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#2 / Risk manager et skipper : deux
métiers face à l'incertitude
Pour le skipper engagé sur une course majeure telle que la Route du Rhum - Destination
Guadeloupe, comme pour le risk manager chargé d'identifier et de gérer les risques d'une
organisation, la performance ne repose pas uniquement sur la maîtrise technique ou
l'expérience mais aussi sur la gestion du stress et la préservation de son équilibre.
Julien Paccaud, qui accompagne depuis quinze ans des équipes professionnelles et des
risk managers à mieux performer en faisant le pont entre le sport de haut niveau et
l'entreprise, nous éclaire sur le sujet.
Pouvez-vous présenter votre rôle de formateur auprès des risk
managers ?
En tant qu'ostéopathe de formation et ancien champion de France de ski nautique nu-
pieds, j'ai développé une approche de la gestion de la performance inspirée du sport de
haut niveau. Aujourd'hui, j'accompagne des collaborateurs en entreprise en démontrant
les similitudes entre leur activité et la gestion d'une carrière d'un athlète. Un sportif de
haut niveau ne passe que peu de temps en compétition : l'essentiel est consacré à la
préparation et à la récupération, indispensables pour performer durablement. En
entreprise, c'est souvent l'inverse : les collaborateurs restent en permanence en mode
performance, au détriment de la préparation, de la récupération et, à terme, de leur
efficacité.
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Existe-t-il des similitudes entre la charge mentale d'un skipper
engagé sur une course majeure et celle d'un risk manager ?
Oui, on retrouve pour points communs l'anticipation, la projection et la modélisation.
Chacun doit compiler des informations et les gérer dans l'urgence pour définir une
stratégie ; soit de trajectoire, soit d'une politique d'entreprise. Par ailleurs, chacun est seul
face aux décisions qu'il doit prendre et doit gérer le poids de la responsabilité. En effet,
même si le skipper a toute une équipe logistique derrière lui, c'est lui qui prend la décision
finale de sa trajectoire. Quant au risk manager, qui travaille au sein d'un collectif, c'est à
lui que revient la responsabilité d'exposer son dossier à la direction.
Quelles sont les conséquences du stress sur la capacité de
décision ?
Jusqu'à un certain niveau, le stress peut être un stimulant sur des prises de décision à
court terme. Mais si le stress est trop fort, nous n'avons pas accès à tout notre cortex
neurologique pour prendre des décisions à long terme. Il faut donc prendre du recul et
garder son sang froid pour accéder au cortex pariéto-frontal qui est la bibliothèque des
émotions et nous permet de nous projeter dans le temps et de construire une stratégie.
« Il faut apprendre à naviguer à travers l'inconnu et l'inconfort »
Les skippers apprennent à accepter qu'une part de
l'environnement leur échappe. Cette approche peut-elle inspirer
les risk managers ?
Oui, complètement ! Je pense qu'au début, un risk manager veut tout couvrir, tout prévoir
et convaincre à 100 %, mais avec la maturité, il devra apprendre à lâcher prise un peu
plus. C'est une qualité de pouvoir se dire qu'on n'a pas la main sur tout et que les
éléments naturels sont plus forts que nous. Il faut apprendre à naviguer à travers
l'inconnu et l'inconfort. Lors de mes séances, je fais d'ailleurs marcher les participants
sur des clous pour les sortir de leur zone de confiance et leur apprendre à observer
l'inconfort physique, leurs peurs, leurs angoisses ou leur résistance et à lâcher prise pour
passer cette épreuve.
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Dans la course au large, la préparation représente une grande
partie de la performance finale. Est-ce également vrai pour les risk
managers ?
Lors de ses entraînements, le skipper s'exerce en effet sur des scénarios pour acquérir
des réflexes, mettre en place des protocoles et préparer des check-lists qui lui
serviront en cas d'incidents, ce qui lui permet de prendre le départ en étant serein. C'est
pareil pour le risk manager, il ne doit pas attendre d'être dans une période de stress pour
mettre en place une stratégie de prévention, il doit se préparer à travers des routines
régulières.
« Il faut faire des pauses pour se recentrer »
Quels rituels ou méthodes lui recommandez-vous pour se préparer
aux périodes de forte tension ?
Il doit être capable de mobiliser toutes ses forces et son attention quand il en a besoin et
savoir sortir de cet état d'hypervigilance, un état qui produit adrénaline et cortisol et
empêche de dormir. Pour cela, il faut savoir activer le système neurologique sympathique
(celui qui accélère le rythme cardiaque et stimule le métabolisme) et le système
neurologique parasympathique (celui qui ralentit le rythme cardiaque, favorise la
récupération, la régénération, la digestion et le repos) et de passer de l'un à l'autre. Pour
activer ce dernier, il est primordial de prendre de la distance à travers des exercices de
respiration, de s'offrir des parenthèses et de faire des activités annexes pour récupérer.
Beaucoup de gens sont dans la culpabilité de ces moments de restauration, or, pour
performer, il faut faire des pauses afin d'être prêt le moment venu. Le risk manager a
également tout intérêt à travailler sur sa curiosité au quotidien et d'élargir sa zone de
confiance en essayant de nouvelles choses et en se laissant surprendre afin d'accroître
ses capacités d'adaptation et d'acceptation de l'inconfort et de l'inconnu. Enfin, il est
impératif de cultiver un état d'esprit positif au quotidien et d'avoir confiance en soi,
car il n'y a pas de place au doute quand on est dans la performance.
Quels sont vos conseils pour préserver son énergie sur le long
terme ?
Pour être performant, créatif et trouver des solutions à un problème donné, le cerveau et
les muscles ont besoin de tous les carburants nécessaires à leur bon fonctionnement, à
savoir l'hydratation, l'oxygène, le sucre et le couple mouvement/sommeil. Si l'on ne
répond pas à ces besoins physiologiques, le cerveau ne peut pas fonctionner
normalement et sereinement. Cela peut passer pendant quelques semaines ou mois,
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mais à un moment, arrivera une crise énergétique et un burn-out car la fatigue est
devenue trop intense.
Quels enseignements du monde sportif de haut niveau pourraient
être transposés au monde de l'entreprise ?
Je pense à la résilience, qui est cette capacité à oublier ce qui vient de se passer pour se
concentrer sur le présent. Si le risk manager a encore la moitié de son cerveau dans le
dossier qu'il n'a pas su finir à temps ou s'il rumine un mauvais rapport avec son manager,
il ne pourra pas être performant. Les sportifs de haut niveau ont une haute maîtrise de la
résilience et je pense que le monde de l'entreprise peut s'en inspirer.
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Amrae - Soutien officiel - Route du Rhum destination Guadeloupe 2026 - 2
Gestion du stress : ce que les risk managers peuvent apprendre des skippers
Dans le cadre de son soutien officiel à la Route du Rhum - Destination Guadeloupe 2026, l'AMRAE propose une série d'articles qui mettent en lumière les complémentarités entre le skipper et le risk manager, entre la course au large et la gestion des risques en entreprise.
Deuxième volet : la gestion du stress et de la performance. Anticipation, projection, solitude décisionnelle... le skipper engagé sur une course majeure et le risk manager font face à des charges mentales étonnamment proches. Comment le stress influence-t-il la prise de décision ? Pourquoi faut-il apprendre à lâcher prise face à l'inconnu ? Quels rituels adopter pour tenir sur la durée sans s'épuiser ?
Éléments de réponse avec Julien Paccaud, ostéopathe de formation, ancien champion de France de ski nautique nu-pieds et formateur qui accompagne depuis quinze ans des équipes professionnelles et des risk managers en s'inspirant du sport de haut niveau.
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