amrae issues notamment du géospatial, des capteurs IoT ou des données climatiques, permettent d’améliorer la précision et la rapidité de la quantification dans un environnement de plus en plus incertain. Raquel Rodriguez Suquet, ingénieure d'applications d'observation de la Terre au Centre national d’études spatiales (Cnes), a ainsi expliqué que les données spatiales offrent « une couverture globale » et une « pérennité » dans le temps, permettant « de mieux comprendre les sinistres ou les événements en cours » et, combinées à des modélisations, « de réaliser des prédictions du risque à court et à long terme ». Toutefois, leur exploitation nécessite de combiner plusieurs sources et d’en maîtriser les incertitudes : « Plus on dispose d’informations, plus on est en mesure de cibler précisément la problématique à traiter ». Risk manager augmenté Historiquement, la gestion des risques reposait sur des données internes et historiques, limitant la capacité d’anticipation. Désormais, « les données alternatives permettent de passer d’une logique de constatation d’un problème, d’un sinistre ou d’une dégradation, à une logique de détection précoce des aléas », a observé David Dubois, président d’HexaRisk Conseil. Leur valeur dépend toutefois de leur traitement : « L’enjeu est de savoir comment convertir ces signaux en données réellement exploitables, puisque leur finalité est d’éclairer la prise de décision », a-t-il souligné. Dans ce cadre, « débruiter une donnée » consiste à identifier et retirer les éléments perturbateurs (valeur jugée aberrante, données parasites, signaux externes mal maîtrisés…) pour « améliorer la qualité de l’analyse ». Ces données alternatives ouvrent aussi la voie à des approches innovantes comme l’assurance paramétrique. Vincent Harel, directeur général de Verlingue, a rappelé que le paramétrique repose sur des seuils de déclenchement et qu’ « il faut s’assurer que la donnée et ce qu’on va mesurer soient le reflet de la corrélation qu’on cherche à couvrir », faute de quoi l’indemnisation pourrait être déclenchée à tort ou, à l’inverse, ne pas être activée malgré un sinistre réel. David Dubois a également rappelé que ces données alternatives « n’ont pas vocation à remplacer le jugement du risk manager, mais à l’augmenter ». Leur valeur dépendra donc de « la qualité des données, de la gouvernance et de la capacité à en comprendre les limites ». Les enjeux de souveraineté Le parcours data-quantification s’est conclu avec un dernier atelier consacré à la « souveraineté numérique et économique, comment protéger nos entreprises dans un contexte de compétitivité mondiale ». Comme l’a rappelé Muriel Sobry, directrice sécurité et intelligence économique d’EDF, « la souveraineté appliquée à « Les données alternatives constituent un signal externe qui n’a pas été produit à l’origine pour notre secteur, mais qui peut être utilisé comme indicateur pour éclairer une décision. » LINDA KHELID Risk manager Ville de Nice et Métropole Nice Côte d'Azur. « Les données alternatives permettent de passer d’une logique de constatation d’un problème, d’un sinistre ou d’une dégradation, à une logique de détection précoce des aléas. » DAVID DUBOIS Président d’HexaRisk Conseil. « Les données spatiales permettent de mieux comprendre les sinistres ou les événements en cours » et, combinées à des modélisations, de réaliser des prédictions du risque. » RAQUEL RODRIGUEZ SUQUET Ingénieure d'applications d'observation de la Terre au Cnes. « Il faut s’assurer que la donnée et ce qu’on va mesurer soient le reflet de la corrélation qu’on cherche à couvrir. » VINCENT HAREL Directeur général de Verlingue. N°48 I PRINTEMPS 2026 l’entreprise renvoie avant tout à sa capacité à maîtriser localement la production des éléments stratégiques qui concourent à ses activités ». Elle suppose aussi de s’interroger sur ses dépendances critiques : peut-on et veut-on les réduire ? Souveraineté et risque géopolitique sont aujourd’hui « complètement imbriqués », a complété Jean-Baptiste Ory, responsable des risques politiques chez Aon. Ce qui relevait autrefois de la macroéconomie devient un risque opérationnel pour les entreprises : « Investissements remis en cause, chaînes d’approvisionnement fragilisées, contrats annulés ou actifs stratégiques confisqués. Ce risque étatique est encore sous-estimé ». Pour Nicolas Sastre, responsable recherche & développement et innovation chez Campus Cyber, « cette souveraineté ne peut pas être traitée de manière isolée » car elle touche à des enjeux transverses comme les vulnérabilités des fournisseurs ou les choix stratégiques : « Vous devez vous allier avec d’autres parties de l’entreprise : la direction commerciale, la direction juridique, voire le secrétariat général ou la direction générale ». Bâtir un plan Les échanges ont débouché sur des recommandations concrètes pour bâtir « un plan souveraineté ». Celui- ci suppose un pilotage au plus haut niveau, avec un rôle central du risk manager et une intégration dans la cartographie des risques et le plan de continuité des activités. Sur le plan opérationnel, il passe par l’identification des dépendances critiques, la sécurisation de la chaîne d’approvisionnement et des choix technologiques maîtrisés, ainsi que des arbitrages entre coûts et résilience. Enfin, la souveraineté s’inscrit dans un écosystème plus large, associant coopération interne, assureurs et partenariats public privé. Au fil des trois ateliers, une même conviction s’est imposée : la donnée ne remplace pas le jugement, elle l’éclaire. Quantification, données alternatives et souveraineté dessinent un risk management plus analytique, plus transversal et plus stratégique. « La souveraineté appliquée à l’entreprise renvoie avant tout à sa capacité à maîtriser localement la production des éléments stratégiques qui concourent à ses activités. » MURIEL SOBRY Directrice sécurité et intelligence économique d’EDF. « Investissements remis en cause, chaînes d’approvisionnement fragilisées, contrats annulés ou actifs stratégiques confisqués : le risque étatique est encore sous-estimé. » JEAN-BAPTISTE ORY Responsable des risques politiques chez Aon. « Cette souveraineté ne peut pas être traitée de manière isolée. Vous devez vous allier avec d’autres parties de l’entreprise : la direction commerciale, la direction juridique, voire le secrétariat général ou la direction générale. » NICOLAS SASTRE Responsable R&D et innovation chez Campus Cyber. CAROLE MONDELLINI Administratrice de l’Amrae et modératrice de l’atelier consacré à la souveraineté économique et numérique. Data \ 75 ATO U T R I S K MANAGER 76 / 76 / DOSSIER L'odyssée du risque, maintenons le cap - 33 e rencontres du risk management Amrae La révolution de l’intelligence artificielle (IA) façonne déjà l’avenir des entreprises et de leurs collaborateurs. Comment gérer les risques induits par l’IA et construire une gouvernance responsable pour mieux les maîtriser ? Pour décrypter ces enjeux, trois ateliers thématiques, trois modérateurs et dix intervenants : experts en sécurité IA, cyber, juristes, gestionnaires de risques, dirigeants de start up, réassureurs, cabinets de conseil, investisseurs… Nouvelles technologies Les enjeux de l’IA pour les métiers du risque Cinq familles de risques Désigné "désinformateur de l'année 2025" par NewsGuard, le réseau russe Pravda a diffusé l’an dernier 6,3 millions d’articles au contenu douteux, sur 286 sites, en 49 langues. Ingérés par l’IA ! De l’empoisonnement de données (data poisoning) à l’état pur…. « L’IA transforme la désinformation artisanale en arme de précision massive et de manipulation de l’opinion, capable de déstabiliser un scrutin en quelques heures », a insisté Luc Talarico. Avec Bertrand Rubio, associé chez EY Risk Consulting, il a dénombré cinq familles de risques liés à l’IA : risques sociétaux et démocratiques, risques économiques et géopolitiques, risques technologiques et de sécurité, risques humains et éthiques, risques d’entreprises et opérationnels. « Face à l’IA offensif, l’IA défensif consiste à outiller mais aussi à acculturer et éduquer les utilisateurs à l’observation des images et à l’analyse des informations, pour savoir repérer rapidement les deepfakes », a voulu rassurer Luc Talarico. « Les moyens défensifs se sont multipliés face à l’IA, mais entre défenseurs et attaquants, la course reste permanente », est venu atténuer Bertrand Rubio. Guerre des puces et des ressources Premier risque, la dépendance aux technologies, aux infrastructures et aux standards IA dominés par Amazon, Microsoft et Google qui concentrent 63 % des infrastructures mondiales du cloud. « Dans un contexte de fragmentation géopolitique et de rivalités technologiques, la compétition est féroce autour des capacités de calcul et des matériaux critiques avec des restrictions d’exportation », a décrit Bertrand Rubio. Vient s’ajouter « le verrouillage des écosystèmes avec des modèles propriétaires, des formats fermés rendant la migration vers un autre fournisseur d’accès coûteuse et complexe ». C ’est par une vidéo générée par IA annonçant un faux coup d'État en France mi-septembre 2025, et vue plus de 13 millions de fois sur les réseaux sociaux, que s’est ouvert le premier atelier du « Parcours nouvelles technologies », consacré à la maîtrise des risques induits par l’IA. Pour le modérer, Marie-Élise Lorin, vice-présidente formation de l’Amrae et risk manager du groupe Maif. Réaliser un deepfake est devenu un jeu d’enfant. En montrant une autre vidéo où François Beaume, le président de l’Amrae, annonce la gratuité des 33 e Rencontres du risk management, Luc Talarico, directeur du pôle d’expertise cyber et nouvelles technologies chez Alkera, en a fait la démonstration : « Ça m’a pris moins de dix minutes. Il suffit d’un PC standard, une photo, dix secondes d’enregistrement de voix pour la cloner », et l’IA fait le reste. Coût : zéro euro. Atelier sur les risques induits par l'intelligence artificielle. N°48 I PRINTEMPS 2026 Conséquences de cette guerre des puces et des ressources : la perte de souveraineté, la fragilité opérationnelle et la polarisation concurrentielle. Comment échapper à la dépendance vis-à-vis d’un opérateur ? « Adopter une stratégie multimodèles, recourir à l’Open Weight pour rester maître de ses données, les héberger soi-même, et poser des clauses de réversibilité renforcées », a répondu l’expert d’EY. L’IA, un agent double en entreprise ? Louis-Marie Lorin, cofondateur de Bunka AI, a alerté sur les risques de sécurité des IA génératives : instructions interdites forcées, empoisonnement de données, attaques autonomes. « Les IA génératives commencent à atteindre des performances surhumaines », a-t-il prévenu, citant notamment leur capacité à assister dans la conception d’armes biologiques - un risque pris suffisamment au sérieux par Anthropic (une start-up américaine fondée par d’anciens membres d’OpenAI, ndlr) pour activer ses protections de sécurité maximales sur son dernier modèle en 2025. La dissimulation de leurs propres capacités est une autre menace documentée. En sport, on appelle ça le « sandbagging » : cacher sa vraie force pour gagner. Dans le cas des IA, c’est contre les humains que ce mécanisme jouerait. Est-ce que l’on peut facilement les contrôler, les corriger ? « C’est difficile », estime Louis-Marie. « On ne parle plus d’entraîner les IA, mais de les cultiver, ce qui souligne un problème croissant de contrôle ». Et selon lui, « ce n’est pas un scénario de science-fiction ». Des tests récents ont en effet montré des modèles capables de faire du chantage pour éviter leur désactivation, menaçant de divulguer des informations compromettantes si on tentait de les éteindre (Claude Opus 4 System Card, Anthropic, 2025). Un défi de taille pour les risk managers : comment évaluer un risque que le système lui-même cherche à masquer ? La gouvernance n’est plus une option Et comme les déploiements d’IA reposent le plus souvent sur des fournisseurs externes auxquels les entreprises confient leurs données, comment gérer ce risque tertiaire, MARIE-ÉLISE LORIN Vice-présidente de l’Amrae, risk manager au sein du groupe Maif, modératrice de l’atelier consacré à la maîtrise des risques induits par l’IA. « Pour lutter contre l’IA clandestine en entreprise, il faut inventorier les usages. Pour se défendre contre les attaques : filtrer les prompts en entrées, contrôler les demandes et les réponses, anonymiser les données sensibles, auditer en temps réel. » BERTRAND RUBIO Associé chez EY Risk Consulting. « L’IA nécessite un suivi systématique tout au long du cycle de vie de l’IA. Intégrez les risques liés à l’IA dans la cartographie des risques de manière dynamique. » LOUIS-MARIE LORIN Cofondateur et dirigeant de Bunka AI. « Rien n’est perdu, tout reste à faire avec l’IA : on va beaucoup apprendre et bien s’amuser ! » VALÉRIE LAFARGE SARKOZY Experte cybersécurité au cabinet d’avocats Advant Altana. « Sensibiliser, former : la maîtrise des risques liés à l’IA est l’affaire de tous, comme pour le risque cyber. » LUC TALARICO Directeur du pôle d’expertise des sinistres cyber et nouvelles technologies chez Alkera. Nouvelles technologies \ 77 ATO U T R I S K MANAGER 78 / 78 / DOSSIER L'odyssée du risque, maintenons le cap - 33 e rencontres du risk management Amrae sécuriser la relation ? « La confiance auprès des clients, actionnaires, salariés, investisseurs et partenaires externes vient d’une gouvernance de l’IA, et d’une charte éthique », a insisté Vincent Plantard, directeur de Swiss Re Corporate solutions, au cours du second atelier thématique. Technologie la plus rapidement adoptée de l’histoire (plus vite encore que les réseaux sociaux), l’IA impose de nouveaux cadres de gouvernance, d’éthique et de conformité. « Risk managers et responsables assurance, si vous n’êtes pas encore mobilisés sur le problème de gouvernance IA, allez-y maintenant ! », a conseillé Juliette Gelpi, vice-présidente risques de Bureau Veritas. Pour Vincent Plantard, « la gouvernance de l’IA n’est plus une option, elle crée de la confiance ». Et « un levier stratégique pour accélérer la performance », selon Alexis Cordero, responsable innovation technologique, IA et IoT chez Helvetia Assurances. De son côté, Alexandre Rispal, associé au cabinet de conseil Hekze, a estimé que « les projets d’IA, avant d’être technologiques, sont des projets de gouvernance ». Mais les entreprises hésitent encore à installer des comités IA, selon Medhi Charif. « Qui en prend la responsabilité ? Elle doit être portée par la direction des risques mais partagée avec les équipes IT, RH, cyber, juridique, conformité », a poursuivi l’expert IA & gouvernance chez IBM. Son conseil : « Ne pas créer une gouvernance spécifique à l’IA, mais l’intégrer à l’existante ». Et dès que l’on identifie un nouveau cas d’usage, cerner les risques avant d’innover et de passer à la phase d’industrialisation. Car la réponse juridique face aux risques liés à l’IA est balbutiante. « On peut être auteur de notre défense et de notre sécurité, notamment en ayant une gouvernance de l’IA propre à chaque entreprise », estime Valérie Lafarge Sarkozy, experte en cybersécurité au cabinet d’avocats Advant Altana. Le piège de l’IA clandestine Comité de pilotage, comex, risk manager, direction des systèmes d’information, responsables métiers, le sujet de la gouvernance IA est transverse. Les moyens aussi : communication, formations des salariés à la protection des données et au choix des fournisseurs, charte éthique, outils pour bloquer le collage de code… Car le gros risque en entreprise, c’est l’IA clandestine (shadow IA), celle que l’on utilise sans y être autorisé par son entreprise. Illustrée par l’affaire Samsung en 2023 : pour se faire aider par ChatGPT, un collaborateur a copié du code source confidentiel et des comptes rendus de réunion. Les données stockées ont pu être utilisées par OpenAI pour entraîner ses modèles, rendant l'information potentiellement publique. Avec un risque d'extraction de secrets industriels. « En moyenne, on dénombre 269 IA clandestines pour 1 000 employés, d’où l’importance d’une gouvernance stricte », a insisté Medhi Charif. Règle de base : faire régulièrement un audit des usages quotidiens de l’IA dans son entreprise, car elle est évolutive. « Automatiser les contrôles des risques, c’est une opportunité unique pour arriver à connecter la cartographie des risques presque en temps réel avec les systèmes IA, avoir le reflet exact de l’usage de l’IA et de lancer des actions de remédiation », a poursuivi l’expert d’IBM. CÉDRIC MALKI Directeur des risques et des assurances du groupe Pierre & Vacances - Center Parcs. « La gouvernance de l’IA n’est plus une option, elle crée de la confiance. » VINCENT PLANTARD Directeur chez Swiss Ré Corporate Solutions. « On dénombre 269 IA clandestines pour 1 000 employés, d’où l’importance d’une gouvernance stricte. » MEDHI CHARIF Expert IA & gouvernance chez IBM France. « Des risques liés à l’IA sont oubliés : l’impact environnemental, le respect de la vie privée, la responsabilité des dirigeants, la destruction d’emplois : 300 millions d’ici à 2030 selon une étude de Goldman Sachs. » JULIETTE GELPI Vice-présidente risques de Bureau Veritas. N°48 I PRINTEMPS 2026 Quelle réponse juridique et assurantielle ? La gouvernance de l’IA évolue dans un environnement juridique fragmenté, « c’est un risque invisible, difficile à maîtriser et il n’existe pas de texte », a décrit Valérie Lafarge Sarkozy. La direction des risques est au cœur de cette complexité. « Il faut encadrer tout le cycle de vie de l’IA, pour avoir une traçabilité : des usages, de la gestion et de conservation des données », a plaidé Vincent Plantard. « Ce sera utile devant les juges ou la Cnil. Et surtout, ça permet de maintenir un contrôle humain effectif sur l’IA ». Le règlement européen sur l’intelligence artificielle, l’IA Act, dont les premières mesures sont entrées en vigueur début 2025, classe en quatre catégories les systèmes d'intelligence artificielle en fonction des risques qu'ils représentent (minimum, limité, haut et inacceptable). Il pose des garde-fous pour lutter contre les IA à haut risque, avec des amendes pouvant atteindre 35 millions d'euros. Si ces règles européennes s’imposent aux fournisseurs d’accès extra-européens, Meta a refusé de signer. Le même qui avait refusé de retirer la vidéo sur le faux coup d’État en France… Quant à l’assurance des risques liés à l’IA, le chantier est encore long. Comme pour le risque cyber il y a quelques années, les garanties IA sont inexistantes, quand elles ne sont pas exclues. Faut-il les intégrer dans les polices d’assurance cyber ? Créer des polices spécifiques ? En attendant que le marché de l’assurance apporte des réponses, « vérifiez que vous avez une police cyber, une assurance tech erreurs ou omissions, et auditer vos polices pour savoir s’il n’y a pas d’exclusions. Bref, sécuriser les garanties existantes », recommande Valérie Lafarge Sarkozy. « L’IA ne réduit pas le risque, elle le structure, ou l’amplifie… C’est un sujet de management, pas de technologie, la valeur vient des usages opérationnels, mesurables. » WILIAM LECAT Investisseur, partner chez Auriga Cyber Ventures. « Avec l’IA, le rapport au travail va changer, les tâches laborieuses qui participent à la montée en compétences en entreprise n’existeront plus. Les nouveaux modes d’apprentissage ne seront plus basés sur l’expérience. » ALEXIS CORDERO Responsable innovation technologique, IA et IoT chez Helvetia Assurances. « Les projets d’IA, avant d’être technologiques, sont des projets de gouvernance. » ALEXANDRE RISPAL Associé au cabinet de conseil Hekze. STÉPHANE RICHARD Administrateur de l'Amrae, directeur prévention et gestion de crise de Dalkia, modérateur de l’atelier dédié à l’impact de l’IA sur les entreprises. GOUVERNANCE, PAR OÙ COMMENCER ? 1) rendre visible l’usage réel de l’IA 2) inventorier les usages IA en entreprise 3) classifier les usages par niveau de risque 4) définir un cadre de gouvernance de l’IA 5) formaliser les règles d’usage pour les collaborateurs 6) protéger les données sensibles, initier un suivi systématique. Source : atelier A5 Nouvelles technologies \ 79 ATO U T R I S K MANAGER 80 / 80 / DOSSIER L'odyssée du risque, maintenons le cap - 33 e rencontres du risk management Amrae Financiarisation, risques émergents, radicalisation de certaines formes de contestation : le parcours Enterprise Risk Management (ERM) a mis en lumière ces nouveaux enjeux pour accompagner la stratégie globale de l’entreprise. ERM Pour une approche globale des risques, intégrer les nouveaux enjeux par la notion de risque, mais le langage financier, avec ses indicateurs sophistiqués (VaR, Expected Shortfall, stress tests, etc.), semble en décalage avec la réalité opérationnelle. Les banques pour le crédit, les contreparties pour les levées de fonds et d’autres acteurs alternatifs en financement et investissement, s’ils emploient « des mots pompeux pour parler de choses simples », selon Jonathan Dufeu, codirecteur des risques politiques et du crédit structuré chez Marsh, ont besoin d’une bonne gestion des risques opérationnels dans l’entreprise pour éviter le défaut, orienter correctement le capital ou obtenir un retour sur « La financiarisation de la gestion des risques : déjà une réalité ? ». La question d’ouverture de l'atelier consacré à a gestion des risques d’entreprise (ERM) n’était que rhétorique. Assurances obligatoires, notations financières, reporting, etc. sont déjà intégrés à une vision globale des risques en entreprise. Pourtant, « la finance et le risk management travaillent sur la même matière sans toujours se parler… avec des grilles de lecture différentes », a constaté Michel Josset, vice-président ESG/climat de l’Amrae et directeur assurances et prévention de Forvia. C’est tout le paradoxe. Certes, l’une et l’autre sont liées Atelier ERM. N°48 I PRINTEMPS 2026 investissement optimal. Certains risques opérationnels, comme les attaques cyber ou l’impact de la géopolitique sur la chaîne d’approvisionnement, les inquiètent particulièrement, car ils ne les maîtrisent pas. Il faut donc « créer des ponts, a conseillé Jonathan Dufeu, entre le risk manager, le directeur financier et la direction générale ». La CSRD a transformé l’analyse financière De plus, « il faut avoir conscience que l’extra-financier entre désormais dans le dialogue avec la direction financière pour les financements et investissements, a prévenu Carol Sirou, directrice générale d’EthiFinance. Moins normé, il touche la gestion des risques ». Les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) et la « double matérialité » (à la fois financière et d’impact) introduite par la directive européenne CSRD (Corporate sustainability reporting directive) ont transformé l’analyse financière : « Les risques non financiers sont devenus des facteurs directs de défaut, de pertes et de dégradation du crédit, explique-t-elle. Il n’y aura pas de retour en arrière ». Et les situations sont concrètes. Ainsi, une inondation peut-elle entraîner une rupture chez un fournisseur et, par conséquent, des pertes importantes : cet exemple, pris chez Porsche, montre comment le changement climatique rend obsolètes les modèles linéaires : « Les risques ne sont plus prédictibles. Ils deviennent systémiques, multifactoriels et souvent non modélisables faute de data », a souligné Sébastien Guillo, dirigeant du cabinet spécialisé dans la transition Blunomy. Poussés par la réglementation, les financiers s’attellent à trouver les données qui leur manquent pour les risques « spot » (ouragan par exemple) comme chroniques (les vagues de chaleur). « On est observé sans trop le savoir, a constaté Michel Josset. Mieux vaut donc se préparer plutôt que d’être rattrapé dans l’analyse du risque ». Alors, « risk managers, prenez le pouvoir ! », invite Jonathan Dufeu. Vous pouvez expliquer aux banques qu’elles prennent un moindre risque. Vous pouvez expliquer au marché que le risque est couvert. » L’enjeu pour l’entreprise : réduire le coût de la dette et améliorer l’accès au financement. L’ERM face aux risques émergents Le changement climatique est connu, mais ses effets restent difficiles à appréhender. De ce fait, il fait partie des risques émergents, objets du deuxième atelier consacré à l’ERM. « En 2002, l’ancien secrétaire américain à la Défense, Donald Rumsfeld, a popularisé une typologie de l’incertitude distinguant les risques connus, les risques partiellement connus et ceux qui restent inconnus », a rappelé Thibault Bulabois, directeur risques & contrôle interne de FDJ United. « Dans la pratique, tout ce qui n’est pas parfaitement identifié, compris et maîtrisé devient un risque émergent », a relevé Sabine Wujame, responsable des risques stratégiques du groupe Axa. L’incertitude MICHEL JOSSET Vice-président ESG/climat de l’Amrae et directeur assurances et prévention de Forvia, modérateur de l’atelier sur la financiarisation de la gestion des risques. « Il faut créer des ponts entre le risk manager , le CFO et le CEO. » JONATHAN DUFEU Codirecteur des risques politiques et du crédit structuré de Marsh. « Les risques deviennent systémiques, multifactoriels et souvent non modélisables faute de données. » SÉBASTIEN GUILLO Directeur général de Blunomy. « L’extra-financier entre désormais dans le dialogue avec le CFO. » CAROL SIROU Directive générale d’EthiFinance. ERM \ 81 ATO U T R I S K MANAGER 82 / 82 / DOSSIER L'odyssée du risque, maintenons le cap - 33 e rencontres du risk management Amrae temporelle est une autre de ses caractéristiques : telle la pandémie, si on sait que le risque se matérialisera, on ne sait ni quand, ni comment il se déploiera. « C’est aussi le cas de l’intelligence artificielle, a souligné Sonia Cabanis Dib Garrido, responsable réglementation, opérations et contrôles de Deloitte France, car elle évolue plus vite que la réglementation, amplifie les risques existants et reste difficilement gouvernable ». Les entreprises se trouvent ainsi dans un « décalage permanent ». Dans le secteur pharmaceutique, aussi régulé que la finance, « la clause de la nation la plus favorisée (MFN), a un impact sur la fixation du prix : elle pourrait changer notre business model aux Etats-Unis, a cité en exemple Sophia Bertin, directrice mondiale de la gestion des risques du groupe Servier. « On connaît le risque, mais pas ses effets. Nous devons réduire tous ces risques qui ne sont pas du domaine du certain ou quasi certain et donc identifiés, compris et maîtrisés ». Prédiction vs anticipation Le risk management repose alors moins sur la prédiction que sur la capacité d’anticipation. Rapports prospectifs, publications scientifiques, travaux du Forum économique mondial, études sectorielles, etc. sont autant de « matériaux d’analyse, a estimé Sonia Cabanis Dib Garrido. Ils servent à nourrir la réflexion, pas à faire la stratégie à votre place ». La détection repose sur un ensemble de capteurs. « Les signaux faibles viennent du terrain - clients, sinistres, partenaires - bien plus que des modèles théoriques, a insisté Sabine Wujame, évoquant également l’usage croissant du recours aux scénarios : « Même quand on ne peut pas quantifier un risque, on peut toujours analyser ses effets en cascade ». Tous ces outils servent la stratégie, dans un horizon temporel long, parfois 20 à 25 ans. Mais cette vision est d’autant plus difficile que les risques émergents sont souvent interconnectés. « Le risque géopolitique, par exemple, n’est pas un risque isolé, a estimé Sonia Cabanis Dib Garrido. C’est un catalyseur qui a des impacts sur la conformité, la R&D, la stratégie, les partenariats, les opérations… ». Ainsi, l’enjeu n’est-il pas seulement d’identifier les risques émergents, mais de « préparer les organisations à les affronter, en construisant leur résilience, leur agilité et leur capacité d’adaptation », a conclu Thibault Bulabois. La frontière floue entre contestation et activisme À cet égard, les entreprises doivent également faire face à un champ de menaces longtemps relégué au second plan, de l’ordre de la contestation et de l’activisme, désormais organisés, hybrides et parfois violents. « Selon que l’action est publique ou clandestine, réversible ou destructive, on bascule de la protestation vers le sabotage », a souligné Olivier Brun, membre du comité scientifique permanent de l’Association, commissaire général et historien, en charge de la sécurité des JO 2024 pour le ministère de « Nous devons réduire tous les risques qui ne sont pas identifiés, compris et maîtrisés. » SOPHIA BERTIN Directrice mondiale de la gestion des risques de Servier. « Même quand on ne peut pas quantifier un risque, on peut toujours analyser ses effets en cascade. » SABINE WUJAME Responsable des risques stratégiques d’Axa. « Le risque géopolitique, par exemple, est un catalyseur qui a des effets sur la chaîne d’approvisionnement, la conformité, la R & D, la stratégie, les partenariats, les opérations… » SONIA CABANIS DIB GARRIDO Associée, membre du comité exécutif, responsable réglementation, opérations et contrôles de Deloitte France. « Les organisations doivent affronter les risques émergents en construisant leur résilience, leur agilité et leur capacité d’adaptation. » THIBAULT BULABOIS Directeur risques & contrôle interne de FDJ United et modérateur de l’atelier sur les risques émergents. N°48 I PRINTEMPS 2026 l’Intérieur. La frontière entre contestation et malveillance devient floue et complexifie la qualification du risque. « On est passé de mobilisations spontanées à de véritables opérations structurées, avec communication sécurisée, soutien juridique et stratégie coordonnée », a observé Pierre Tramier, directeur de la sécurité pour l’Europe chez Danone. « Ceux qui commettent des exactions lors des émeutes se professionnalisent, avec une connaissance assez technique », a remarqué Oliver Wild, vice-président scientifique de l’Amrae et directeur des risques et assurances de Veolia. Olivier Brun confirme et met en garde contre la convergence de groupes aux idéologies différentes, mais aux méthodes communes : « Ils analysent leurs actions, tirent des retours d’expérience et adaptent leurs modes opératoires ». La menace combine activisme radical, actions physiques, cyberattaques, campagnes juridiques et médiatiques, avec parfois une dimension transnationale. « Attention au sens des mots, à l’encontre d’intérêts privés, il ne s’agit pas d’attentat ou de terrorisme. La plupart des actes relèvent plutôt du vandalisme ou d’atteintes aux systèmes de données, a insisté Pierre- Grégoire Marly. Le sabotage, au sens du droit, suppose une atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation ». Les émeutes, un risque permanent ? Des gilets jaunes aux événements de Nouvelle-Calédonie, les émeutes seraient devenues un risque permanent. Une « contribution de solidarité » est désormais portée par la loi de Finances de 2026, en partie inspirée du régime Cat ‘Nat et en attente de décret. Les risk managers préfèrent parler de prévention, puis du filet de sécurité apporté par les assurances. Tous les intervenants de ce troisième atelier du parcours ERM s’accordent sur une même conclusion : « L’entreprise n’est pas une forteresse mais un nœud dans un écosystème », selon les termes de Pierre-Grégoire Marly. Elle doit donc « nouer un dialogue avec la communauté du renseignement d’État », de la Préfecture aux représentants de ses intérêts à l’étranger, a estimé Olivier Brun, mais aussi avec tous ses collaborateurs. Pierre Tramier, qui a passé 25 ans au ministère de la Défense, insiste : « Sans confiance, sans réseau et sans circulation d’information, il n’y a pas d’anticipation possible ». Au croisement de la finance, de la stratégie et de la résilience organisationnelle, dans un environnement où incertitude, complexité et interdépendances dominent, le risk management n’a d’autre choix que de s’adapter. « Ceux qui commettent des exactions lors des émeutes se professionnalisent. » OLIVER WILD Vice-président scientifique de l’Amrae et directeur des risques et assurances de Veolia et modérateur de l’atelier dédié aux nouvelles menaces des contestations et de l’activisme. « Sans confiance, sans réseau et sans circulation d’information, il n’y a pas d’anticipation possible. » PIERRE TRAMIER Directeur de la sécurité pour l’Europe chez Danone. « Attention au sens des mots. À l’encontre des intérêts privés, il ne s’agit pas d’attentat ou de terrorisme. » PIERRE-GRÉGOIRE MARLY Agrégé en droit privé et sciences criminelles, directeur de l’Enass et professeur au Cnam. « L’entreprise doit nouer un dialogue avec la communauté du renseignement d’État . » OLIVIER BRUN Membre du comité scientifique permanent de l’Amrae et commissaire général et historien, en charge de la sécurité des JO 2024 pour le ministère de l’Intérieur. ERM \ 83 Alumni Cefar et ARM, rejoignez l’association des certifiés Pour renforcer l’impact des formations Cefar et ARM, Amrae Formation crée une association des anciens certifiés. La première pierre a été posée lors des dernières Rencontres de Deauville à l’occasion d’un premier petit-déjeuner des Alumni. L ’intérêt et la qualité des formations continues certifiantes « Stratégie Risk Management Cefar » et ARM (Associate in Risk Management) délivrées par Amrae Formation ne sont plus à démontrer. En attestent les témoignages des certifiés des précédentes promotions faisant état des évolutions de leur carrière et des nombreuses connaissances engrangées à l’occasion de leur parcours de formation. L’ambition aujourd’hui est d’y ajouter un petit quelque chose en plus : l’apport d’un réseau alumni auquel les certifiés pourraient se référer. « Au-delà des connaissances techniques et compétences acquises, le Cefar et l’ARM permettent aux participants d’élargir leur réseau professionnel en échangeant avec les autres membres de leur promo. Ils gardent souvent le lien après la formation mais il serait intéressant qu’ils puissent aussi échanger avec des professionnels d’autres promotions. Les bénéfices seraient démultipliés, estime Marie-Élise Lorin, vice-présidente formation de l’Amrae. Ils pourraient en effet développer d’autant plus leur réseau, cela leur offrirait davantage d’opportunités de collaborations, de discussions sur les bonnes pratiques. Un groupe Alumni permettrait de rompre l’isolement du risk manager comme le fait l’Amrae dans sa globalité ». Premier petit-déjeuner des Alumni à Deauville La première pierre de cette démarche a été posée lors des Rencontres à Deauville, à l’occasion d’un petit-déjeuner réservé aux anciens participants des parcours Cefar et ARM. Une cinquantaine de personnes ont répondu à l’invitation et ont pu échanger avec d’autres certifiés. Parmi elles, Naila Pavis, responsable des assurances et risk manager chez Groupama, certifiée Cefar « promotion 2022 ». « Cette formation m’a beaucoup apporté et permis de décrocher le poste que j’occupe actuellement. J’ai gardé contact avec certains membres de ma promo, nous avons créé un groupe WhatsApp sur lequel nous échangeons sur des bonnes pratiques ou des conseils, mais je pense que la création d’un groupe Alumni serait très intéressante. Nous pourrions échanger avec plus de professionnels ». Même écho du côté d’Aline Schmitz, senior manager au sein de l’équipe Conseil Assurance de Forvis Mazars. Elle a suivi les trois modules ARM, a été certifiée en 2023, et a évolué dans sa carrière professionnelle au terme de sa certification en devenant senior manager. Satisfaite des échanges avec les formateurs et les autres certifiés, elle juge que la création d’un groupe Alumni est une excellente initiative. « Cela permettrait de maintenir des liens avec notre promo et, surtout, d’en créer de nouveaux avec les participants des années précédentes et à venir. Nous pourrions ainsi échanger plus largement sur les nouveaux risques par exemple, les tendances, les nouveaux outils. Nous resterions dans une dynamique permanente de formation et d’amélioration ». Des événements à créer Le petit-déjeuner des Alumni sera organisé pendant les prochaines éditions des Rencontres. D’autres événements, d’autres échanges pourraient voir le jour, avec le soutien d’Amrae Formation. « Il y a encore un peu de chemin à faire car nous devons nous appuyer sur un(e) ou des alumni volontaires pour animer et lancer cette dynamique. Nous sommes à la recherche de ces référents et sommes confiants car ce premier petit-déjeuner a été très apprécié », confie Marie-Élise Lorin. Amrae Formation compte aussi sur ce nouveau groupe alumni pour se faire l’ambassadeur du Cefar et de l’ARM. Les personnes intéressées peuvent contacter Anne-Marie Cona, directrice d’Amrae Formation : anne-marie.cona@amrae.fr MÉTIER RISK MANAGER NAILA PAVIS Responsable des assurances et risk manager chez Groupama. ALINE SCHMITZ Senior manager au sein de l’équipe Conseil Assurance de Forvis. Formation à la loupe \ 84 ATO U T R I S K MANAGER PRENONS UNE LONGUEUR D’AVANCE SUR LE CANCER QUI RESTE LA 1 ÈRE CAUSE DE MORTALITÉ PRÉMATURÉE EN FRANCE Jean DUJARDIN, acteur, scénariste, réalisateur et producteur de cinéma français AIDEZ NOS CHERCHEURS À SAUVER VOS VIES Chaque année, 400.000 nouveaux cas de cancer, tout type confondu, sont dépistés. Statistiquement, il y a un peu plus de 1000 nouveaux malades par jour, parmi lesquels 600 vont guérir et 400 vont mourir. Rejoignez le combat, donnez sur vaincrelecancer-nrb.org VAINCRE LE CANCER - NRB Hôpital Paul Brousse 12/14, avenue Paul Vaillant-Couturier 94800 VILLEJUIF www.vaincrelecancer-nrb.org contact@vaincrelecancer-nrb.org SERVICE MÉCÉNAT 01 80 91 94 60 Coût d’un appel local RETROUVEZ-NOUS SUR Dons I.F.I. : les dons au prof t de la Fondation INNABIOSANTE C/i VAINCRE LE CANCER sont déductibles de l’I.F.I. Jean DUJARDIN, acteur, scénariste, réalisateur et producteur de cinéma français ATO U T R I S K MANAGER 86 / 86 / MÉTIER RISK MANAGER Portraits d’experts d’Amrae Formation L aurent Giordani, associé fondateur de Kyu Associés et membre du conseil scientifique permanent de l’Amrae, intervient depuis plus de dix ans dans le cadre des parcours de formation Cefar et ARM. Son cheval de bataille : la sensibilisation aux risques de la chaîne logistique. « Ces risques sont encore trop souvent sous-estimés, insuffisamment traités. Or, ils sont cruciaux dans l’économie actuelle et peuvent avoir des impacts forts sur les organisations », estime-t-il. Pour renforcer les compétences des publics Cefar et ARM, il donne quelques clés pour réduire l’exposition de leur entreprise. « J’apporte une vision systémique de la complexité des chaînes de valeur. Il est important de maîtriser un minimum le sujet, d’avoir une vision d’ensemble, pour comprendre les impacts des événements ». Une expertise de plus de trente ans Laurent Giordani est un expert de la supply chain. Une expertise qu’il a acquise et a renforcé tout au long de sa carrière. Après une école de À 68 ans, Hervé Houdard est un pilier de la place française du conseil et courtage en assurance. Aujourd’hui vice-président et directeur général de la holding du groupe Diot-Siaci, qu’il a rejoint voici plus de 15 ans après avoir occupé des postes de direction générale chez Aon, Marsh et chez Sedgwick, il connaît tous les acteurs du secteur et son écosystème. Il a côtoyé tous les présidents qui se sont succédé à la tête de l’Amrae et participé activement aux Rencontres du risk management au fil des ans. Il est également membre du conseil scientifique de l’Amrae. Depuis une quinzaine d’années, il partage ce trésor d’expérience et d’expertise avec les apprenants du parcours Cefar. « Mon agenda est chargé mais je tiens à dégager un peu de temps pour Amrae Formation, partager mes connaissances et me rendre utile aux professionnels du risque. Je leur apporte un regard, nourri par 52 ans de métier, sur les règles du marché mondial du courtage, la déontologie, les tendances etc. ». commerce, il a travaillé pendant huit ans chez KPMG Peat Marwick, jusqu’à devenir directeur au sein de la practice supply. En 2003, avec quelques associés, il a fondé le cabinet Kyu, spécialisé dans le conseil en management dans quatre domaines : les opérations, les risques et assurances, la transformation durable et les ressources humaines. Aujourd’hui implanté à Paris et à Cologne, Kyu s’appuie sur plus de 80 consultants et intervient principalement pour de grandes entreprises de l’industrie et de la distribution. Pourquoi s’investit-il dans Amrae Formation ? « Parce qu'il est important de sensibiliser aux risques d’approvisionnement. Et par ailleurs, parce que c’est très agréable… », sourit-il. « J’aime les échanges avec les participants. Ils posent souvent beaucoup de questions, c’est enrichissant car nous confrontons nos expériences, les exemples etc. C’est d’autant plus intéressant qu’ils viennent d’horizons très variés ». Pas de cours magistral, pas de présentation PowerPoint au menu des interventions d’Hervé Houdard, mais des échanges et des discussions. « Les questions sont ouvertes, c’est très intéressant. Cela me permet d’avoir une vision précise des questionnements actuels des professionnels qui arrivent sur le marché du risque ». LAURENT GIORDANI Formateur. HERVÉ HOUDARD Formateur. « Les risques liés à la supply chain doivent être mieux pris en compte dans les organisations. » « J’aime partager mon expérience avec des professionnels en quête d’échanges et d’informations. » \ 87 \ 87Les ateliers Amrae Formation \ 87N°48 I PRINTEMPS 2026 Les ateliers Amrae Formation : deux heures pour élargir les compétences des risk managers Aux dernières Rencontres du risk management, à Deauville, Amrae Formation a proposé deux ateliers en parfaite résonance avec les transformations du métier : l’un consacré à la prospective, l’autre aux fondamentaux Finance & ESG. C es deux sessions complémentaires ont confirmé une nette évolution du métier : le risk manager doit désormais maîtriser des compétences élargies pour éclairer les décisions de son entreprise ou collectivité. Prospective : anticiper les ruptures pour renforcer la résilience Le premier atelier, piloté par Santiago Bosio (groupe ADP), a rappelé combien la prospective devient un outil essentiel pour naviguer dans un environnement instable. Les experts mobilisés ont montré comment identifier les tendances lourdes, repérer les signaux faibles et construire des scénarios crédibles. Loin d’être un exercice théorique, cette démarche permet d’anticiper les risques émergents et de préparer l’entreprise à des futurs contrastés — un prolongement direct des enseignements présentés dans la formation consacrée à la finance et l'ESG (lire ci-dessous). Finance & ESG : renouer le dialogue avec la fonction financière Le second atelier, animé par Philippe Tastevin (Acute IS) et Michel Josset vice-président ESG-Climat de l'Amrae, a mis en lumière la nécessité d’un dialogue renforcé entre risk managers et directions financières. Comprendre les métriques financières, intégrer les enjeux ESG, maîtriser la double matérialité : autant de compétences indispensables pour contribuer à la planification et à l’évaluation des risques. Les échanges ont montré que les risk managers disposent d’une réelle valeur ajoutée pour structurer l’analyse financière et extra financière — en parfaite continuité avec les constats développés dans l’article SF1. Des ateliers qui ouvrent la voie à une montée en compétences structurée Dans les deux salles, l’intérêt des participants était manifeste : questions nombreuses, prises de contact, volonté d’approfondir. Ces ateliers ont joué leur rôle : ouvrir des perspectives et donner envie d’aller plus loin. Et c’est précisément ce que propose le catalogue 2026 d’Amrae Formation, qui prolonge ces deux thématiques avec des modules dédiés. Plus de détails sur ces deux ateliers : pages 36 à 41 Pour aller plus loin : deux formations clés du catalogue Amrae Comprendre l’analyse financière / ESG pour risk manager Deux jours pour maîtriser les fondamentaux financiers, comprendre les attentes des investisseurs et intégrer les enjeux ESG dans la cartographie des risques. Géopolitique & risk management : anticiper pour mieux décider. Deux jours pour intégrer la dimension géopolitique dans la gestion des risques, structurer une veille efficace et préparer l’entreprise aux crises internationales. Climat comme prospective, les deux sessions de formation on fait salle comble. ATO U T R I S K MANAGER 88 / 88 / AGENDA Agenda Assemblée générale ordinaire de l’Amrae Paris, Maison du risk management 36, boulevard de Sébastopol - 75004 Paris Uniquement en présentiel. European Insurance Forum Dublin (Irlande) Royal Convention https://www.europeaninsuranceforum.com/ Journée scientifique de l’Amrae Pavillon d'Armenonville Allée de Longchamp, 75116 Paris La Journée scientifique de l’Amrae est un rendez-vous-clé pour les membres de l’Association. Elle se déroule sur une journée entière autour de deux tables rondes. Un moment privilégié pour faire le point sur les grandes orientations du métier, suivi d’un cocktail pour prolonger les échanges. RISKWORLD 2026 Philadelphie, États-Unis Le RISKWORLD (Rims) réunit la plus grande communauté mondiale du risk management autour de 100 sessions, des sujets- clés comme l’IA, les tensions commerciales et les disruptions globales, ainsi que des études de cas et formats interactifs. Conférences, networking, espaces d’échanges. Le Rims offre les clés pour renforcer son influence et faire évoluer sa carrière. https://www.rims.org/annual-conferences/riskworld-2026/ Les Assises de la cybersécurité Forum Grimaldi Monaco Avec ses rendez-vous en individuel (one-to-one), ses contenus de haut niveau et ses temps forts entre pairs, Les Assises de la cyberscéurité sont devenues l’événement business de référence en cybersécurité. DSI, RSSI, risk managers et partenaires s’y retrouvent à Monaco pour décrypter les tendances et construire des réponses concrètes. https://www.lesassisesdelacybersecurite.com/fr-FR Forum Ferma Rotterdam Thème : « Widening the lens » (élargir le champ de vision). L’ événement européen dédié aux professionnels du risk management et de l’assurance fait son retour à l’automne 2026. Il réunira des leaders du secteur, des experts et leurs pairs pour des échanges de haut niveau, des analyses stratégiques et des opportunités de networking. https://ferma.eu/events/ferma-forum-2026/ 21 MAI 2026 – 17h30 22 OCTOBRE 2026 11 JUIN 2026. OUVERTURE : 10h00 3-6 MAI 2026 7 AU 10 OCTOBRE 2026 4 AU 6 OCTOBRE 2026 Attendre 200 jours une opération du cœur c’est interminable quand la vie ne tient qu’à un fil. PLUS VOUS DONNEZ, MOINS ILS ATTENDENT. Ensemble, sauvons de toute urgence les enfants malades comme le petit Milan. Soigner et opérer, former des médecins locaux, bâtir et équiper des hôpitaux, dépister et sensibiliser... Partout dans le monde, nous renforçons les systèmes de santé pour donner à chacun, et en particulier aux enfants, les mêmes chances de survie et de développement. Soin & chirurgie ∙ Hôpitaux & équipement ∙ Urgence & crise ∙ Formation ∙ Santé maternelle ∙ Prévention & sensibilisation La Chaîne de l’Espoir Association d’intérêt général à but non lucratif immatriculée sous le SIREN 399818418 située au 56 rue des Morillons - 75015 PARIS © Pascal Deloche / Godong. Conception : adfinitas - Octobre 2024. CHAINEDELESPOIR.ORGDONNEZ SUR CDLE_FA24_AP_210x297.indd 1CDLE_FA24_AP_210x297.indd 1 02/10/2024 15:5002/10/2024 15:50 ATO U T R I S K MANAGER 90 / 90 / À LA UNE Revue de presse L'Odysée des risques a trouvé sa place dans les médias, en couvrant toutes les thématiques des dernières Rencontres du risk management. Géopolitique, cyber, surtaxe émeutes, validation gouvernementale du dispositif français sur les captives et les différentes facettes du métier de risk manager sont largement traités dans la presse économique et spécialisée. RENCONTRES AMRAEPourqiicetavnvvlusg?E?’?I?gAf M 00118 - 204 - F: 3,00 l’ Pourqiqucetaucvunulasg?Egu’I’A C ep obs ervastupitsliégaitt rpgstdlagntupgitrspvocas « LIBERAAI TOBEAI RT LNDBERYYNB EE YREA»NttRrTBEuBtEu rrmBtpE YiNrLBYYNeBrTBERI LNn NTNBYYBEBLE»rBE B,ABI LNtBEtBT L INBYYBEA NrL»BEE A »IELIRrtn IfBIEYiNrTBI LNL»uBEE BrEDNtN rEt LI RLmeNa»BsE -mT »DIBéEr tEtBI DNTBtEuBEE AImDBrLN rEBLETO NtNttBéE»rBEE t Y»LN rET rl»BEA »IEumLBT LBIpE mDRY»BIEBLERL Lmr»BIED tEINta»Bts Simulamtloni Ane Dau Dbrué StupuhiG léuolSué STylSCu mqtôcdtAc,oqclcéocutq?roquEcEvecAqEc?tauEf etteiréduscstqileicmlatstéeilsiéleimL’eilsiéleiamuuscstètsmlhi lsiéleineac’srtsmlineir’mnéstaiméiae’ psceainyM,Mi,bgi éoiteeo:ralnsieuo?rEQEQe,alprqli?ruliuosreosralnItutlns,r g i ’ a C rtm N D e i C r r C , C à etê n à n D ntm N Dti à eC r r i ê C à éCtN D e i I icseuuegii i? ? ? ? g Colect ecds neé. u :qcvoQtracp’Avl 4 février 2026 l’Opinion III Gestion des risques Cepovett, observateur privilégié des incertitudes « LIBERATION D AY » trumpien, frappes i s- raéliennes à Doha, enli sement du conflit en Ukraine, inondations au Paki st an, Indonésie… 2 02 5 l’illustre, les chaînes d’approvi sionne- ment (supply chain) sont entrées dans une è re de turbulences inédite. « Les ri sques géo- politiques et ceux liés aux changements clima - tiques sont en tête des préoccupations. Deve- nu s permanents, ils ont la pui ssance de per- turber toute la chaîne : fourni sseurs, accès aux matières premières, lo gi stique… », explique Salima Haddour Runacher, coordinatrice de la chaire « su pp ly chain du futur » de l’École nationale des ponts et chaussées. Les ri sques géopolitiques figurent en pre- mière place du « top 10 des ri sques supply chain », en 2025 comme en 2024, confirme le Baromètre annuel du c abinet de conseil en ma- nagement Kyu. Sur le terrain, Argon C onsul - ting, conseil en straté gie et transformation des opérations, const ate les difficultés c roi ssantes de ses clients. L’un d’eux, dans le BTP, com- merc iali se des échafaudages. L eurs planchers en contreplaqué produits en Finlande conte- naient une colle dont l’un des composants ve- nait de Russie. Du jour au lendemain, avec les sanc tions européennes succédant à l’invasion poutinienne en Ukraine, le marché mondial du contreplaqué a subi un choc. Il a été nécessaire d’élaborer un substitut au composant russe. « L’événement concernait un élément de rang 3 ou 4 dans la chaîne d’approvi sionnement . Il n’avait pas été antic ipé. L es ri sques géopoli- tiques sont imprévi sibles, inst ables, contrai- rement à ceux qui découlent du changement climatique qui peuvent plus fac ilement être modéli sés », analyse Jean-P ierre Pellé, assoc ié chez Argon C onsulting. Simulations. Ainsi, en 2025, France Sup - p ly Chain, une assoc iation qui réunit de nom- breux ac teurs du sec teur, s’est livrée à un exer- c ice d e « design fic tion » : à quel monde fait de sécheresses, conflits liés au climat … vont devoir s’adapter les chaînes d’approvi sionnement en 2040 ? L es professionnels, qui subi ssent déjà les conséquences du changement climatique, s’in - quiètent . Michelin, par exemple, a vu son usine de Manaus, au Brésil, réduire for tement son ac- tivité durant plusieurs semaines, en 202 3 : elle n ’e s t accessible que par barge via le Rio Ne gro, affluent du fleuve Amazone, qui ét ait à sec ! A pré- sent, « la pri se en compte du ri sque climatique est identifiée comme une priorité. Il y a un an et demi, le comité exécutif de Michelin a demandé à l’équipe de gestion des ri sques de chiffrer le coût de l’adapt ation de l’entrepri se au changement climatique », explique Matthias Lutz, direc teur qu alité supply chain pour le groupe. Un e équipe effec tue des simulations à horizon 2030 et 2050 sur les 7 000 sites de l’entrepri se et les routes qui les séparent , éva- lue les adapt ations nécessaires et leur coût . Des chantiers sont déjà en cours. Néanmoins, « dans l’entrepri se, les déc i sions sont pri ses sur la base d’une analyse de ri sques multic ri- tères. Avant d’investir sur un nouveau site, par exemple, nous inté grons les fac teurs clima - tiques, géopolitiques mai s aussi d’autres t ypes de ri sques », complète Matthias Lutz. De nom- breux phénomènes qui inquiètent les entre - pri ses, montre le baromètre Kyu. Parmi eux, les c yberatt aques, dans cer t ains c as liées aux ri sques géopolitiques, sont jugées de plus en plus menaç antes, l’essor de l’IA aidant . Anne Daubrée JUSQU ’EN 2021, le groupe franç ai s de construc- tion et promotion immobilière L e gendre n’avait pas vraiment de straté gie de pilot age des ri sques. L es arbitrages de couver ture ? Ils étaient presque entièrement délé gués à son as- sureur hi storique. Une routine devenue hasar- deuse pour assurer la pérennité d’un groupe affichant 80 printemps. Déc i sion a donc été prise il y a qu atre ans, par le C omex, de profes- sionnali ser ce sujet via la c réation d’un poste de direc teur des ri sques et des assurances pour lequel a été rec rutée Sylvie Guichaou a. « C ette déc i sion a été pri se en rai son de la for te évolution du groupe. L’entrepri se ét ait pas- sée en c inq ans de 630 millions d’euros de chiffre d’affaires à un milliard d’euros, retrace -t- elle. C ette c roi ssance s’est traduite par des projets uni- t aires de plus en plus impor t ants financ ièrement et de plus en plus complexes techniquement et contrac tuellement . C ela nécessit ait un pilot age des ri sques plus préc i s. Par ailleurs, côté assu- rances, le groupe s’appuyait depui s très long- temps sur un par tenaire hi storique mai s, avec la c roi ssance, L e gendre ét ait sor ti du cœur de c ible - comme des c apac ités d’exper ti se - de celui- c i ». Sous la ligne hiérarchique du direc teur général finances, la nouvelle direc trice des ri sques a donc pri s le sujet en main. Une c ar to- graphie des ri sques a été réali sée il y a troi s ans, concernant dans un premier temps les seuls ri sques assurables. « C ette c ar to graphie ét ait indi spensable. Deux ans après mon arrivée, notre assureur hi storique s’est retiré du secteur de la construc tion. Nous avons lancé un appel d’offres avec notre cour tier Marsh et travaillé av e c lui sur les princ ipales polices. Mai s pour cela, nous avions besoin de mieux connaître et c arac tériser nos ri sques », dét aille -t- elle. Collecte des données. Et d’illustrer : « Par exemple, avec notre divi sion L e gendre Inves- ti ssements, nous gérons des ac tifs immobiliers. L orsque le précédent assureur a résilié la police dommages, nous avons const até que nous étions en c apac ité de donner la valeur vénale, mai s pas les informations intéressant de futurs par tenaires assureurs, comme la valeur de la reconstruc tion à neuf, l’ac tivité des loc at aires etc. » Pour mener ce travail de c arac téri sa- tion, de collec te et de gestion des données, un investi ssement a été consenti dans un système d’information de gestion des ri sques et dans une mi ssion confiée à Senoee, spéc iali ste de la valori sation du patrimoine immobilier. Selon Sylvie Guichaou a, le retour sur inves- ti ssement de l’ensemble de ce travail est aussi bien qu alit atif que qu antit atif. « La profession- nali sation de la gestion des ri sques et des assu- rances nous conduit aujourd’hui à travailler av e c des assureurs de premier rang (SMA , Al- lianz, Axa…) et nous pouvons ainsi profiter de leur exper ti se. C ela permet aussi de renforcer nos positions dans nos échanges avec nos par- tenaires ». C omme toute entrepri se, L e gendre arbitre chaque année entre les ri sques qu’il choi sit de délé guer et ceux qu’il préfère assu- mer (et sur lesquels il souhaite rester di sc ret). Mai s, dans tous les c as, insi ste Sylvie Gui- chaou a, s’assurer n’exonère en rien de la préven- tion. Par exemple, l’unité « QSE » de la divi sion construction est constituée d’une ving t aine de correspondants présents au quotidien sur les chantiers pour sécuri ser les chantiers et faire de la prévention auprès des opérationnels. Stéphanie Gallo Triouleyre ETI FAMILIALE implantée à Lyon, l’entrepri se C epovett fabrique des vêtements profession - nels depui s 1844, not amment sous la marque L afont . Une longue hi stoire qui lui a permi s de développer une approche pragmatique des ri sques. En l’absence de direc teur des ri sques, c ’e s t Marc Jacouton, responsable du dévelop- pement durable et des relations extérieures pour le groupe, qui planche sur le sujet , aux côtés des responsables qu alité et conformité. « Nous avons réali sé notre propre c ar to gra- phie des ri sques : il ne s’agit pas d’un outil lo gi- c iel complexe, mai s d’un modèle élaboré en interne. Notre approche est très se gmentée : chaque ser vice, chaque dépar tement , gère ses ri sques. Ainsi, le c yber et la sécurité dat a sont s u iv i s par les responsables informatiques, le ri sque financ ier par la direc tion financ ière et la lo gi stique por te le ri sque entrepôt . Chaque ri sque est donc ramené aux responsabilités métiers. Chaque direc tion peut ainsi faire bou- ger la c ar to et les sujets sont ensuite consolidés en comité de direc tion. Nos ri sques les plus im- por t ants sont ceux de nos clients. », ajoute -t-il. C omme ses clients, le groupe est donc en première ligne sur le sujet des évolutions ré gle- ment aires. « Les vêtements professionnels en- gagent la responsabilité des employeurs. Au fil des années, nous avons const até une for te aug- ment ation des c ritères retenus dans le c ahier des charges, à mesure que de nouvelles normes ét aient inst aurées », explique Marc Jacouton. Climat. Au second rang des préoccupations des donneurs d’ordre, le ri sque climatique. « Le sujet climatique est désormai s flagrant dans cer t ains métiers. Par exemple, dans le sec teur du BTP, nous devons être à même de produire des vêtements techniques sécuri sés, mai s lé gers, permett ant de faire face aux épi sodes de grande chaleur », poursuit le direc teur RSE . Po u r aut ant , le sujet est pri s en compte plus a posteriori qu’a priori. « Le c ritère prix reste le c ritère numéro un de la majorité de nos don - neurs d’ordre. L e sujet environnement al est , cer tes, très impor t ant mai s pas au détriment du coût du produit ». Par son ac tivité, C epovett est é galement un obser vateur privilé gié des nouvelles ten- sions géopolitiques et de la montée du « ri sque émeute ». « Nous équipons la gendarmerie et la police, et nous avons obser vé de réels change- ments dans le c ahier des charges. Il y a quelques années, la requête ét ait d’abord de fournir des vêtements en coton et polyester. Désormai s, les tenues doivent être plus rési st antes : nous obser- vons une technic ité acc rue dans les exigences du c ahier des charges », explique Marc Jacouton. Trè s conc rètement , les vêtements des forces armées, qui devaient jadi s rési ster aux pavés, doivent désormai s proté ger face à d’autres pro- jec tiles tels que les jets d’ac ide et les flammes. Au t r e élément sensible : en t ant que four- ni sseur de l’armée et de la gendarmerie, la force de produc tion de C epovett pourrait être préemptée. « Nous avons des usines avec des c apac ités de réser ve », indique le direc teur RSE. Aut ant dire que l’entrepri se est très atten- t ive à l’évolution du ri sque géopolitique… Chloé Consigny L’assèchement du Rio Negro a paralysé l’usine Michelin de Manaus, qui n’est accessible que par barge. SIPA PRESS Montée en puissance du pilotage chez Legendre La supply chain en équilibre sur un fil ri sques opérationnels (concurrence, accès au marché, c yberatt aques, RH, etc.), industriels et environnement aux (supply chain, etc.), lé- gaux et ré glement aires (contrefaçons, proprié- té intellec tuelle) mai s aussi financ iers (ri sque de change, contrepar tie, volatilité du cours des ac tions). Chacun est suivi par un membre du C omex, qui construit un plan d’ac tions, dé- cliné tout au long de l’année. Au- delà de cette gouvernance, troi s lignes de défense ont été mi ses en œuvre. En première ligne, les opéra- tions et fonc tions suppor t . En deuxième ligne, le contrôle interne, le ri sque et les assurances, l’éthique, la qu alité. En troi sième ligne, l’audit interne. L’ensemble se coordonne not amment au sein du comité des ri sques piloté donc par Anne P iot d’Abz ac. « Aujourd’hui, nos grands enjeux de ri sque concernent , comme pour la plupar t des ac teurs internationaux, la c ybersécurité, la géopolitique, la pression ré glement aire et les ri sques de rupture d’approvi sionnement - notre objec tif ét ant d’assurer à nos patients l’accès à nos médic aments. Notre ambition est de mettre const amment notre démarche de ri sk management au ser vice de la straté gie d’entrepri se. Nous avons, par exemple, défi - ni nos niveaux d’appétence au ri sque. Pour les oppor tunités de développement , nous acceptons une pri se de ri sque c alculée. Pour les ri sques liés à l’éthique, à la sécurité et la confiance, nous sommes en revanche sur une position de maîtri se maximale », dét aille -t- elle. Les couver tures sont adaptées chaque année, en fonc tion de l’évolution du profil de COTÉ SUR EURONEXT Pari s, le groupe biophar- maceutique franç ai s Ipsen a réali sé en 2024 un chiffre d’affaires de 3,4 milliards d’euros avec 5 200 salariés. Ses aires d’inter vention ? L’onco- lo gie, les maladies rares et la neurolo gie. Forcé- ment, avec un « tel terrain de jeu », mondial de surc roît , Ipsen est soumi s à des ri sques impor- t ants. Une position qui l’a amené, depui s des années, à manager ses ri sques au cordeau. Et cela commence par une solide c ar to gra- phie des ri sques. « To u s les ans, nous menons deux démarches complément aires : ascendante et descendante. L a première est réali sée avec chaque pays, site, divi sion. L a seconde, avec le C omité de direc tion. Pui s nous c roi sons les deux analyses pour obtenir une c ar to graphie propre à chaque entité. Nous produi sons par ailleurs une c ar to graphie globale qui, après validation par le comité de direc tion, est soumi se au comité d’audit du C onseil d’admini stration. C ette c ar- to graphie englobe les ri sques assurables et les ri sques non assurables », explique Anne P iot d’Abz ac, chief ri sk officer d’Ipsen depui s 2013 et à la tête d’une équipe de qu atre personnes (deux en charge des assurances, deux en charge de la c ar to graphie). « C et exerc ice a un objec tif de conformité, mai s va bien au- delà. Pour l’en- semble des opérateurs, il s’insc rit dans la néces- sité de prendre du recul sur les menaces liées aux ri sques auxquels nous sommes confrontés, tout comme ils le font pour les oppor tunités ». C omex. Un e ving t aine de ri sques majeurs ont été identifiés, et sont li stés dans le docu- ment d’enre gi strement universel du groupe : ri sques du groupe. C e dernier se fonde pour cela sur sa c ar to graphie globale, sur des études d’impac t de potentiels événements majeurs, pour chaque site industriel, ainsi que sur des études ac tu arielles et un benchmark avec ses pairs et des entrepri ses comparables. Enfin, le groupe s’appuie é galement sur sa c aptive de ré- assurance, Ipsen Ré, c réée en 2006 : la struc ture finance not amment une par tie du pro gramme Responsabilité Civile G énérale et Produits. S. G. T. Ipsen : gestion sur ordonnance Cyber, sécurité des données, ré glement a- tion, épi sodes de chaleur, tensions géopo- litiques… À mesure que les cahiers des charges se durcissent, le fabricant de vêtements professionnels devient un baromètre discret des crises. Spéc iali sé en oncolo gie, maladies rares et neurolo gie, Ipsen est soumi s à des ri sques imporants. IPSEN II l’Opinion 4 f é v rier 2026 n ive au x de per tes assurées bien inférieurs à 2024 mai s nous en sommes tout de même à six années consécutives supérieures à 100 milliards de dol - lars… Nous devons donc rester très attentifs, améliorer encore nos modèles et notre vi sion du ri sque, aler te Maria Brohmi, responsable P&C Western Europe & Middle E ast and Afric a pour SCOR. Chez SCOR, nous avons une équipe R&D qu i travaille sur ces sujets afin d’accompagner nos clients assureurs, et donc leurs clients ». Tarifs ajustés. C ette relative acc almie vient consolider le c ycle bai ssier des t arifs pratiqués par les réassureurs, de l’ordre de 10 à 15 % sur les renouvellements 2026, selon les const at ations du cour tier Aon, mai s elle n’en est pas la c ause unique. Ni même princ ipale. « C ette bai sse des t arifs à deux chiffres ne peut cer t ainement pas s’expliquer uniquement par la diminution des per tes enre gi strées en 2025 sur les c at astrophes naturelles, ce c ritère seul Légère acc almie après les for tes turbulences de 2 0 2 4 : sur le front des c at astrophées natu- relles, 2025 a été nettement plus clémente qu e l’année précédente. C ette respiration, ajoutée aux réser ves financ ières budgétées et à un niveau de compétition ac tuellement plutôt intense, génère une baisse des tarifs des réassureurs de l’ordre de 10 à 15 %. LE BILAN MONDIAL des c at astrophes natu- relles en 2024 avait été par ticulièrement lourd, plaç ant l’année comme la troi sième la plus coû- teuse depui s 1980, après 2005 (Katrina) et 2017 (nombreux ouragans). Une fac ture de 350 mil- liards de dollars de per tes économiques pour 14 5 milliards de per tes assurées. D’après les premiers c alculs publiés par les réassureurs et grands cour tiers internationaux, 2025 a été beaucoup plus c alme, avec des per tes assurées estimées aux alentours des 107 milliards d e dollars (dont près de 85 % concernent les Et ats- Un i s et 6 % environ l’Europe) pour des per tes économiques globales de l’ordre de 200 mil- liards de dollars. L’année 2025 avait démarré for t avec les in- cendies de L os Angeles, qui ont représenté près de la moitié des per tes améric aines assurées. Elle s’est ensuite avérée finalement bien plus clémente qu’attendu, aucun ouragan n’ayant impac té le sol améric ain. A noter néanmoins l’ouragan Meli ssa, qui a frappé not amment la Jamaïque, les B ermudes, les Bahamas etc., représent ant des per tes assurées estimées à 2,5 milliards de dollars par Swi ss RE . Parmi les ne jouerait que sur quelques pourcents. En revanche, le nombre plus impor t ant d’ac teurs présents sur le marché, avec des for tes ambi- tions de c roi ssance, provoque une compéti- tion acc rue et donc des t arifs ajustés », obser ve Emmanuel L e Floc ’h, direc teur général d’Aon Réinsurance Solutions Pari s. Selon lui, cette tendance devrait se poursuivre en 2027, mai s les assureurs doivent se préparer « à une accé- lération des c ycles plus intenses et plus cour ts à la hausse et à la bai sse ». Quel impac t en bout de ligne pour les entre- pri ses ? « Nous avons obser vé, depui s plusieurs années, une désynchroni sation, voire une dé- corrélation entre les c ycles en assurance et réas- surance. L es difficultés rencontrées par les as- sureurs ou réassureurs pour atteindre leur busi- ness plan devraient néanmoins se traduire en une concurrence toujours for te et de probables bai sses lors des renouvellements 2026/2027. » Stéphanie Gallo Triouleyre au t re s c at astrophes naturelles 2025 not ables, les dé gâts impor t ants provoqués par des inon- dations violentes en novembre dernier en Asie du Sud-Est not amment au Vietnam, en Thaï- lande, au Sri L anka et en Indonésie. Effet cumulatif. L es orages ont , par ail- leurs, généré plus de 50 milliards de per tes as - surées dans le monde, confirmant la tendance haussière de ce t ype de sini stres ces dernières années. « L’urbani sation des zones à ri sque, la hausse de la valeur des biens immobiliers, l’augment ation des coûts de construc tion et des fac teurs tels que la vétusté des toitures font de ces orages un ri sque majeur pour les assureurs. (…) il est essentiel pour les assureurs de prendre en compte l’effet cumulatif d’événements fré- quents, à faible sini stre, ainsi que l’augment a- tion de la valeur des biens immobiliers et des coûts de réparation. Une vi sion plus globale de ce ri sque est indi spensable pour garantir une sousc ription et une gestion des ri sques adé - qu ate s », rappelle Batz Grollimund, respon- sable des ri sques c at astrophes naturelles chez Swi ss R E . Le bilan Cat Nat 2025, meilleur que celui de 2024, ne doit néanmoins pas faire perdre de vue qu e les turbulences – sans mauvai s jeux de mots – restent menaç antes. « C er tes, 2025 a généré des SIPA PRESS Evénements climatiques : une année pour souffler Habit ants de L acovia Tombstones ( Jamaïque) devant l’ampleur des dégâts c ausés par l’ouragan Meli ssa, le 29 oc tobre 2025. « C e r tes , 2 025 a gé n é ré d es niveaux de pertes assurées b ien inférieurs à 2024 mais n o us e n s o m m es to u t d e m ê m e à s i x a n n é es consécutives s up é r i e u res à 10 0 milliards de dollars… No u s d e vo n s d o n c res te r très a tt e n t i fs , a m é l i o r e r e n c o re n os m o d èl es » Gestion des risques Alexi s Valleron, président de l’Apref. De fait , le nombre de litiges concernant les c auses de l’environnement et du changement climatique augmente. Par exemple, le chimi ste Arkema est ré gu- lièrement att aqué devant les tribunaux pour cont amination des eaux. Et un premier ver - dic t , récent , a de quoi épouvanter les ri sk ma- nagers. En 2025, les anc iens dirigeants de Mite- ni, chimi ste, ont été condamnés à un tot al de 14 1 ans de pri son, et l’entrepri se à 64 millions d’euros d’indemni sation pour « empoi sonne- ment des eaux » e t « désastre environnemen - t al », par un tribunal it alien. Par ailleurs, souc i de la santé et de la sécu- rité des consommateurs oblige, les entrepri ses Au x Et ats-Uni s, la mi se en c ause de la res- ponsabilité c ivile des entrepri ses devant les tribunaux leur coûte parfoi s plusieurs milliards de dollars. La tendance semble gagner l’Europ e : le nouveau cadre juri- dique qui s’ instaure est de nature à favo- riser l’explosion des litiges, notamment sur les PFAS. 2 ,1 milliards de dollars. En 2025, Bayer – qui a fait appel – a été condamné par un jur y de l’Et at de G éorgie à verser la somme à un plaignant atteint d’un c ancer. L e désherbant Roundup, produit par l’entrepri se améric aine Monsanto – rachetée par le géant allemand en 2018 –, a été reconnu à l’origine de la maladie. « Au x Et ats-Uni s, on ne parle plus de verdic ts nucléaires mai s thermonucléaires, t ant l’infla- tion soc iale se traduit par des coûts de procé- dure et des mont ants de dommages astrono- miques », const ate Isabelle Dufor t , direc trice du dépar tement RC (responsabilité c ivile), chez le cour tier Marsh France. Outre -Atlantique, le phénomène s’est lit - téralement emballé : les per tes en responsa- bilité c ivile professionnelle ont augmenté de 11 % par an entre 2018 e t 2 02 3, pour atteindre font face à des coûts c roi ssants de retrait de produits défec tueux dans l’agroaliment aire et dans l’automobile, en par ticulier. C es ten- dances soc iét ales qui s’affirment pourraient prendre une nouvelle ampleur à la faveur de deux changements juridiques majeurs. Tout d’abord, une évolution for te du c adre judi - c iaire, fruit de la transposition (en 2025, pour la France) de la direc tive européenne sur les actions représent atives. « Elle va rapprocher le modèle européen de celui améric ain. A moyen terme, cela peut aboutir à une for te augmen- t ation des litiges et des mont ants demandés », met en garde Ersida Ago. Jurisprudence. Deuxième changement , la nouvelle direc tive sur la responsabilité des produits défec tueux, dont la transposition est prévue pour fin 2026. Elle élargit considéra- blement le périmètre et la por tée du texte pré- cédent . En par ticulier, elle devrait « favori ser les litiges concernant les PFAS », analyse Isa- belle Dufor t . C e groupe de plusieurs milliers de produits chimiques synthétiques, utili sés depui s des décennies dans l’industrie, est au- jourd’hui considéré comme dangereux pour la santé et l’environnement . Chez les entre- pri ses et les assureurs, « le ri sque lié aux PFAS est identifié mai s il n’est pas encore pleinement appréhendé : il compor te de très nombreuses incer titudes », analyse Quentin Charluteau, assoc ié chez Simmons & Simmons, c abinet d’avoc ats, qui const ate que les clauses d’ex - clusion ou sous-limites d’indemni sation pré- vues sur ce sujet depui s troi s ans environ par les assureurs n’ont pas encore subi l’épreuve des procès. « Po u r l’inst ant , il n’exi ste pas de juri sprudence. On a parfoi s le sentiment d’être quelques minutes avant la tempête », conclut Quentin Charluteau. Anne Daubrée 14 3 milliards de dollars, d’après l’Institut Swi ss Re . Matrice de cet emballement , un système judic iaire qui alimente la machine, combinant jur ys populaires, c abinets d’avoc ats spéc iali- sés et di spositif de financement . Aujourd’hui, Australie, Royaume -Uni et Canada sont eux aussi atteints par cette inflation soc iale, leurs systèmes judic iaires ét ant proches de celui améric ain, selon Swi ss Re. Résult at , les entre- pri ses dont l’ac tivité se déroule dans ces pays sont déjà confrontées à ce phénomène poten- tiellement désastreux en c as de litige ( y com- pri s sur le plan réput ationnel) et , dans tous les c as, générateur de complexité et de coûts. Par exemple, « le simple fait de réali ser un chiffre d’affaires assez impor t ant aux Et ats- Un is impac te la t arific ation des assureurs avec, par exemple, des franchi ses plus élevées », const ate Ersida Ago, présidente de la commi s- sion « Responsabilités » à l’Amrae, Assoc iation pour le management des ri sques et des assu- rances de l’entrepri se. Tendances. Au- delà de ce périmètre géo- graphique ? Globalement , « nous ne sommes pas dans une période c ritique. Nous ne const a- tons pas de tension par ticulière sur le marché de l’assurance de la RC », rassure Ersida Ago. Les chiffres de la réassurance, boussole du sec teur, le confirment : le ri sque RC représente environ 10 % de la prime de réassurance non- vie en France, une propor tion qui reste st able, tout comme le mont ant des primes (environ 500 millions d’euros en 2 02 4 e t 2025), d’après l’Ap re f (Assoc iation des professionnels de la réassurance). Toutefoi s, l’Europe pourrait – assez vite – rejoindre l’Amérique. « Par essence, la respon- sabilité c ivile des entrepri ses se niche dans de très nombreux sujets de soc iété et cer t ains de- viennent de plus en plus pré gnants », souligne SIPA PRESS Responsabilité civile professionnelle : tempête en vue ? Le géant allemand de l’agrochimie Bayer a été condamné par un tribunal améric ain à verser la somme de 2,1 milliards d e dollars à un plaignant atteint d’un c ancer. « Par ess e n c e, la responsabilité civile d es entreprises se niche dans d e très n o m b re u x s uj e ts de société et certains de viennen t d e pl us en pl us p ré g n a n ts » Le changement climatique a désormai s des effets réels sur l’ac tivité économique : aucune entrepri se n’y échappe, quels que soit sa t aille ou son sec teur d’ac tivité. « Prenons les vagues de chaleur : elles c réent du stress hydrique et peuvent conduire à des arbitrages public s, par- foi s au détriment des entrepri ses », const ate Michel Josset , président de la commi ssion “Pré- vention et Dommages” de l’Amrae. Et sans filet . « Si les autorités déc ident de couper l’aliment a- tion en eau, alors la per te d’exploit ation n’est pas assurable ». Si la plupar t des grandes entrepri ses se sont aujourd’hui munies d’outils sophi stiqués pour appréhender cet aléa, les petites et moyennes entrepri ses semblent souvent démunies face à leurs ri sques climatiques. Pour les aider, l’Amrae, l’Ademe et la Direc tion générale des entrepri ses (DGE , B erc y) ont récemment mi s en place un nouvel outil : « Ma Car to Climat ». « On parle beaucoup de déc arbonation, mai s, pour l’heure, rares sont les entrepri ses à se pencher sur le sujet de l’adapt ation », souligne Sandrine B er thet , délé guée à la transition écolo gique au- p rè s du Direc teur général des entrepri ses. Gratuite et di sponible en ligne, « Ma Car to Climat » aide les entrepri ses et les ac teurs pu- blic s à réali ser un autodiagnostic des ri sques climatiques physiques pesant sur eux. Objec tif : inc iter les déc ideurs à inté grer l’adapt ation au changement climatique dans leurs pri ses de déc i sions et leurs investi ssements. Po u r ce faire, Ma Car to Climat se décline en troi s temps. Tout d’abord, l’exploration des futurs climatiques selon différents horizons de temps (2030, 2050, 2100), pui s l’évalu ation de la sensibilité climatique d’un maillon de la chaîne de valeur, c ’est-à- dire sa propension à ê t re impac tée par un aléa, sans tenir compte des ac tions qui pourraient déjà avoir été mi ses en œuvre pour réduire la vulnérabilité. Enfin, l’outil permet d’évaluer la c apac ité d’adapt ation de l’organi sation et les plans d’ac- tion mi s en œuvre afin de réduire les impac ts potentiels de la sur venance de l’aléa. « Simple, gratuit et ergonomique, cet outil va permettre de faire émerger des points de vigilance. L’en- trepri se pourra alors travailler à réduire son exposition », conclut Michel Josset . Chloé Consigny Un nouvel outil p our mesurer son risque climatClimatl. RoiNoe.g.roRNore Marché de l?emploi : l?épreuve de la descente l’OpinO Des réacteurs nucléaires pour éviter le risque de black- out r ie20érf ArcelorMittal relance Dunkerque avec un four électrique RNeoteg Le laser contre d?;vfCgcT;g;v'1 des fréquences satellites eCmrle otx i Un accord de plusieurs gudduhT-M1 entre Safran et Ryanair Climilat. .RoNitli.eger g?E’nsI 10 Mercredi 11 février 2026 — N° 8264 Réunis pour la 33 e édition des rencontres Amrae à Deauville, les gestionnaires de risques des entreprises françaises avaient un mot en bouche : géopolitique. Face à la montée des tensions, ils doivent anticiper et parer à toutes les éventualités. JULIEN GOUESMAT L es cheveux mouillés, ils tentent de s’abriter sous des piles de dossiers ou un por te -documents. Mé- téo-France avait annoncé quelques millimètres de pluie sur Deauville ce jeudi soir : la promesse a été te- nue. À la sor tie du Centre international de conférences de la station balnéaire, une bonne moitié du public est détrempée. Ironie du sor t : ce sont, pour la plupar t, des gestionnaires de risques, chargés d’anticiper et de maîtriser les aléas en tout genre. Leurs préoccupations du moment sont bien plus complexes que trois gouttes d’eau sur un costume. Cette année, pour la 33e édition des Ren- contres de l’Amrae, les enjeux géopolitiques ont mobilisé les risk managers. Au point, sans doute, de leur faire oublier le plus élé- mentaire des parapluies. Réduire l’incertitude À leur corps défendant, les risk managers semblent avoir anticipé leur présence à Deauville de longue date. Pour les besoins d’un atelier de groupe, cer tains avaient en- voyé au préalable une image du risque qu’ils ASSURANTIEL Immersion chez les risk managers qui font face à la géopolitique Les 33es rencontres AMRAE se sont tenus au cours de la première semaine de février 2026. SACHA LENORMAND - AMRAE FINANCES 11Mercredi 11 février 2026 — N° 8264 jugent le plus impor tant. Outre les tradition- nelles cyberattaques et les aléas clima- tiques, l’intimidant por trait off iciel de Do- nald Trump a été choisi par trois par ticipants. Six autres ont également sé- lectionné une image différente du président américain. « Étonnamment, il n’ y a pas de photo de Poutine », souligne l’un des organisateurs. Progressivement, les langues se délient et chacun justif ie son choix. Les droits de douane, le risque de guerre et la per turba- tion des chaînes d’approvisionnement re- viennent fréquemment. « Pour moi, le retour de Donald Trump et du fait militaire, c’est à la fois un risque et une opportunité », conf ie un salarié du secteur de la défense. L’absence de por trait de Vladimir Pou- tine sur le tableau où sont scotchées les pho- tos continue d’intriguer les par ticipants. « Ne serait-ce pas un risque q u’o n sous-es- time ? », questionne une risk manager. Son in- terrogation fait référence au discours que François Beaume, président de l’Amrae, a en- registré à destination des par ticipants à l’ate- lier. « U n des risques pour vous, c’est la panne des évidences, a-t-il mar telé. C ’e s t voir un pont sus- pendu qui s’écroule (…). On l’emprunte tout le temps et on n’ a pas vu venir l’effondrement. » A n - ticiper, prévoir l’impossible, diminuer l’incer- titude, parer à toute éventualité… Ces missions à haute responsabilité incombent à ces ex- per ts, dont la profession oscille entre straté- gie d’entreprise, assurance et f inance. Saisir les occasions Face aux enjeux géopolitiques et militaires, le langage et les méthodes s’adaptent. Audrey Lesueur est associée au cabinet de conseil en gestion de risque Arengi. En janvier, le cabinet a publié un baromètre des risques af in d’évaluer les principales me- naces actuelles. « Mais on est les seuls à propo- s e r, pour chaque tendance recensée, des risques… et des opportunités ! Ce n’ e s t pas qu’une lecture défensive », assure l’associée. Si le thème de cette année était « l’odyssée des risques, maintenons le cap », le mot d’ordre res- semble plutôt à « par tons à l’offensive », au mo- ment où la « probabilité d’une guerre se ra p- proche », selon Audrey Lesueur. L’offensive consiste d’abord à déceler des aubaines dans le marasme des affaires inter- nationales. Ainsi, lors d’une conférence sur l’économie de guerre, Emmanuel Pitron, di- recteur général d’Adit, a diagnostiqué « des p ré- mices d’activation d’entreprises américaines prêtes à se repositionner en Iran ». Le remodelage du monde à la mode Tru- mp pourrait donc prof iter aux groupes ca- pables de saisir la bonne occasion. Seulement, en France, « la démarche défensive est comprise. La contre -offensive est quelque chose que l’on sait faire en période de crise. Mais la démarche o f fe n- sive n’ e s t pas encore intégrée », analyse le connais- seur. Cer tains expliquent cette lacune par ce pa- radoxe : « il faut sortir de la simple gestion de risque pour aller chercher des opportunités. Mais saisir ces opportunités représente souvent un risque, et t rè s souvent f inancier. » Assurer le risque Pour celles et ceux qui hésitent à investir ou à racheter une entreprise, une farandole de stands attend dans le village par tenaire. On y trouve des assureurs exper ts en risque cli- matique ou politique. Chez Willis Tower Watson, on évoque comme enjeu de cou- ver ture « les licences d’exportation qui s ’a n- nulent ou sont interrompues, et les conf isca- tions de biens » au r ythme des rivalités étatiques. « Le fait majeur », explique Salomon Journo, « c’est le retour au premier plan des États. Désormais, chaque entreprise dépend de la politique de son état. Selon les relations de cet état ave c un autre, il peut y avoir des risques de non-paiement. » À côté de lui, son collègue Louis du Mesnil prend l’exemple des diff i- cultés d’Orano, dont la production d’ura- nium a été saisie au Niger. Le risque géopo- litique coûte cher. Sur le village par tenaires, d’autres en- treprises proposent leurs ser vices pour pas- ser à l’offensive. Ceux d’International SOS sont diff iciles à saisir au premier abord. Le leader mondial de la gestion des risques sa- nitaires offre assistance et sécurité par tout dans le monde. En juillet, le groupe aux 11 000 salariés a lancé Quantum, un logiciel de gestion des risques. L’outil aff iche une car te des cyclones en temps réel, l’emplacement des usines, des aler tes de sécurité pour les collaborateurs et des points de refuge. Plus l’offensive est de mise, plus la gestion du risque ressemble à un f ilm de James Bond. # FINANCES MUTUELLES SERÉINVENTER SANSSERENIER COLLECTIVITÉS MIEUXGÉRER SONPATRIMOINE ÉPARGNE LETAUXDUFONDSEUROS FAITLEGRANDÉCART CLASSEMENTE XCLUSIF Les courtiers des grandesentreprises L’Argus dévoilel escourtiers d’assurancedesentreprisesduSBF120 surlesrisquesdommages,RC,transport, RCMS,flottesautoetcyber. argusdelassurance.com>Hebdom adai ren°7944>27février2026>14€/ISSN1626-4428 N°7944DU27FÉVRIER2026 18 L’ARGUSDEL’ASSURANCE DÉCRYPTAGES D ansl e contexte depoly- criseque nousvivons actuelle- ment, avecdesrisque sdeplusen plusinterconnectés( climatiques, géopolitiques, cyber…),jeveux resteroptimiste , maisjem’inter- rogeparfois faceàlaréactiond u marchédel’assurance»,intro- duitAurélieSénéchal,direc- teurdesrisquesetassurances du ClubMed.Defait,leretraitpro- gressifdesassureursdecertains secteurs,parfoisnécessairepour préserverleuréquilibrefinan- cier,soulève desinterrogations surlasoutenabilitédusystème assurantiel. MARCHÉ GRANDSRISQUES: SEDÉSENGAGER OUS’ADAPTER? «Laperted’exploitationsans dommagesétaitassurablejusqu’à lapandémie deCovid.Après l’amiante hier, cesontaujourd’hui lesPfasquiinquiètent …Onvoit quelatemporalitéestunenjeu majeurd el’assurabilitédurisque. Maisilestunpeuparadoxalq ue lesassureurssedésengag entau momentoùonaleplusbesoin d’eux.Entantqueriskmanagers, nousdevonsfaireledosrondet trouverdessolutionsalternatives , aumoinstemporairement.»Pour FrédéricDurot,directeurglobal P&CdeDiot-Siaci,riend’éton- nantàcequelesacteursdumar- chéévoluentenpermanence entreunezonedeconfortetune zoned’inassurabilité,enfonction decritèresfinanciers,organisa- tionnels,transactionnels,mais aussiselonl’appétitdesréassu- reurs,laqualitédelaprévention, lacomplianceetlatemporalité. «Lesassureursnepeuventdéro- gerauxquatreprincipesdurisque, quidoitêtrealéatoire,quanti- fiable,mutualisableetnon-systé- mique.Aufinal, laprimedoitêtre calculablepourl’assureur, mais aussisoutenablepourl’assuré», estimeDenisStasinski,directeur delasouscriptionetdel’expé- rienceclientdeZurich. DIALOGUEETRECHERCHE Ledésengagementdesassu- reurs,qu’ilsoitmassiflorsdes situationsdehardmarket,ou plusponctuelsurcertainssec- teurs,semanifestedefaçon AURÉLIE NICOLAS Lesmodèlesassurantielssontmisàrude épreuvefaceàlahaussedesrisquesclimatiques, sanitairesoucyber.Commentlemarchéde l’assurances’adapte-t-il?LesRencontresde l’Amraeontétél’occasiondefairelepointsurles évolutionsetlessolutionsenvisagées. 19 L’ARGUSDEL’ASSURANCE N°7944DU27FÉVRIER2026 PANORAMADESCOURTIERS DESGRANDES ENTREPRISES 2026 SACHALENORM AND L’ateliersurle désengagement etl’adaptationdu marchédel’assurance faceauxévolutions desrisquesafaitintervenir (deg.àd.)LoïcLeDréau (FM),DenisStasinski (Zurich),FrédéricDurot (Diot-Siaci),etAurélie Sénéchal(ClubMed). IlétaitaniméparErsida Ago(OranoGroup), àdroite. businessdédiée,alancéFrédéric Durot,commeunpavédansla mare.Cettescissionestinéluc- table, ilfauts’ypréparerenren- forçantlessolutionsalternatives etlesanalysesquantitativeshaute couture.»ChezZurich,certains souscripteurssespécialisent d’ailleursdéjàdansl’analysedu risqueclimatique. DENOUVEAUXOUTILS Latablerondes’estachevée suruneprésentationdesdiffé- rentessolutionsd’assurancenon traditionnelles.«Lapluscom- muneestl’adaptationdespro- grammesd’assurance, en extrayantcertainsr isques (commelesexpositions USenRC), afindelesplacerenstand-alone. Lescaptivessontégalementun outilefficacepourplacerles risquesdefréquenceouenproie auxfluctuationsd’appétitdu marché»,apréciséAurélie Sénéchal.Depuis2020,ledéve- loppementdesassurancespara- métrique s,toutcommelerecours auxcatbonds,ontégalement permisderépondreàcettepro- blématiquededésengagement, notammentsurlerisqueclima- tique.Enfin,laréassuranceéta- tique,viadespartenariatspublic- privé(PPP),c omplètelapanoplie del’assurancealternative. Enconclusion,lespanélistes ontlisté leschallenge squedevra releverlemarchédanslesannées àvenir:Pfas,nuclearverdicts (décisionsdejusticesupérieures à10M$),litigesclimatiques (3000encoursdanslemonde), RCdesproduitsdéfectueuxet toutautre«effetpapillon»liéà unévénementdemarché,une jurisprudence ouunchangement denorme… ■ sionpourgérerleursexposi- tions.Côtécourtier,«nous sommesl àpourexciterl’appétit dumarché,pourpousserles assureurs(etlesréassureurs)à setranscender, toutengardant larigueuretladiscipl inenéces- saires.Nouslesaidonsàtrouver leurzonedeconfort,leurterrain dejeu»,estimeFrédéricDurot. Touslesparticipantsl’ont martelé:lameilleureoptionest lesinistreévité.«Ilnefautpas voirlapréventioncommeuncoût, maiscommeuninvestissement rentable.Uneuroinvestidansla prévention , c’estplusieurseuros d’indemnitésnonversées»,arap- peléAurélieSénéchalpourleClub Med.Unepositionpartagéepar DenisStasinski,pourqui«lapré- ventionestunpointdebascule entredésengagementetassurabi- lité, etelleseconstruitàtrois, le plusenamontpossible». «Àdixans, onpréditunescis- sionentrel’assurancedommages etl’assurancedesrisquesnaturels. D’unepart, parcequelafréquence etl’intensitédesaléasclimatiques s’accroissent, maisaussiparceque lesrichessesaugmentent.Lamon- téedespérils“cat”vanécessiter à termelacréationd’unelignede FRÉDÉRICDUROT DIRECTEUR GLOBALP&CD EDIOT-SIACI Àdixans,onpréditune scissionentrel’assurance dommagesetl’assurance desrisquesnaturels. ” concrètepourlesentreprises: absenced’offreconcurrente, haussedeprimes,relèvement desniveauxdefranchi se,exclu- sionsetréductiondeslongterm agreements.Pours’adapter,les riskmanagersn’ontd’autre choixquederesserrerledia- logueaveclesassureursetdeles challenger.LoïcLeDréau, seniorvicepresidentetdirecteur deladivisionEMEAdeFM Global,enestpersuadé:une bonnecompréhension des risques,grâceàdesinvestisse- mentsdanslarechercheetla science,estlabaseducyclede résilience desassureurs,qui serontainsiplusàmêmed’ap- porterdessolutionstechniques etd’accélérerlaprisededéci- Protéger Ste-Catherine des incendies PPaaggee1166 LE DISPOSITIF DE SÉCURITÉ TESTÉ N’ATTENDEZ PLUS POUR RÉSERVER VOTRE TABLE À DE AUVILLE ! 79, rue du Général Leclerc. Face au Normandy Barrière Réservation : 02 31 98 01 90 À 55 ans, le Petit Blonvillais À 55 ans, le Petit Blonvillais continue de ravir les papillescontinue de ravir les papilles PPaaggee 1100L’HISTOIRE CRICQUEBOEUF Quelles perspectives pour Quelles perspectives pour l’hôpital de la Côte fleurie ?l’hôpital de la Côte fleurie ? Page 6 TOUQUES Intervention de la police Intervention de la police après un match de footballaprès un match de football PPaaggee 55 4 f écourqicuetuavnvlsgu?E?’cvé4 fé vrii 4 fé fv frvf4i Ouver t du lundi au vendre di de 9h à 12h / 14h - 1 7h30 - Same di : 9h - 12h etavnlsg??vE’’glIAnvfm crier2066r RtegeNrxt c?E’vaIa’A ?? Isc fcrier2066r RtegeNrxt c?E’vaIa’A ?? Isc f oq-xtgbpte-,xbptêe,Ifixbp:t5q-pt8q5,e8,bx Fer raille (cisaille) .........140 € /tonne Platin...........................................100 € /tonne DEAUVILLE Au CID : l’événementiel reste Au CID : l’événementiel reste un levier économiqueun levier économique PPaaggeess 88 eett 99 CÔTE FLEURIE Le Deauville Tattoo Festival Le Deauville Tattoo Festival poursuit sa route à Caenpoursuit sa route à Caen PPaaggee 99 FOOTBALL ChangementChangement de présidencede présidence au SU Dives- au SU Dives- CabourgCabourg PPaaggee 3366 Patrick O G ER ÉDITION LITTORAL MARDI 10 FÉVRIER 2026 - N° 5406 Bi-hebdomadaire - 1, 7 0 € 3 chemin de Lourdes - 14100 Lisieux 02 31 48 54 60 - le-pays-dauge@actu.fr - Ser vice abonnement : 02 31 48 53 90 Une publication de l’Association pour le Soutien des Principes de la Démocratie Humaniste Trouville-sur-Mer. Pour la Saint-Valentin, l’office de tourisme de Trouville-sur-Mer a organisé un concours photo invitant les couples à déclarer leur amour en image, dans un décor 100 % trouvillais. Après l’envoi des photos, place au vote des clichés sélectionnés sur la page Facebook de l’office de tourisme. Jusqu’au 12 février, les inter nautes pourront voter pour leur photo préférée en l’aimant directement sur la publication. La photo ayant récolté le plus de mentions « J’aime » sera désignée gagnante. Un résultat qui sera annoncé le 13 février, à 12 h. Ca m i l l e e t St e v e B é n é d i c t e e t T h o m a s Le CONCOURS PHOTO Le saviez - vous Le papier utilisé pour imprimer votre journal provient à 95% de la filière recyclage. C’est pour cela que notre papier est cer tifié PEFC, garantie d’une gestion durable des forêts. Votre journal est fait à 95% avec du papier recyclé ! 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Pour les têtes de liste, c’est l’ultime ligne droite : arbitrages de der- nière minute, ajustements inter nes, signatures à réunir. Pour certains, le dépôt confirmera des candidatures déjà installées ; pour d’autres, il lèvera le voile sur des listes restées jusque-là discrètes. Le compte à rebours est lancé. Le TOP DÉPART Eure. L’agent immobilier Stéphane Plaza a passé la jour née à Ber nay jeudi pour une réunion de travail au sein de l’agence Plaza de Benjamin Plessis. L’animateur de M6 (Recherche appart ou maison, Maison à vendre, Chasseurs d’appart...) déprogrammé de la chaîne suite à sa condamnation pour violences habituelles sur une ex-compagne, a répondu aux questions du jour nal L’Eveil Normand, n’exclut rien pour son retour à la télévision. La VISITE Circulatiion. Depuis ce lundi 9 février, la vitesse maximale autorisée sur les routes dépar- tementales de l’Eure estre- passée à 90 km/h. Les radars automatiques positionnés au bord des routes ont été réglés sur cette nouvelle vitesse maximale autorisée tandis que les agents des routes du Département ont durant toute la jour née démasquer tous les nouveaux panneaux de signalisation nécessaires au relèvement de la vitesse à 90 km/h. « Près de 320 études de sécurité ont en effet été menées depuis fin 2024 sur l’ensemble du réseau pour identifier les sections à risque et prendre des arrêtés de circulation adaptés. Ainsi, sur les tronçons reconnus comme dangereux, la vitesse reste ou est abaissée à 70 km/h (54 nouveaux kilomètres de linéaire) voire à 50 km/h (2 kilo- mètres) », explique le Département de l’Eure. Le CHANGEMENT Deauville. Ce week-end, la voltige équestre a fait son retour au Pôle inter national du cheval, après plus de 15 ans d’absence. Une discipline spectaculaire alliant performance sportive, précision technique et expression artistique. Crédit photo : Dominique Saint. Le RETOUR 4 000 C’est le nombre de participants accueillis au Centre inter national de Deauville lors de la der nière édition du congrès de l’AMRAE. Un record pour ce rendez-vous biennal dédié au risk management – ou gestion des risques – et à l’assurance, qui réunissait un peu plus de 3 000 congressistes lors de sa précédente édition en 2025. Organisé à l’issue d’un appel d’offres national, l’événement mobilise plusieurs dizaines de métiers et génère d’importantes retombées économiques pour l’ensemble du territoire. Entre nous 2 LE PAYS D’AUGE MARDI 10 FÉVRIER 2026 actu.fr 29 Les EchosMercredi 4 février 2026 Enjeux Les professionnels du secteur se réunissent à Deauville du 4 au 6 février sur fond de crises multiples. Alors que les tarifs d’assurance sont en baisse, particulièrement dans le cyb er, la situation internationale très volatile devrait p eser sur les discussions. Après Davos, les tensions géopolitiques s’imposent à l’agenda des risk managers Thibaut Madelin M enace d’annexion du Gro enland par Donald Trump, enivré par son enlèvement du président vénézué- lien Nicolas Maduro, tensions p er- sistantes au Moyen- Orient, nouvel hiver sous les b omb es russes en Ukraine, attaque informatique contre La Poste, p énurie de puces Nexp eria dans l’automobile, incen- dies en Australie, instabilité p oliti- que dans une France surendettée… Après Davos fin janvier, rarement le climat aura été aussi intense p our les professionnels du risque, qui se réunissent du 4 au 6 février à Deau- ville à l’o ccasion des rencontres annuelles de l’Asso ciation p our le management des risques et des assurances de l’entreprise (Amrae). Et leur fonction, aussi clé p our des group es français soucieux d’aller chercher la croissance à l’étranger sans ignorer les dangers. Baisse des prix Alors que ce contexte anxiogène devrait faire exploser les prix d’assu- rance, c’est l’inverse qui se pro duit. « Nous sommes dans un marché favo- rable aux acheteurs d’as surances, déclare Denis Bicheron, directeur des placements CRB chez W T W France. Il y a une capacité abondante et des prix qui baissent quasiment sur toutes les lignes. » L’exp ert cite des réductions de 10 à 15 % dans l’assu- rance dommage des entre prises ou encore de 25 à 30 % sur les lignes financières, qui incluent le cyb er ou la resp onsabilité civile des man- dataires so ciaux. A l’origine : les b ons résultats techniques enregis- trés par les assureurs (et les réassu- reurs), qui vont chercher des affaires chez les autres en baissant leurs tarifs, explique l’exp ert. « Dans le cyber, il y a aussi eu une réaction de certaines grandes entre- prises », souligne Sarah Delhelle, directrice distribution chez Allianz Commercial France. Michelin, S onepar et plusieurs autres se sont ainsi réunis p our créer une captive d’assurance, Miris, en 2023, qui leur a p ermis de s’auto -assurer en partie. Résultat : « Il y a encore deux, trois ans, les prix étaient beaucoup plus éle - vés », reconnaît l’exp erte. Cette détente sur les prix n’est pas universelle. Les collectivités, soumi- ses aux émeutes notamment, ont certes moins de mal à s’assurer mais doivent payer le prix. Idem p our l’assurance automobile. « C’est une branche en tension parce que le coût des réparations augmente de manière très importante », souligne Edouard de Domecy, directeur général ad - joint et directeur des activités corp o- rate risk & broking chez W T W France, citant les coûts de main - d’œuvre et des pièces de rechange, a fortiori dans l’électrique, ou l’infla- tion sur les sinistres corp orels. Par ailleurs, de nouveaux risques appa- raissent, dont l’intelligence artifi- cielle, qui est passée de la 10 e à la 2 e p osition dans le baromètre mon- dial des risques d’Allianz. « C’est un risque sur lequel les assureurs vont de voir se pencher très vite », recon- naît Sarah Delhelle. Fuite de don- nées confidentielles donnant lieu à de la fraude ou de l’espionnage La p olitique du président américain Donald Trump a une influence directe sur les entreprises et les assureurs. Photo Evelyn Hockstein/Reuters GESTION DES RISQUESHIGH-TECH aussi du marché. « Il y a un décalage entre ce que les entreprises attendent et ce que les assureurs leur propo- sent », constate Grégoire Dutertre, président de la commission géop oli- tique de l’Amrae. Il cite les exclu- sions de zones géographiques, les prix et les franchises élevés, mais reconnaît que les entreprises doi- vent aussi professionnaliser leur gestion du risque géop olitique. Dans ce contexte, les entreprises p ourraient être confrontées à une nouvelle vague de consolidation. Ces derniers mois, Volante a fer mé en France, où le canadien Intact Insu- rance s’est au contraire installé après avoir acheté RSA ; le b ermudien Eve- rest a cédé un p ortefeuille à l’améri- cain AIG, qui a lui-même fait l’objet de rumeurs d’acquisition par Chubb. De son côté, l’allemand Munich Re cherche une cible dans l’assurance grands risques. n « Le risque géopolitique, ce n’est plus un bruit de fond, c’est vraiment au centre de l’agenda des Comex. » Oliver Wild Vice -président de l’Amrae Sur le Web • Géospatial Quand la géographie se met au ser vice du renseignement. • Prévention Les assureurs éduquent les PME. • Numérique Et si Trump interdisait à Microsoft de fournir ses ser vices à mon entreprise ? industriel, désinformation… Les scé- narios ne manquent pas, mais sont encore difficiles à estimer. Vague de consolidation Les autres risques, dont celui lié au climat, n’ont pas disparu, mais les tensions internationales dominent les débats. « Le risque géopolitique, ce n’est plus un bruit de fond, c’est vrai- ment au centre de l’agenda des Comex et des conseils d’administration, insiste Oliver Wild, vice -président de l’Amrae et directeur des risques et des assurances de Veolia. C’est un facteur de rupture majeure. » Les p olices d’assurance dommages standard excluent généralement la couverture des guerres et des guer- res civiles, mais des pro duits sp écifi- ques existent, comme les couvertu- res CEND (confiscation, expro - priation, nationalisation & privation) ou les p olices Violences p olitiques. Jusqu’ici, leurs prix n’ont pas flamb é, constate Denis Biche- ron. « Si le marché reste stable, la per- sistance de tensions géopolitiques majeures et inédites depuis la Seconde Guerre mondiale incite à la prudence quant à la pérennité de la situation », admet-il cep endant. L’évolution dép endra des hu- meurs du président américain, mais Mercredi 4 février 2026 Les Echos 30 Propos recueillis par Thibaut Madelin Qu’est- ce qui, début 2026, préo ccup e le plus les risk managers ? C’est la suite de ce qui nous a o ccup és en 2025. Il y a les sujets climatiques, géop olitiques et, d’une certaine façon, so ciétaux. Avec, p eut- être, un quatrième sujet qui concer ne les ruptures technologiques, l’intelli- gence artificielle et tous les corollai- res, comme les centres de données, la consommation énergétique ou la pression sur les ressources. Comment les entreprises se préparent aux risques géop olitiques ? Ukraine, Gaza, Venezuela, il y a b eaucoup zones de tensions dans le monde. Elles ont des rép ercussions sur les entreprises, mais aussi sur nous en tant qu’individus. Les p ossi- bilités d’app el à la mobilisation p eu- vent en faire partie. A ce titre, nous allons signer un partenariat entre l’Amrae et la Garde nationale, p our y faire reconnaître les comp étences de la profession de risk manager qui voudraient intégrer la réser ve. Ça veut dire que les entreprises se mettent en ordre de bataille p our un éventuel conflit ? On n’en est probablement pas là. Mais le chef d’état-major des armées a clairement dit qu’il allait falloir se préparer à un moment ou à un autre. Aujourd’hui, un p eu comme le risque cyb er à une ép o que, le ris- que géop olitique monte très haut dans les cartographies des risques. C’est devenu une des priorités dans la réflexion stratégique des entrepri- ses. Au début, cela concernait davantage les tarifs douaniers. Maintenant, cela p eut toucher les ressources humaines… Dans quel sens ? Rapp elez-vous. En février 2022, tou- tes les entreprises n’étaient pas for- cément présentes en Ukraine, mais elles p ouvaient être dans un pays limitrophe comme la Pologne. B eaucoup d’Ukrainiens sont repar- tis dans leur pays p our particip er à l’effort de guerre. En tant que risk manager, on doit faire un effort p our comprendre cette dynamique. Il faut mettre en place, s’il n’existe pas déjà, un disp ositif de veille sur les territoires et les sujets p erti- nents, et sans doute travailler avec d’autres écosystèmes parce que c’est une matière un p eu différente. Est- ce que les autres risques passent au second plan ? Je ne dirais pas ça parce que le risque climatique, le risque cyb er restent des préo ccupations majeures des organisations. Ça vient s’ajouter. Dans le risque climatique et le cyb er, on est dans un temps de suivi. Dans le risque géop olitique, on est encore dans le temps de la structuration d’un disp ositif de suivi. Et tout cela va s’imbriquer. Une des principales complexités que le risk manager va avoir à résoudre, ce sont les inter- connexions de risques. Si demain, on a un événement sur Taïwan, il y aura forcément un impact sur l’approvisionnement en puces, etc. Comment les assureurs réagis- sent à cette nouvelle donne ? On est aux frontières de l’inassurabi- lité sur certains sujets parce qu’il y a des risques qui deviennent récur- rents et sont à la limite de l’aléa. C’est le cas de certains risques climati- ques très lo calisés, où l’assureur a tendance à se retirer et traiter tout le monde de la mê me manière. Pour un gestionnaire de risques qui a mis en place des mesures de prévention, c’est frustrant. S on risque résiduel est complètement différent de celui de la so ciété d’à côté qui n’a rien fait, mais il est souvent traité de la même manière. C’est un sujet de discussion que nous avons avec les assureurs. Il faut que les efforts de gestion des ris- ques et de prévention des assurés soient reconnus dans l’offre assu- rantielle. C’est vrai notamment p our le climat, le cyb er, les émeutes ou le risque géop olitique. Les captives p euvent aussi aider. L’intérêt des entreprises reste -t-il intact ? Il est toujours fort. En 2025, cinq nouvelles captives ont été agréées. C’est un b on outil p our rester assuré. Quand vous avez une captive de réassurance, vous devenez un assu- reur comme les autres, avec un comp te de résultat assurantiel. Donc, vous avez une sorte de déco - deur qui vous p ermet d’être mieux compris des assureurs et de com- prendre les assureurs. Vous vous rendez b eaucoup plus lisible du marché. Dans le cadre de notre par- tenariat avec le Medef, nous allons monter des group es de discussion p our faire de la p édagogie. La France est- elle un risque p olitique, avec un gouvernement qui p eine à adopter un budget ? Effectivement, la France n’échapp e pas à cette logique -là. Ça complexi- fie b eaucoup de choses p our les entreprises et les organisations. Et on n’est pas à l’abri d’effets de b ord négatifs, comme on l’a vu avec la sur- prime émeute qui a défrayé la chro- nique début décembre et contre laquelle nous avons pris p osition. n liées aux catastrophes naturelles ont atteint environ 107 milliards de dollars, soit près de 100 milliards d’euros. Ce montant reste toutefois inférieur aux prévisions initiales de Swiss Re, qui tablaient sur 150 mil- liards de dollars. « Une partie des aléas, comme les vagues de chaleur et le stress hydrique, ne sont pas pris en compte dans les statistiques car ils ne sont pas couverts par les assurances. La facture est donc plus impor- tante », nuance Michel Josset, vice - président de l’Asso ciation p our le management des risques et des assurances de l’entreprise (Amrae) et président de la commission Pré- vention et Dommages. En France, les aléas climatiques ont coûté environ 5 milliards d’euros en 2024, selon France Assu- reurs, dont plusieurs centaines de millions liés aux temp êtes et aux cyclones. Ces événements ont recentré l’attention sur le resserre- ment des conditions de souscrip- tion et sur la nécessité de revoir les mo dèles de risque. Sur certains marchés, ces conditions deviennent particulièrement contraignantes. Aux Etats-Unis, plusieurs assureurs ont déjà limité ou susp endu la vente de nouvelles p olices immobilières dans les zones à haut risque d’incen- dies ou d’inondations, confrontés à l’augmentation des p ertes. Assurances paramétriques Malgré une hausse constante des sinistres, les coûts restent en France contenus depuis le début de 2025. « Il n’y a pas de rupture du système assurantiel. Notre modèle reste solide avec la mise en place du régime des catastrophes naturelles depuis les années 1980. Les réser ves sont impor- tantes et dimensionnées pour les années à venir. La hausse des surpri- mes en 2025, destinée à faire face à l’augmentation de la fréquence et de la sinistralité, contribue par ailleurs à la stabilité du système », rapp orte B en- jamin Verlingue, PD G du group e Adélaïde, sp écialisé dans le conseil et les ser vices en assurances. Si le mo dèle assurantiel français démontre sa résilience, cette stabi- lité rep ose néanmoins sur un équili- bre de plus en plus exigeant. Face à l’intensification des aléas climati- ques, les assureurs sont contraints d’adapter en p ermanence leurs pra- tiques afin de préser ver la solidité du système sur le long terme. Ils inves- tissent notamment dans de nou- veaux outils de mo délisation des ris- ques et explorent des solutions alternatives, telles que les assuran- ces paramétriques, qui déclenchent un paiement en fonction de condi- tions météorologiques plutôt que sur la base des p ertes constatées. « Ces modèles de transfert de risque doivent encore être challengés », con- sidère B enjamin Verlingue. Cette dynamique d’innovation ne remet pas, p our autant, en cause les fondamentaux du métier d’assureur, qui reste très sensible à la connaissance fine du risque que p euvent p orter les entreprises. « Les organisations doivent carto- graphier leurs expositions, leurs vulnérabilités de manière à com- prendre comment les aléas vont se manifester, à anticiper des mesures d’adaptation, organisationnelles », estime Michel Josset. Elles doivent aussi avoir une vision pluriannuelle la plus objec- tive p ossible sur les risques ma - jeurs, leurs conséquences sur le bilan de l’entreprise et les investis- sements alloués en face. n Le modèle de l’assurance s’adapte aux chocs climatiques Mallor y Lalanne E n 2025, les événements cli- matiques ont imp osé une facture considérable à l’éco- nomie mondiale. S elon les estima- tions du Swiss Re Institute, publiées mi- décembre, les p ertes assurées La multiplication des évé- nements climatiques met le mo dèle assurantiel sous tension. Face à des risques plus fréquents, les assu- reurs doivent renforcer leur discipline de souscrip- tion et innover. « Il faut que les efforts des entreprises soient reconnus dans les offres des assureurs » Les risques climatiques et cyb er sont des préo ccupations majeu- res des organisations. Photo Laetitia Notarianni/Hans Lucas via AFP Interview François Beaume alerte sur la montée des risques géop olitiques dans les priorités des entreprises. Il app elle les assureurs à mieux prendre en compte leurs actions de prévention face aux risques climatiques, cyb er et géop olitiques. FRANÇOIS BEAUME Président de l’Association pour le management des risques et des assurances de l’entreprise (Amrae) « Aujourd’hui, un peu comme le risque cyber à une époque, le risque géopolitique monte très haut dans les cartographies des risques. C ’est devenu une des priorités dans la réflexion stratégique des entreprises. » DR Les p ertes assurées liées aux catastrophes naturelles ont atteint 107 milliards de dollars en 2025. Photo Fred Tanneau/AFP 31 Les EchosMercredi 4 février 2026 respond à des tentatives d’attaque qui sont bloquées en amont, avant d’atteindre les collaborateurs. Nous nous appuyons sur l’IA pour détecter des comportements anormaux, mais cela ne suffit pas. D’où l’importance de mener des campagnes régulières de sensibilisation », précise Philipp e Cotelle, resp onsable du manage- ment des risques assurances d’Air- bus Defence & Space. Maîtrise globale Cette appro che, qui s’inscrit dans une logique de maîtrise globale du risque cyb er, est scrutée de près par les assureurs. « Le marché de la cyber assurance s’est assaini depuis 2021, rendant les couvertures plus abordables, aussi bien pour les petites structures, portées par des insurtechs combinant assurance et ser vices, que pour les grandes entre- prises avec les assureurs histori- ques », constate S ébastien Hager, exp ert sur les sujets cyb er au sein du cabinet Siaci Diot. En contrepartie, les assureurs attendent un niveau de maturité renforcé en matière de prévention. « Les assureurs exigent des question- naires de sécurité détaillés, proches d’audits, et des informations sur la gouvernance, la gestion des accès, les outils de détection ou les exercices de crise », rapp orte Odile Duthil. Ce niveau de protection conditionne ainsi directement les primes et les plafonds de garantie. — M. L. F in décembre, une attaque par déni de ser vice a suffi à rendre indisp onibles des ser vices numériques du group e La Poste. Pendant plusieurs jours, le suivi des colis et les paiements élec- troniques ont été p erturb és au moment où le b esoin de continuité était le plus fort. L’objectif de cette manœuvre, qui consiste à saturer les ser veurs avec un volume massif de requêtes ? Blo quer l’activité et fragiliser l’image de l’entreprise. En 2024, les cyb erattaques ont coûté autour de 300 millions d’euros aux so ciétés françaises, selon un p orte -parole du Clusif, l’asso ciation de référence de la sécu- rité numérique. Le phishing, qui encourage les victimes à cliquer sur un lien malveillant p our compro- mettre des identifiants, reste de loin la menace la plus répandue. « Une très grande majorité des attaques réussies débutent par un e-mail frau- duleux, illustrant la persistance de ce vecteur d’intrusion classique mais toujours performant », commente Odile Duthil, présidente du Clusif. Manipulation et sophistication Cette combinaison entre manipu- lation et sophistication technique marque une nouvelle étap e dans la progression des cyb ermenaces, qui ne s’arrêtent plus aux frontières du système d’information de l’entre- prise. « Nous avons constaté une Cybersécurité : raisonner sur toute sa chaîne de valeur High tech Les cyb ermenaces ne s’arrêtent plus aux frontières du système d’information de l’entreprise. La sécurisation de la chaîne de fournisseurs supp ose une vision globale et des arbitrages qui dépassent le seul p érimètre des équip es techniques. Les supply chains au défi d’une meilleure anticipation des tensions Cette montée en puissance des disp ositifs de gouvernance n’est pas qu’une rép onse théorique à un environnement instable. Elle reflète un changement profond de p erception des risques par les entreprises elles-mêmes. Les résul- tats du dernier baromètre des ris- ques supply chain, publié en jan- vier par le cabinet de conseil et d’études Kyu Asso ciés, le confir- ment. Le risque géop olitique s’imp ose comme la menace la plus prégnante p our la supply chain. « Il y a encore cinq ans, ce risque n’apparaissait même pas dans les classements. Il a fait son entrée il y a quatre ans et se maintient, pour la deuxième année d’affilée, en tête des préoccupations », rapp orte Laurent Giordani, fondateur de Kyu Asso - ciés, sp écialisé dans la p erfor- mance des op érations et la gestion des risques. Rep enser l’organisation en profondeur Dans un contexte où l’économie mondiale est de plus en plus struc- turée autour de grands blo cs et de logiques de puissance, les entrepri- ses sont p oussées à rep enser en pro- fondeur l’organisation de leur sup- ply chain. « Les grandes entreprises ont engagé un travail de fond sur l’analyse des risques de leur chaîne d’approvisionnement, avec une attention particulière portée aux fournisseurs de rang 1 et 2, note Thi- baud Moulin, coauteur de l’étude. Elles s’efforcent de diffuser une cul- ture du risque auprès de leurs parte- naires pour diversifier les zones de production. » Cette démarche soulève des enjeux majeurs de collecte et d’exploitation des données en matière d’exp osition des sour- ces d’approvisionnement aux ris- ques climatiques et géop olitiques, et de santé financière des partenai- res. Autant d’informations deve- nues indisp ensables p our nourrir la prise de décision et engager des discussions constructives avec les assureurs. « Il faut pouvoir expliciter, présenter les mesures de pré vention, les moyens de recours juridique pré - vus en interne et justifier de la connaissance de l’organisation de ses fournisseurs », commente Isab elle Crémieux. En plaçant Blo cage d’un p ort stratégique, ten- sions diplomatiques soudaines, sanctions économiques ou ruptu- res d’approvisionnement inatten- dues. En quelques heures, un évé- nement géop olitique p eut désor - ganiser l’ensemble de la chaîne de valeur d’une entreprise. Face à cette vulnérabilité accrue, les entreprises tentent de s’organiser avec la mise en place de gouver- nances structurées autour de comités de risques réunissant direction générale, équip es op éra- tionnelles et risk managers. « Tous ces paramètres augmentent la nécessité de travailler de manière beaucoup plus collégiale et de placer la fonction supply chain au plus haut niveau de l’entreprise. Si le risk mana- ger conser ve un rôle clé dans l’identifi- cation et la quantification des risques, la priorisation des actions de vient col- légiale », constate Isab elle Crémieux, directrice des assurances du group e de transp ort routier de marchandi- ses Zamenhof-Jacky Perrenot. S écuriser les fournisseurs de rang 1 et 2 L’objectif de cette gouvernance est double : décloisonner les fonctions et croiser les regards afin d’analyser les vulnérabilités sous différents angles et de mieux anticip er les p oints de blo cage. « Cette organisa- tion interne suppose toutefois un changement profond des modes de fonctionnement, notamment au sein des ETI, moins rompues que les grands groupes à cet exercice com- plexe », ajoute Isab elle Crémieux, par ailleurs pilote de la commission technique Transp ort et Supply chain au sein de l’Asso ciation p our le management des risques et des assurances de l’entreprise (Amrae). S ous l’effet des tensions géop olitiques, des sanc- tions économiques et des dép endances stratégiques, la gestion de la chaîne d’approvisionnement nécessite une capacité d’anticipation renforcée. jeur de prévention. Former, tester chaque mois les équip es p ermet aussi de réduire considé rablement les risques liés aux e -mails mal- veillants. « Nous rece vons plusieurs centaines de millions d’emails de l’extérieur, dont un tiers environ cor- mois avec le président exécutif du groupe pour échanger sur le pano- rama des risques mondiaux et les dis- positifs mis en place », rapp orte Pascal Andrei. La sensibilisation des collab ora- teurs reste par ailleurs un axe ma - La sécurisation de la chaîne de fournisseurs supp ose une vision globale et des arbitrages qui dépas- sent le seul p érimètre des équip es techniques. « La gouvernance est de venue un pilier central de notre stratégie. Je m’entretiens tous les Le risque cyb er a rejoint le risque financier au sein des comités de gestion des risques. Photo iStock é volution de la me nace ces dix der- nières années. Les attaques visent de plus en plus nos filiales et la supply chain. Lorsqu’on a plusieurs dizai- nes de milliers de fournisseurs et des centaines de milliers de sous-trai- tants dans le monde, cela reste com- plexe à sécuriser », rapp orte Pascal Andrei, directeur de la sûreté au sein d’Airbus. Les plus p etits d’entre eux sont particulièrement exp osés aux atta- ques par ransomware et consti- tuent, de fait, des maillons de vulné- rabilité p our Airbus et les grands donneurs d’ordres avec lesquels ils travaillent. Pour contourner ces ris- ques, le group e hiérarchise ses four- nisseurs selon leur niveau de criti- cité et mène régulièrement des audits afin de promouvoir les b on- nes pratiques. Les plus petits fournisseurs sont particulièrement exposés aux attaques par ransomware et constituent, de fait, des maillons de vulnérabilité pour les grands donneurs d’ordres avec lesquels ils travaillent. COMMUNIQUÉ Avecl’IA,lesfonctions Risque et Conformité(R&C)passentd’unrôle défensifàceluidelevierdeperformanc e desorganisations.Selonl’étude Trends ofAI2026,ellesfigurentparmilesplus maturessurl’IA,devantleMarketing, les RHoulesachats.RegardscroisésdeBenoît DurandetPaulineEckert,respectiv ement HeadofRisk&Complian ceforFinancial Servic esetCorporatechezKPMG. Pourquoicetteavance etquelsusages? B.D–Cettematuritétientàl’ADN decesfonctionsquisontstructu- réesautourd’exigencesd’audita- bilitéetd’explicabilit é,soclemême d’uneIAdeconfiance:58% des organisationsutilisent l’IApourla transcriptionetlapréparationdes contrôles(extraitdel’étude). P.E–L’IApermetd’automatiserdes tâchesrécurrentes,maisl’avancée majeur erésidedansladétection depatternsdefraudes:elleiden- tifiedessignauxfaiblesquedes règlesstatiquesnecaptentpas. Encesens,elleposeunnouveau paradigme danslagestiondes risques,d’uncontrôleaposterio- riàuneapprochepréventiveet proactive. Enquoil’IAtransformele rôledelafonction? B.D–Cetteapprocheaccroitpré- dictivité,productivit éetqualitéce quitransformelafonctionR&C en véritabletourdecontrôleetbu- siness partner desdirectionsgé- nérales. ©KPMG-PaulineEckert IA,risqueetconformité: legrandrenversement Quelsprérequispourfaire ladifférence? P.E–Unevisionetdesobjectifs clairs:sinonl’IAresteungadget. Laconfiance,avecuneIAfiable. Enfin, laqualitédesdonnées etla robustessedesprocessusgrâceà l’intégrationducontrôlebydesign danslesprojetsdetransformation. L’IAestunlevierdeperformanc e incomparablepourvuquel’intelli- gencehumaines’ensaisisseavec discernement etingéniosité. ©KPMG-BenoitDurand En quelques heures, un événement géop olitique p eut désor ganiser l’ensemble de la chaîne de valeur. Photo iStock l’assureur comme un partenaire, il semble encore p ossible de b énéfi- cier de contrats à la hauteur des enjeux et de renforcer sa résilience face à des risques désormais multi- dimensionnels. —M. L. AbonnésVotre abonnement Agefi vous permet d’accéder à cet article. Écouter l’article 0 4:37 mi n Les risques à l'épreuve de l'assurabilité - L'Agefi https://www.agefi.fr/news/banque-assurance/les-risques-a-lepreuve-de... 1 sur 3 13/03/2026, 14:45 ÉVÉNEMENT L’AGEFI Conférence Chief Data Officers Jeudi 19 mars 2026 - Workstation, PARIS S'insc rir e Les risques à l'épreuve de l'assurabilité - L'Agefi https://www.agefi.fr/news/banque-assurance/les-risques-a-lepreuve-de... 2 sur 3 13/03/2026, 14:45 Les risques à l'épreuve de l'assurabilité - L'Agefi https://www.agefi.fr/news/banque-assurance/les-risques-a-lepreuve-de... 3 sur 3 13/03/2026, 14:45 s’agit,p oursuitd esfinscommercia- les,maisaussi,danscertainscas, politiques. Cetteinflationd esimagesrend «aveugle»:ensaturant leregard, elleocculte biend’autresc hamps del’existenceoùilyabeaucoup à voir,àapprendre, àcontempler aussi,pourtrouverd ugoûtàlavie, nouerdesliens,agirensemble. Des pansentiersdelaréalitésonttenus dansl’ombre.P ourrésisteràcette dérive, troisattitudes sontnéces- saires:l’écart,l acritiqueetladiète desécrans.L ’écart :changerde pointdevueetvoirautrement ce quel’onnousmontre.L acritique : décrypter lesintentions portées parlesimagesetlesbiaisqu’elles véhiculent.Ladiètedesécrans: laisserplaceàd’autres regards, à d’autres paysages,àd’autresvisa- gesetdoncàlapossibilité d’unvéri- tableimaginaire, plusvaste,plus ouvert,pluslibre. MUNICIPALESClimat Leretourd’ElNiñocetétépromet cruesetsécheresses Page2 Jeunet abasséàmort ÀLyon,desviolencespolitiques récurrentes Page4 Crisedumaquereau LaministredelaMerdétaille sespropositions Page3 Inondations :d’autrespluies envue,l’inquiét udedemeure MÉTÉO Lesécranssontpartout. Dansnos poches ounossacs,aveclessmart- phonese tlestablettes, maisaussi dansnosvillesetnosvillages,d ans lesvitrinesdesboutiques, dansles couloir sdumétro,danslesbus, sansparlerdenotredomicile,avec lestélévisions quitrônent ausalon etparfoisd anslacuisineetmême dansleschambres… Nousconnaissonsd epuislong- temps enzonehabitéel espan- neauxpublicitaire s,detaillegran- deoumoyenne. Cesontdesimages fixesdontonsedétachea ssezvite. Désorma is,parletrucheme ntdes écrans, lesimagessontanimées. Leurmouvementcapteleregard. Ellessontsoigneusementc onstrui- tespourfairedenousdesspecta- teursetinscrire ennousleurmes- sage.Souvent,c elui-cie stredoublé engroscaractères,e nsurimpres- sionsurl’image:ilfaut,disentl es spécialistes delacommunication, qu’il«imprime».Autrement dit: qu’ilm arqueetinfluencec eluiqui lavoit. Dansledéfilement frénétique des images,chaquem essaged oitsedis- tinguer. Couleurs, cadrages, ryth- mes,musiques,sonsnevisentque cela.P ours’imposerdansceflot continu,lesimages «crient»!Ré- sultat:nousavonsdeplusenplus demalànousentendreouànous fairecomprendre ;danslasociété, letonmonte. Surleschaînesd ’infoencontinu, desimages «intenses »,souvent dramatiques, voireviolentes, tour- nentenbouclependant quepar- lentlesprésentateurs etleurs«in- vités».Ellesinstallent undiscours parallèle, nonverbal.S’yajoutent des«bandeaux»enbasdel’écran: destitreschocsesuccèdent au-des- susdu«fildel’info»:unesuitede nouvelles, deréactionso udedécla- rations choisiespourretenirl’at- tentiond anslecapharnaüm mé- diatique. L’intelligencea rtificielle aggrave leprocessus, enfacilitant lafabrica- tionet/oulasélection d’images«ef- ficaces» ,selondesalgorithmes qui visentàen optimiserl aperforman- ceenmatièredeciblagedupublic. Carlasociétéd esimages,souscou- vertdediscours «personnalisés», n’estpastantcelledel’individualis- mequecelledelamassification. La manipulation, carc’estdecelaqu’il Unmondes aturéd’images Pointdevue Jean- François Bouthors Journalisteet éditeur, membrede l’Association pourlesoutien desprincipes de ladémocratie humaniste (ASPDH). LeMaine-et-Loire estpassélundienvigilancer ougecrues(ici,àBéhuard),rejoignantG irondeetLot-et-Garonne, oùdesdébordementsi mportantss ontencours.Denouvellespluiesretardentladécrue.Page5 |PHOTO:MATHIEUP ATTIER,O -F L’écharpedemaireséduitde moinsenmoinslesagriculteurs Endernièrepage |PHOTO:JOËLLEGALL,OUEST-FRANCE CALVADOS Ilya50ans,elleétaitàbord dutoutpremiervolduConcord e Page7 |PHOTO:OUEST-FRANCE MaëlynMichelsignede nouveauxrecords EnSports |PHOTO:CAENCALVADOSH ALTÉROPHILIEM USCULATION HALTÉROPHILIE FOOTBALL Climatmalsainàl’association duSMCaen:notreenquête EnSports |PHOTO:ALCOATAUDON Mimosa, magnolias, orchidées … ENVENTEENMAGASINETPARABONNEMENT SUR magabo.fr/jar dins Biodiversité&savoir-fairedel’Ouest DÉCOUVREZLACOLLECTION DUPARCFLORAL DELABEAUJOIRE(44) DÉCOUVREZLACOLLECTION Magnolias ARBUSTESÀBAIES ÀINSTALLER, UTILESETDÉCORATIFS IDÉEDÉCO UNECOURONNE DEFRUITSSECS LESORCHIDÉES SOIGNEZ-LES PENDANTL'HIVER MI MOSA Plantezcesarbresparfumés pourilluminervotrehiver(22) AUJARDIN DEBALGAN, DansleMorbihan,ilscultivent desplantesd'intérieur 76CON SEILSETASTUCESPOURL'HIVER N°20JANVIER-FÉRIER-MARS2026 3782036404409 4944020364 -4944- 4,40€ OF Larégie public itaire devotrejournal Faitessensation dèslapremière page! 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L’endroit eststratégique :cecar- refourvaversSaint-Gatieno uTou- quesmaisaussiTrouvillee tlarou- tedeCricquebœuf verslelittoraloù setrouveleCentre hospitalierd ela Côtefleurie . «Onydénombre 8000véhiculesparjour ,commente LéaDabonnevile,30ans,compa- gnedeQuentin Petit,29ans. Onest installés danslebourgd eSaint-Ga- tiendepuis septansetçamarche parfaitement.O naaussiouvertun autref ondsdecommerce debou- langerieàHonfleur,e tlàonouvre unetroisième boulangerie.» Unlocalde70m² L’idéeestdedévelopper unepartie snack,desviennoiseries, dupainet delapâtisserie: «Toutestfaitmai- son,c’estquequifaitnotreréputa- tion!» Lemagasinde70m²estvas- te: «Onatoutelaplaceq uel’on veutetungrandparking pastoutà faitterminépermetauxautomobi- listesdes’arrêterfacilement. » Danscetesprit,ilsontprévuune partieépiceriedeproximité àcôté desactivités trad itionnelles : «On croitbeaucoupencetteaffairecaril yabeaucoup depassages surtout l’étémaisaussil’hiveravecl’aéro- portetl’hôpital. » Ilsveulentaussi développer «unpetitsalondethé, desaccueilsgoûters etdespetits-dé- jeuners» . Dynamique, lecoupleabeaucoup d’idéesentêteetn’apaspeurdes défis.En2024,QuentinPetitetLéa Dabonnevilleontfaitparléd’eux autrement enselançantd ans l’aventure du4LTrophée. «Une belleexpérience épuisante maisqui nouslaissedebeauxsouvenirs,no- tammentp ourQuentin quiestpas- sionnéd escoursesd’autos.» QuentinP etit,boulangerie etpâtisserie situéàLa Croix-Sonnet àTouques. Contacta u0231651649.Facebook : QuentinP etitboulangerie-pâtisserie. Beauco upd’espace estdisponiblea vecaussiuncoinépicerie etungrandp arkingàla boulangerie deLaCroix-So nnet,àTouques. |PHOTO:OUEST-FRANCE Lesparentsontvisitélesécoles deDeauvilleavecleursenfants «Cesjournéesp ermettenta uxpa- rentsd ’élèvesd edécouvrir l’envi- ronnementdusystèmeéducatif et permettentaussia uxfuturesélèves devisiterl ’écoleetsesensei- gnants » ,expliqueSébastien Dela- noë,responsable auprèsd elamai- riedesservicesjeunesseetsports lorsdesportes ouvertes del’école publique, jeudi. ÀDeauville,t ouslesservicesp our l’accueild esenfantss ontdisponi- bles,delanaissancejusqu’aprèsle baccalauréat.T outd’abord,l acrè- chemunicipale quiaccueillelesen- fantsd ès2moisjusqu’àl ’entréeà l’école;lamaternelleetl’élémen- taired ansl’ensemble Breneye t Fracasse,puislecollègee tlelycéeà André-Maurois. Desprojetsàvenir Pourlepériscolaire, lesactivités permettent deprofiterd esinfras- tructures àproximité dansu n rayondemoinsd’1km,donttout pourlesportetlaculture,avecla piscine,lePom’setlesFranciscai- nes! «Danslesgrands objectifs liés àl’éducationd esjeunes,plusieurs prioritéss ontdepuisp lusieursa n- néesinscrites danslesprogrammes scolairest elsl’enseignemente tla pratiqued el’anglais, ledéveloppe- mentdunumériquem aisaussile sportàraisondeplusieurs heures parsemaine» ,r appellePhilippe Augier,maire. « Lesenfants,ici,aimentsemobi- liserautourd eprojets.L ’ambiance estdétendue maismobiliséep our avancer» ,poursuitZoéNajid,en- seignanted epuish uitansenCE1. Lesparents semblentparmo- mentsagréablement surprispar l’accueil deleurspetits. «Jecom- prendsmieuxpourquoi mafillene sefaitpasprierpourveniràl’école lematin» ,commenteM athilde, mamand ’unepetitef ille. Aprèscesrencontresetvisites,le projet devégétalisation del’envi- ronnement desécolesa étéprésen- téauxparents. Lescoursd’école vontêtrerepensés avecdesplanta- tionsd’arbres toutcomme les abordsdestrottoirsquilongentles établissements. Cesontlesmem- bresduconseil municipaldesjeu- nesquiontac- cueillilesvisi- teurs. |PHOTO: OUEST-FRANCE Blonville-sur-Mer L'Ambiance PlaceG aston-Lejumel Heidie tlelynxdesmontagnes: 14h30. Lafemmedeménage: 20h30. Lechant desforêts:17h. Cabourg LeNormandie 9,avenueAlfred-Piat Àpiedd'oeuvre: 20h45. Gourou: 20h30. Lesenfantsd elaRésistance: 14h30,18h30. Leslégendaires: 16h30. Marsupi lami:14h30,16h30. Soleil vert(VO):18h30. Deauvill e LeMorny Club 23,av.duGénéral-de-Gaulle Gourou: 17h,20h50. L'affaireB ojarski: 18h15. Lemaged uKremlin (VO):14h. Lesenfantsd elaRésistance: 16h25,20h40. LeshautsdeHurlevent: 13h40;VO: 18h30. Leslégendaires: 16h15. Lol2.0:16h10,21h15. Marsupi lami:14h,18h25. Nurembe rg(VO):19h45. Zootopie2 :14h. Dives-sur-Mer LeDrakkar 6,rueduGénéral-de-Gaulle Gourou: 20h30. L'affaireB ojarski: 16h. Unepageaprèsl'autre( VO):18h30. Zootopie2 :14h. Houlgate LeCasino 41,rueHenri-Dobert Biscuitl echienfantastiqu e:14h. Gourou: 16h,21h. Hamnet (VO):18h30. Villers-sur-Mer Cinéma duCasino PlaceFanneau Gourou: 20h15. Hamnet: 14h30. L'affaireB ojarski: 17h15. Toute lagrille Enscannant ceQRcode ousur:ouest-france.f r/ cinema Cinémas àTrouville-Deauvillee tdanssarégion Lesquatrechiffre sàretenirpour2025 auCentreinternational deDeauville Économie. Ladirectrice générale duCentre internationald eDeauville,CarineFouquier, dresse lebilande2025etdonnelesperspectivese tlesrendez-v ousnouveauxe n2026. coupd’hybridesa ujourd’hui.» Le CIDsepositionnem ajoritairement surl’activité deséminaires etde congrès. «SelonuneétudeOpinion- Waydemandéep arl’Unimev, elle montreq uelesentreprisesf rançai- sesconfirment leurconfiance dans l’évènementiel pourlavaleur rela- tionnellee tl’impactcommercial. C’estunebonnen ouvellep our2026 carilyavaitdesinquiétudes depuis leCovid .L’évènementiel faitpartie dulevierd ecroissanced esentrepri- ses.» 80 Ils’agitdunombred’évènements en2025.Soit106visiteurse tcon- gressistes. «Noussommesenver- sionbasse.2025n’étaitpasunean- néeextraordinaire. » Entout,laré- partitionsefaità80%d’événemen- tielset20%degrandpubliccom- prenantl eFestivalducinéma amé- ricain,l econgrèsdelaFédération nationale descinémasf rançaiso u encore lesrendez-vous organisés parlaVille.Autrementd it:17%en assuran cebanque,1 3%ensantéet médecinee t11%en culture,art, musique etspectacle. «Onestsur 203joursd’occupation duCID,soit untauxde55% ,préciseladirectri- ce. Lamoyenned escentres decon- grèsenFrance,h orsÎle-de-France, està36 %.Notretauxeststablepar rapportà2023.En2024,nousétions à76%maisc’était uneannéehors normes aveclesJeuxolympiques. Quand onestau-delàde50%,c’est déjàbien!» 2 En2026,leCIDvaaccueillirdeux nouveauxc ongrèsi nternationaux. Du17au22mai,ils’agira dela 17 econférenced el’IPACo rganisé parleGanil(Grandaccélérateurn a- tionald’ionslourds). «C’estunren- dez-vous annueld elacommunauté mondiale réunissant desscientifi- ques,ingénieurs etprofessionnels del’industried umondeentier.» Il seraquestiondetouteslesavan- céesenmatière derecherchese tde développement dansledomaine desaccélérateurs departicules pourpermettre parexempled edé- truire lescellulescancéreuses. «C’esttrèspointu!Ils’agitdequa- treàcinqansdetravailpouravoir cetypedecongrèsc heznous.Onré- pondàunappeld’offresmondial avecuncahierd escharges trèsspé- cifique, indique ladirectrice. Çafait partiedenotrest ratégiededévelop- perdesévènementsi nternationaux maisc’estuntravaildelongueha- leinecarc’esttrèscompétitif. » En tout,1500p ersonnes sontatten- duesdont «l’élitem ondialedelare- cherched ansleurthématique» . Ledeuxième évènement interna- tionalserala64 econférencea n- nuellePtcogdu8au13juin.Soit 1200personnes. Ilyaurales meilleurs physiciens,oncologueset chercheursd umondep ouréchan- gersurlesdernièresrecherchesen matièredeprotonthérapie etde particules lourdes. «LecentreFran- çois-Baclesse aremporté l’organisa- tiondececongrès etnousfaitcon- fiance. Ilyavaitquatrec andidatu- res,dontMilan.» Lecongrès aeu lieuen2023àMadrid,en2024àSin- gapour eten2025àBuenosAires. Àsavoirqu’en2025,leCIDaac- cueillihuitévènementsi nternatio- naux. LeCentreinternationald eDeauvilleaétéinauguré en1992etaccueilleaujourd’hui8 0manifestationsp aran. |PHOTO:BABXIII PHOTOGRAPHE«» Lesentreprises françaisesconfirment leurconfiancedans l’évènement ielpourla valeurrelationnellee t l’impactcommercial. Carine Fouquier,d irectriceg énéraled u CID Ouest-France àvotreservice Annoncer unévénement :(réunion, fêtes,idéesdeloisirs) www.infolocale.f r. Service clients:Déjàabonné: www.votrecompte.o uest-france.fr ou 0299326666(tarifappellocal). Pourvousabonner : www.abonnement.o uest-france.fr ou 0299326666. Faireparaître gratuitement une petite annonces urnossites internet :ouestfrance-auto.c om (rubrique«Vendre »)etouestfrance- immo.c om(rubrique«Déposezu ne annonce» ). Faireparaîtrev otrepublicitédans Ouest-Francee tsurInternet : 0299264545(prixd’unappel). Faireparaîtreu navisd’obsèques: 0256262001. Marsupilami ,dePhilippeLacheau. | PHOTO: 2026PATHE´F ILMS-BAFPROD-TF1 FILMSPRODUCTION -ARTEMISP RODUCTIONS AAuroreCoué L’activitéredémarree nforcepour leCentreinternational deDeauvil- le(CID)pourl’année2026.Lecen- tredescongrèsvientd’accueillir en février2026l’undesesévènements incontournablesavecles33 eRen- contresduRiskmanagementorga- niséparl’AMRAE,quiaenregistré unrecorddefréquentation. 115000000 Ils’agiteneurosd el’estimation des retombées économiquesg râceaux activités duCIDen2025. «Nous avonslesretombées directesa vec nosprestatairesp ourorgani serles évènements.Pourl’AMRAEpar exemple,cen’estpasloinde50mé- tiersdifférentsa veclasécurité,l e nettoy age,l’audiovisuel, lemonta- gedesstands» ,explique Carine Fouquier,directrice généraledu CID.Enparallèle, ilestànotertou- teslesentréesindirectes. «Lespar- ticipantsq uiviennentv ontgénérer uneactivitée ntransport, enhôtel- lerie,enrestaurationetfairedu shopping dansnotreterritoire.» Cesretombées sontcalculées en lienavecl’Unionfrançaisedesmé- tiersdel’évènement( Unimev) .À savoirq ueleFestivalducinéma américaindeDeauville génère, à luiseul,34,7millionsd’eurose n comprenant558emploisc réésou maintenus. 4000 Ils’agitdunombred eparticipants pourles33eRencontres duRisk management organiséesparl’AM- RAEquisesontdéroulés du4au 6février. «C’estlerecord!On ré- pondàunappeld’offresd emiseen concurrence touslesdeuxans.Nous allonsnouspositionner pour2028- 2029,annonceladirectrice. Ilyavait desrencontresphysiquesm aiséga- lement endistanciela vecdesgensà l’autreboutdumonde.Ilyabeau- * LeFestivalducinéma américaindeDeauville génère,àluiseul, 34,7million sd’euros. Trouville -Deauville |Mardi17février2026| franceouest \ 91À la une \ 91 N°48 I PRINTEMPS 2026 CAPTIVES GÉOPOLITIQUE CYBERMÉTIER DU RISK MANAGER SURPRIME ÉMEUTES mind Fintech- 8 boulevard de Sébastopol 75004 Paris Tel: +33 (0)1 57 40 60 09 – email: redaction@mindfintech.fr - www.mind.eu.com/fintech - Copyright 2026 FrontLine Media - Toute reproduction interdite N°395 Janvier 2026 FINTECH L’ACTUALITÉ DE LA TRANSFORMATION NUMÉRIQUE DES SERVICES FINANCIERS Fini le temps des promesses, place à l’ère de l’exécution. En 2026, la fintech délaisse la course aux volumes pour se focaliser sur l’essentiel : des modèles économiques viables et des infrastructures robustes. Entre échéances réglementaires et sauts technologiques, la rédaction a analysé neuf tendances structurantes pour les prochains mois : Banque de détail : la grande bataille de la relation client (p. 2) Facturation électronique : 8 mois pour conquérir le marché (p. 4) Stablecoins : l’année de l’institutionnalisation (p. 6) Après des débuts timides, le pay by bank mise sur Wero et les régulateurs (p. 9) Cyberassurance : un marché en plein paradoxe, entre détente tarifaire et hausse des menaces (p. 12) DCC2 : une année décisive pour les acteurs du BNPL (p. 14) L’IA passe à l’exécution : l’industrie financière entre dans l’ère des agents (p. 18) Tokenisation et IA : la wealthtech réinvente son infrastructure (p. 20) Fintech : l’heure des exits a sonné (p. 23) Les grandes tendances de la fintech en 2026 DOCTRINE Comment mettre en pratique la modernisation des états financiers CESSATION DE PAIEMENT Le rétablissement professionnel : opportunité ou illusion ? GESTION DES RISQUES Accompagner une entreprise d’archéologie à l’international SÉCURITÉ, CYBERSÉCURITÉ ET GESTION DE CRISE LE TRIPTYQUE INDISSOCIABLE À L’ÈRE DES CYBERMENACES Mars 2026 | 16,00 €N° 606 2 Mars 2026 N° 606 Revue Française de Comptabilité Face à la multiplication des menaces contemporaines – cyberattaques, crises sociales, atteintes à la réputation, ruptures de chaînes de valeur ou chocs réglementaires – la sécurité de l’entreprise s’affirme comme un enjeu stratégique majeur, comme le souligne l’Amrae, l’Association pour le management des risques et des assurances de l’entreprise. Longtemps perçue comme une problématique technique, assu- rantielle ou relevant exclusivement des systèmes d’information, la gestion de crise s’impose désormais comme un enjeu global de gouvernance, engageant directement la responsabilité des dirigeants et la pérennité économique des organisations. Anticiper, protéger, réagir : ces trois actions structurent aujourd’hui une approche intégrée de la résilience, qui ne se décrète pas dans l’urgence, mais se construit en amont, par une préparation méthodique. Dans ce mouvement, le rôle de l’expert-comptable évolue profondément. Garant de la fiabilité de l’information financière, il devient également un acteur clé de la continuité d’activité, de la quantification des risques et de la sécurisation économique des entreprises. Un environnement de risques devenu systémique La transformation numérique a profondément modifié le profil de risque des entreprises. Dépendance accrue aux systèmes d’information, dématérialisation des flux, interconnexion des partenaires, généralisation du cloud et du travail à distance : autant de facteurs qui exposent désormais toutes les organisa- tions, quelle que soit leur taille, à des incidents potentiellement systémiques. La cybermenace s’impose comme le risque transversal par excel- lence. Elle combine interruption d’activité, perte ou altération de données, risques juridiques, sanctions réglementaires et impacts réputationnels. Mais elle s’inscrit dans un ensemble plus large de vulnérabilités : tensions sociales, non-conformité réglemen- taire, crises extra-financières ou exposition médiatique ampli- fiée par les réseaux sociaux. La géopolitique est désormais un élément clé du risque cyber. Ces crises ont en commun leur capacité à se propager rapide- ment et à affecter simultanément la performance économique, la trésorerie et la confiance des parties prenantes. De la gestion de crise à la résilience organisationnelle La gestion de crise ne peut plus être pensée comme une réaction improvisée. Elle repose sur une architecture structurée autour de trois piliers indissociables. • Anticiper, par la cartographie des risques, l’identification de scénarios critiques et la mise en place de plans de continuité d’activité (PCA) et de reprise après sinistre (PRA) ; • Protéger, par des investissements ciblés en cybersécurité, contrôle interne, gouvernance des données et couverture assurantielle ; • Réagir, par l’activation de cellules de crise, une commu- nication financière, juridique et institutionnelle maîtri- sée, et la mobilisation coordonnée des acteurs internes et externes. La résilience se définit ainsi comme la capacité d’une organisa- tion à absorber un choc, à limiter ses impacts économiques et à rétablir rapidement un fonctionnement acceptable. Elle est un élément constitutif de la performance globale et un facteur de crédibilité vis-à-vis des partenaires financiers, des clients et des autorités. Cette résilience cyber entre aujourd’hui dans les critères de notation extra-financière. Cybersécurité, cyberassurance et logique économique du risque La cybersécurité constitue le premier rempart contre les inci- dents, mais elle ne permet pas d’éliminer totalement le risque. La cyberassurance apparaît alors comme un outil de transfert financier, à condition d’être correctement calibrée et intégrée dans une démarche globale de gestion des risques. La cyberassurance ne doit pas être analysée comme un simple produit de couverture, mais comme un outil structurant de la résilience économique, combinant indemnisation financière et accès immédiat à des expertises critiques. Par François BEAUME Président de l’Amrae et Philippe COTELLE Administrateur de l’Amrae Président de sa commission cyber Président de la Fédération des associations européennes de gestion des risques (Ferma) La résilience, nouveau champ stratégique de la gouvernance Dossier | SÉCURITÉ, CYBERSÉCURITÉ ET GESTION DE CRISE Revue Française de Comptabilité Mars 2026 N° 606 3 L’étude LUCY 2025 de l’Amrae met en évidence une progres- sion de la souscription à l’assurance cyber, notamment chez les ETI et les entreprises de taille moyenne, dans un contexte d’assouplissement des conditions de marché : baisse des taux de prime, diminution des franchises et élargissement de la base des entreprises assurées. Pour autant, le retour de sinistres de grande ampleur et la hausse du montant global des indemnisa- tions rappellent la fragilité du dispositif. Pourquoi l’assurance cyber est devenue indispensable La spécificité de la cybercrise tient à sa nature hybride. Elle combine, dans un laps de temps très court, pertes financières immédiates, enjeux juridiques, pression réglementaire et risque réputationnel. Peu d’entreprises disposent en interne des ressources nécessaires pour gérer simultanément ces dimensions. L’indemnisation : protéger la continuité financière Sur le plan financier, l’assurance cyber permet de couvrir des postes de pertes qui excèdent rapidement les capacités de réten- tion des entreprises : pertes d’exploitation liées à l’arrêt ou à la dégradation de l’activité, coûts de reconstitution des systèmes, frais de notification réglementaire, voire rançons dans certains cadres contractuels. Dans un contexte où les montants de sinistres indemnisés repartent à la hausse, l’assurance cyber constitue avant tout un outil de protection de la trésorerie et de la continuité d’exploi- tation, en évitant qu’un incident technique ne se transforme en crise financière durable. La palette de ser vices : gérer la crise avant même la per te comptable Mais la valeur ajoutée déterminante de l’assurance cyber réside dans les services associés, mobilisables dès les premières heures de l’incident, parfois sur une simple suspicion. Ces services constituent souvent la différence entre une crise maîtrisée et une crise systémique. Les contrats cyber intègrent généralement : • une assistance juridique spécialisée, indispensable pour qua- lifier l’incident, gérer les obligations de notification (RGPD, NIS2) et sécuriser les échanges avec les autorités ; • des équipes de remédiation technique (forensic, I T), capables d’identifier l’origine de l’attaque, de contenir sa propagation et d’organiser la reprise ; • un accompagnement en communication de crise, devenu crucial pour préserver la confiance des clients, partenaires et financeurs. Ces prestations, difficilement mobilisables en urgence par une entreprise non préparée, expliquent pourquoi l’assurance cyber ne peut être évaluée uniquement au regard du montant de la prime. Elle constitue un outil d’orchestration de la crise, au service de la gouvernance. Quantifier les pertes : décider, assurer, déclarer La gestion de crise ne peut être dissociée d’une quantification rigoureuse des pertes financières, avant comme après l’incident. Trop souvent, les entreprises raisonnent en termes qualitatifs, sans disposer d’une mesure économique objectivée des impacts. Or, cette quantification conditionne trois décisions structu- rantes : ce que l’entreprise accepte de conserver en rétention, ce qu’elle choisit d’assurer et ce qu’elle est en mesure de déclarer comme perte. Quantifier ex ante : arbitrer rétention et assurance Avant l’incident, la quantification repose sur une approche par scénarios. Il s’agit d’estimer les impacts économiques plau- sibles : pertes d’exploitation, coûts de remédiation, mobilisation exceptionnelle des équipes, pénalités contractuelles, tensions de trésorerie ou dégradation des relations bancaires. Cette analyse permet de définir un seuil économique de tolé- rance au risque. En deçà, la perte est absorbable : elle relève de la rétention. Au-delà, le risque devient assurable ou nécessite des dispositifs spécifiques (plafonds, franchises, captives, clauses contractuelles). L’expert-comptable joue ici un rôle déterminant, en articulant analyse financière, compréhension du modèle économique et dialogue avec les assureurs. Quantifier ex post : sécuriser la déclaration et l’indemnisation Après l’incident, la quantification devient un exercice de justi- fication. Il s’agit d’identifier les pertes directement imputables au sinistre, de distinguer les coûts assurables des impacts non couverts et de documenter les charges engagées. La qualité de la comptabilité analytique, la traçabilité des décisions prises en cellule de crise et la cohérence des méthodes d’évaluation conditionnent la recevabilité des déclarations. À propos de l’Amrae L’Amrae, l’Association pour le management des risques et des assurances en entreprise, est l’organisation professionnelle de référence des métiers du risque et de l’assurance en entreprise. Elle réunit plus de 1 950 membres issus de 950 organisations privées et publiques. Elle accompagne les entreprises dans la maîtrise de leurs risques et l’atteinte de leurs objectifs stratégiques et opérationnels. Elle fédère les acteurs des fonctions clés de la gestion des risques : risk management, contrôles et audits internes, assurance et juridique. À travers ses comités scientifiques, ses publications, ses formations et son congrès annuel « Amrae, les Rencontres », elle contribue au développement des compétences et à la performance durable des organisations. « L’odyssée des risques », les 33 e Rencontres du risk management Amrae ont rassemblé, du 3 au 6 février 2026, plus de 4 000 participants. 4 Mars 2026 N° 606 Revue Française de Comptabilité Dossier | SÉCURITÉ, CYBERSÉCURITÉ ET GESTION DE CRISE Méthodologique pour chiffrer une per te cyber • Qualifier l’événement déclencheur : cyberattaque, indisponibilité des systèmes, fuites ou altérations de données. • Mesurer l’impact opérationnel : durée d’arrêt, activité dégradée, chiffre d’affaires non réalisé, pénalités. • Recenser les coûts directs : prestataires I T et forensic, restauration des systèmes, honoraires juridiques, communication de crise. • Évaluer les coûts internes : temps mobilisé des équipes, désorganisation, surcoûts RH, perte de productivité. • Identifier les impacts non assurables : atteinte à l’image, perte de clients, opportunités commerciales manquées. • Documenter et tracer : justificatifs, méthodes de calcul, lien de causalité avec l’incident. Coût de l’assurance cyber : repères par taille d’entreprise (source : LUCY 2025 – Amrae) • Microentreprise : couverture ~ 500 000 € – franchise ~ 2 600 € – prime ~ 650 € • Petite entreprise : couverture ~ 955 000 € – franchise ~ 8 000 € – prime ~ 1 500 € • Entreprise de taille moyenne : couverture ~ 1,8 M€ – franchise ~ 18 000 € – prime ~ 7 000 € • ETI : couverture ~ 4,5 M€ – franchise ~100 000 € – prime ~ 47 000 € • Grande entreprise : couverture moyenne ~ 42,5 M€ – franchise ~ 6,5 M€ – prime ~ 800 000 € Ces montants doivent être mis en regard du coût réel d’un incident, qui inclut non seulement les pertes d’exploitation, mais aussi les frais de gestion de crise et les impacts indirects. La cyberassurance n’est plus un complément optionnel de la cybersécurité. Elle constitue un outil structurant de la résilience économique, en combinant indemnisation financière et accès immédiat à des expertises critiques. Pour toute entreprise – et pour tout expert-comptable –, la question n’est plus de savoir si un incident surviendra, mais comment il sera géré. La quantification des pertes financières, ex ante comme ex post, en constitue le chaînon central. Elle transforme la gestion de crise en un véritable outil de pilotage stratégique et la résilience en un avantage compétitif durable. L’INVITÉ Raphaël Bauer Tarkett LE MÉDIA DES FONCTIONS ADMINISTRATIVES ET FINANCIÈRES daf-mag.fr Toute l’actualité métier en un scan !Les leaders à l’honneur Êtes-vous prêts ? TROPHÉES EVOICING Plongez dans les coulisses du quotidien TRÉSORERIE Le tri des métiers commence... INTELLIGENCE ARTIFICIELLE 48 | Daf magazine - N°66 - Décembre 2025 IA et captive d’assurance : quels cas d’usage ? Quels sont les enjeux des outils IA dans le secteur de la captive d'assurance et de réassurance ? Décr yptage. • Lors d’une table ronde consacrée à l’innovation dans la gestion des captives au Forum France Captive du 16 octobre 2025, François Beaume, président de l’AMRAE et risk manager vice-président de la captive chez Sonepar, a rappelé que « la capt ive était avant tout un out il au ser v ice de la gest ion des r i sques du group e ». Selon lui, pour fonctionner pleinement, une captive doit « structu- rer et cont r ibuer à st r uct urer l’acqui sit ion de la donnée a� in de per met t re la pr i se de déc i sion ». Il insiste sur le rôle central de la donnée. « L a gouver nance de la capt ive doit déc ider d’aller dan s tel ou tel t raité, d’adapter la dy namique de pré vent ion , etc . Ce s déc i sion s exigent des données � iables , per t inentes et réc ur rente s . » François Beaume souligne que, si la donnée existe déjà au sein des équipes de risk management, elle n’est pas toujours suffisamment organi- sée pour être exploitable. « L a capt ive doit cont r ibuer à rendre cet te donnée homogène et exploitable avec ses par tenaires , ses cédantes , les équipes inter nes ou les a ssu- reur s » , pointe-t-il. Peu de moyens humains Jean Brune, fondateur de Tendanz et spécialiste en innovation technologique, abonde. « Une capt ive di spose de peu de moyen s humain s . L’automat i sat ion et l’in- novat ion technologique per met tent de pal- lier ce manque . » Pour lui, la donnée constitue la «mat ière première» de tout projet d’innovation. Il faut d’abord s’as- surer que la base de données est solide, «qu’elle intègre les données st r uct urées et non st r uct urées », assure-t-il. Aujourd’hui, RISK MANAGEMENT la technologie permet de rendre exploi- tables «des infor mat ion s qui , il y a encore c inq an s , ne l’étaient pa s . » L’innovation sert aussi la rapidité d’exé- cution. «L a v i suali sat ion de la donnée est essent ielle : elle per met de prendre des déc i sion s rapides , que ce soit v i s- à-v i s du régula- teur ou du groupe» , explique le directeur innovation. «Ce n’est pa s tant une ré volut ion technologique qu’une quest ion d’automat i sat ion et de bon sen s de gest ion . » François Beaume confirme. « C e s out il s per mettent de gagner en pro- duct iv ité et en rapidité d’ana- ance : RIS MANA www.daf-mag.fr | 49Daf magazine - N°66 - Décembre 2025 P a r C h r i s t i n a D ie go À RETE N I R Cadre législatif Publié le 7 juin 202 3 au Journal of f ic iel , le décret f ixant le s règle s de comptabilisat ion de la prov ision pour ré silience const itue une avancée signif icat ive pour le s entrepr ise s de plus d’un milliard de chif fre d’af faire s, souhaitant créer une capt ive de réassur ance en Fr a n c e . Le tex te encadre depuis, de manière préc ise, le calcul de cet te prov ision. Elle e st « limitée à 90 % du montant du bénéf ice ré sultant de la somme de s bénéf ice s technique s assoc ié s à chaque catégor ie de r isque s concernée » , st ipule le décret. Par ailleurs, « le montant global de cet te prov ision ne peut excéder dix fois le montant moyen sur le s trois dernière s année s du minimum de capital requis (MCR) au sens de « l’intelligence artificielle et l’automatisation augmentent la capacité d’action d’une petite équipe.» François Beaumerisk manager, captive Sonepar lyse . Par exemple , automat i ser le suiv i des rat ings des par tenaires prend quelques se- condes , alor s que le faire manuellement est fa st idieu x et chronophage . L’intelligence rp d éà é? éeCCetedtChrldsird é mrd ésLtrlbieLdeLd t la capac ité d’act ion d’une pet ite équipe .» Pour autant, le responsable prévient que Il ajoute que travailler en collaboration « avec les ut ili sateur s , la DSI et les équipes confor mité garant it la réu ssite du projet ». La question de l’éthique s’impose natu- rellement. «L’éthique est essent ielle à deu x niveau x , ex pl ique Je a n Br u net .D ’a b o r d dan s les algor ithmes , pour é v iter les biai s , eL mlédetcrL mtChl mrbetcetChéLdeCCébeL?etrp d éà é: c ielle , notamment en mat ière de protect ion des données .» François Beaume conclut sur cette dimension. «L a capt ive suit la ytncue :fi:,ulh.f d:duléfiel•ulyetnéu vl:tmfi’q ment en mat ière d’ E SG . L e ‘G ’ de gouver- nance couv re au ssi l’u sage de l’automat i- sat ion et de l’ I A . Tout se fait de manière cadrée , st r uct urée et alignée avec les pr in- c ipes de l’ent repr i se .» • l’ar t icle L .35 2-5 du Code de s assur ance s ». Concrètement, une entrepr ise devr a mobiliser au moins 1 , 3 million d’euros pour créer sa capt ive, et la prov ision ne pourr a jamais de scendre en de ssous de ce seuil sous peine de retr ait d’agrément par l’ACPR . «se lancer sur ces sujet s n’est pa s t r iv ial . L es données appar t iennent souvent à l’ent re- pr i se , mai s sont st r uct urées par les a ssureur s ou les cour t ier s . Il faut réinvest ir du temps et de l’énergie pour les réc upérer, les organi- ser et les comprendre . » Il recommande de s’équiper d’un système de gestion des risques : « Ces out il s per met tent de st r uct urer la donnée , d’en a ssurer la qualité et la cohérence , et de ret rouver une maît r i se sur les échanges avec les a ssureur s . » Quels cas d’usage ? Sur la méthode, Jean Brunet conseille de partir d’un cas d’usage concret, pas d’une solution. «Il faut commencer pet it , démont rer que cela marche . O n a par exemple automat i sé la c réat ion des av i s de sini st re t r ime st r iel s envoyé s au x réa ssureur s : ?hemdt lLt qps?edt méiqCe ut iré mt eA à é?r?e nt Chiffres clés Entre 202 3 et 202 5 , 1 3 capt ive s de réassur ance ont été agréée s. En 202 5 , 2 3 capt ive s ex istent selon la FFCE (Fédér at ion fr ançaise de s capt ive s d’entrepr ise), dont trois agrément s en cours pour le s groupe s A gr ial , B el , et Al stom. D’ic i 2026, 30 capt ive s au total devr aient être agréée s. Entreprises qui ont une captive • A r iane Group, date d’agrément en 19 94 • L'Oréal en 19 97 • Groupe Or ano en 19 9 9 • Groupe Dassault en 20 01 • Véolia Env ironnement en 20 01 • Groupe Avr il en 202 3 La Tribune de l’assurance // février 2026 // n°320 // une publication 53 Haut de page Haut de page PORTRAIT L es études scientifiques seraient-elles idéales pour épouser la profession de r isk manager ? La trajectoire de François Beaume, élu pré- sident de l’Association pour le management des r isques et des assurances de l’entrepr ise (Amrae) en mai 2025, l’atteste. Le Bordelais se voyait psyc hiatre mais il a bifurqué vers la biologie avec une spécialité en virologie moléculaire et interactions bactér iennes. « J’étais voué à être chercheur, mais l’ambiance dans les laboratoires dans lesquels j’avais pu faire mes stages ne me convenait pas », raconte-t-il. Avant de c hanger d’or ien- tation, il identifie trois filières : les achats, la supply chain et les r isques. « J’ai considéré que les r isques avaient une proximité plus for te avec mes études en biologie. La biologie, c’est l’étude du vivant et la nécessité de s’adap- ter pour sur vivre et prospérer. Le r isk management, c’est e xactement la même chose, mais appliqué à l’entrepr ise. » Il s’inscr it en master à l’Institut du management des r isques (IMR) au sein de l’École supér ieure de commerce de Bordeaux, devenue depuis Kedge Business Sc hool. « La première rencontre marquante a lieu en 2001 pour valider un stage de six mois à la direction des assurances de L’Oréal, avec Michel Rouffiac, directeur des assurances du g roupe à l’époque. » Le destin ne frappe jamais par hasard. Mic hel Rouffiac lui propose de créer le premier système d’infor mation de gestion des r isques (SIGR) du g roupe de cosmétiques afin de collecter l’infor mation nécessaire au fonctionnement des prog rammes d’assu- rance (liste des sites et des filiales à assurer). « Michel Rouffiac a été mon premier mentor et m’a mis le pied à l’étr ier en matière de gestion des r isques », confesse-t-il. DE LA BIOLOGIE AU SIGR Son entrée dans le r isk management en entrepr ise s’ef - fectue ainsi par le pr isme des systèmes d’infor mation de gestion des r isques. Il officie près de onze ans c hez Dalkia, le spécialiste des ser vices énergétiques, une François Beaume Élu président de l’Association pour le management des risques et des assurances de l’entreprise (Amrae) en mai 2025, François Beaume est aussi directeur des risques et des assurances de Sonepar. Fort d’une expertise en systèmes d’information de gestion des risques, il ambitionne de fidéliser les risk ma nage r s de moins de 40 ans grâce au mentorat. pér iode intense qui va sceller une deuxième rencontre marquante, cette fois avec le directeur du r isk mana - gement du g roupe, Philippe Storc hi. « Je dois beaucoup à ces deux mentors qui ont pr is le temps de m’e xpliquer comment s’ar ticulait la gestion des r isques dans l’entre- pr ise parce que je n’avais qu’une connaissance théor ique », admet François Beaume. Il ajoute une nouvelle corde à son arc avec Bureau Ver itas en 2014 – dont le cœur de métier est le ser vice intellectuel à valeur ajoutée. Outre une extraordinaire présence inter nationale (140 pays), Bureau Ver itas effectue des tests d’inspection et de cer tification et inter vient sur tous les seg ments écono- miques, du nucléaire à l’alimentaire, en passant par la constr uction. Son ar r ivée au sein du g roupe familial Sonepar en 2019, leader mondial de la distr ibution d’équipements électr iques, est une aubaine. Avec une équipe de quatre collaborateurs et une apprentie, il a les moyens de travailler sur le temps long et à 360 deg rés. « L’ approche sur la gestion des r isques est str ucturée à l’appui d’une car tog raphie des r isques, d’un obser vatoire des r isques géopolitiques et macroéconomiques, des méca- nismes de gestion de cr ise et des outils de pré vention. Nous avons intég ré récemment la qualité, l’hygiène, la santé, la sécur ité et l’environnement à ce continuum. L’ensemble est inter facé avec la cybersécur ité et l’ESG », détaille-t-il. Pour ce passionné de planc he à voile qui adore fréquen- ter les musées, la pr ior ité est aussi de capitaliser sur les éc hanges et le réseautage au cours des 33 e Rencontres de l’Amrae à Deauville (du 4 au 6 févr ier 2026). « Nous allons renforcer la mise en relation entre les étudiants en apprentissage et les offreurs d’emplois (assureurs, cour tiers, cabinets d’e xper tise). Ce for um de l’emploi s’appuiera sur des speed datings pour les étudiants et les salar iés en reconversion professionnelle », explique-t-il. Un prog ramme de mentorat pour les r isk managers de moins de 40 ans sera d’ailleurs annoncé. « Nous sommes une profession inclusive, nous avons noué des par tenar iats avec un g rand nombre d’écoles. Ces liens seront consolidés au fil du temps », résume François Beaume. CQFD ! n 2000 : maîtrise de biologie (université Victor-Segalen à Bordeaux) 2001 : master à l’Institut de mana- gement du risque (IMR) à Kegde Business School 20 02 : consultant SIGR chez le courtier Aon 20 03 : rejoint la direction du risk management de Dalkia 2014 : intègre Bureau Veritas et devient directeur risques et assurances 2019 : vice-président R i s ks & Insurance chez Sonepar depuis 2024 : directeur des risques et des assurances de Sonepar depuis 2025 : élu président de l’Amrae PARCOURS Par Louis Guar ino « J’étais voué à être chercheur, mais l’ambiance dans les laboratoires ne me convenait pas. » © Charles de Toirac Un regard scientifiqueFINANCE & MARCH?S Mardi 10 f?vrier 2026 Les Echos 30 ailleurs, il n?y a pas une doctrine d?ordre public ?, lui a opp os? Phi- lipp e Guyonnet-Dup ?rat. Au- del? des questions p olitiques, le p oids financier de la mesure inqui?te toujours. Plan?te CSCA, le syndicat des courtiers en assuran- ces, souligne que le disp ositif main- tient une pression sur le secteur, via une contribution des entreprises d?assurances. ? Si la contribution de solidarit? [?] est juridiquement acquitt?e par les soci?t?s d?assurance, son impact ?conomique sera n?cessairement support? par l?ensemble des assur?s, entreprises comme particuliers, sur tout le territoire ?, pr?vient ?gale- ment l?Amrae. R acceptable ?, a soulign? Adrien Cou- ret, directeur g?n?ral d?A?ma (Macif, A?sio, Ab eille Assurances) lors du m?me ?change. Mais des p oints de crispation sub- sistent, sur la question du maintien de l?ordre notamment.? J?entends parfois des gens expliquer qu?il faut ce t ype de dispositif car il y aura des ?meutes en 2027 [apr?s l??lection pr?sidentielle, NDLR]. Ce t ype de rai- sonnement est hallucinant ?, a d?nonc? le directeur g?n?ral d?A?ma Group e. ? L??meute a une cause, elle peut avoir un traitement ?, a-t-il encore expliqu?. ? Ce n?est pas parce qu?on a un dispositif financier pour pallier les cons?quences des ?meutes que, par l?intention louable en terrain d?affrontement. La profession ? d?j? ?chaud?e par une taxe ? 1 milliard sur les contrats sant? ? s?insurgeait face ? l?impact financier de la mesure sur les assur?s. Tr?s vite surnomm? ? taxe casseurs ?, le dis- p ositif avait aussi ?t? d?nonc? par le Rassemblement national. Forc? de revoir sa copie, le gouvernement avait in fine fait le choix de recentrer le disp ositif sur les territoires les plus exp os?s. ? B eaucoup plus acceptable ? Un pas en avant appr?ci?. ? La por- t?e est plus cibl?e. De ce point de vue l?, le dispositif est beaucoup plus nous voir en disant qu?elles n?avaient plus de solution, et des entreprises en nous disant que leur activit? ne pou- vait pas red?marrer ?, a d?fendu Phi- lipp e Guyonnet-Dup ?rat, sous- di- recteur des assurances et de l??conomie so ciale et solidaire ? la direction g?n?rale du Tr?sor, lors d?une table ronde. Malgr? des dissensions au sein de la profession, les assureurs eux-m?- mes r?clamaient la mise en place d?une garantie publique, a-t-il rap- p el?, estimant que ? la puissance publique doit pouvoir faire l?arbi- trage lorsque le secteur ne par vient pas ? se mettre d?accord ?. La pre- mi?re version du m?canisme, jug?e trop large, a p ourtant transform? collectifs ?, a d?nonc? Fran?ois B eaume, pr?sident de l?Asso ciation p our le management des risques et des assurances de l?entreprise (Amrae), lors de son discours d?ouverture. Collectivit?s et entreprises en difficult? ? Un tel m?canisme n?a aucun lien avec la pr? vention, aucune logique de ma?trise du risque, aucune articula- tion avec la r?alit? des territoires, et surtout, aucune coh?rence avec le r?le m?me de l?assurance ?, a-t-il encore soulign?. Adopt? avec l?ensemble du budget p our 2026, le disp ositif imagin? par le gouverne- ment instaure une couverture obli- gatoire du risque ?meutes. Une mani?re de stopp er le d?sengage- ment progressif des assureurs face ? un risque devenu difficilement assurable apr?s les ?meutes li?es ? la mort du jeune Nahel en 2023, et les violences qui ont soulev? la Nou- velle - Cal?donie en mai 2024. En contrepartie de cette obliga- tion, le texte pr?voit la mise en place d?un fonds de mutualisation. S ou- tenu par l?Etat, il a p our vo cation de p ermettre un meilleur partage financier du risque, en cas d??meu- tes. ? Des collectivit?s sont venues Tifenn Clinkemailli? La tr?s sensible question de l?assu- rance des ?meutes en France conti- nue de susciter le d?bat. R?unie ? Deauville du 4 au 6 f?vrier p our la traditionnelle messe annuelle des m?tiers du risque et de l?assurance, la profession a une nouvelle fois attaqu? le projet du gouvernement, p ourtant pens? p our rendre ce ris- que plus facilement assurable. Les assureurs repro chent avant tout ? l?Etat de ne pas assumer ses resp on- sabilit?s dans les d?g?ts caus?s lors de manifestations violentes. ? Cette mesure [?] r? v?le un glisse- ment pr?occupant : demander ? l?assurance, et aux assur?s, de se substituer ? la puissance publique dans le financement des d?sordres ASSURANCE R?uni ? Deauville lors des rencontres annuel- les de l?Amrae, le monde de l?assurance a de nouveau attaqu? la mise en place d?un m?canisme de partage du risque ?meutes. Les tensions persistent avec l?Etat sur le risque ?meutes maintenir les taux inchang?s a ?t? prise ? l?unanimit?. Pourtant, au vu des r?actions de plusieurs ban- quiers centraux depuis vendredi, tous ne sont pas convaincus que la B CE puisse rester dans sa ? position confortable ?. Prix de l??nergie plus faibles Ces derniers p ointent les menaces qui p ?sent sur une inflation qui ?vo- lue d?j? en dessous de la cible de 2 % que s?est fix?e l?institution de Franc- fort. En d?cembre, elle s?est ?tablie ? 1,7 % sur douze mois. Une baisse attendue, due en grande partie ? des prix de l??nergie plus faibles qu?il y a un an. D?ailleurs, Christine Lagarde a soulign? que ces chiffres ?taient en ligne avec les projections des ?cono- mistes de la banque centrale mises ? jour en d?cembre. Le ralentisse- ment actuel de la hausse des prix n?est pas inqui?tant en soi. La B CE a rapp el? ? de multiples o ccasions qu?elle devait faire preuve de sou- plesse et qu?elle ne r?agirait pas de fa?on ?pidermique aussit?t que l?indice des prix s??carterait de sa cible, que ce soit au- dessus ou en dessous. Mais il ne faudrait pas que ce niveau soit le p oint de d?part d?une baisse plus marqu?e. Une inflation trop faible est aussi dom- mageable p our l??conomie qu?une flamb ?e des prix. Elle emp ?che les entreprises de consolider leurs marges et d?augmenter les salaires. Or ce danger n?est pas n?gligea- ble. ? Le risque d?une inflation plus basse que pr? vu est r?el ?, a ainsi indi- qu? Olli Rehn, gouverneur de la banque centrale finlandaise. Pour son homologue fran?ais, Fran?ois Villeroy de Galhau, il est non seule- ment r?el, mais plus imp ortant qu?une surchauffe des prix. Notamment parce que la B CE constate une augmentation r?cente des imp ortations chinoises ? bas co?t. ? En un an, les importations chi- noises en zone euro ont augment? de plus de 11 % en volume, et elles ont de la devise europ ?enne depuis mars 2025 bien qu?imp ortante reste g?rable p our la B CE. R?le du taux de change ? Le mouvement sur le dollar a eu tendance ? se stabiliser ces derniers jours. On est autour de 1,18 dollar pour un euro. D?ailleurs, c?est la parit? historique moyenne de l?euro - dollar depuis la cr?ation de la mon- naie unique ?, analyse Fran?ois Vil- leroy de Galhau. Il n?emp ?che. La fr?quence ? laquelle ce sujet est cit? dans les r?unions de p olitique mon?taire, et l?aveu m?me de Chris- tine Lagarde qu?un euro fort ? pour- rait faire baisser l?inflation au- del? des attentes ?, t?moigne d?une plus grande ner vosit? chez les ban- quiers centraux. ? Une appr?ciation importante et rapide de l?euro pour- rait d?clencher une r?ponse de la BCE ?, a averti Martins Kazaks, le chef de la Banque de Lettonie. ? Si l?euro de vait se renforcer ? nou- veau apr?s le r?cent rebond du dollar am?ricain, par exemple vers 1,25 dol- lar pour 1 euro d?ici ? la r?union de mars, il y a un risque ?le v? que les pr? - visions d?inflation de la BCE montrent une hausse des prix restant en des- sous de 2 % pendant trois ann?es con- s?cutives, voire en dessous de 1,8 % ?, analyse Carsten Brzeski, ?cono- miste chez ING. Cela p ourrait alors justifier une baisse des taux. Pour l?instant, les march?s ne pr?voient pas de nouvel all?gement mon?- taire cette ann?e. Mais certains ?co- nomistes, encore minoritaires, commencent ? l?envisager apr?s sept mois de statu quo ? Francfort. ? En regardant l?histoire des cycles d?all?gements mon?taires de la BCE, une longue pause apr?s une s?rie de baisses de taux ne signifie pas auto- matiquement que la banque centrale en a termin?. En 2012 et 2024, elle a red?marr? un cycle qui semblait pourtant ache v? ?, rapp elle Carsten Brzeski. La r?union de la B CE de mars p ourrait p ermettre d?y voir plus clair. R La menace d?une inflation trop faible inqui?te les banquiers centraux europ?ens Les assureurs critiquent le projet gouvernemental qui imp ose une couverture obligatoire du risque ?meutes. Photo Delphine Mayeur/AFP Guillaume B enoit Le ton se voulait ? la fois concern? et rassurant. Lors de sa conf?rence de presse, jeudi dernier, la pr?sidente de la Banque centrale europ ?enne a montr? une certaine s?r?nit? face aux vents contraires qui p ourraient menacer la zone euro. Sans les igno- rer, mais sans estimer qu?ils p ou- vaient se mat?rialiser ? court terme. D?ailleurs, a fait remarquer Christine Lagarde, la d?cision de POLITIQue MOn?TaIre Malgr? un statu quo d?cid? ? l?unanimit?, les membres du Conseil des gouver- neurs semblent parta- g?s sur les p ersp ecti- ves ?conomiques en zone euro. depuis mai 2025, soit plus de quinze ans apr?s son sauvetage par l?Etat britannique, la banque britannique NatWest signe l?une de ses plus gros- ses acquisitions. L?ex-Royal Bank of S cotland, dirig?e par Paul Thwaite et bas?e ? Edimb ourg, se renforce dans la gestion de fortune en acqu?- rant Evelyn Partners p our 2,7 mil- liards de livres, dettes comprises. D?tenu par les investisseurs dans le non- cot? Permira, puis ?gale- ment Warburg Pincus, Evelyn d?tient 69 milliards de livres d?actifs sous gestion. Le nouvel ensemble atteindra un total de 127 milliards de livres, ce qui le placera au troi- si?me rang dans la gestion de for- tune au Royaume -Uni, calculent les analystes de Royal Bank of Canada (RB C). A un moment o? les grandes banques veulent parier sur les plus fortun?s et moins d?p endre des revenus g?n?r?s par les taux d?int?- r?t afin de se r??quilibrer vers les m?tiers g?n?rant des commissions, les march?s estiment que cette transaction p ourrait faire des ?mu- les. ? Il pourrait y avoir de nombreu- ses transactions dans la gestion de fortune ?, ?crit ainsi RB C. 10 fois l?Ebitda Evelyn trouve ses racines dans le Liverp o ol des ann?es 1830, o? il a prop os? ses premiers ser vices sous la marque Tilney. La so ci?t? a fusionn? en 2014 avec B estinvest sous la houlette de Permira. En 2020, Warburg est devenu actionnaire minoritaire en finan- ?ant la fusion de Tilney et de Smith & Williamson. Le nouvel ensemble a alors ?t? rebaptis? ? Evelyn ?. Evelyn a d?gag? un exc?dent brut d?exploitation (Ebitda) de 179 mil- lions de livres en 2025, ce qui fait ressortir un prix ?quivalant ? 9,7 fois cet indicateur, en incluant les synergies de co?ts. Celles- ci sont ?valu?es ? 100 millions, un objectif ambitieux p our certains analystes. La banque veut ?galement g?n?- rer des synergies de revenus en pro- p osant les ser vices d?Evelyn ? une partie de ses 20 millions de clients. Elle finance l?op ?ration sur fonds propres, ce qui fait baisser son ratio CET1 de 130 p oints de base. ? La tran- saction va accro?tre le retour sur fonds propres d?s la premi?re ann?e et g?n?rer des rendements sup?rieurs ? ceux obtenus par un rachat d?actions ?, assure NatWest dans son communiqu?. S elon le ? Times ?, Nat west ?tait en concurrence avec Barclays et RB C sur cette op ?ration. L?action NatWest a cep endant baiss? de 5 % lundi matin sur le London Sto ck Exchange. Les analystes ont soulign? le prix ?lev?, l?g?rement sup ?rieur aux attentes apr?s les pre- mi?res fuites dans la presse. Citi note aussi que le rachat d?actions attendu et annonc? paral- l?lement ce matin par NatWest s??tablit ? 750 millions de livres au lieu de 1 milliard. Les analystes de Citi estiment cep endant que la tran- saction est ? intelligente ?. Ceux de RB C p ensent de leur c?t? que l?op ?ration, qui doit se cl?turer cet ?t?, p eut ?tre ? transformatrice pour NatWest en comblant ses fai- blesses dans les m?tiers ser vant les plus fortun?s ?. NatWest d?tient notamment la banque priv?e Coutts p our ser vir ce segment, dont, historiquement, la famille royale britannique. R?cemment, NatWest aurait prop os? de racheter Santan- der UK p our 11 milliards, rapp orte la presse britannique. La banque est d?cid?ment repartie ? l?offensive. R Nicolas Madelaine ?Correspondant ? Londres Enti?rement dans les mains du priv? BANQUE Moins d?un an apr?s avoir ?t? enti?rement reprivatis?e, NatWest acquiert Evelyn p our 2,7 milliards de livres. Le nouvel ensemble se classe num?ro trois de ce secteur outre -Manche. La banque NatWest se renforce dans la gestion de fortune diminu? de plus de 10 % en prix. Quand vous combinez les deux, l?effet d?sinflationniste est assez fort ?, a soulign? le gouverneur de la Ban- que de France sur BFM Business vendredi. D?autant que l?euro s?est renforc?, suscitant des craintes de nouvelles pressions ? la baisse sur l?inflation via les imp ortations. Ces derni?res n?ont pas ?t? compl?te- ment apais?es jeudi. L? encore, le p ?ril n?est pas imminent. La hausse ? Une appr?ciation importante et rapide de l?euro pourrait d?clencher une r?ponse de la B CE. ? MARTINS KAZAk S Chef de la Banque de Lettonie ATO U T R I S K MANAGER 92 / ACTUALITÉS DE L’AMRAE ET PUBLICATIONS Risque géopolitique : les enseignements-clés pour les risk managers Si le sujet n’est pas nouveau, le risque géopolitique nécessite aujourd’hui une approche à la fois globale et locale, transverse et interconnectée. Le premier baromètre géopolitique de l'Amrae dresse un état des lieux et propose des pistes afin de structurer une gestion robuste et pérenne de ce risque, et de professionnaliser les équipes. G ouvernance, outils internes, polices d’assurance, ressources humaines et financières : le risque géopolitique est devenu central dans la stratégie des entreprises et devrait mobiliser toutes les ressources financières et humaines. « Le risque géopolitique n’est plus seulement un bruit de fond », avertit Oliver Wild. C’est un facteur de rupture majeur qui peut influencer les décisions d’investissement, redessiner les chaînes d’approvisionnement, infléchir le développement et remettre en question les modèles d’affaires, ajoute le vice-président scientifique de l'Amrae. La commission Géopolitique de l'Association, lancée en 2024, a travaillé main dans la main avec la direction scientifique et plusieurs adhérents (essentiellement des grandes entreprises, très exposées) afin de dresser un panorama des modes de pilotage de ce risque particulier. Présidée par Grégoire Dutertre, responsable des risques de Sonepar, elle apporte aussi aux risks managers un éclairage pour que chacun construise sa réponse, en fonction de son organisation, ses enjeux et sa maturité. Avec ses 26 questions et les réponses de 158 adhérents, ce premier Baromètre du risque géopolitique en entreprise s’inscrit dans les quatre grandes missions de la commission, explique Grégoire Dutertre : renforcer la connaissance et comprendre les enjeux de la géopolitique pour les entreprises, partager des outils et pratiques, promouvoir le rôle central du risk manager, mais aussi accompagner les directions générales et conseils d’administration. « Le risque géopolitique renvoie tradi- tionnellement aux grands équilibres COLLECTION AMRAE BAROMÈTRES 2025 Édition BAROMÈTRE du risque géopolitique en entreprise Par Sylvie Guyony Baromètre géopolitique de l'Amrae \ 93N°48 I PRINTEMPS 2026 internationaux, aux relations entre États et aux dynamiques globales. Mais cette dimension globale doit impérativement être complétée par une approche locale : stabilité politique d’un pays, signaux faibles, influence d’acteurs extérieurs sur un territoire, conditions d’implantation ou de continuité des opérations, souligne Oliver Wild. Le risque géopolitique est désormais le grand influenceur des actions de l’entreprise. » Global et local, ces deux niveaux se combinent pour façonner des risques susceptibles d’affecter directement une entreprise. Défis et besoins Les résultats du baromètre montrent que les entreprises ont bien conscience de la montée de ce risque spécifique. 92 % d’entre elles l’évoquent dans leurs organes de gouvernance. De plus, 82 % des répondants mentionnent sa prise en compte dans les cartographies, en tant que risque majeur pour plus de la moitié des cas. Pourtant, beaucoup d’entreprises peinent encore à traduire cette prise de conscience en actions. Les moyens restent insuffisants : 48 % des entreprises n’ont pas de budget alloué au risque géopolitique, et « seulement 6 % des répondants ont une enveloppe budgétaire significative, de plus de 50 000 euros par an », s’inquiète Grégoire Dutertre. La majorité des entreprises ne dispose pas de responsable identifié sur ce risque-là. Le recours à des prestataires externes demeure marginal et l’existence d’équipes dédiées à la géopolitique relève de l’exception. Les entreprises de taille intermédiaire mais aussi les grandes entreprises exposées à l’international qui ne l’intègrent pas dans leur cartographie expliquent soit que le risque géopolitique n’est pas considéré comme majeur par leur organisation (10 %), soit qu’elles ont des difficultés à l’appréhender correctement (8 %). De plus, « on constate que de nombreuses entreprises ne sont pas correctement couvertes. Les polices d’assurance utilisées aujourd’hui sont classiques : kidnapping et rançons, ainsi que violences politiques et terrorisme, précise Grégoire Duterte. Les entreprises soulignent un décalage entre leurs attentes et les produits proposés, marqué par des exclusions nombreuses, des conditions restrictives, des capacités limitées, des zones géographiques non couvertes et un coût des primes élevé ». L’impréparation des organisations peut aussi expliquer la difficulté à trouver les bons contrats : « Certaines entreprises n’ont pas encore totalement clarifié leur exposition réelle, ce qui rend complexe la démarche d’assurance », pointe Oliver Wild, comme pour le risque cyber il y a encore quelques années. Propositions et actions L’absence de formation adaptée est également révélatrice de lacunes. Parmi les répondants, « 5 % ont bénéficié d’une formation courte, et aucun n’a de formation longue type master en formation continue, constate Grégoire Dutertre. Or, 50 % déclarent ne pas trouver d’offre adaptée ». Dans ce contexte, l’Amrae proposera dès 2026 une formation sur l’identification et la gestion du risque géopolitique. « Nous avons programmé deux sessions, en juillet et en novembre, de deux jours chacune, détaille le président de la commission Géopolitique. Un professionnel expérimenté des risques et de la conformité exposera comment définir, identifier et cartographier les risques géopolitiques et la manière de les analyser, les anticiper et les gérer ». Payante, la formation est destinée aux risks managers et aux autres fonctions concernées dans les organisations (responsables sûreté, membres du comité exécutif, etc.). « La prochaine étape, c’est d'aller structurer une approche vraiment plus robuste, beaucoup plus pérenne et surtout de professionnaliser la gestion du risque géopolitique », explique Oliver Wild. Jusqu’à présent, aucun modèle standard de pilotage de ce risque ne se dégage. Près d’un tiers des directions générales pilote le risque géopolitique. Le risk manager a toutefois un rôle-clé. Dans 44 % des cas, il initie le suivi, puis structure les premiers échanges internes et alerte sur les signaux faibles. Dès lors, il intervient « soit en copilotage direct (29 % des répondants), soit pour livrer son expertise (46 %) », décrit Grégoire Dutertre. Sûreté, supply chain, cybersécurité, finance : « Les répondants suivent déjà des sujets très variés, constate Grégoire Dutertre, il faut absolument avoir une approche transverse du sujet géopolitique ». S’appuyer sur les ressources internes et locales est essentiel pour articuler les analyses macro et la réalité terrain, insiste Oliver OLIVER WILD Vice-président scientifique de l'Amrae. GRÉGOIRE DUTERTRE Président de la commision Géopolitique de l'Amrae. « Le risque géopolitique est désormais le grand influenceur des actions de l’entreprise. » « Un professionnel expérimenté des risques et de la conformité exposera comment définir, identifier et cartographier les risques géopolitiques et la manière de les analyser, les anticiper et les gérer. » ATO U T R I S K MANAGER 94 / ACTUALITÉS DE L’AMRAE ET PUBLICATIONS Wild. Les entreprises doivent organiser un pilotage cohérent, intégrant stratégie, opérations, sûreté, juridique, direction des affaires financières, des systèmes d'information et équipes opérationnelles locales, « toujours en s’appuyant sur le risk manager : il est légitime pour piloter la démarche par sa vision à 360°, sa capacité à travailler en transverse et à mesurer l’impact de la géopolitique sur les risques de l’entreprise », rappelle le risk manager de Sonepar. Parmi les bonnes pratiques relevées par le baromètre, hormis la cartographie (mentionnée par 53 % des répondants), la mise en place de dispositifs de veille multidimensionnelle, l’organisation d’ateliers de brainstorming, prospectifs ou d’études de cas ainsi que des formations internes figurent parmi les dispositifs à développer. Impacts et bénéfices Ces actions combinées peuvent compléter ou fonder de manière éclairée les stratégies citées dans le baromètre : diversification des fournisseurs ou des pays d’approvisionnement (52 %), mise en place de plans de continuité ou d’urgence (40 %) et intégration de clauses contractuelles spécifiques (39 %). « Pour renforcer cette lecture globale et alimenter la réflexion stratégique, une approche par scénario, à court, moyen et long termes, pilotée par le risk manager, permet d’anticiper les effets induits d’un événement géopolitique (tensions locales, bouleversements politiques, ruptures d’approvisionnement…) et d’en évaluer les impacts financiers associés (renforcement des mesures de sécurité, pertes de chiffre d’affaires, diversification du portfolio, etc.) », témoigne Santiago Bosio, responsable gestion des risques et prospective du groupe ADP. « L'idée n'est pas de se faire peur, c'est vraiment de se donner les outils pour mieux comprendre le risque et mieux l'appréhender », ajoute Grégoire Dutertre. Les bénéfices se traduisent directement en résilience. « Il y a des moyens pour minimiser l’impact et prendre des décisions qui évitent de s’exposer au risque », conclut Oliver Wild. La prise de conscience est là, l’action doit suivre. 14 Amrae Baromètre du risque géopolitique en entreprise 01 Profil des répondants 03 Dispositifs de gestion04 Assurances05 Ressources06 Vision à un an02 Gouvernance Question n°7 Quelle est la place de la fonction risk management dans le pilotage du risque géopolitique au sein de votre organisation ? 29 % La fonction risk management pilote (ou co- pilote) le risque géopolitique de mon organisation 25 % La fonction risk management n’est pas impliquée dans la démarche de gestion du risque géopolitique de mon organisation 46 % La fonction risk management est impliquée/consultée dans la démarche de gestion du risque géopolitique de mon organisation mais ne la pilote pas N O M B R E DE RÉP O N D A N T S 119 Question n°8 Quelle fonction pilote principalement le risque géopolitique dans votre organisation ? N O M B R E DE RÉP O N D A N T S 119 Dans 75% des cas, les risk managers sont partie prenante active : soit en co- pilotant directement (29 %), soit en étant consultés et /ou impliqués dans la démarche (46%). Toutefois, ils ne sont pilotes du risque géopolitique que dans 22 % des cas, bien qu’ils impulsent souvent son suivi. Concernant le pilotage, aucun modèle standard ne se dégage : il peut aussi être assuré par la fonction Stratégie/CEO office (29%) ou même réparti entre différentes équipes (18%). Ce morcellement peut s’expliquer par des organisations ou des cultures d’entreprise spécifiques et illustre l’aspect multidimensionnel du risque géopolitique. Secrétariat Général / Juridique / Conformité (si la fonction risk management n’y est pas rattachée) Direction Financière / Fusions-acquisitions Stratégie / CEO Office Communication / Affaires publiques Direction Affaires Internationales / Intelligence économique HSE / Sécurité / Sûreté Achats Pilotage réparti entre différentes fonctions sans leadership clairement défini Suivi du risque géopolitique externalisé Risque géopolitique non suivi / piloté dans l’organisation Autre Risk management 22 % 10 % 1 % 29 % 1 % 2% 6 % 1 % 18 % 0 % 8% 3 % 19 Amrae Baromètre du risque géopolitique en entreprise 01 Profil des répondants 03 Dispositifs de gestion04 Assurances05 Ressources06 Vision à un an02 Gouvernance 70 % des répondants déclarent évaluer le risque géopolitique à travers une approche holistique et multidimensionnelle. Ces résultats confirment que les entreprises ont pris conscience du caractère transverse du risque géopolitique. Cette approche globale traduit une volonté d’intégrer simultanément plusieurs facteurs afin de mieux comprendre l’ensemble des interdépendances et leurs répercussions possibles sur l’activité. Question n°14 Sous quel prisme votre organisation évalue-t-elle le risque géopolitique ? 0 % Approche centrée dimension ESG 70 % Approche holistique, multidimen- sionnelle 3 % Approche centrée sécurité / sûreté 13 % Approche centrée supply chain 5 % Approche centrée cybersécurité 10 % Approche centrée finance N O M B R E DE RÉP O N D A N T S 104 Santiago BOSIO Responsable gestion des risques et prospective, Groupe ADP Parole de professionnel Le risque géopolitique est un enjeu aux multiples facettes, suivi par différentes fonctions au sein des organisations, mais souvent sans réelle vision d’ensemble. Pour renforcer cette lecture globale et alimenter la réflexion stratégique, une approche par scénarios, à court, moyen et long termes, pilotée par le risk manager, permet d’anticiper les effets induits d’un événement géopolitique (tensions locales, bouleversements politiques, ruptures d’approvisionnement…) et d’en évaluer les impacts financiers associés (renforcement des mesures de sécurité, pertes de chiffre d’affaires, diversification du portfolio, etc.). » Place de la fonction risk management dans le pilotage du risque géopolitique au sein de l’organisation Prisme sous lequel l’organisation évalue le risque géopolitique 7 e baromètre des risques supply chain \ 95N°48 I PRINTEMPS 2026 La supply chain à l’épreuve d’un monde fragmenté Entre tensions géopolitiques, volatilité des coûts, menaces cyber et durcissement réglementaire, les chaînes d’approvisionnement entrent dans une nouvelle ère. Le 7 e Baromètre des risques supply chain met en lumière la profonde transformation de la performance : elle se mesure désormais dans la capacité des organisations à anticiper, absorber et rebondir face aux chocs devenus structurels. U n équilibre à venir « largement incertain », « une phase de transition majeure » : pour présenter son 7 e Baromètre des risques supply chain, le cabinet Kyu (en partenariat avec Arts & Métiers, France Supply Chain, l'Amrae et Belrim) a plus que jamais mis l’accent sur le caractère instable de la période, tant d’un point de vue économique que géopolitique. Intitulée « À la recherche d’un nouvel équilibre », cette septième édition mesure l’évolution des risques tout en identifiant les meilleures pratiques de maîtrise. Basé sur les réponses de plus de 140 responsables supply chain, achats et risques, issus des secteurs aéronautique et défense, automobile, chimie et matériaux, agroalimentaire, distribution, luxe, logistique, énergie et environnement, il révèle le top 10 des risques relatifs aux chaînes d’approvisionnement. Avec une analyse des spécificités pour chacun des secteurs en question. Le risque géopolitique en tête Pour la deuxième année consécutive, les crises géopolitiques caracolent en haut du classement, 55 % des répondants les considèrent comme les plus critiques : « Pendant 30 ans, les États se sont mis au service de l’économie et des entreprises pour soutenir leur développement. Aujourd’hui, on assiste au retour des États puissances, où l’économie devient un instrument au service d’objectifs stratégiques. L’entreprise n’est plus une fin en soi, mais un moyen, une variable d’ajustement, voire un dommage collatéral... », commente Thibaud Moulin, associé chez Kyu. Face à cette « recomposition de l’ordre mondial », les auteurs décrivent une supply chain « à l’épreuve de la fragmentation du monde ». « Alors qu’il y a encore deux ou trois ans, on pensait que la situation était conjoncturelle, tout le monde est aujourd’hui convaincu que cela marque la fin d’une ère. Les organisations telles qu’elles existent aujourd’hui ne sont plus adaptées à ce nouveau contexte et à ces nouveaux risques », décrit Laurent Giordani, associé fondateur chez Kyu. Deuxième risque dans le top 10, celui de la pénurie de matières premières et de composants critiques : « Les entreprises qui progresseront sont celles qui auront une véritable connaissance de leur chaîne de valeur, qui auront fait l’effort de cartographier leur supply chain pour comprendre toutes les étapes de fabrication d’un produit, les localiser et identifier les risques associés. Cet exercice reste encore incomplet aujourd’hui, mais c’est clairement vers cela qu’il faut tendre », commente Thibaud Moulin. Amplifiée par l’intelligence artificielle (IA), l’attaque cyber prend quant à elle la troisième place des menaces pesant sur la supply chain « dans un contexte international où se mêlent guerre hybride et cybercriminalité », imposant aux entreprises d’assurer la cybersécurité des partenaires, des fournisseurs et de leurs écosystèmes. Les solutions envisagées La prise de conscience croissante des entreprises des risques encourus par leur chaîne d’approvisionnement les a amenés à se doter de systèmes de gestion des risques de plus en plus matures, observe le Baromètre. En revanche ces menaces, le « décentrage » de la supply chain figure parmi les principales solutions envisagées, 78 % des répondants envisageant l’augmentation LAURENT GIORDANI Associé fondateur chez Kyu. « Le fait, pour une société, de montrer qu’elle possède une certaine maturité sur le sujet va lui permettre d’obtenir plus facilement des capacités d’assurance.» Par Charlotte Cousin ATO U T R I S K MANAGER 96 / ACTUALITÉS DE L’AMRAE ET PUBLICATIONS du double approvisionnement : « Dès lors que l’on intègre la dimension risque dans la définition d’une stratégie de sourcing, il devient possible d’arbitrer entre l’économie réalisée en concentrant ses approvisionnements sur une seule source et le coût qu’impliquerait la mise en place d’une solution alternative », estime Thibaud Moulin. La nécessité de cartographier précisément sa supply chain reste une priorité pour 47 % des organisations mais la réalité montre que « les entreprises éprouvent néanmoins toujours autant de difficultés pour aller au-delà des fournisseurs de rang 1 ». Dans cet environnement instable, il devient également essentiel de renforcer la veille sur l’actualité des fournisseurs ainsi que sur leur environnement. « Les technologies d’IA permettent aujourd’hui de remonter la chaîne de valeur et de capter des signaux faibles, une information encore diffuse, afin de générer des alertes et d’anticiper les risques avant qu’ils ne se matérialisent », indique-t-il. Rester agile Le Baromètre interroge également le rôle de l’assurance, toujours considérée comme « pilier essentiel de la gestion des risques des entreprises » m a i s faisant face à une évolution profonde et durable de son rôle. « L’assurance, ce n’est pas l’alpha et l’oméga de la gestion du risque supply mais cela va obliger les entreprises à apporter un minimum de visibilité à leurs assureurs sur leurs expositions. Le fait, pour une société, de montrer qu’elle possède une certaine maturité sur le sujet va lui permettre d’obtenir plus facilement des capacités d’assurance », estime Laurent Giordani. En conclusion, le document appelle les organisations à s’adapter à cette nouvelle ère en se dotant de moyens pour rester agiles face à la survenue des chocs toujours plus récurrents et moins anticipables. Désormais la performance se redéfinit en intégrant la résilience : 4 46 ème Baromètre des Risques Supply Chain Risk Management 25% Achats 20% Autres 10% Direction Générale 9%Profil des répondants 8 8MMaaccrroo--sseecctteeuurrss dd’’aaccttiivviittééss Aéronautique & Défense 11% Distribution 11% Chimie & Matériaux 16% Tailles des entreprises répondantes En chiffre d’affaires SupplyChain 36% < 1Md€ 20% < 5Md€ > 5Md€ 50% 30% +1000 rreessppoonnssaabblleess SSuuppppllyy CChhaaiinn,, AAcchhaattss eett RRiissqquueessiinntteerrrrooggééss +140rrééppoonnddaannttss PÉRIMÈTRE DE L’ÉTUDE Profil des répondants Automobile 15% Agroalimentaire 8% Luxe 7% Logistique 14% Energie & Environnement18% 4 46 ème Baromètre des Risques Supply Chain Risk Management 25% Achats 20% Autres 10% Direction Générale 9%Profil des répondants 8 8M Ma ac cr ro o - -s se ec ct teeu urrss d d’ ’a ac cttiiv viit tééss Aéronautique & Défense 11% Distribution 11% Chimie & Matériaux 16% Tailles des entreprises répondantes En chiffre d’affaires SupplyChain 36% < 1Md€ 20% < 5Md€ > 5Md€ 50% 30% +1000 r re es sppo on nssa abblle es s S Su up pppl lyy C Ch ha aiinn, , A Ac ch ha at tss e et t R Ri is sqqu uees s i in nt te er rrro oggéés s +140r ré ép po onnddaan nttss PÉRIMÈTRE DE L’ÉTUDE Profil des répondants Automobile 15% Agroalimentaire 8% Luxe 7% Logistique 14% Energie & Environnement18% THIBAUD MOULIN Associé chez Kyu. « Les technologies d’IA permettent aujourd’hui de remonter la chaîne de valeur et de capter des signaux faibles.» 7 e baromètre des risques supply chain \ 97N°48 I PRINTEMPS 2026 « Pendant des années, l’obsession, c’était la performance économique : qualité, quantité, délais, coûts. Aujourd’hui, il faut mesurer aussi la performance d’une supply chain dans sa capacité à encaisser, absorber et rebondir suite à des chocs qui se multiplient et qu’on a de plus en plus de mal à prévoir », conclut Thibaud Moulin. CONTRAINTES RÉGLEMENTAIRES : DE L’OBLIGATION AU LEVIER DE RÉSILIENCE Le Baromètre met également en évidence le poids croissant des contraintes réglementaires (devoir de vigilance, CSRD…), dans la gestion des risques supply chain. Si Laurent Giordani, associé fondateur chez Kyu reconnaît que ces dispositifs sont « objectivement lourds à gérer pour les entreprises », il estime que dès lors qu’elles constituent une obligation, elles présentent « au moins une vertu pour le risque supply : celui d’imposer une visibilité supérieure à celle qui existe aujourd’hui » . Or, le sujet « est encore trop souvent traité uniquement sous l’angle du risque légal, et non comme une possibilité de renforcer la résilience » . Au-delà de la conformité, ces exigences peuvent devenir un véritable levier de transformation des organisations : « Si la démarche est portée comme un projet d’entreprise, elle peut modifier en profondeur les stratégies et les pratiques, et permettre d’améliorer la performance ; sinon, elle se limite à un exercice de reporting pour satisfaire à une obligation et créer plus de contraintes que de valeur » , juge-t-il. 7 76 ème Baromètre des Risques Supply Chain CARTOGRAPHIE DES RISQUES Top 10 des risques SupplyChain 2026 PÉNURIES MATIÈRES & COMPOSANTS ATTAQUES CYBER MANQUE DE MAIN-D’ŒUVRE CRISES GÉOPOLITIQUES DÉFAILLANCES LOGISTIQUES ÉVÈNEMENTS CLIMATIQUES 1 2 3 4 5 6 8 10 7 9 HAUSSE DES COÛTS FAILLITES FOURNISSEURS VOLATILITÉ DE LA DEMANDE RÉGLEMENTATIONS & TARIFS 4 46 ème Baromètre des Risques Supply Chain Risk Management 25% Achats 20% Autres 10% Direction Générale 9%Profil des répondants 8 8M Ma ac cr ro o - -s se ec ct teeu urrss d d’ ’a ac cttiiv viit tééss Aéronautique & Défense 11% Distribution 11% Chimie & Matériaux 16% Tailles des entreprises répondantes En chiffre d’affaires SupplyChain 36% < 1Md€ 20% < 5Md€ > 5Md€ 50% 30% +1000 r re es sppo on nssa abblle es s S Su up pppl lyy C Ch ha aiinn, , A Ac ch ha at tss e et t R Ri is sqqu uees s i in nt te er rrro oggéés s +140r ré ép po onnddaan nttss PÉRIMÈTRE DE L’ÉTUDE Profil des répondants Automobile 15% Agroalimentaire 8% Luxe 7% Logistique 14% Energie & Environnement18% ATO U T R I S K MANAGER 98 / ACTUALITÉS DE L’AMRAE ET PUBLICATIONS Jamais la démographie n’a occupé une place aussi centrale dans le débat public. Baisse des naissances en France, vieillissement des sociétés européennes, inquiétudes sur l’avenir des retraites et de l’école : les chiffres semblent annoncer un futur sombre. Ce livre montre que les données démographiques ne sont jamais neutres : elles nourrissent comparaisons, peurs, fantasmes et dénis, ainsi que d’innombrables débats. Jean-Marc Rohrbasser, professeur de philosophie, qui a passé une partie de sa carrière à l’Institut national d’études démographiques, éclaire ce curieux objet du savoir qu’est la démographie. Puis, pour aborder la natalité – l’un des rares leviers possibles face au vieillissement – un débat entre l’économiste Claudia Senik et le sociologue Julien Damon révèle la complexité des politiques visant à inciter les humains à procréer. JULIEN DAMON JEAN-MARC ROHRBASSER CLAUDIA SENIK DÉMOGRAPHIE, ET DEMAIN ? MÉDITATIONS SUR LE RISQUE DÉMOGRAPHIE, ET DEMAIN ? COUVERTURE : QUINTIN LEEDS Philosophie magazine Éditeur WWW.PHILOMAG.COM Édition spéciale réservée à l’AMRAE Ne peut être vendue AMRAE Association pour le management des risques et des assurances de l’entreprise Démographie, et demain ?.indd 6-10Démographie, et demain ?.indd 6-10 22/01/2026 10:4422/01/2026 10:44 Démographie, et demain ? Le nouvel opus des Méditations sur le risque, publié par l’Amrae avec Philosophie magazine, se penche sur le sujet de la démographie qui occupe une place centrale dans le débat public avec des chiffres de natalité en berne dans de nombreux pays. Les données démographiques n’étant jamais neutres, nourrissant inquiétudes ou dénis, un philosophe, une économiste et un sociologue éclairent le débat dans cet ouvrage. Jamais la démographie n’a occupé une place aussi centrale dans le débat public. Baisse des naissances en France, vieillissement des sociétés européennes, inquiétudes sur l’avenir des retraites et de l’école : les chiffres semblent annoncer un futur sombre. Ce livre montre que les données démographiques ne sont jamais neutres : elles nourrissent comparaisons, peurs, fantasmes et dénis, ainsi que d’innombrables débats. Jean-Marc Rohrbasser, professeur de philosophie, qui a passé une partie de sa carrière à l’Institut national d’études démographiques, éclaire ce curieux objet du savoir qu’est la démographie. Puis, pour aborder la natalité – l’un des rares leviers possibles face au vieillissement – un débat entre l’économiste Claudia Senik et le sociologue Julien Damon révèle la complexité des politiques visant à inciter les humains à procréer. JULIEN DAMON JEAN-MARC ROHRBASSER CLAUDIA SENIK DÉMOGRAPHIE, ET DEMAIN ? MÉDITATIONS SUR LE RISQUE DÉMOGRAPHIE, ET DEMAIN ? COUVERTURE : QUINTIN LEEDS Philosophie magazine Éditeur WWW.PHILOMAG.COM Édition spéciale réservée à l’AMRAE Ne peut être vendue AMRAE Association pour le management des risques et des assurances de l’entreprise Démographie, et demain ?.indd 6-10Démographie, et demain ?.indd 6-10 22/01/2026 10:4422/01/2026 10:44 Méditations sur le risque démographique \ 99N°48 I PRINTEMPS 2026 C ela s’appelle avoir du nez ! Manifestement, l’Amrae et Philosophie Magazine n’en manquent pas puisque le thème choisi, objet de l’ouvrage de Julien Damon, Jean-Marc Rohrbasser et Claudia Senik, est traité au moment où la démographie arrive en tête des grands sujets d’actualité et des préoccupations des responsables politiques français. En effet, comme l’a pointé Sophie Gherardi, ancienne rédactrice en chef du quotidien Le Monde et directrice de ce nouvel opus des Médiations sur le risque, « en France (…) pour la première fois, en 2024, le solde naturel de la population est devenu négatif, avec 651 200 décès et seulement 650 400 naissances ». Il n’empêche, note Jean-Marc Rohrbasser, ce ne seraient pas seulement les nombres mis au jour par les études démographiques qui provoqueraient des inquiétudes, induiraient un « risque démographique », mais, signale l’auteur, « notre rapport à ces nombres ». Avant d'apporter ces constats : « Le monde vieillit, l’Europe rétrécit, l’Afrique croît, les migrations s’intensifient, la natalité s’effondre là où la richesse augmente ». Trois grands récits Voilà résumée la somme de toutes les peurs. Jean-Marc Rohrbasser pousse un cri d’alarme : « Le risque démographique n’est pas seulement celui d’un déséquilibre des populations mais d’un dérèglement de la croyance. Le danger n’est pas de ne pas savoir, mais de ne pas croire ce que nous savons ». Il convoque le sociologue allemand Ulrich Beck qui, dans sa théorie de la société du risque, pointe que « les sociétés savent qu’elles produisent des dangers, mais continuent d’agir comme si la lucidité équivalait à la maîtrise ». Une manière de « déni tranquille. De déni doux ». Surtout, indique l’auteur, le risque démographique induit « trois grands récits » antagonistes. Le premier, illustration d’une civilisation fatiguée, annonce « un déclin » résultat de la combinaison de la baisse de la fécondité et du vieillissement. Un « hiver démographique » comme l’avait décrit, en son temps, le pape Benoît XVI. Un autre scénario fait redouter « une invasion » migratoire résumée brutalement par l’expression « grand remplacement » de l’écrivain Renaud Camus qui s’est imposée dans le débat publique. Enfin, le troisième récit, quasi apocalyptique, prédit « un effondrement » car il y aurait « trop d’humains », une surpopulation qui dépasserait les « limites de la Terre ». Dans la seconde partie du livre, Claudia Senik et Julien Damon, décryptent les origines et conséquences de la baisse de la natalité. L’économiste Claudia Senik rappelle à juste titre que désormais, du fait de la contraception, « avoir des enfants est devenu un choix » tandis que le sociologue Julien Damon, relève que le choix de procréer ou non « relève plutôt de l’économie comportementale ». Le coût du logement n’explique pas tout Ce dernier pointe aussi que le coût du logement ou le pouvoir d’achat ne peuvent à eux seuls expliquer la baisse des naissances. In fine, il n’y aurait pas de solution miracle pour relancer la machine. « Ne rêvons pas », prévient Julien Damon. De façon, semble-t-il, paradoxale, le sociologue, veut croire qu’il « serait bon que d’avantage d’hommes redeviennent des instituteurs, des éducateurs de jeunes enfants ». En d’autres termes masculiniser les métiers où il y a beaucoup de femmes. À propos de l’immigration comme solution au déclin démographique, le sociologue en pointe les limites : « Cela me semble être un regard assez étrange sur l’humanité que d’importer des dames pour faire des enfants quand, de surcroît, on ne cesse de répéter à juste titre que les comportements démographiques s’ajustent très rapidement entre générations ». Démographie et demain ? de Julien Damon, Jean-Marc Rohrbasser et Claudia Senik. Ouvrage dirigé par Sophie Gherardi. Philosophie magazine Éditeur, en partenariat avec l’Amrae. 78 pages. Janvier 2026. Sur demande auprès de l’Amrae. « Cela me semble être un regard assez étrange sur l’humanité que d’importer des dames pour faire des enfants quand, de surcroît, on ne cesse de répéter à juste titre que les comportements démographiques s’ajustent très rapidement entre générations. » Julien Damon Sociologue RAPPEL : Philosophes, économistes, sociologues et plus généralement commentateurs de l’actualité, peuvent afficher des partis pris politiques dans leurs écrits et prises de parole. L’Amrae demeure, pour sa part, apolitique. ATO U T R I S K MANAGER 100 / NOTE DE LECTURE Réarmer les consciences, le pari du général de Villiers Prendre la plume dans l’optique d’être un lanceur d’alerte qui éveille les consciences pour « réarmer les âmes », telle est l’ambition du général Pierre de Villiers dans son dernier ouvrage paru chez Fayard, Pour le succès des armes de la France. L ancien chef d’état-major des armées qui a œuvré (2014-2017) auprès de trois présidents de la République (Nicolas Sarkozy, François Hollande, Emmanuel Macron) n’a pas été limogé par l’actuel locataire de l’Élysée. S’il a choisi de démissionner en juillet 2017, c’est qu’il n’a pas été entendu en dépit des messages d’alerte inhérents à sa prescience militaire. Dans Pour le succès des armes de la France (1), il brosse en 187 pages, une analyse factuelle et géostratégique des enjeux auxquels la France - au sein de l’Union européenne - sera confrontée dans les années à venir. Intervenant aux Rencontres du risk management organisées début février par l’Amrae, il a résumé le fil rouge de son dernier livre : « Nous avons changé de monde : le droit de la force prime sur la force du droit ». Le diagnostic clinique posé par Pierre de Villiers s’appuie sur des arguments qui obéissent à des préceptes géostratégiques, avec deux règles cardinales qui font office de boussole. La devise de l’École de guerre d’une part : « Si tu veux la paix, prépare la guerre » et la pensée gaullienne d’autre part : « Les États n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts ». L’ambiguïté d’une armée européenne Il affirme que les « stabilisateurs auto- matiques », c’est-à-dire les principales organisations internationales, ONU en tête, ne sont pas en capacité de maîtriser les deux risques qui pénalisent la France : le terrorisme islamiste radical, et le retour des États-puissances (Chine, Russie, Turquie). Les États-puissances et les terroristes « Nous avons changé de monde : le droit de la force prime sur la force du droit. » ’ PIERRE DE VILLIERS Ancien chef d'état-major. Le pari du général de Villiers \ 101N°48 I PRINTEMPS 2026 agissent, alors que les Européens, dit Pierre de Villiers, palabrent et sont divisés. Il prévient qu’il ne faut pas se leurrer sur le « lâchage » américain et la fin du parapluie étasuniens. Certes, comprend- on entre les lignes, Donald Trump est un partenaire-adversaire qui ne jure que dans les rapports de force, mais le principe d’une armée européenne est une erreur, estime Pierre de Villiers, car compte tenu des souverainetés nationales, on ne peut pas fusionner des troupes sur le terrain. Ce qui s’impose en revanche, c’est la coopération européenne. « Le lâchage du président Trump vis-à-vis des Européens accentue encore plus cet impératif d’assurer nous- mêmes notre propre sécurité », plaide-t-il. Une coopération qui implique de fabriquer du matériel en commun (drones, chars). Mais les dissensions franco-allemandes autour de l’avion de combat européen Scaf, triste leçon d’un fiasco industriel, illustre la difficulté de la tâche. Analyser les menaces pour construire un budget Pierre de Villiers décortique l’impact réel des crédits militaires pour renforcer le processus du réarmement français. « On ne construit pas un modèle d’armée à partir d’une enveloppe budgétaire allouée, mais à partir d’une analyse des menaces, puis d’un inventaire des missions pour y faire face et enfin, des moyens nécessaires », assure- t-il. Au vu de la complexité des enjeux, « La protection des Français doit désormais faire l’objet d’une approche globale, interministérielle et internationale. La souveraineté est militaire, diplomatique et économique et doit nous inciter à prendre un cap vers une nouvelle stratégie », ajoute l’ancien chef d’état-major. Il exhorte l’exécutif à bâtir la défense de l’Europe au sens gaullien du terme, pour mettre un terme à l’ambiguïté sur l’armée européenne. « La meilleure stratégie reste de s’appuyer sur les structures de l’Otan pour fédérer les États européens et peu à peu, uniformiser les structures de commandement et garantir l’interopérabilité des équipements européens », argumente-t-il. C’est le concept d’une « européanisation de l’Otan », développé par l’ancien ministre des Anciens combattants, Jean-Louis Thériot, dans une tribune du Figaro (2). Ce choix pourrait être soumis aux Français par référendum. 5 milliards d’euros par an pendant 10 ans Le défi capacitaire et budgétaire est énorme, d’où l’ardente obligation de développer une base industrielle et technologique de défense européenne puissante et souveraine. La France compte un tissu de 4 500 PME et ETI qui travaillent pour les grands donneurs d’ordre de la filière défense et sécurité (Dassault, Thalès, NKDS). Cette myriade d’entreprises manque cruellement de fonds propres (trois milliards d’euros selon les chiffres du ministère des Armées, ndlr) mais les banques, les assureurs et les investisseurs institutionnels (BPIfrance avec le fonds Défense, la Caisse des Dépôts avec le fonds Émergence aux côtés d’une dizaine d’investisseurs) sont en passe d’y répondre. L’effort financier doit être constant sur une dizaine d’années si l’on veut construire le modèle d’armée adapté à la dangerosité de la situation mondiale. « Il nécessitera dès 2026 un accroissement de cinq milliards d’euros par an pendant dix ans et pas seulement pendant les deux prochaines années, comme l’a annoncé Emmanuel Macron le 13 juillet 2025 », insiste l'auteur. Pour l’heure, le Premier ministre Sébastien Lecornu annonce une mise à jour de la loi de programmation militaire devant l’Assemblée nationale en avril pour être adoptée avant le discours aux Armées du président de la République, le 13 juillet 2026. Après le doublement du budget des armées entre 2017 et 2025, le projet de loi de finances pour 2026 prévoit 57,6 milliards d’euros supplémentaires (+ 13 %) dont 3,5 milliards de « surmarche » budgétaire qui n’étaient pas prévus par la loi de programmation actuelle. « En 2035, le budget de la Défense devra se situer aux alentours de 100 milliards d’euros minimum, pour être en mesure de faire face aux menaces et de constituer une force militaire classique et nucléaire capable de peser en Europe et dans le reste du monde », avance le général de Villiers. Autant dire que le trilogue (états- majors, Direction générale de l’armement, industriels) mérite de passer en mode « crise », voire « guerre ». Raccourcir les délais, les procédures, les circuits. « L’État devra aussi savoir tenir ses engagements : passer des commandes fermes sur plusieurs années, payer les industriels dans les délais prévus, ne plus décaler les livraisons, comme cela se pratique encore trop souvent », résume l’ancien chef d’état-major. Cloud, IA, quantique Les évolutions technologiques et les besoins en matière de commandement imposent des investissements supplémentaires, qu’il s’agisse de l’évolution des centres de données vers le cloud, de l’amélioration des capacités de stockage au combat ou de l’intégration de l’intelligence artificielle. Sans compter la poursuite de l’amélioration des services de renseignement nécessaire à l’indépendance de la France. « Notre renseignement est encore très marqué par la contre-insurrection (Afghanistan) et le contre-terrorisme (attentats). Il nous faut diversifier les capteurs et les protéger contre les menaces étatiques sérieuses », souligne-t-il. Au fond, le problème de la France dans l’Europe reste sa crédibilité, un mot-clé en matière de dissuasion militaire. N’oublions pas que nos adversaires potentiels « sont montés dans le train technologique » de l’IA et de l’informatique quantique. Enfin, Pierre de Villiers intime au ministère des Armées de poursuivre ses travaux en matière de lutte contre la guerre informationnelle pour déjouer la guerre hybride lancée par la Russie et la Chine. (1) Pour le succès des armes de la France. Fayard, décembre 2025. (2) Le Figaro du 18 juin 2025 ATO U T R I S K MANAGER 102 / NOTE DE LECTURE Où trouver la force ? Dans un nouvel essai, le philosophe Charles Pépin qui participait à une table ronde lors des dernières Rencontres du risk management organisées par l’Amrae, revient sur les questions qui lui ont été le plus souvent posées par ses élèves, ses auditeurs, ses lecteurs. N ous avons tous, à un moment de notre vie, été envahis par des questions existentielles. C'est le propre de la condition humaine. Dans son nouvel essai paru à l’automne 2025, « Où trouver la force ? » le philosophe Charles Pépin, romancier et ancien professeur de philo au lycée Henri IV, tente d’apporter des réponses à cette préoccupation et à d’autres questions existentielles. Il propose de multiples pistes de réflexion, poussant le lecteur à s’interroger davantage et à s’ouvrir au monde et à la vie. En rassemblant les questions que ses élèves, ses lecteurs et ses auditeurs (il anime deux émissions hebdomadaires sur France Inter, La question philo et Sous le soleil de Platon) lui ont posées au fil des années, l'agrégé de philosophie tisse du lien entre ses lecteurs, démontrant ainsi que nous sommes tous interconnectés et que nous partageons, pour la plupart d’entre nous, les mêmes questionnements. Où trouver la force ? Peut- être faut-il se pencher davantage sur ces interrogations et appliquer certains de ces principes à notre propre vie. Culpabilité, bonnes résolutions, musique… Les thèmes abordés dans l’ouvrage sont divers et variés : la culpabilité, la musique, les bonnes résolutions, la confiance en soi… Charles Pépin rend la philosophie accessible à tous en décomposant sa pensée en étapes simples, et en abordant chaque question avec sérieux et clarté, tout en illustrant ses réponses avec des exemples concrets et des références à de grands philosophes : Nietzsche, Kant, Hegel, Bergson, Descartes… La question centrale est comment être heureux ? Ou plutôt comment vivre mieux malgré nos doutes et nos angoisses Par Nathalie. Arensonas Où trouver la force ? \ 103N°48 I PRINTEMPS 2026 (mort, blessures du passé, indécision…) ? Le philosophe répond avec son optimisme légendaire, sans tomber pour autant dans la mièvrerie et sans donner de recette miracle. La force ne tombe pas du ciel Charles Pépin ne voit pas l’échec comme le contraire de la réussite, mais comme une confrontation au réel qui nous rendrait plus lucide et résilient. La vulnérabilité n’est pas une faiblesse mais une force : « Si nous ne pouvons pas changer le passé, nous pouvons changer les traces qu’il a laissées dans notre cerveau, qu’il s’agisse de ces émotions douloureuses associées à nos pires souvenirs, ou de ces règles de vie implicites qui en ont été inférées » , écrit-il. La force vient de l’action L’auteur nous pousse à agir, à ne pas nous laisser abattre et à ne rien prendre pour acquis. En s’interrogeant sur la notion de « bonnes résolutions », il démontre qu’en prendre une, même sans réussir à la garder jusqu’au bout, « reste une belle manière de s’engager, d’ouvrir la possibilité d’un chemin, d’une perspective ». Cette décision va de pair avec le courage, qui, estime le philosophe, porte une dimension morale et circonstancielle, c’est-à-dire qui s’inscrit dans le temps et porte en elle des valeurs : avoir le courage de faire face à des situations difficiles qui demandent un effort sur le long terme, mais qui finira par porter ses fruits. Notre force vient également de notre liberté, que nous exerçons en faisant des choix et en nous lançant malgré l’incertitude, mais aussi en restant fidèles à nous-mêmes et en accomplissant des actions qui nous ressemblent. La force vient de la relation Charles Pépin nous rappelle que la force vient de la relation sociale. À l’instar des stoïciens comme Epitecte ou Marc Aurèle, qui défendaient une vision indépendante du bonheur, l’auteur est conscient que le fait d’être citoyen implique de dépendre des autres. Il souligne toutefois la différence entre indépendance et autonomie, qu’il qualifie de « valeur positive » : c’est la capacité à penser par soi-même et à exercer sa raison, ce qui constitue la plus haute des libertés. Il en va de même pour notre besoin de reconnaissance. Le romancier, tout comme l’artiste, a besoin de reconnaissance et de validation objective lorsqu'il montre son travail aux autres. La force vient du sens Nous pouvons choisir de donner du sens à la vie grâce à “nos réalisations individuelles et collectives”, écrit Charles Pépin. Tant de choix s’offrent à nous : l’amour, le progrès ou l’art… Quand nos actes s’inscrivent dans quelque chose de plus grand que nous - une cause, une responsabilité, une mission -, nous découvrons en nous une énergie et une force insoupçonnées. « Notre bonheur se joue moins dans un pur rapport au présent que dans la bonne relation à notre passé : c'est elle qui détermine la qualité de notre présent. » Où trouver la force ? Et autres questions existentielles. Octobre 2025. Éditions Allary. 237 pages. 20,90 euros. CHARLES PÉPIN Philosophe et écrivain français AMRAE > NOS FORMATIONS À LA UNE CEFAR – Stratégie Risk Management Prenez les commandes du risk management. Ce programme certifiant vous permet de structurer une stratégie robuste, piloter les risques, gérer la crise et renforcer votre position auprès de la direction. 20 jours pour changer de dimension et affirmer votre leadership. Réf. CEFAR25 I 158 heures I à partir du 20 avril 2026 Améliorer sa communication, levier de performance du risk manager Se faire entendre, gérer les objections, désamorcer les conflits… Développez une posture influente et constructive pour embarquer vos interlocuteurs. Un levier concret pour renforcer votre impact et faire adhérer aux démarches risques. Réf. ST038 I 14 heures I 27, 28 mai 2026 Dynamiser sa démarche ERM grâce aux outils stratégiques PESTEL, Porter, Business Model… Faites évoluer votre démarche ERM vers une approche résolument stratégique. Renforcez le lien avec la gouvernance et positionnez le risk manager comme véritable aide à la décision. Réf. ST068 I 7 heures I 2 juin 2026 Programmes internationaux d’assurance : l’essentiel Master, polices locales, DIC/DIL, pays non admis… Maîtrisez les étapes clés d’un programme d’assurance international. Sécurisez vos implantations à l’étranger et optimisez la gestion des sinistres dans un cadre réglementaire complexe. Réf. ST023 I 14 heures I 2, 3 juin 2026 Risques naturels et cyber : intégrer des garanties paramétriques Face aux limites de l’assurance traditionnelle, découvrez les solutions paramétriques pour couvrir les risques naturels et cyber. Optimisez votre programme, complétez ou remplacez certaines garanties et sécurisez vos capacités dans un marché en mutation. Réf. ST059 I 3 heures 30 I 3 juin 2026 Cartographier les risques : outils et méthode Structurez une cartographie pertinente et exploitable. Maîtrisez les étapes clés, animez des ateliers d’évaluation et évitez les écueils classiques. Une approche concrète et opérationnelle pour piloter efficacement votre dispositif de gestion des risques. Réf. ST035 I 21 heures I 18, 19, 20 mai 2026 Cartographier et prévenir les risques RH Absentéisme, risques assurantiels, enjeux ESG… Identifiez, évaluez et réduisez les risques RH en construisant un binôme efficace avec la DRH. Une approche opérationnelle pour sécuriser le capital humain et renforcer la performance globale. Réf. ST024 I 7 heures I 22 mai 2026 Risques des collectivités : cartographier, prévenir, assurer Adoptez une approche globale de gestion des risques adaptée aux collectivités territoriales. De la cartographie à la stratégie d’assurance, mettez en œuvre un dispositif opérationnel pour prévenir, piloter et valoriser vos risques auprès des assureurs. Réf. ST088 I 14 heures I 3, 4 juin 2026 Risk Management & ESG : relever les nouveaux défis CSRD, taxonomie, analyse de matérialité… Intégrez les enjeux ESG à votre dispositif de gestion des risques. Comprenez impacts, opportunités et exigences réglementaires pour positionner le risk manager au cœur de la stratégie durable. Réf. ST057 I 7 heures I 18 mai 2026 Changement climatique & ESG : ce que tout risk manager doit savoir Risques physiques, transition, CSRD, ESRS… Comprenez les impacts du changement climatique sur votre organisation et positionnez la fonction risk management au cœur des enjeux réglementaires et stratégiques. Réf. ST062 I 2 heures I 22 mai 2026 Parcours adaptation au risque climat Face à des risques climatiques croissants et moins assurables, structurez une stratégie d’adaptation robuste. Un parcours en 6 modules pour intégrer les scénarios, sécuriser l’assurabilité et répondre aux exigences de reporting. Réf. ST100 I 31 heures 30 I à partir du 1 er juin 2026 ACCOMPAGNER LA MONTÉE EN COMPÉTENCES DES PROFESSIONNELS DU RISK MANAGEMENT La maîtrise des risques repose sur des compétences solides et actualisées. Avec plus de 80 thématiques au catalogue, AMRAE Formation accompagne l’ensemble des professionnels du risque et de l’assurance. Cette sélection met en avant les sessions organisées entre avril et juin, autour des enjeux stratégiques, réglementaires et climatiques. STRATÉGIE & TRANSFORMATION DU RISK MANAGEMENT ASSURANCE & FINANCEMENT DES RISQUES ESG, CLIMAT & ADAPTATION (suite) JURIDIQUE & MAÎTRISE DES RESPONSABILITÉS MÉTHODES & DISPOSITIFS DE GESTION DES RISQUES ESG, CLIMAT & ADAPTATION Pour aller plus loin Découvrez l’intégralité de notre catalogue 01 42 89 32 72 amrae.formation@amrae.fr Risques climatiques : comprendre les enjeux et se mettre en mouvement Scénarios climatiques, insurance protection gap, plan d’adaptation… Intégrez le risque climatique dans votre matrice de risques et passez à l’action. Une étape essentielle pour anticiper les impacts et sécuriser votre chaîne de valeur. Réf. ST095 I 7 heures I 1 er juin 2026 Atelier d’adaptation aux risques climatiques Passez de la compréhension à l’action. Expérimentez une méthode concrète pour identifier, évaluer et arbitrer des options d’adaptation face aux risques climatiques. Un atelier collaboratif pour transformer l’analyse en décisions opérationnelles. Réf. ST096 I 3 heures 30 I 2 juin 2026 Contract management : les clauses clés de la responsabilité Clauses limitatives, extensives, rôle de l’assurance… Identifiez les mécanismes contractuels qui engagent votre responsabilité et sécurisez vos opérations. Une approche pratique pour négocier, rédiger et limiter les risques juridiques. Réf. ST078 I 4 heures I 1 er avril 2026 Faute inexcusable : anticiper et structurer la défense de l’employeur Accident du travail, maladie professionnelle, contentieux pénal… Anticipez le risque de faute inexcusable et structurez un dossier de défense solide. Identifiez les enjeux juridiques et financiers pour protéger l’entreprise et son dirigeant. Réf. ST067 I 7 heures I 18 mai 2026 Lutter contre la fraude interne et externe Fraude interne, externe, corruption, RGPD, Sapin II… Maîtrisez les mécanismes, évaluez vos vulnérabilités et mettez en place un dispositif efficace et conforme. Une vision globale et opérationnelle pour protéger durablement votre organisation. Réf. ST041 I 14 heures I 18, 19 mai 2026 DP_420x297mm_FEV. 2026_V2.indd Toutes les pagesDP_420x297mm_FEV. 2026_V2.indd Toutes les pages 27/02/2026 11:2327/02/2026 11:23 1qP.P1PP,PP+,9(5PP,P*P,P/PlP,P*P,P0 AMRAE > NOS FORMATIONS À LA UNE CEFAR – Stratégie Risk Management Prenez les commandes du risk management. Ce programme certifiant vous permet de structurer une stratégie robuste, piloter les risques, gérer la crise et renforcer votre position auprès de la direction. 20 jours pour changer de dimension et affirmer votre leadership. Réf. CEFAR25 I 158 heures I à partir du 20 avril 2026 Améliorer sa communication, levier de performance du risk manager Se faire entendre, gérer les objections, désamorcer les conflits… Développez une posture influente et constructive pour embarquer vos interlocuteurs. Un levier concret pour renforcer votre impact et faire adhérer aux démarches risques. Réf. ST038 I 14 heures I 27, 28 mai 2026 Dynamiser sa démarche ERM grâce aux outils stratégiques PESTEL, Porter, Business Model… Faites évoluer votre démarche ERM vers une approche résolument stratégique. Renforcez le lien avec la gouvernance et positionnez le risk manager comme véritable aide à la décision. Réf. ST068 I 7 heures I 2 juin 2026 Programmes internationaux d’assurance : l’essentiel Master, polices locales, DIC/DIL, pays non admis… Maîtrisez les étapes clés d’un programme d’assurance international. Sécurisez vos implantations à l’étranger et optimisez la gestion des sinistres dans un cadre réglementaire complexe. Réf. ST023 I 14 heures I 2, 3 juin 2026 Risques naturels et cyber : intégrer des garanties paramétriques Face aux limites de l’assurance traditionnelle, découvrez les solutions paramétriques pour couvrir les risques naturels et cyber. Optimisez votre programme, complétez ou remplacez certaines garanties et sécurisez vos capacités dans un marché en mutation. Réf. ST059 I 3 heures 30 I 3 juin 2026 Cartographier les risques : outils et méthode Structurez une cartographie pertinente et exploitable. Maîtrisez les étapes clés, animez des ateliers d’évaluation et évitez les écueils classiques. Une approche concrète et opérationnelle pour piloter efficacement votre dispositif de gestion des risques. Réf. ST035 I 21 heures I 18, 19, 20 mai 2026 Cartographier et prévenir les risques RH Absentéisme, risques assurantiels, enjeux ESG… Identifiez, évaluez et réduisez les risques RH en construisant un binôme efficace avec la DRH. Une approche opérationnelle pour sécuriser le capital humain et renforcer la performance globale. Réf. ST024 I 7 heures I 22 mai 2026 Risques des collectivités : cartographier, prévenir, assurer Adoptez une approche globale de gestion des risques adaptée aux collectivités territoriales. De la cartographie à la stratégie d’assurance, mettez en œuvre un dispositif opérationnel pour prévenir, piloter et valoriser vos risques auprès des assureurs. Réf. ST088 I 14 heures I 3, 4 juin 2026 Risk Management & ESG : relever les nouveaux défis CSRD, taxonomie, analyse de matérialité… Intégrez les enjeux ESG à votre dispositif de gestion des risques. Comprenez impacts, opportunités et exigences réglementaires pour positionner le risk manager au cœur de la stratégie durable. Réf. ST057 I 7 heures I 18 mai 2026 Changement climatique & ESG : ce que tout risk manager doit savoir Risques physiques, transition, CSRD, ESRS… Comprenez les impacts du changement climatique sur votre organisation et positionnez la fonction risk management au cœur des enjeux réglementaires et stratégiques. Réf. ST062 I 2 heures I 22 mai 2026 Parcours adaptation au risque climat Face à des risques climatiques croissants et moins assurables, structurez une stratégie d’adaptation robuste. Un parcours en 6 modules pour intégrer les scénarios, sécuriser l’assurabilité et répondre aux exigences de reporting. Réf. ST100 I 31 heures 30 I à partir du 1 er juin 2026 ACCOMPAGNER LA MONTÉE EN COMPÉTENCES DES PROFESSIONNELS DU RISK MANAGEMENT La maîtrise des risques repose sur des compétences solides et actualisées. Avec plus de 80 thématiques au catalogue, AMRAE Formation accompagne l’ensemble des professionnels du risque et de l’assurance. Cette sélection met en avant les sessions organisées entre avril et juin, autour des enjeux stratégiques, réglementaires et climatiques. 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Une vision globale et opérationnelle pour protéger durablement votre organisation. Réf. ST041 I 14 heures I 18, 19 mai 2026 DP_420x297mm_FEV. 2026_V2.indd Toutes les pagesDP_420x297mm_FEV. 2026_V2.indd Toutes les pages 27/02/2026 11:2327/02/2026 11:23 ATOUT RISK MANAGER Contact : Amrae Service abonnement 36, boulevard de Sébastopol 75004 Paris Tél. : 01 42 89 33 16 atoutriskmanager@amrae.fr Des compétences recherchées des entreprises pour faire face aux enjeux économiques actuels Faites confiance au leader du marché pour renforcer vos compétences en management des risques Notre mis sion : Former les acteurs des métiers du risque et des assurances Contact : amrae.formation@amrae.fr | 01.42.89.33.20 En savoir plus : www.formation.amrae.fr Pour prévenir et maîtriser les risques de vos entreprises Formations certifiantes Formations courtes Formations intra-entreprise RÈGLEMENT À RÉCEPTION DE LA FACTURE Je désire m’abonner à la revue Atout Risk Manager pour 2026 (4 numéros) L’abonnement à Atout Risk Manager est compris dans l’. adhésion. Non adhérent à l'Amrae : 74 € HT ** Abonnement 2026 * Adresse de livraison Nom ........................................................................................................................ Prénom.............................................................................................................. Entreprise...................................................................................................... Adresse............................................................................................................. ....................................................................................................................................... Code postal Ville .......................................................................................................................... Tél. .......................................................................................................................... E-mail ................................................................................................................. NB : application du taux de TVA en vigueur au moment de la commande (20 % en novembre 2023). * . Abonnement valable sur une année civile. Si je m’abonne en juillet, je recevrai les deux numéros déjà parus dans l’année + les deux suivants. **. Pour tout envoi hors de France métropolitaine, une majoration est prévue sur le prix HT de 9 % pour l’Europe et 18 % pour les autres pays. Date................................................................................ Signature Ceci n’est-il pas un contrat d’assurance ? ATOUT RISK MANAGER L A REVUE DES PROFESSIONNEL S DU RISQUE E T DE L'ASSURANCE TRIMES TRIEL • AUTOMNE 2021N°30 Freestyle François Beaume, Directeur des risques et des assurances de Sonepar, Vice-président de l’AMRAE LA REV L??tat du march? 2021, renouvellement 2022 : Oser les risques. Sans assurances ? Retour d?exp?riences : cr?ation en France des captives de SEB et de Bonduelle U DREVSPR OSUFIFNEV R?seau international Victor Vereshchagin, RusRisk Formation ? la loupe Les formations intra de l?AMRAE QERTTE'ED'CA RDRAI L?app?tence aux risques en qu?te de formalisation M•D2FTRD S0EST1MUPM° ????ji ?s?i???w??i ???? Les Rencontres ?conomiques d?Aix-en-Provence 2021 ATOUT RISK MANAGER LA REVUE DES PROFESSIONNELS DU RISQUE ET DE L’ASSURANCE TRIMESTRIEL — N°36 — PRI NTEM PS 2023 Terre(s) de risques 30 e Rencontres Amrae du risk management — P. 17 Métier risk manager Réseau international : regards croisés sur le risk management vu des pays du golfe Arabique Formation à la loupe : Claire Loppinet et Christophe Quebre, lauréats 2022 du Cefar — P. 60 Portrait É lect ro, éco lo, éclectique Grégor y Lalo, vice -président senior risques et assurances et développement d’affaires de Accor — P. 06 Veille et position Vers la libéralisation des actions de groupe : quels risques pour les entreprises internationales ? La loi LOPMI et l’indemnisation des per tes et dommages liés à une at taque cyber — P. 66 Actualités de l’Amrae Méditations sur le risque : à lire et à offrir Régions : à l’Ouest, du nouveau — P. 70 ATOUT RISK MANAGER LA REVUE DES PROFESSIONNELS DU RISQUE ET DE L’ASSURANCE TRIMESTRIEL — N°38 — AUTOM N E 2023 Métier risk manager Rése au i nte r n at i o n a l : la feuille de route de Franck Baron à l’Ifrima Le rendez-vous des assur techs — P. 52 Portrait Frédéric de Serpos, directeur des assurances et de la gestion des risques groupe de Casino — P. 06 Actualités de l’Amrae 15 e Panorama des SIGR : édition 2023 Inauguration des antennes des H auts-de-France et de Bretagne — P. 64 L ,Amrae et les risk managers face au défi climatique — P. 17 ATOUT RISK MANAGER LA REVUE DES PROFESSIONNELS DU RISQUE ET DE L’ASSURANCE TRIMESTRIEL — N°39 — H IVER 2023-2024 Métier risk manager Réseau international : rencontre avec Patrick Fiedler, président de GVNW et vice -président senior des assurances de BAS F Formation à la loupe : première formation Cefar Stratégie risk m an agement int ra- ent reprise et catalogue 2024 d’Amrae formation Formation à la loupe : l’Amrae va former les collaborateurs des Medef territoriaux Le rendez-vous des assur techs — P. 40 Portrait Sylvain Guiheneuf, directeur des risques et des assurances de Safran — P. 06 Veille et position Règlement européen sur l’intelligence ar tificielle : où en sommes-nous ? — P. 52 Actualités de l’Amrae Baromètre de l’engagement pour le climat : l’actualité influence la hiérarchie des perceptions des risques climatiques Régions : état du marché en PACA et cyber en H auts-de-France Pour l’amour du risque : l es 31 e Rencont res Amrae du risk management — P. 56 État du marché Moins de tension, mais plus de prudence — P. 17 ATOUT RISK MANAGER LA REVUE DES PROFESSIONNELS DU RISQUE ET DE L’ASSURANCE TRIMESTRIEL — N°40 — PRI NTEM PS 2024 Métier risk manager Réseau international : rencontre avec Typhaine Beaupérin, directrice générale de la Ferma, la voix des professionnels du risque à Bruxelles Formation à la loupe : le management des risques au ser vice des crèches p a re nt a l es Le rendez-vous des assur techs — P. 70 Portrait Stéphanie Kleinmann, group risk manager chez H ager Group — P. 06 Veille et position L’intelligence ar tificielle à l’heure du droit — P. 80 Actualités de l’Amrae Baromètre du pilotage de la gestion de sinistres en dommage : comprendre la gestion des sinistres de dommage et identifier les besoins des risk managers Baromètre des risques supply chain : vers une reconfiguration géographique de la supply chain pour réduire les risques — P. 82 Pour l’amour du risque 31 e Rencontres Amrae du risk management — P. 17 AT O U T R I S K MANAGER FÊTE SES 10 ANS ! Inter view de Gilbert Canaméras, président de l’Amrae de 2011 à 2015, à l’initiative de la revue — P. 12 ATOUT RISK MANAGER LA REVUE DES PROFESSIONNELS DU RISQUE ET DE L’ASSURANCE TRIMESTRIEL — N°41 — ÉTÉ 2024 Métier risk manager Réseau international : congrès RIMS – Risk world ® . Retour à une fréquentation pré- Covid dans une ambiance sereine Formation à la loupe : un nouveau M aster 2 « droit et gestion des risques émergents » pour former des juristes (mais pas que) aver tis Le rendez-vous des assur techs — P. 34 Portrait Benjamin Cogez, directeur financier de Bonduelle Europe Long Life — P. 06 Actualités de l’Amrae La Journée scientifique : faire fructifier l’intelligence collective Renouvellement de la gouvernance de l’Amrae Panaché public et privé : les enseignements des Risk Transformation Awards 2024 LUCY 2024 : Assurance cyber, un marché apaisé dans un contexte fragile lesrisquesdemacollectivite.fr : un outil de car tographie dédié aux risques des collectivités te r r i to r i a l es — P. 43 La continuité d’activité à l’heure des JO de Pa ris 2024 : tout ira bien, faites vos Jeux ! — P. 19 ATOUT RISK MANAGER LA REVUE DES PROFESSIONNELS DU RISQUE ET DE L’ASSURANCE TRIMESTRIEL — N°42 — AUTOM N E 2024 Acteurs en vue Getlink, l’histoire d’Eurotunnel à l’aune de la gestion des risques — P. 12 Hommage Gilber t Canaméras : tout feu, tout flamme — P. 18 Portrait Carole Mondellini, directrice des risques et assurances de Viridien — P. 06 Métier risk manager Formations à la loupe : M astère Spécialisé « M anager des risques », une approche transversale de la question du risque Les ARM font peau neuve Avec Amrae formation, Veolia donne de l’air à ses exper ts du risque — P. 37 Act u a l ités En se structurant, la FFCE gagne en visibilité Cinq questions à… G régo i re D u te r t re , p rés i d e nt de la commission Géopolitique de l’Amrae Régions : regards croisés des pilotes sur les dynamiques locales Panorama des SIGR en par tenariat avec EY – Édition 2024 — P. 46 Baromètre 2024 des métiers du risk management — P. 25 ATOUT RISK MANAGER LA REVUE DES PROFESSIONNELS DU RISQUE ET DE L’ASSURANCE TRIMESTRIEL — N°43 — HIVER 2024-25 En vue Lantonirina Andrianar y, déléguée générale du Club FrancoRisk — P. 16 Portrait Linda Khelid, risk manager de la ville de Nice et de Métropole Nice Côte d’Azur — P. 06 Club FrancoRisk Retours sur l’année 2024 — P. 43 F FCE Forum France Captive 2024 — P. 47 Act u a l ités Pôle scientifique : nouvel élan et continuité L’Ar t du risque : les 32 e Rencontres Amrae du risk management — P. 56 Dossier État du marché Accalmie et vigilance — P. 19 Métier risk manager Formation à la loupe Première collaboration avec le CNFPT Nouveau catalogue et nouvelles formations Ferma Forum 2024 — P. 32 ATOUT RISK MANAGER LA REVUE DES PROFESSIONNELS DU RISQUE ET DE L’ASSURANCE TRIMESTRIEL — N°44 — PRI NTEM PS 2025 En vue Sophie M aguer, Generali - Vincent H arel, Verlingue - Florence Puybareau, Clusif - Typhaine Beaupérin — P. 14 C a p t i ve s d’entreprise « Captives à la française » : le point d’étape Le domicile France en Europe — P. 90 Act u a l ités Comité scientifique permanent Journée scientifique 2025 La M aison digitale du risk management Publication : Tout demander à l’entreprise ? — P. 1 02 Dossier L’ a r t du risque, sculpteurs d’opportunités 32 e Rencontres du risk management Amrae — P. 17 Métier risk manager Formation cour tesAcadémie digitaleRisques de réputation — P. 82 Veille et position Rappor t de durabilité : les réformes proposées par Bruxelles Un nouveau monde, à l’heure du protectionnisme — P. 99 Portrait Sté ph a ne Richard D i rec te u r prévention des risques et gestion de crise de Dalkia — P. 06 Club FrancoRisk 12 e Re n c o nt res de la Francophonie — P. 88 ATOUT RISK MANAGER LA REVUE DES PROFESSIONNELS DU RISQUE ET DE L’ASSURANCE TRIMESTRIEL — N°45 — ÉTÉ 2025 En vue Jean-François Cousin, Planète CSCA Philippe Guyonnet-Dupérat, direction générale du Trésor. Philippe Cotelle, Ferma — P. 14 Métier risk manager Formation à loupe : les fonctions-clés dans une captive — P. 29 Portrait Ersida Ago Direct rice des assurances du groupe Orano — P. 06 Club FrancoRisk Réunion de la diaspora du Club — P. 32 F FCE Merci M ar tin Landais ! Première assemblée générale de la Fédération — P. 35 Actualités de l’Amrae Nouveau format pour la Journée scientifique 2025 Nouvelle gouvernance de l’Amrae : François Beaume succède à Oliver Wild Bordeaux, Lyon, Lille : les nouveaux rendez-vous du risk management Amrae en région Les enseignements des Risk Transformation Awards 2025 Webinaire Amrae - Medef Deux- Sèv res et D FCG Panorama 2025 des SIGR : plus innovants et plus sollicités Lumière sur la cyberassurance, LUCY 2025 Mobiliser les facteurs humains dans la gestion de crise : le collectif comme antidote à la crise Méditations sur le risque : Agir, réagir, surréagir ? — P. 46 Capital humain : la va leu r stratégique de la gestion des risques — P. 17 Veille et position Position de l'Amrae sur l'évolution de la réglementation CSRD — P. 43 ATOUT RISK MANAGER LA REVUE DES PROFESSIONNELS DU RISQUE ET DE L’ASSURANCE TRIMESTRIEL — N°46 — AUTOM N E 2025 En vue Odile Duthil, Clusif - Christophe Zaniewski, Allianz Commercial France - Rodolphe Menn, M iller I nsurance — P. 12 Portrait Fra n c k A u ré directeur des assurances d’OPmobilit y — P. 06 Club FrancoRisk Côte d’Ivoire - Sé n éga l - Bénin : re n c o nt res et c ré at i o n s — P. 42 F FCE Le dispositif français en phase de consolidation : deuxième édition du Forum France Captive — P. 46 Actualités de l’Amrae Antenne H auts-de-France : la garantie passif et le "Stam Café" L’Odyssée du risque : maintenons le cap 34 e Rencontres du risk management Amrae Déjouer les risques en repensant la gestion de crise L’Amrae met le cap sur la Route du Rhum 2026 — P. 61 Veille et position IA à risque élevé et autorités compétentes : point d ’ét ape Biens de consommation : entre risques et règles, les défis pour l’entreprise — P. 57 2026 COLLECTION AMR AE ÉTUDES & PROSPECTIVES OCTOBRE 2025 ÉTAT DU MARCHÉ & PERSPECTIVES Assurances des entreprises Dossier État du marché : détente et vigilance — P. 17 Métier risk manager Formation à la loupe - Catalogue et formations 2026 International : Ifrima, une gouvernance mondiale pour un métier en mutation Agers : le risk management espagnol face aux défis climatiques, cyber et géopolitiques Ferma : la feuille de route de Philippe Cotelle — P. 26 ’ ATO U T R I S K MANAGER 106 / ABONNEMENT Lorsque vous emmenez votre entreprise vers de nouveaux sommets, nous sommes à vos côtés. At the heart of it. QBE European Operations est le nom commercial de QBE UK Limited, QBE Underwriting Limited et QBE Europe SA/NV. QBE Europe SA/NV est une société anonyme de droit belge au capital de 1.129.061.500 EUR, immatriculée en Belgique sous le n° TVA BE 0690.537.456, RPM Bruxelles. Son siège social est situé 37, boulevard du Régent, 1000 Bruxelles – Belgique. La succursale en France de QBE Europe SA/NV est inscrite au RCS de Nanterre sous le numéro 842 689 556. Son établissement principal est sis Cœur Défense – Tour A – 110, Esplanade du Général de Gaulle – 92931 Paris La Défense Cedex. QBE Europe SA/NV est une entreprise régie par le Code des Assurances pour les contrats souscrits ou exécutés en France. QBE Europe SA/NV est agréée sous le numéro 3093 et soumise au contrôle de la Banque Nationale de Belgique (BNB) et sa succursale en France est également soumise au contrôle de l’Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution (ACPR). Pour toute réclamation : https://qbefrance.com/nous-contacter/réclamations/ Pour plus d’informations, visitez QBEfrance.com Au service de l’expertise internationale NOS DOMAINES DE COMPÉTENCE • Aéronautique • Aérospatial • Agriculture • Agro-alimentaire • Automatismes • Automobile • Bâtiment • Centrales à béton / enrobé • Chimie • Cimenterie • Cyber • Défense - armement • Électricité industrielle • Électricité T. & D. • Électronique • Énergie-cogénération • Énergies renouvelables • Engins de chantier BTP • Environnement • Exploitation minière • Génie civil • Imprimerie édition • Industrie verrière • Informatique • Machines outil • Mécanique • Métallurgie • Moteurs et turbines • Nucléaire • Œnologie • Oil & Gas • Plan de retrait • Pétrole onshore & offshore • Raffinage et pétrochimie • Sidérurgie • Vétérinaire • Recherche de causes (méthode Ishikawa 6M) • Évaluation de préjudices immatériels et financiers • Instruction technique des recours • Simulation numérique, calcul d’éléments finis, présentation 3D152 avenue de Malakoff – 75116 Paris – T. +33 1 45 26 90 83 – www.naudet.fr Naudet est une société d’expertisespécialisée en risques industriels, techniques, commerciaux et aéronautiques. 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Atout Risk Manager N°48 - printemps 2026
ATOUT RISK MANAGER N°48 - Printemps 2026
Dossier : l'odyssée des risques, maintenons le cap : retour sur les 33e Rencontres du risk management Amrae.
Portrait : Aurélie Sénéchal Directrice des risques
et des assurances du Club Med.
Métier risk manager : Alumni Cefar et ARM, rejoignez l’association des certifiés.
Actualités de l'Amrae et publications :
- Risque géopolitique : les enseignements-clés pour les risk managers
- La supply chain à l’épreuve d’un monde fragmenté
- Méditations sur le risque : Démographie, et demain ?
Mais aussi : nouveaux adhérents, Ils ont bougé, acteurs en vue